La synagogue de Reichshoffen, commune française située dans la circonscription administrative du Bas-Rhin, canton de Reichshoffen, arrondissement de Haguenau-Wissembourg et, depuis le , dans le territoire de la Collectivité européenne d'Alsace, en région Grand Est.
Reichshoffen fait également partie de la Communauté de communes du Pays de Niederbronn-les-Bains et est par ailleurs membre du parc naturel régional des Vosges du Nord.
Elle est à au nord de Strasbourg, entre Haguenau et BitcheLes communes du parc, à la frontière entre la forêt des Vosges du Nord et les vergers qui ouvrent sur la plaine d'Alsace.
Éléments historiques Situation et évolution de la propriété Le bâtiment situé et le terrain qui l’entoure (Cadastre : Section 4 – Parcelle 99) appartient au Consistoire israélite du Bas-Rhin comme de nombreux bien dont il a la charge depuis Napoléon Ier. Un décret daté du a autorisé le consistoire israélite à ratifier l’acquisition faite le d’un terrain destiné à la construction d’une nouvelle synagogue. La réception de la synagogue a lieu le .
Cet édifice, datant de la fin de la Deuxième République, succède à une autre antique « shülle » (maison d’étude et de prière en judéo-alsacien) datant probablement des années 1770, devenue trop petite et qui se trouvait au n°4, rue des juifs. Le bâtiment, incendié en 1862, est aujourd'hui le fournil de la Boulangerie KrebsVictor Krebs, de la boulangerie du même nom à Reichshoffen, a participé à l’émission La meilleure boulangerie de France.
La synagogue, située au sud-est de la ville, discrète dans sa rue éponyme D’JuddeschülleUn parlé qui s’éteint : le judéo-alsacien. Elle constitue probablement le premier exemplaire connu de style néo mauresque avec ses ouvertures géminées à arcs outrepassés inscrites dans les ogives gothiques. Sa situation en retrait, dans un jardin à l’abri des regards d’une rue ancienne du vieux Reichshoffen, en fait l’héritière directe des synagogues cachées de l’Ancien Régime.
La construction de la synagogue et son inauguration en août 1852
Le terme «hispano-mauresque» recouvre les formes prises par l'art musulman, cet art s'inspire du plan rectangulaire syrienLa synagogue de style néobyzantin de Reichshoffen, Les Dernières Nouvelles d’Alsace. L’emploi du style néo-mauresque est censé rappeler une symbiose andalouse mythique, mais le caractère orientalisant reste limité (forme légèrement outrepassée des baies et des portesDescription de Claire Decomps, Synagogue de Reichshoffen, Historique, Description, Décor et Mobilier.
À l'intérieur une grande salle de prière déploie un nombre considérable d'arcs outrepassés en fer à cheval censés mieux représenter le judaïsme mais qui témoignent aussi de la vogue architecturale de l'époque. Albert Haas, architecte départementalL'institution des architectes départementaux et municipaux et la concurrence des ingénieurs, en France, au , par Anne Langlet et Marie-Josèphe Lussien Maisonneuve, Revue du Nord, Année 2000 335-336 pp. 487-500 est l'un des précurseurs de ce style orientaliste avec la synagogue de Reichshoffen en 1852Apparition des édifices de style hispano-mauresque.
De l'ancienne synagogue du , transformée en fournil et logement, subsiste une partie du gros-œuvre avec gouttereau sur rue, actuellement mitoyen de part et d'autre. On reconnaît de l'élévation primitive de la nef le socle, les chaînes d'angle, le bandeau en grès et 3 baies, remaniées, en arc segmentaire.
La synagogue est datée de 1851-1852SynagogueReichshoffen et les Juifs : un demi-millénaire d'histoire, par Raymond Lévy, et a été réalisée selon les plans d’Albert Haas, architecte départemental. Mais il ne sera pas le maître d’œuvre pour sa construction car il est révoqué pour raisons politiques par le préfet WestLes réalisations d’Albert Haas Albert Haas (1803-1864), architecte départemental de l'arrondissement de Wissembourg, est chargé du projet. Fils de Jean-Valentin Haas (1766-1833), l'ancien directeur de la forge de Zinswiller puis des Forges du Bas-Rhin, et ami des De Dietrich, Albert a passé son enfance à Zinswiller et à Niederbronn. Il est nommé par le préfet Sers à Wissembourg en 1840. Les plans de réception de la synagogue seront dressés le par le successeur d'Albert Haas, l’architecte de l’arrondissement de Wissembourg, Alexandre MatuszinskiCharles « Alexandre » Matuszynski dans le "style Haas".
