La deuxième guerre samnite est un conflit opposant la République romaine à la confédération samnite sur plus de vingt années, entre 327 et 304
Elle commence par l’épisode de l'« affaire de Naples » en 327-326 , et Rome mène une stratégie de contournement en menant des opérations en Apulie sur l'appel de certaines cités contre des raids samnites, mais la première partie de la guerre se termine par le désastre romain des Fourches Caudines en 321 L'armée romaine passe sous le joug et Rome doit accepter un traité de paix infamant.
La guerre reprend très rapidement, et il s'ensuit une série de victoires de part et d'autre, dont une lourde défaite romaine en 315 à la bataille de Lautulae qui voit les Samnites couper la Campanie du Latium. Les Romains parviennent à reprendre le contrôle des marais pontins et de la liaison entre Capoue et Rome, mais les raids samnites se multiplient jusqu'aux portes de Rome. Cette dernière reprend le dessus vers 312 Le conflit s'étend alors aux Étrusques, cependant les Romains l'emportent au lac Vadimon en 310 et cette guerre marque le début du déclin des Étrusques. Plusieurs peuples soumis ou proches se révoltent contre Rome dans les années suivantes, tels les Herniques, les Volsques, les Èques et les Marses. Rome parvient à mater les rébellions, à continuer ses opérations en Apulie où elle trouve de nouvelles cités alliées, et enfin à mener un raid audacieux et victorieux jusqu'à Bovianum en 305/304
La perte de cette capitale des Pentriens, principale tribu des Samnites, les incitent à demander la paix bien que les forces samnites soient encore nombreuses et que la guerre a essentiellement eu lieu en terres romaines. Cependant, les Samnites sont épuisés par plus de vingt années de guerre et cèdent la domination de la vallée du Liris, jusque-là partagée, et acceptent la domination romaine en Campanie et en Apulie. Les Romains profitent de la trêve pour se renforcer et la guerre reprend bientôt vers 299/298 : la troisième guerre samnite.
Contexte
À la suite de la première guerre samnite et de la guerre latine qui s'ensuit, Rome domine un état réunissant le Latium et une partie de la Campanie. La domination romaine va des terres au nord autour de Véies jusqu'à Cumes et Capoue au sud via la quasi-intégralité du Latium et les anciennes terres des Aurunces et des Ausones, qui permettent à Rome de contrôler une mince bande côtière entre le Latium et la Campanie, près du pays des Sidicins laissé aux Samnites.
La confédération samnite est l'alliée de Rome depuis 354 sauf durant le court intermède de la première guerre samnite entre 343 À nouveau alliée avec Rome lors de la révolte des Latins, rejoints par les Volsques, des éléments campaniens et sidicins, elle aide Rome à l'emporter en 338 Cependant, même si Rome lui laisse les mains libres sur tout le pays à l'est du Liris, sur des terres volsques et sidicines, il est manifeste que Rome a le plus profité de la victoire commune lors de la guerre latine.
Rome n'hésite pas à renforcer ensuite sa frontière par la déduction de colonies sur la frontière samnite, à l'instar de Calès en 335 , et même dans la zone d'influence laissée à ces derniers. De plus, la prédominance grandissante de Rome sur la Campanie met les deux puissances, Romains et Samnites, au contact. Ainsi Rome cherche à compléter son dispositif de défense. Par exemple, en 328 , une colonie est déduite à Frégelles, pourtant sur la rive sud du Liris, dans la zone samnite..
Naples est restée une ville dominée par l'aristocratie grecque, mais celle-ci doit faire face aux éléments populaires. Un conflit oppose les nobles à la plèbe et aboutit à de graves troubles en l'an 327 L'aristocratie penche pour une alliance avec Rome tandis que la plèbe se tourne ouvertement vers les Samnites. Bien que Naples soit toujours une cité grecque, la ville a accueilli un grand nombre d'éléments italiques qui sont montés jusqu'au cercle dirigeant.
