thumb|Portrait de Marie-Christine de Bourbon-Siciles par Vicente López. La régence de Marie-Christine de Bourbon est la période de l’histoire politique de l’Espagne faisant suite au règne de Ferdinand VII d'Espagne, après la mort de ce dernier en , et précédant la régence d'Espartero, où la régence du royaume fut assumée par le général Baldomero Espartero (1840-1843). Au cours de cette période, la reine Isabelle II d'Espagne étant mineure, les fonctions de la couronne furent assumées par sa mère Marie-Christine de Bourbon-Siciles, veuve du roi défunt.
Au cours de la régence, Marie-Christine dut faire face à la première guerre carliste déclenchée par les partisans de l’infant Charles de Bourbon, frère du roi défunt et prétendant légitimiste au trône d’Espagne, qui ne reconnaissaient pas comme monarque la jeune Isabelle. Pour contrer les carlistes, défenseurs de l’absolutisme, la régente dut faire des concessions au libéraux, qui appuieraient en échange la cause isabelline. Les réformes menées entre 1835 et 1837 mirent un terme à l’Ancien Régime et à la monarchie absolue. Après le Triennat modéré de 1837-1840 et le triomphe de l’armée gouvernementale dans la guerre carliste, les progressistes menèrent une révolution qui obligea Marie-Christine à prendre l’exil, la régence étant alors assumée par le général Espartero.
Contexte : fin du règne de Ferdinand VII et conflit de succession (1830-1833)
thumb|Portrait équestre de Ferdinand VII en 1821. Ainsi, comme au cours du Triennat libéral (1820-1823) s’était produite une scission des libéraux entre et , durant la seconde restauration de l’absolutisme ce furent les absolutistes qui se divisèrent entre et les […], qui défendaient la restauration complète de l’absolutisme, incluant le rétablissement de l’Inquisition que Ferdinand VII, sous la pression des puissances européennes, n’avait pas réinstitué après son abolition par les libéraux au cours du Triennat. Les ultras avaient dans le frère du roi, Charles de Bourbon , leur principal protecteur, raison pour laquelle on les appela quelquefois .
Pragmatique Sanction et naissance d’Isabelle Après la mort soudaine de sa troisième épouse Marie-Josèphe de Saxe le , le roi annonça quatre mois plus tard qu’il allait se marier de nouveau, avec la princesse napolitaine Marie-Christine de Bourbon-Siciles, sa nièce de moins âgée. Ils se marièrent par procuration le et le suivant, le monarque rendait publique la approuvée au début du règne de son père Charles IV qui abolissait le qui avait établi en Espagne la loi salique, qui interdisait aux femmes de prétendre à la succession au trône. Ainsi, Ferdinand VII s’assurait que, s’il parvenait enfin à avoir une descendance, son fils ou sa fille lui succèderait.
Début , un mois après la promulgation de la Pragmatique, la grossesse de Marie-Christine fut annoncée et le naquit une enfant, Isabelle II, si bien que l’infant Charles de Bourbon fut privé de la succession qui jusque-là lui incombait, à la grande consternation de ses partisans ultra-absolutistes, déjà désignés comme . Selon Juan Francisco Fuentes, . thumb|Francisco Cea Bermúdez, absolutiste , nouveau secrétaire du Bureau d’État à partir d’octobre 1832, après les événements de La Granja.
Événements de La Granja de septembre 1832
Les carlistes, qui furent pris par surprise par la publication de la Pragmatique de 1789, ne se résignèrent néanmoins pas à ce que la très jeune Isabelle devînt la future reine et tentèrent de profiter de l’occasion de l’aggravation de l'état de santé de Fernando VII . Son épouse la reine Marie-Christine, sous la pression des ministres et de l’ambassadeur du royaume de Naples ,, et trompée par ces derniers qui lui assurèrent que l'armée ne l'appuierait pas dans sa régence lorsque mourrait le roi, et cherchant à éviter une guerre civile comme elle l’assura postérieurement, influença son époux afin qu’il révocât la Pragmatique Sanction du . Le , le roi signa l’annulation de la loi salique. De façon inattendue, le roi retrouva toutefois la santé et destitua son gouvernement le . Le il annulait dans un acte solennel le décret dérogatoire qui n’avait jamais été publié mais que les carlistes s’étaient chargés de divulguer. Ainsi, la princesse Isabelle, âgée de deux ans, devenait de nouveau héritière au trône.
