Le Castel d’Andorte est une ancienne maison de plaisance située au , rue Raymond Lavigne au sein du parc de la Chêneraie au Bouscat, dans le département français de la Gironde, en région Nouvelle-Aquitaine.

Sur un terrain ayant appartenu aux seigneurs d’Illac depuis le , l’édifice actuel est commandé en 1785, par l’abbé Jean de Laborde, doyen du Chapitre Saint-Seurin de Bordeaux, à l’architecte François Lhote, sur les plans de l’architecte Victor Louis, célèbre pour avoir réalisé, notamment, le Grand-Théâtre de Bordeaux.

En 1845, le Joseph-Guillaume Desmaisons (1813-1900), médecin aliéniste élève d'Esquirol, fonde sur le domaine La maison de santé de Castel d'Andorte, un asile psychiatrique privé destiné aux patients aisés. L'arrivée en 1884 du Emmanuel Régis (1855–1918) contribue à la notoriété nationale et internationale de la maison de santé. En 1894, le Jean-Gaston Lalanne (1862-1924), docteur en sciences, psychiatre et préhistorien, devient directeur de la maison de santé et la transforme en un établissement doté des équipements les plus modernes pour l'époque. Il la transmet en 1924 à son gendre, le Pierre Charon, qui sera le dernier médecin-directeur de la maison de santé jusqu'à sa fermeture en 1968.

Le domaine est racheté par la commune en 1989, puis le parc de la Chêneraie est créé l’année suivante. Actuellement en cours de rénovation, après des années d'abandon, l’édifice et ses dépendances accueilleront un centre culturel.

Historique

Origines du lieu Pour comprendre l’origine du nom des lieux, il faut remonter au , le domaine est alors la propriété des seigneurs d’Illac, et se nomme, en raison de sa position élevée dans le paysage alentour, Hoc-Lou, signifiant Haut-Lieu.

Plus tard le domaine prend, du fait de son isolement, le nom de En Dorte, il est alors composé d’une modeste bâtisse fortifiée entourée de bois et marécages.

Du Moyen-Âge au En 1180, le Castel Endorte est élevé en seigneurie au profit d’Arnaud d’Illac, par Henri II, roi d’Angleterre et duc d’Aquitaine. La même année, il cède la forêt du Bouscat, voisine, au Chapitre Saint-Seurin de Bordeaux.

En 1270, la seigneurie passe par alliance, à la famille de Goth, qui s’en trouve par la suite dépossédé par le roi d’Angleterre, entre 1413 et 1458, à la suite d’une rébellion.

En 1459, la seigneurie est rendue à Jean de Goth, par Charles VII, roi de France, ayant reconquis l’Aquitaine en 1453. Jeanne de Goth, fille du précédent apporte la seigneurie en dot, à la suite de son mariage avec le baron de Samadat, ils en conserveront la propriété jusqu’en 1521, décédés sans descendance. La seigneurie revient par la suite à un proche parent, le seigneur de Vallier, qui la transmet à sa fille en 1545, Marthe de Vallier, et à son époux Arnaud de Ferron, conseiller au Parlement de Bordeaux.

En 1585, après la disparition des précédents, morts sans postérité, le domaine est acquis par Jeanne Larquier, qui s’en sépare cinq ans plus tard, en faveur de Pierre de Châlard, procureur. Le Chapitre Saint-Seurin, exhumant une obscure charte, prétend alors exercer un droit de suzeraineté remontant au temps du don réalisé par Arnaud d’Illac, débouchant sur un procès.

En 1611, Pierre de Châlard s’éteint, et le procès se poursuit alors avec son fils, Jean de Châlard, jusqu’en 1629, après plus de 50 000 livres de frais. Finalement, quelques années plus tard, ayant perdu son épouse et avant d’entrer dans les Ordres, il lègue à sa fille Catherine, fortune et biens. Néanmoins le roi Louis XIII, pour défaut d’hommage fait à sa personne, saisit féodalement le domaine à cette dernière et l’attribue par la suite, en échange d’une autre terre, à Pierre Duval, écuyer.

