Gavrila Romanovitch Derjavine (en ), né le à Kazan, mort le , est un poète et homme politique russe.
Bien que ses travaux soient traditionnellement associés à la littérature classique, ses meilleurs poèmes sont pleins d’antithèses et d’oppositions de sons, sur les traces des poètes métaphysiques comme John Donne ou d'autres poètes. Avant la venue d'Alexandre Pouchkine, il fut le plus grand poète de Russie. Successivement militaire et magistrat, il fut gouverneur d'Olonets (1784), de Tambov (1785), secrétaire particulier de Catherine II de Russie (1791), président du collège du Commerce (1794) ministre de la Justice du au , et se retira des affaires en 1803, pour cultiver les Lettres.
Gavrila Derjavine, par ses poèmes, fit la gloire de Catherine II. C'est à lui que l'on doit l'apposition de l'adjectif « Grande » ; en effet, le poète, dans ses odes à l'impératrice, la nomma toujours la Grande Catherine.
Biographie Enfance Né à Kazan, issu d'une famille de petite noblesse., Derjavine eut pour ancêtre lointain un certain Mourza (titre de noblesse porté dans les États tatars) Bagrim, qui au quitta la Horde d'or et s'installa à Moscou ; il fut baptisé et devint le vassal du prince Vassili II de Russie (1415-1462)..
Néanmoins, au , le père de Gavrila (Gabriel) Romanovitch Derjavine était un propriétaire pauvre qui avait trouvé la mort alors que le poète était encore très jeune. Derjavine reçut une petite instruction au gymnasium de Kazan. Il apprit l'allemand., et abandonna ses études pour entrer comme simple soldat dans un régiment de gardes à Saint-Pétersbourg
Carrière militaire Simple soldat sous le règne de Catherine II, il accéda aux plus hautes fonctions de l'Empire. En 1773, en permission à Kazan, il impressionna ses commandants au cours de la rébellion d'Emelian Pougatchev en écrivant un manifeste loyaliste. En 1777, il reçut de l'avancement et des terres, et revint à Saint-Pétersbourg, où il se consacra à la poésie. En 1780, sa réputation de poète était déjà bien établie.
Carrière politique
Comme il était politiquement très habile, la carrière de Derjavine rencontra rapidement le succès, lorsqu'il quitta l'armée pour la fonction publique. Il fut nommé au poste de gouverneur d'Olonets (1784), puis s'étant querellé avec le gouverneur vers celui de Tambov (1785), puis secrétaire personnel de (1791), président du Collège de Commerce (1794). Cependant, il ne s'entendait pas avec , ni avec son fils et il hésita encore devant la proposition d' qui le nomma ministre de la Justice, le .
Dernières années Il prit sa retraite le et passa le restant de ses jours dans le domaine de Zvanka, près de Novgorod., effectuant de rares déplacements à Moscou ou à Saint-Pétersbourg, écrivant ses idylles et des vers anacréontiques, évoquant sa vie passée et recevant des invités.
Derjavine mourut en 1816 dans sa maison. Il décéda le soir, alors qu'il s'apprêtait à se rendre à Saint-Pétersbourg le lendemain matin pour consulter un médecin, à la demande pressante de sa femme et de sa nièce.
Conformément à ses dernières volontés, il fut inhumée au monastère de Khoutyne dans la banlieue de Novgorod, sur la route de Moscou. Son épouse, Daria, décède le 16 juin 1842 et est inhumée auprès de lui.
En 1944, durant la Seconde Guerre mondiale, le monastère de Khoutyne fut la cible de tirs d'artillerie et fut pratiquement détruit.
En 1959, les restes de Derjavine et de son épouse furent transférés au Kremlin de Novgorod. Leur tombe se trouve sur la place jouxtant la Chambre à Facettes et la cathédrale Sainte-Sophie. En été 1993, les dépouilles de Derjavine et de son épouse sont rapatriées au monastère de Khoutyne.
Œuvre
D.S. Mirsky, le tient pour Derjavine est reconnu pour ses odes, dédiées à l’impératrice et aux autres personnages de la cour. Il n’accordait que peu d’attention au système dominant des genres instauré par Mikhaïl Lomonossov, et est même considéré comme le destructeur de ce système. Il brassait avec une grande liberté les styles et les registres de la langue russe et rejetait les conventions narratives.
