Les tabatières Choiseul sont des tabatières en or et en cristal, créées pour le duc de Choiseul (1719-1785), ministre du Roi Louis XV. Elles sont décorées, l'une et l'autre, de miniatures par Louis-Nicolas Van Blarenberghe.

Historique On ignore les circonstances de la création de ces tabatières. Est-ce une commande du duc lui-même ? Est-ce la commande d'un proche souhaitant faire un cadeau au duc de Choiseul ? Le duc de Choiseul a exercé plusieurs importants ministères sous Louis XV, avec la protection de madame de Pompadour. Mais l'influence de madame du Barry met fin à son dernier ministère de 12 ans le . Le duc est exilé à Chanteloup, ses collections seront plus tard dispersées, son hôtel situé rue de Richelieu sera détruit pour une opération immobilière.

Propriété de la famille Rothschild depuis le milieu du , la tabatière aujourd'hui au Musée du Louvre a été acquise début 2023 pour un prix de dans le cadre d'une campagne de mécénat..

Cette boite a son pendant, exécuté vers 1767 pour présenter six vues de l'autre demeure du duc de Choiseul : le château de Chanteloup, aujourd'hui disparu et autrefois situé en Touraine, près d'Amboise. Cette autre boite appartint au baron Henri de Rothschild, à Paris, puis au début des années 1950 à Mr et Mrs Wrightsman, de New-York, qui en firent don au Metropolitan Museum of Art, en 1976. Les deux boites diffèrent par leur forme et par leur décoration : celle sur Chanteloup n'a pas - ou plus - les angles coupés et son armature offre un décor floral. Elles diffèrent aussi par l'angle de présentation : les miniatures de la tabatière du Louvre mettent en scène le duc de Choiseul dans les intérieurs de son intimité et de l'exercice de ses fonctions. Celles de la tabatière du Metropolitan Museum of Art montrent, sous différents aspects, les extérieurs de sa fastueuse demeure campagnarde.

Les miniatures de ces tabatières constituent une rare et précieuse source documentaire par leur représentation réaliste des arts décoratifs et, plus généralement, de l'Art de vivre à la fin du règne de Louis XV.

Trois dessins préparatoires à des miniatures de la tabatière conservée au Louvre figurent dans un album de dessins des Van Blarenberghe, vendu à l'hôtel Drouot par l'étude Wattebled & Portay le . L'un de ces dessins esquisse le premier cabinet de l'hôtel de Choiseul, un autre le bureau du duc de Choiseul à Versailles, le troisième la chambre bleue de l'hôtel de Choiseul .

Adjugé 63 000 euros, cet album a été préempté par le Musée du Louvre.

Description de la tabatière du Louvre Source. : La tabatière, exécutée par l'orfèvre Louis Roussel (†1787), a la forme d'un parallélépipède à pans coupés. Chacune de ses faces, y compris le couvercle et le revers de cette boite, sont décorées d'une miniature enchâssée derrière une plaque en cristal, représentant trois différentes pièces de l'hôtel de Choiseul, deux pièces de l'appartement de Choiseul dans l'aile des ministres du château de Versailles, et la Grande Galerie du Louvre, alors qu'elle abritait la collection des plans reliefs.

Couvercle : la chambre bleue de l'hôtel de Choiseul gauche|vignette La pièce, à l'étage dans l'aile droite de l'hôtel, comporte sur la gauche un lit à la polonaise, bleu, des murs bleu décorés de nombreuses peintures. Le sol est une riche marqueterie à motifs concentriques. Sur la droite, du mobilier et une fenêtre ouvrant sur l'extérieur. Il est à noter que les peintures accrochées aux murs sont les réelles œuvres présentées dans l'hôtel et dont beaucoup sont identifiables.

Sur la gauche, des personnes de qualité devisent. Sur la droite, le duc accueille une femme à laquelle un valet apporte un siège. C'est peut-être la duchesse de Gramont, sa sœur. Des chiens jouent sur le parquet.

Sous la boîte : premier cabinet dans l'hôtel de Choiseul gauche|vignette C'est le premier cabinet, au rez de chaussée dans l'aile droite de l'hôtel, entre les antichambres et la grande galerie, située face au jardin, où le duc de Choiseul exposait, sous une voute peinte par Charles de La Fosse, sa collection de peintures principalement flamandes et hollandaises. Ici aussi, dans ce premier cabinet, la plupart des peintures accrochées aux murs sont identifiables. Sur la gauche, des amateurs admirent de près des peintures. Sur la droite un groupe d'hommes discute autour du duc de Choiseul en uniforme de colonel général des Suisses et avec une loupe à la main. La grande porte, sur le côté de la miniature, parait donner accès à la grande galerie. Au sol, une marqueterie remarquable.

Face latérale gauche : la chambre de Choiseul à Versailles droite|vignette Dans l'aile des ministres du château de Versailles (aile sud, sur la gauche en entrant dans la cour d'honneur), c'est une scène presque intimiste : des serviteurs finissent d'habiller le duc dans sa chambre avec un lit à baldaquin et des murs tendus de blanc. Un valet s'apprête à lui passer le cordon de l'ordre du Saint-Esprit facilement reconnaissable à sa couleur bleue.

