Le Biennat progressiste (en espagnol : ) est la brève période de l’histoire politique contemporaine de l’Espagne s’étendant entre et , au cours de laquelle le pouvoir exécutif fut exercé par le Parti progressiste.
Succédant à une décennie de domination du Parti modéré, il se caractérise par des tentatives de réforme du système politique du règne d'Isabelle II visant à renforcer les caractéristiques propres d’un régime libéral, après l’échec des gouvernements précédents dans cette tâche.
Il commença avec la révolution de 1854, menée par le général modéré Leopoldo O'Donnell, et s’acheva avec la renonciation du gouvernement du général progressiste Baldomero Espartero.
Contexte: révolution de 1854 et fin de la Décennie modérée
Après la démission de Juan Bravo Murillo fin 1852, les trois exécutifs qui se succédèrent gouvernèrent par décret, ce qui fragilisait la Constitution de 1845. Les principales figures modérées, insatisfaites de la politique de ceux-ci, avaient été écartées par la reine mère, Marie-Christine de Bourbon, qui exerçait de fait le contrôle dans le rang du parti. Ainsi, Francisco Martínez de la Rosa, Alejandro Mon y Menéndez et Leopoldo O'Donnell, figures de poids désireuses de former un gouvernement qui restaure la confiance dans la monarchie sans rester dans les mains du Parti progressiste, étaient exclues de toute possible initiative.
En , les premières protestations de rue se produisirent à Saragosse, qui s’étendirent jusqu’en juillet à toute l’Espagne. Le , le général O'Donnell, qui était resté caché à Madrid durant les persécutions contre les libéraux et différents secteurs modérés, se joignit à différentes troupes et affronta l’armée fidèle au régime à Vicálvaro. Ce pronunciamiento, qui exigeait un gouvernement nouveau et la fin de la corruption, reçut le nom de (qu’on pourrait traduire par ). Pour le mener, O'Donnell bénéficia du soutien de la France et du Royaume-Uni, à travers leurs ambassades respectives... Ce pronunciamiento fut le résultat du rapprochement entre les modérés du général Narváez, les modérés et les progressistes, et fut motivé par le rejet de la violation des usages parlementaires de la part de la Couronne. Ils formèrent un comité électoral pour présenter des candidatures conjointes aux élections, dont l’objectif était la conservation du régime représentatif qu’ils considéraient en danger. Les « puritains » Antonio de los Ríos Rosas et Joaquín Francisco Pacheco entrèrent en contact avec plusieurs militaires proches de leurs idées ou progressistes pour organiser un pronunciamiento et ainsi obliger la reine Isabelle II à remplacer le gouvernement du comte de San Luis par un autre d’.
thumb| Luis José Sartorius, comte de San Luis.
Le pronunciamiento fut lancé par O'Donnell le , mais la bataille avec les troupes fidèles au gouvernement dans la localité de Vicálvaro, près de Madrid, fut indécise, si bien que les forces d’O'Donnell se retirèrent vers le sud, errant dans La Manche et se dirigeant vers le Portugal, dans l’attente que d’autres unités militaires se joignent au mouvement. Cela ne se produisant pas, les conjurés, qui étaient entrés en contact avec le général Serrano, précisèrent leur programme libéral dans le but de susciter l’union de l’opposition au gouvernement, mobiliser la population civile du pays et augmenter la pression sur la reine, à travers le manifeste de Manzanares, rédigé par Antonio Cánovas del Castillo, avec les conseils du général Serrano, et rendu public le : ce manifeste promettait la à travers l’approbation d'une nouvelle loi sur la presse et une nouvelle loi électorale, la convocation du Parlement, la décentralisation administrative et le rétablissement de la Milice nationale — des revendications classiques du Parti progressiste.
C’est alors que commença la deuxième phase de ce qui serait nommé plus tard la , sous l’impulsion des progressistes et des démocrates, qui commencèrent l’insurrection le à Barcelone et le à Madrid, et secondée en d’autres lieux, où des juntes furent également constituées, comme Alzira, Cuenca, Logroño, Valence Saragosse. À Madrid, la vie de la reine mère Marie-Christine de Bourbon elle-même fut mise en danger, l’obligeant à chercher refuge.
thumb|Le général Baldomero Espartero. Face à la dégradation de la situation, Isabelle II destitua le le comte de San Luis et le remplaça par le général Fernando Fernández de Córdova. Celui-ci forma un gouvernement réunissant des modérés puritains et progressistes, mais il céda deux jours plus tard la présidence au duc de Rivas, qui ne dura à nouveau que deux jours lui-même. La révolte populaire, avec Madrid rempli de barricades le , empêcha les militaires insurgés O'Donnell et Serrano d’accepter le compromis offert par le gouvernement. Le duc de Rivas tenta de réprimer le soulèvement populaire , pendant qu’il attendait le retour des troupes qui étaient sorties de la capitale.
Finalement, la reine, peut-être sur le conseil de sa mère, se décida à appeler le général progressiste Baldomero Espartero, retiré à Logroño, pour qu’il forme un gouvernement, tout en demandant à O'Donnell de rentrer à la cour. Espartero accepta en échange de l’exigence de la convocation de Cortès constituantes, que la reine mère réponde des accusations de corruptions et qu’Isabelle publie un manifeste reconnaissant les graves erreurs commises. La reine accepta toutes ces conditions et publia le un manifeste adressé au pays, dans lequel elle affirmait sa aux idées du .