Gouvernement de Cea Bermúdez : réformes, amnistie et conflit Le nouveau gouvernement nommé le , mené par l’absolutiste réformiste Francisco Cea Bermúdez au poste de secrétaire du Bureau d’État, et dont les ultras avaient été écartés, prit immédiatement une série de mesures pour favoriser un rapprochement des libéraux modérés ; c’est ainsi que fut entamée une transition politique, qui se poursuivrait après la mort du roi lors de la régence de Marie-Christine. Les universités, fermées par le ministre Calomarde pour éviter la de la révolution de juillet en France rouvrirent et fut promulguée une amnistie qui permettait le retour en Espagne d'une bonne partie des libéraux exilés. De plus, le gouvernement créa le le nouveau Ministère de l'Équipement général du Royaume (), un projet qui avait rencontré le refus des pendant deux années. Enfin, le il destitua cinq capitaines généraux ultra-absolutistes partisans de l'infant Charles par d'autres adeptes du gouvernement, qui reçurent l'ordre de contrôler les volontaires royalistes.
Après leur mise à l'écart du pouvoir, les ultra-absolutistes, s'appuyant sur le corps des Volontaires royalistes, s’affrontèrent avec le nouveau gouvernement. Le frère du roi refusa de prêter serment d’allégeance à Isabelle comme princesse des Asturies et héritière au trône d’Espagne, raison pour laquelle le roi l'obligea à abandonner le pays. Ainsi, le , Charles de Bourbon et sa famille partirent au Portugal. Quelques mois plus tard mourait Ferdinand VII et commençait la première guerre carliste, guerre pour la succession à la couronne entre les partisans d'Isabelle et sa mère, et les , partisans de son oncle Charles.
Transition politique et guerre civile (1833-1835) Début de la guerre carliste
thumb|left|Figurine contemporaine (1834) de Marie-Christine portant dans ses bras Isabelle II. thumb|L’infant Charles de Bourbon, prétendant carliste. Le , Charles de Bourbon, frère du roi Ferdinand VII récemment décédé, s’auto-proclama roi d’Espagne sous le nom de Charles V, sans reconnaître sa nièce Isabelle comme nouvelle reine ni sa mère Marie-Christine de Bourbon-Siciles comme régente , ainsi que l’avait établi le testament du roi défunt. Don Carlos lança son appel depuis Abrantes, au Portugal, à travers le , dans lequel, après avoir manifesté sa douleur pour la mort de son frère et demandé , il affirme, , ne pas avoir pour ambition de prendre le trône (voir Manifiesto de Abrantes (1833) sur Wikisource en espagnol)..
Deux jours plus tard se produisit le premier soulèvement carliste à Talavera de la Reina (province de Tolède), mené par l’administrateur de Correos et les volontaires royalistes de la localité. Au cours des semaines suivantes, les partisans de Charles organisèrent des milices dans différentes zones, dont l’origine remontait souvent aux partidas realistas du Triennat libéral et aux milices ultra-absolutistes actives durant la Décennie abominable. Cependant, cette insurrection éparpillée, faisant usage des tactiques de la guérilla, devint une guerre civile après que tout au long de 1834 les milices devinrent une véritable armée, grâce à l’incorporation de militaires professionnels, parmi lesquels émergea rapidement la figure de Tomás de Zumalacárregui. Dès lors, le carlisme représenta une menace militaire rassemblant environ combattants et faisant face à environ de l’armée régulière .
