John de Avila Mangefel, né le à Kanifay dans l’État de Yap, et mort le à Colonia à Weloy dans l'État de Yap, est une personnalité politique des États fédérés de Micronésie. Il est membre du Congrès de Micronésie de 1967 à 1979 puis gouverneur de Yap de 1979 à 1987.

Tout d'abord favorable à une aide américaine continue et un partenariat à long terme avec les États-Unis, sa pensée évolue consécutivement aux échecs de l’administration américaine du Territoire sous tutelle des îles du Pacifique. Il préconise alors une plus forte souveraineté des peuples micronésiens et une protection des cultures traditionnelles.

Considéré comme un des pères fondateurs des États fédérés de Micronésie, il joue un rôle actif dans la création du pays et l'élaboration du Traité de libre-association qui régit les relations entre les États fédérés de Micronésie et les États-Unis.

Biographie Situation familiale John de Avila Mangefel naît le de parents yapais, Tamarad et Mitinyeg, dans le village de Gap dans la municipalité de Kanifay dans les îles Yap, dans le Mandat des îles du Pacifique.. Il est membre d'une caste élevée de la société yapaise..

Scolarité et carrière dans l'enseignement John Mangefel commence ses études primaires en 1939, durant la période de tutelle japonaise, dans une école où les cours se déroulent dans cette langue. Sa scolarité est interrompue par les bombardements de la Seconde Guerre mondiale, qui détruisent son école.. Il est ensuite employé à des travaux de réparation sur la piste d’atterrissage japonaise.

À environ dix ans, il fait l'objet d'une adoption traditionnelle et doit quitter le village de Gap dans la municipalité de Kanifay pour le village d'Ateliu dans la municipalité de Fanif, d'où est originaire sa mère. Il emménage chez son oncle maternel. L'adoption peut être le moyen d'unir deux lignages ou d'aider au soutien d'une personne âgée isolée, mais dans le cas présent, elle pourrait résulter de la proximité de Gap avec l'aérodrome japonais, régulièrement bombardé pendant la Seconde Guerre mondiale. John Mangefel conserve le lien avec sa famille biologique..

Après la capitulation japonaise de 1945 et l'occupation américaine, il poursuit son cursus à la puis à compter de 1948 à la . Entre 1951 et 1953, il étudie à la Pacific Islands Central School dans l'État de Chuuk.

alt=Homme souriant récoltant un ananas avec un grand couteau|vignette|John Mangefel récoltant un ananas aux îles Yap en 1956.

Après être revenu travailler quelque temps sur les îles Yap en tant qu'interprète pour le Territoire sous Tutelle des îles du Pacifique puis être devenu enseignant, il obtient une bourse d'études de deux ans financée par le Territoire. Elle lui permet d'intégrer en 1954 un lycée à Hawaï, spécialisé dans la formation des enseignants puis l'année suivante d'intégrer l'université d'Hawaï. De retour à son domicile, il obtient une bourse de la John Hay Whitney Foundation pour une année supplémentaire à l'université d'Hawaï.... Il reçoit en 1957 un prix du pour un ouvrage intitulé ..

À l'automne 1957, il intègre en tant que correspondant l'équipe du périodique . De 1957 à 1960, il est enseignant en école élémentaire aux îles Yap, formateur d'enseignants et directeur de l'école de Tomil, la plus grande école primaire du district..

Il obtient une nouvelle bourse d'études de trois ans pour l'université d'Hawaï et s'installe avec sa famille dans cette ville. Il côtoie entre autres Bethwel Henry, Tosiwo Nakayama et Bailey Olter et s'inscrit au Micronesian Club.. Il écrit pendant cette période des nouvelles et des poèmes, dont certains attirent l'attention.. Il quitte l'université en 1963 avec une licence en littérature anglaise, et une mineure en éducation, qui l'a formé à l'art oratoire et à l'écriture. John Mangefel est le premier Yapais à obtenir un diplôme universitaire, et fait également partie de la première vague d'élites politiques éduquées de la région de Micronésie.. Ses séjours sur le territoire américain lui permettent d'évaluer les valeurs et la culture de la société américaine. Comme d'autres intellectuels micronésiens, il est confronté au racisme.. Il développe d'après lui ..

De retour aux îles Yap, il enseigne à nouveau, puis intègre le Département de l'Éducation du Territoire.

Carrière politique Mandat local puis élection au Congrès de Micronésie John Mangefel est élu à la première législature du district de Yap qui tient sa session inaugurale durant l'été 1959.. Il devient également juge associé.

Fin 1967, il quitte son poste de surintendant des écoles primaires de Yap, car il est élu au siège des îles Yap à la Chambre des représentants du Congrès de Micronésie, qu'il intègre le .. Il conserve son siège en 1971 et devient président du comité des questions sociales... En , il est élu sénateur pour le district de Yap au Congrès, et prend ses fonctions le .. Il est réélu fin 1975.. Il se montre un fervent supporter de Tosiwo Nakayama au Congrès..

Partisan d'un rapprochement avec les États-Unis Durant l'été 1969, alors qu'il est membre de la Commission pour le futur statut politique au Congrès, John Mangefel est incorporé à la Délégation pour le statut politique dont le rôle est de présenter au gouvernement américain les points importants dans l'esprit des leaders micronésiens sur le devenir du Territoire.. À cette époque, il est partisan d'un partenariat honorable avec les États-Unis plutôt que de l'indépendance, pour autant que cette relation reconnaisse la souveraineté et le contrôle des peuples micronésiens sur les terres, rares et donc précieuses, sur les îles.. Cette commission est remplacée durant l'été 1970 par le Comité mixte sur le statut futur, dont John Mangefel est membre. Elle est un instrument du Congrès chargé de négocier avec les États-Unis, d'étudier les implications économiques de l'indépendance ou d'une libre-association, d'envisager les formes de gouvernement démocratiques internes..