Le , Espartero faisait son entrée triomphale à Madrid, acclamé par la foule et fit des embrassades avec son ancien ennemi, le général O'Donnell, marquant le début du Biennat progressiste.
Déroulement Nouveau gouvernement et première mesures Seulement deux jours après son entrée triomphale à Madrid, le général Espartero forma un gouvernement, dans lequel le général O'Donnell exigea pour lui-même le ministère de la Guerre. Le modéré puritain Joaquín Francisco Pacheco prit en charge le portefeuille de l’État, le reste des ministères étant attribué à des figures mineures des modérés puritains et des progressistes .
La première mesure prise par le nouveau gouvernement supposa la première désillusion pour ceux qui avaient participé à l'insurrection populaire, étant donné que les juntes révolutionnaires provinciales furent transformées en organismes consultatifs et les mesures qu’elles avaient approuvées furent suspendues, en particulier l’abolition des , qui furent rétablis face à l’impossibilités de les remplacer par d’autres impôts. La seconde déception se produisit le , lorsque les manifestations d’ouvriers des travaux publics qui demandaient une hausse de salaire et l’interdiction du travail au forfait (qui s’opposait au travail à la journée) fut réprimée par la Milice nationale restaurée, dont la mission était désormais de défendre le . La troisième déception arriva le , lorsque le gouvernement ne remplit pas son engagement de juger la reine mère et la laissa quitter le pays sous prétexte d’ avec son mari Agustín Fernando Muñoz y Sánchez pour se rendre au Portugal. Lorsque les démocrates tentèrent de se soulever pour protester, la Milice nationale intervint de nouveau, les désarma et les fit emprisonner.
Cortès constituantes et débat sur la nouvelle Constitution
Le gouvernement tint sa promesse de convoquer des élections à Cortès constituantes, qui furent célébrées selon la loi électorale de 1837, qui augmentait considérablement le nombre d’électeurs, passant de à près de . De plus les districts uninominaux de la loi de 1846 furent remplacés par les districts provinciaux. Les élections se tinrent en octobre et se soldèrent par une victoire pour les candidats du gouvernement rassemblés dans une dénommée formée des modérés puritains, au sein desquels se détachait un jeune Antonio Cánovas del Castillo, et les progressistes tempérés, menés par Manuel Cortina. Les groupes d’opposition étaient formés à droite par les modérés et à gauche par les démocrates, pour leur part menés par Salustiano de Olózaga, Pedro Calvo Asensio et un jeune Práxedes Mateo Sagasta.
Les sessions des Cortès constituantes s’ouvrirent le et tout de suite commença le débat sur la nouvelle Constitution qui devait remplacer celle de 1845. L’approbation d’une timide tolérance religieuse suscita les protestations des évêques espagnols et la rupture des relations avec le Vatican, qui s’aggravèrent encore lorsque fut approuvée la loi de désamortissement générale civile et ecclésiastique . Les pressions de la hiérarchie catholique parvinrent jusqu’à la reine à qui l’on dit qu’elle irait en enfer si elle sanctionnait la loi. Finalement, Isabelle II se résolut malgré tout à le faire par crainte de perdre la Couronne et la loi fut promulguée le . Ce fut alors qu’apparurent quelques groupes carlistes, encouragés par les protestations cléricales. La proposition des démocrates d’approuver une véritable liberté de culte fut rejetée par les autres groupes de la Chambre. Leur proposition d’établir une éducation primaire gratuite et le suffrage universel (masculin) ne furent également pas acceptées.
Grève générale en Catalogne (1855)
Un des plus graves problèmes auxquels dut faire face le gouvernement d’Espartero fut l’augmentation de la conflictualité ouvrière en Catalogne, et plus particulièrement à Barcelone, comme le mit en avant le . À la différence du reste de l’Espagne, la révolution de 1854 avait eu dans la région une importante participation ouvrière, et la nouvelle de l’accession au pouvoir du général Espartero fut reçue avec joie parmi les classes populaires. Grâce aux nouvelles libertés acquises et à la relative tolérance du gouvernement, les associations ouvrières proliférèrent, dont trente en vinrent à former une Junte centrale. Mais le nouveau capitaine général de Catalogne, Juan Zapatero y Navas , mit fin à la tolérance et entama une politique de répression du mouvement ouvrier incluant la condamnation à mort et l’exécution du dirigeant ouvrier José Barceló, accusé d’un supposé délit de vol avec assassinat. Le , il interdit les associations ouvrières et annula les conventions collectives entre patrons et travailleurs, qui avaient régulé le monde du travail depuis que les ouvriers du secteur textile avaient commencé leur lutte contre l’utilisation des machines à tisser selfactinas. De même, il fit emprisonner et déporter de nombreux dirigeants ouvriers et républicains afin de tenter de mettre fin aux grèves et aux problèmes posés par les ouvriers.
En réponse, les ouvriers déclarèrent une grève générale qui commença le , la première de l'histoire de l'Espagne. La grève générale de 1855 s’étendit dans toutes les zones industrielles de la Catalogne, où apparurent des drapeaux rouges avec le slogan . Les grévistes ne revinrent au travail que lorsqu’Espartero mandata à Barcelone un représentant personnel qui leur demandait de lui faire confiance, car il était . Alors, les associations ouvrières élaborèrent et envoyèrent à Madrid un écrit intitulé , dans lequel ils demandaient la régulation des relations du monde du travail à travers une loi des associations ouvrières, soutenu par signatures à travers le périodiques ouvrier qu’ils avaient fondé à Madrid, El Eco de la Clase Obrera ().
Crise de subsistance