Face latérale droite : le cabinet octogone droite|vignette C'est une pièce de forme octogonale aménagée à l'étage et au centre de l'hôtel de Choiseul, jouxtant la chambre bleue, par le duc de Choiseul en 1763 avec une couleur verte dominante pour exposer des peintures. Elle est dotée d'un éclairage zénithal inspiré de l'escalier des ambassadeurs de Versailles et tel que son ami, le marquis de Voyer, en avait disposé un à l'étage de son château d'Asnières au milieu du siècle. Le ministre est représenté seul, costumé en noir, faisant les cent pas et lisant des documents. Il se reflète dans un des grands miroirs dont la pièce est dotée.

Face antérieure : l'appartement du ministre à Versailles droite|vignette Dans le bureau de Choiseul, dans l'aile des ministres du château de Versailles (aile sud, sur la gauche en entrant dans la cour d'honneur), c'est une salle de travail avec une table où le duc dicte à deux secrétaires.

Le bureau sur lequel le ministre travaille est identifié. Après Choiseul, il fut la propriété de Talleyrand puis du chancelier autrichien Metternich.

Les peintures accrochées sur les murs sont en lien avec la brillante carrière politique du duc de Choiseul : le roi Louis XV peint par Louis-Michel van Loo, madame de Pompadour, protectrice du duc, la duchesse de Gramont, sœur du duc, une vue imaginaire de Rome en souvenir de la première ambassade du duc.

Face postérieure : les plans-reliefs dans la grande galerie du Louvre droite|vignette Les plans-reliefs sont des maquettes des fortifications, notamment celles construites par Vauban pendant le règne de Louis XIV : Grenoble, Brest, Cherbourg.... Au nombre de 144 et à l'échelle 1/600, ces maquettes ont été réalisées par Louvois afin d'éclairer Louis XIV qui ne quittait plus guère son cabinet de travail. Sous Louis XV, elles étaient exposées dans la Grande Galerie du Louvre. Elles sont maintenant au Musée de l'Armée des Invalides. C'est le sujet de cette face de la tabatière. La tabatière présente aussi le projet non abouti de décoration de la grande galerie par Nicolas Poussin.. Le duc de Choiseul avec son grand cordon de l'Ordre du Saint-Esprit se trouve au centre d'un groupe d'ingénieurs militaires avec qui il discute et auxquels il commente une carte. Cette gravure est un témoignage unique de l'aménagement de la grande galerie à cette époque. Mais la largeur de la galerie est amplifiée par rapport à la réalité.

Description de la tabatière du Metropolitan Museum of Art vignette|Tabatière Choiseul (Chanteloup) La tabatière sur le château de Chanteloup n'a pas les angles en pans coupés et sa monture présente un décor floral. Cette monture est attribuée à Pierre-François Delafons. Un démontage des miniatures, en 1969, a toutefois permis de constater que cette monture n'est pas celle d'origine et que celle-ci était aussi à pans coupés. La vue sur le couvercle de la boite est datée 1767, ce qui situe l'exécution des miniatures avant la disgrâce du duc de Choiseul et son exil à Chanteloup, en , et avant la construction de la pagode de Chanteloup, en 1775.

D'autres vues de Chanteloup, plus grandes et plus tardives, sont attribuées aussi à Louis-Nicolas Van Blarenberghe. vignette|Tabatière Choiseul (Chanteloup), face antérieure : façade sur parc

Couvercle : vue frontale du château de Chanteloup vignette|Dessus de la boite : château de Chanteloup vu de la grille d'entrée Vue du château depuis la grille d'"entrée.

Sous la boite : vue du parc du château de Chanteloup Vue du parc de Chanteloup avec la cascade et la demi-lune

Face latérale gauche vignette|Sous la boite : vue du parc vignette|Tabatière Choiseul (Chanteloup), face latérale gauche : Vue sur les parterres du parc, au Nord-Est Vue sur les parterres du parc de Chanteloup, au Nord-Est.

Face latérale droite vignette|Tabatière Choiseul (Chanteloup) : face latérale droite Vue sur les parterres du parc de Chanteloup.

Face antérieure Façade sur parc du château

Face postérieure Château vu du côté Est vignette|Tabatière Choiseul (Chanteloup), face postérieure : château vu du côté Est

Notes et références

Liens externes

Bibliographie

Watson, F. J. B. (1966). "Choiseul Boxes", , édité par A. Kenneth Snowman. Boston Book and Art Shop. . Michèle Bimbenet-Privat (dir.), La Tabatière Choiseul. Un monument du XVIIIe siècle, Paris, Faton, 2024, 256 p.

Catégorie:Accessoire à tabac Catégorie:Département des objets d'art du Louvre Catégorie:1770 en France Catégorie:1771 en France