Ce dernier se retrouve également en procès avec le Chapitre, qu’il perd une première fois, puis le second, qu’il perd aussi dure jusqu’en 1664.

La famille Duval restera en procès avec le Chapitre, de génération en génération, jusqu’en 1781, année où, de guerre lasse, Étienne Duval de Lancre, cède le domaine à l’abbé Jean de Laborde, doyen du Chapitre Saint-Seurin.

Le domaine et l’édifice actuel Le domaine acquis par l’abbé Jean de Laborde comprend une série de bâtisses éparses et austères, n’ayant que très peu changée depuis le Moyen-Âge. Du fait de leur très mauvais état, il fait raser deux ans plus tard.

Dés 1784, il commande les plans du nouvel édifice à l’architecte Victor Louis, qui travaille alors à la conception du Grand-Théâtre de Bordeaux. C’est finalement un de ses élèves, l’architecte François Lhote, qui réalise la demeure, de 1785 à 1787.

L’abbé n’aura que peu de temps pour jouir de sa demeure, puisqu’en 1789, survient la Révolution et ce dernier choisit l'émigration. La demeure est alors confisquée comme bien national le (3 Prairial An III), puis vendue pour .

À son retour d’exil, l’abbé se voit proposé par l’acquéreur, une restitution du bien à son prix d’achat mais ce dernier refuse alors, et la bâtisse passe de mains en mains jusqu’au début du .

La maison de santé de Castel d'Andorte (1845-1968) En , le domaine est acquis par le Joseph-Guillaume Desmaisons du Pallans (1813-1900), docteur en 1838 de la Faculté de médecine de Paris, élève de l'aliéniste Jean-Etienne Esquirol. La mère de Desmaisons, Marie Gabrielle Guillotin, est la soeur du Joseph-Ignace Guillotin. Le Desmaisons créé sur le site un asile d'aliénés privé qu'il nomme la Maison de Santé de Castel d'Andorte. Il s'agit de la clinique psychiatrique privée de la Gironde, et d'une des premières de France. Cet établissement a pour vocation d'accueillir des patients issus des familles aisées de Bordeaux et ses environs, dont l'état de santé justifie une hospitalisation sans consentement (dite « placement volontaire ») selon la loi du 30 juin 1838, leur offrant ainsi une alternative à une hospitalisation dans un asile d'aliéné public. gauche|vignette|425x425px|Plan de la Maison de Santé de Castel d'Andorte Le fait procéder à des travaux d’agrandissement des communs. Des pavillons indépendants où des patients étrangers peuvent résider avec leurs proches et leurs domestiques sont construits dans le parc de sept hectares. La maison de santé ouvre après une autorisation accordée le . Initialement, elle accueille seulement huit aliénés, exclusivement des hommes. Trois places pour des femmes sont ouvertes le 25 septembre 1846. Le 8 août 1855, le nombre de pensionnaires pouvant être accueillis est porté à 40 aliénés (28 hommes et douze femmes). Dans les années qui suivent, dû à sa renommée, le nombre varie de 40 à 50 pensionnaires. Les prix de pension sont fixés à 1 800 francs par an après qu'une inspection en 1860 critique les trop grandes variations de prix allant de 900 à 3600 francs d'un pensionnaire à l'autre.

Le médecin-directeur et sa famille résident dans le Castel, où sont également localisés quelques appartements de patients. Les "divisions" des hommes et des femmes, distinctes, sont situées de part et d'autre, et comprennent un "quartier des agités" constitué de six cellules pour les femmes et douze pour les hommes.