Le déroulement de la guerre
L'« affaire de Naples » 327-326
Le récit des auteurs antiques
Selon Tite-Live, en 327, Palaiopolis, la vieille ville de Naples, multiplie les actes d'hostilités envers les Romains. Les fétiaux leur adressent des réclamations, et devant l'insolente réponse, la guerre est déclarée par le Sénat. Le consul Quintus Publilius Philo est chargé de cette guerre tandis que son collègue Lucius Cornelius Lentulus surveille les Samnites pour prévenir tout mouvement de leur part. De plus, il y a des rumeurs de défections des Campaniens sous domination romaine, et Cornelius installe son camp non loin de Capoue.
Les Samnites et les Romains se préparent à la guerre. Deux mille guerriers de Nola et le double de Samnites viennent en renfort à Palaiopolis, sur l'initiative de la ville campanienne de Nola. Publilius Philo établit son camp entre Palaiopolis et Neapolis, la vieille ville et la ville de neuve de Naples..
En 326, après que la guerre est déclarée entre Rome et les Samnites selon Tite-Live, les Grecs de Palaiopolis choisissent de livrer la ville aux Romains.. Ils font partir les Nolains et Samnites par des subterfuges.. Publilius Philo, resté sur place et devenu le premier proconsul romain, entre dans Naples. Tite-Live précise, sans y croire, que certaines de ces sources disent que ce sont les Samnites, et non les Grecs, qui livrent la ville.
Un triomphe est décerné à Publilius Philo, les Fasti triumphales donnent ce triomphe sur les Samnites et les Palaeopolitaniens le mai 326. Un traité d'amitié et d'alliance est conclu entre Naples et Rome.
L'analyse des historiens modernes
Les troubles internes à Naples sont le casus belli de la deuxième guerre samnite. Si Rome domine le nord de la Campanie autour de Capoue, les Samnites ont des alliés avec les cités du sud-est aux abords des montagnes qui délimitent la Campanie du Samnium, telles que Nola et Nuceria Alfaterna.
upright=1.2|vignette|Soldats samnites, d'après une frise décorant un tombeau à Paestum en Lucanie,
L'élément populaire napolitain, composé de nombreux Osques, font appel aux Samnites. Deux mille guerriers de Nola et le double de Samnites viennent en soutien. L’élément populaire et osque ainsi que les guerriers arrivés en renforts se retranchent dans Palaiopolis, la ville ancienne, tandis que l'aristocratie se maintient à Neapolis, la nouvelle ville. Naples est alors coupée en deux. L'aristocratie grecque napolitaine fait quant à elle appel à Rome. Les deux villes sont semble-t-il reliées par une sorte de passage fortifié.
Rome intervient l’année suivante en 326, et les chefs populaires préfèrent traiter avec les Romains, faisant partir leurs alliés italiques, et les deux cités nouent une alliance forte, Naples ayant comme seule obligation de mettre à disposition sa flotte si Rome est en guerre. La cité grecque garde ses magistrats, ses cultes, sa monnaie et sa langue.
Le proconsul Quintus Publilius Philo triomphe sur les Samnites et Palaiopolis, même si son rôle exact est méconnu. Il est le premier exemple de proconsul.
L'« affaire de Naples » en 327-326 débouche sur une très longue guerre opposant la République romaine à la confédération samnite entre 326 et 304.
Le début de la guerre 326-321
Le récit des auteurs antiques
Selon Tite-Live, les Romains et les Samnites se préparent à la guerre au début de l'affaire de Naples en 327 et la déclaration de guerre entre la République et la Confédération date de 326, peu de temps avant l'alliance romano-napolitaine.
L'historien rapporte que les Lucaniens d'une part, et les Apuliens d'autre part, se mettent alors sous la protection de Rome. Des traités sont alors établis faisant d'eux des amis de Rome. Tarente s'allie alors aux Samnites pour faire front contre la puissance grandissante de Rome et convainc les Lucaniens de changer de camp.
Ensuite, il rapporte plusieurs succès romains dans le Samnium dès 326, avec trois villes capturées : Allifae, Callifae et Rufrium, cités situées dans la haute vallée de la Vulturne.