Concomitamment aux négociations sur le statut politique du Territoire, se poursuivent des réunions sur le Traité de libre-association.. John Mangefel veille à ce que ce document, nécessaire à l'économie, n'entraîne pas une détérioration des valeurs traditionnelles des îles, par l'imposition d'un mode de vie, ce qu'il traduit par cette phrase à destination des États-Unis : .

À la toute fin des années 1960 et au début des années 1970, les parlementaires micronésiens sont à la recherche d'un plan de développement économique robuste que l'administration américaine ne parvient pas à leur fournir.. Par conséquent, entre 1971 et 1975, le Congrès vote plusieurs résolutions appelant le Haut-commissaire du Territoire à se rapprocher soit de la Banque mondiale soit du Programme des Nations unies pour le développement, ou invitant directement ce dernier à faire des propositions. Dès 1971, John Mangefel doute de l'intérêt de faire appel à ces agences étrangères dont l'action, selon lui, ne ferait que doublonner les efforts existants et ajouter une couche de bureaucratie. En , il déclare au Congrès que la Micronésie ne parviendra à un développement économique réel et significatif qu'avec une aide américaine continue et la formalisation d'une association politique à long terme avec les États-Unis..

Aucun des nombreux plans économiques élaborés n'est mis en œuvre par les autorités américaines et le Congrès, faute de vision d'ensemble, ne peut agir que de façon limitée.. À partir de l'été 1972, les autorités américaines bloquent les négociations politiques dont la direction ne leur convient pas et refusent d'envisager l'hypothèse de l'indépendance.

Critique acerbe des États-Unis et du Congrès Vers le milieu des années 1970, John Mangefel, déçu de l'action américaine en matière d'économie, modifie considérablement son point de vue, alors que d'autres membres du Congrès continuent de considérer les États-Unis comme la source ultime de financement. Il se fait un commentateur habile et adroit du choc des systèmes et des pratiques culturelles qui résulte de la proposition d'un développement économique en Micronésie américaine..

alt=Disque de pierre que traverse en son centre un tronc porté sur les épaules de deux hommes.|vignette|John Mangefel et le chef Andrew Roboman, président du conseil traditionnel de Yap, transportant une monnaie de pierre lors de la cérémonie d'ouverture de la première banque de Yap, en 1976.

À partir du , il lit au Congrès de Micronésie des lettres très critiques et empreintes d'humour reçues d'un cousin fictif, Ngabchai, un jeune Yapais d'une vingtaine d'années diplômé d'une université américaine en anthropologie et en psychologie. Ce dernier souhaite expliquer certaines des habitudes et des comportements étranges, souvent contre-nature, des Américains. Pour l'historien David Hanlon, . Les Américains, personnes ingénues, ont créé une nouvelle catégorie de condition climatique appelée smog très coûteuse à créer et à maintenir, ont un intérêt malsain pour le sexe et la violence, traitent leurs ennemis mieux que leurs amis, ont un penchant pour les activités secrètes qui vont à l'encontre de leurs prétentions à une société ouverte et démocratique, ont du mal à comprendre les populations non européennes et en ont une vision distordue. Ngabchai remarque que les autochtones d'Amérique ne fêtent pas le bicentenaire de la création de la nation américaine, ce qui en dit long sur l'unité de la nation.

Ces lettres critiquent également l'administration américaine pour son ineptie. En , les États-Unis étendent leur programme d'aide alimentaire au Territoire sous tutelle des îles du Pacifique, provoquant des réactions contrastées. John Mangefel remarque avec humour que le Territoire a rejoint la Russie et la Chine, deux nations ennemies des États-Unis, comme récipiendaires des surplus agricoles américains et se demande ce qu'il faut en conclure. Il s'étonne que le nombre de personnes éligibles soit supérieur aux chiffres de la population, suspecte que nombre d'Américains ont bien plus besoin de cette nourriture que les Micronésiens et prédit qu'une partie conséquente de cette nourriture ira aux poulets et aux cochons. Un audit réalisé deux mois plus tard révèle le caractère inapproprié de cette aide qui diminue l'autonomie alimentaire et encourage la dépendance à la nourriture importée..

Le Congrès de Micronésie est aussi ciblé pour son manque de productivité bien qu'il soit occupé, pour autant que . Il dénonce l'imitation des mœurs américaines, dans le théâtre du Congrès, à travers le port de la cravate et de costumes inadaptés au climat du Pacifique Sud, vêtements perçus comme des signes de la richesse étrangère.. Il milite pour une réduction du temps de travail de huit heures, issu des pratiques étrangères, à six heures, une période plus adaptée au rythme et aux nécessités de la vie locale. Il s'insurge contre les dépenses excessives dans les négociations avec les États-Unis pour le futur statut du Territoire, un argent qui serait mieux employé au développement économique. Dans sa version du Notre Père, John Mangefel se moque de la dépendance croissance des Micronésiens à l'aide américaine, les fonds reçus dépassant largement les taxes qui pourraient être perçues.. Selon lui, les Micronésiens ne doivent pas espérer que vienne leur offrir des cadeaux pour toujours. John Mangefel estime que l'unité des Micronésiens n'est pas menacée de l'extérieur mais par les divisions internes.

Durant une grande partie de sa carrière politique, il utilise ses positions pour faire valoir que le colonialisme a dépouillé les Micronésiens de leur souveraineté politique. Il se soucie profondément de la Micronésie, des valeurs traditionnelles des îles et de l'unité.

Gouverneur de l’État de Yap et fin de carrière