En 1882, le Emmanuel Régis (1855–1918), qui a été formé dans la clinique de pathologie mentale et des maladie de l'encéphale du Pr Benjamin Ball (1833-1893) à l'asile Sainte Anne (Paris), accepte de prendre un poste de médecin à la maison de santé de Castel D'Andorte. Régis assure à la demande du Doyen Albert Pitres un cours libre sur les maladies mentales pour les étudiants de médecine, et devient en 1913 le titulaire de la chaire de clinique des maladies mentales à l'université de Bordeaux. Son arrivée contribue de manière notable à la notoriété de la maison de santé, dont certains pensionnaires sont de riches étrangers venant d'Espagne ou du Portugal. Le Pr Jean Abadie (1873-1946), qui succède en 1919 à Régis à la chaire des maladies mentales, a également une clientèle privée à la maison de santé.

vignette|Le Jean-Gaston Lalanne, médecin-directeur de la maison de santé Le Jean-Gaston Lalanne (1862-1924) succède en 1894 au Desmaisons en tant que directeur de l'établissement. Lalanne est alors docteur en sciences, mais pas encore docteur en médecine. Un médecin résident l'assiste dans la maison de santé jusqu'à ce qu'il obtienne son doctorat de médecine en 1897. En 1902, le nombre de pensionnaires autorisés est porté à 80 (50 hommes et 30 femmes). Le Lalanne modernise l'établissement : les nouveaux locaux incluent une pharmacie, un laboratoire de chimie biologique doté des appareils les plus récents, ainsi que des salles de balnéothérapie et d'électrothérapie. Il réalise avec le Pr Emmanuel Régis des travaux de recherche sur les pathologies psychiatriques à partir d'observations cliniques réalisées au sein de la maison de santé. Ces recherches portent notamment sur la paralysie générale, dont sont atteints près de la moitié des pensionnaires de la maison de santé. Lalanne et Régis identifient une contamination syphilitique dans 85% des cas de paralysie générale, étayant ainsi l'hypothèse, alors contestée, selon laquelle la syphilis est la cause probable de la paralysie générale.

Lalanne, qui a débuté sa formation scientifique par une thèse ès-sciences en botanique, conserve par la suite un intérêt marqué pour l'horticulture. Les cultures d'orchidées produites dans les serres du parc de Castel d'Andorte sont renommées, et les fleurs sont vendues à Bordeaux et Paris. Camille Ballet, le jardinier en charge des plantes exotiques, est également un botaniste reconnu, qui réussit pour la première fois en France métropolitaine la fécondation de la vanille.

En 1901, le poète espagnol Juan Jamón Jiménez (1881-1958), prix Nobel de littérature en 1956, séjourne six mois dans l'établissement après le décès de son père. Le Lalanne diagnostique une « hypersensibilité » et un « surmenage intellectuel ». Le parc de l’établissement est évoqué dans plusieurs poèmes de Juan Jamón Jiménez. Il quitte précipitamment la maison de santé après la découverte de sa liaison amoureuse avec la femme du Lalanne.

Pendant la Première Guerre mondiale, les Pitres et Régis de la faculté de médecine de Bordeaux dirigent le département de neuropsychiatrie de la , avec ouverture en août 1914 de salles réservées aux militaires dans l'asile d'aliénés de Bordeaux. Un hôpital temporaire est également ouvert dans la maison de santé de Castel d'Andorte, où sont accueillis des blessés de la bataille de la Marne.

Le Lalanne est médecin-directeur de la maison de santé jusqu'à son décès en 1924. Son gendre le Pierre Charon (1895-1897) lui succède en 1924. En 1925, un incendie détruit deux pièces du pavillon principal, des travaux de restauration sont engagés jusqu’en 1930. En 1965, la toiture et les façades du bâtiment principal sont inscrites aux monuments historiques. La capacité d'accueil est alors d'une centaine de lits. Le Charon reste à la tête de l’établissement jusqu’à sa fermeture le . Celle-ci s'impose au Charon, après l'échec de nombreuses démarches administratives, du fait de graves difficultés financières liées au fait que les prix de journées n'avaient pas été revalorisés . Huit jours après la fermeture, le Préfet de la Gironde fait part au Charon de son indignation concernant la fin brutale de prise en charge des patients hospitalisés, alors que le Charon avait organisé leur transfert dans les établissements psychiatriques de la région. Après la fermeture de la maison de santé, le domaine reste propriété de famille avant que la ville n’en fasse l’acquisition.

De nos jours En 1990, la municipalité transforme l’ancien parc en espace public, l’actuel parc de la Chêneraie. Depuis, les bâtiments restent plus ou moins inoccupés pendant une vingtaine d’années de plus.