Selon D. S. Mirsky :
Il remplissait souvent ses odes de contenu élégiaque, humoristique ou satirique, transformant ainsi la tradition de l’ode. Dans sa Grande Ode à l’Impératrice, par exemple, il dit chercher des puces dans les cheveux de sa femme et compare sa poésie à de la limonade. Au contraire des autres poètes classiques, Derjavine trouvait du plaisir dans les détails soigneusement choisis, comme la couleur du papier peint dans sa chambre ou l’inventaire poétique de ses repas quotidiens. Il considérait le français comme la langue de l’harmonie, et le russe comme celle du conflit. Il pratiquait une poésie lyrique, philosophique (Ode à Dieu, 1784), anacréontique (léger et charmant, mais mesuré) et idyllique (La vie de Zvansk, 1807). Il abandonne l’abstraction pour le contact matériel avec le monde. Bien qu’il se délectât des allitérations harmonieuses, il manipulait parfois volontairement ses vers dans le but de leur donner un effet cacophonique.
Les odes majeures de Derjavine sont : Sur la mort du prince Mestscherski (1779) L’Ode à Félitsa''' (1784) Dieu (1785, traduit dans plusieurs langues d’européennes, même l'empereur de Chine la fit traduire) Cascade (1794, inspiré par la mort du prince Grigori Potemkine) Bouvreuil (1800, élégie sur la mort de son ami Alexandre Souvorov). l'Ode sur l'expulsion des Français (1813) ;
Il est également auteur de paroles du premier hymne officieux russe, Tonnerre de la victoire, retentis !, composé en hommage à la prise d'Izmaïl et mis en musique par Ossip Kozlovski. Ses Mémoires parurent à Moscou en 1860. Ses ouvrages ont été traduits en français en 1861.
L'œuvre de Derjavine est presque entièrement lyrique. ses tragédies, composées tardivement sont négligeables. Celles en prose comme son Essai sur la poésie lyrique'' sont plus importantes, selon Mirsky.
Avant sa mort, Derjavine commença à écrire une ode dont seul le début nous est parvenu : Le fleuve du temps dans son emportement Река времён в своем стремленьи Éparpille au loin les œuvres des Hommes Уносит все дела людей Et noie dans l'abîme de l'oubli И топит в пропасти забвенья Tous les peuples, les royaumes et leurs rois Народы, царства и царей. Et si quelque chose doit subsister А если что и остаётся Par le son du cor et de la lyre Чрез звуки лиры и трубы, Le gouffre de l'éternité le dévorera То вечности жерло́м пожрётся Du destin commun il n'échappera pas И общей не уйдет судьбы.
Récompenses Ordre de Saint-Vladimir de classe (1786) Ordre de Saint-Vladimir de classe (1793) Ordre de Sainte-Anne de classe (1798) Ordre de Saint-Jean de Jérusalem (1800) Ordre de Saint-Alexandre Nevski (1801)
Notes et références
Bibliographie
Annexes
Catégorie:Poète russe du XVIIIe siècle Catégorie:Poète russe du XIXe siècle Catégorie:Écrivain russe du XVIIIe siècle Catégorie:Écrivain russe du XIXe siècle Catégorie:Membre du Conseil d'État de l'Empire russe Catégorie:Dramaturge de l'Empire russe Catégorie:Ministre russe de la Justice Catégorie:Chevalier de l'ordre de Saint-Alexandre Nevski Catégorie:Récipiendaire de l'ordre de Saint-Vladimir de 2e classe Catégorie:Récipiendaire de l'ordre de Saint-Vladimir de 3e classe Catégorie:Récipiendaire de l'ordre de Sainte-Anne de 1re classe Catégorie:Mémorialiste de l'Empire russe Catégorie:Naissance en juillet 1743 Catégorie:Naissance dans le gouvernement de Kazan Catégorie:Naissance à Kazan Catégorie:Décès en juillet 1816 Catégorie:Décès à 73 ans Catégorie:Éponyme d'un objet céleste