En 325, les Vestins se rapprochent des Samnites et Rome leur déclare la guerre. Le consul Decimus Iunius Brutus Scaeva en est chargé tandis que Lucius Furius Camillus se voit confier le Samnium. Junius Brutus remporte un grand succès face aux Vestins : d'abord une bataille très meurtrière de part et d'autre puis la fuite des Vestins et la prise d'assaut par les Romains de leurs forteresses, dont Cutina et Cingilia..
300px
Son collègue tombe malade et nomme un dictateur : Lucius Papirius Cursor, « le plus grand général de son temps » selon Tite-Live, et il choisit Quintus Fabius Maximus Rullianus pour maître de cavalerie. Ils mènent une expédition dans le Samnium, et alors que le dictateur est absent, Fabius Maximus en profite pour livrer la bataille d'Imbrinium. La victoire romaine est complète, et Tite-Live rapporte qu'il y aurait peut-être eu tués. Cependant, l'historien romain a plusieurs sources qui se contredisent, certaines rapportent deux batailles et autant de victoires, d'autres ne signalant aucune bataille.. Ici se place la célèbre histoire qui voit le dictateur voulant punir à tout prix la désobéissance de son maître de cavalerie, qui en appelle au Sénat puis au peuple. Finalement, le dictateur pardonne mais ne l'acquitte pas.. Au camp romain, des fourrageurs romains sont massacrés dans une embuscade sans que le légat n'ose intervenir. puis le dictateur de retour voit la victoire lui échapper après une manœuvre volontaire de ses soldats à la suite de l'affaire avec le maître de cavalerie. S'ensuivent une réconciliation générale et une défaite sévère pour les Samnites, qui demandent la paix. et obtiennent une trêve d'un an. Le dictateur triomphe alors. comme le confirment les Fasti triumphales, le 5 mars.
La trêve n'est pas respectée par les Samnites. En 323, le consul Caius Sulpicius Longus est chargé de la guerre contre eux alors que son collègue Quintus Aulius Cerretanus prend en charge la guerre contre les Apuliens. Tite-Live note que, selon certains historiens, il n'y a pas de guerre contre les Apuliens, mais qu'au contraire, Rome les défend contre les Samnites, mais ce n'est pas l'avis de l'historien romain.
En 322, le dictateur Aulus Cornelius Cossus Arvina part pour le Samnium à la tête d'une armée considérable. Il échappe à une première attaque samnite mais est ensuite contraint à livrer bataille. Son camp est pris. mais la cavalerie romaine écrase les pillards et l'armée romaine prend le dessus. La bataille dure encore longtemps mais voit la victoire revenir aux Romains. Le dictateur triomphe selon Tite-Live., sans que cela soit rapporté par les Fasti triumphales.
Tite-Live note que d'autres historiens rapportent que ce sont les consuls qui ont gagné la bataille et triomphé., et les Fasti notent un triomphe du consul Quintus Fabius Maximus Rullianus sur les Apuliens et les Samnites le 18 février, et un autre triomphe la veille de celui de Fabius Rullianus, celui de son collègue de l'année 322 Lucius Fulvius Curvus sur les SamnitesFasti triumphales , 95..
L'analyse des historiens modernes
Au début de la guerre, afin de contourner les Samnites et ne pas les affronter dans leurs montagnes du Samnium, les Romains interviennent sur le versant adriatique. Ils s'allient à Arpi et Luceria et peuvent compter sur le soutien d'un certain nombre de cités apuliennes menacées par les raids samnites depuis près d'un siècle. Les historiens modernes soulignent bien que Tite-Live parle d'une alliance générale avec les Apuliens dès 326, sans se prononcer sur sa portée, 3..
L'alliance avec les Lucaniens n'est quant à elle rapportée par les historiens modernes que pour la troisième guerre samnite et l'intervention de Tarente est généralement rejetée, ainsi que les divers changements d'alliance des Apuliens, qui restent aux côtés de Rome selon les historiens modernes, au contraire de ce que pense Tite-Live. Luceria et Arpi sont dans la zone d'influence de Tarente.