Toutefois, la guerre carliste fut beaucoup plus qu’un simple conflit dynastique. Ce qui était en jeu était en réalité le type de régime politique et social qui devrait régir l'Espagne. Les rangs carlistes étaient formés des absolutistes , qui avaient surgi dans la dernière décennie du règne de Ferdinand VII tandis que les partisans d’Isabelle et Marie-Christine regroupaient les absolutistes , qui très vite, face à la persistance du soulèvement carliste , durent chercher l’appui des modérés, dont un grand nombre étaient revenus d’exil grâce à l’amnistie approuvée en , après les événements de La Granja.
Remplacement de Cea Bermúdez par Martínez de la Rosa — Statut royal de 1834
Immobilisme ou réformisme : Javier de Burgos et Martínez de la Rosa La régente Marie-Christine confirma dans son poste à la tête du gouvernement l’absolutiste réformiste Cea Bermúdez. Celui-ci devait poursuivre la politique de despotisme éclairé, pour éviter des changements politiques en profondeur qui mettraient fin au pouvoir absolu du roi et l’. Comme l’exprima la régente dans un manifeste, écrit par Cea et rendu public le : thumb|Gravure représentant Javier de Burgos. Face au virage immobiliste de Cea Bermúdez , Javier de Burgos, un afrancesado qui depuis le occupait le nouveau ministère de l’Équipement (), menait le secteur du gouvernement partisan d’aller plus loin dans l’ouverture politique et de mener à terme une qui démantèlerait certains éléments de l’ et qui, sans remettre en question les pouvoirs absolus de la Couronne, introduirait un certain système représentatif. De Burgos fut précisément à l’origine de la mesure la plus marquante de ce gouvernement, qui aurait de grandes répercussions historiques : la nouvelle division provinciale de l’Espagne, approuvée par décret royal le et qui qui serait à la base de la centralisation de l’État libéral dans le pays.
Il apparaissait de plus en plus évident que des réformes administratives seules ne suffiraient pas à faire face à la menace du carlisme , à cause notamment du déficit croissant dans le budget de l’État et l’augmentation de la dette publique. Le , le capitaine général de Catalogne, Manuel Llauder, dont la politique préventive de désarmement des volontaires royalistes avait retardé la participation de la région à la révolte carliste, envoya un manifeste à la régente en la pressant de destituer l’inopérant Cea Bermúdez, proposition qui fut appuyée par le capitaine général de Vieille-Castille, Vicente Jenaro de Quesada. Suivant ses recommandations, Marie-Christine destitua Cea le et le remplacé par le libéral modéré Francisco Martínez de la Rosa, qui maintint de Burgos à son ministère.
Ce fut précisément ce dernier qui, le nouveau gouvernement tout juste formé, commença la à travers les larges compétences de son ministère. Il mit ainsi en pratique le programme économique libéraliste qu’il avait défini fin 1833 dans les instructions aux sous-délégués de Fomento (futurs gouverneurs civils). Le , il promulgua un décret qui implantait la liberté d’industrie et supprimait le monopole de l’activité artisanale dont jouissaient les (corporations remontant à l’époque médiévale). Ces derniers furent maintenus dans un premier temps afin que ses membres puissent continuer de coopérer dans leurs activités ; certains de leurs aspects, comme l’apprentissage et les examens d’entrée furent maintenus. Les gremios furent définitivement dissous deux ans plus tard, après le triomphe de la révolution libérale. Un autre décret, du , établissait la liberté de commerce. Il fut précédé le 20 du même mois d’un autre qui mettait fin aux ordonnances qui limitaient l’activité des éleveurs. Toutes ces mesures répondaient aux .
thumb|left|Francisco Martínez de la Rosa, sur un tableau conservé à l’Athénée de Madrid.
Statut royal de 1834