La synagogue a conservé toutes ses dispositions et son décor d’origine (verrières, peintures, ferronnerie, huisseries…Notamment dans ce mobilier la marque permanente de l’usine De Dietrich : fontaine d’ablution ou gissel bricolée à partir d’un bain-marie de cuisinière, sorte de chandelier remployant des pieds de machines à coudre, clôture de chœur utilisant divers garde-corps en fonte et un modèle de table de jardin retrouvé dans un catalogue de la firme. Seul le plafond a été remplacé et une partie de son mobilier.
Elle a été construite en grès avec porche et petite abside rectangulaire pour l'Aron et arcs outrepassés qui lui donnent cet aspect néo-mauresque complètement nouveau pour l’époque, sans doute une première dans l’histoire des synagogues d’Alsace.
La synagogue se compose d'un petit porche, l'élévation intérieure comporte un vaisseau, galerie unique dans la salle de prière, et d'une partie annexe accolée à la nef.
Les murs extérieurs pierre de taille et moellons , en grès enduits, avec des fenêtres de style oriental, et des vitraux (verres géométriques).
La partie saillante est constituée de deux niveaux d'élévations sur la face principale. Le premier percé d'une porte à arc outrepassé, encadrée d'une baie à arc outrepassé. Le second, de trois oculus. La face latérale nord est percée d'une porte de même type.
Les murs latéraux à deux niveaux d'élévation sont percés au premier niveau, d'une série de quatre baies doubles à arc outrepassé, chacune surmontée d'un oculus.
La couverture en tuiles plates (biberschwantz) en queue de castor de la nef est à deux pans.
Le mikvé, bain rituel juif, est situé au n° 2 de la rue de la Fontaine, anciennement Heckersbrunnengass, à côté de l'auberge « Au Canon ».
Le patrimoine mobilier Le mobilier de la synagogue Le mobilier de la synagogue , Les deux tableaux en bois décorés de moulures dans le style néo-gothiqueSitués face aux fidèles, ils mettent en exergue, en lettres dorées peintes sur fond rouge-bordeaux, à droite en hébreu et à gauche en français, la "Prière pour la République et le Peuple Français", texte est bien celui en usage sous la Seconde République, que l'on récite pendant l'office du Shabat et des fêtes. Ces tableaux sont exceptionnels en France car la seule autre synagogue ayant mis en valeur cette prière au mur est celle de Toul. Sefer Torah, ou plus exactement rouleau de Torah. Plaque de Torah, main de lecture plaque de Torah, Tronc de synagogue : main tendue tronc de synagogue , Chandelier de synagogue (chandelier à sept branches) chandelier de synagogue ,
Histoire de la communauté juive En 1681, Louis XIV crée un rabbinat d’Alsace, calquant les institutions du judaïsme alsacien sur celles de la communauté de MetzPrincipes et applications de la politique de Louis XIV à l'égard des Juifs d'Alsace. Les lettres patentes du accordèrent aux juifs d'Alsace la protection royale, qui semblait se substituer à la précédente tutelle impériale.
En 1784, le pouvoir royal ordonne un dénombrement général des Juifs en AlsaceLe dénombrement des Israélites d'Alsace (1784), par Gabriel Hemerdinger. Revue des études juives. Année 1901 42-84, ] qui atteste la présence de Juifs à Reichshoffen, Gundershoffen…
Après l’émancipation des Juifs par le vote de l'Assemblée constituante en 1791 au début de la Révolution française, de nouveaux cimetières israélites ont été créés, dont celui de Gundershoffen. Cela s'est traduit dans les années 1850, notamment en Alsace-Moselle, par l'ajout sur les stèles, généralement au verso, de la mention en langue française du nom et de la date de décès.
De 1791 à 1914, on a érigé 90 synagogues dans le Bas-Rhin, et 246 dans toute la France. C'est la période que Dominique Jarrassé appelle fort justement "L'Age d'Or des Synagogues". Ce n'est évidemment pas un hasard, mais la résultante directe de l'émancipation de 1791.
En 1861, les 3 villes accolées Niederbronn-les-Bains, Reichshoffen et Gundershoffen comptabilisent 612 juifs, avec Oberbronn 770 juifs.
15 ou 16 synagogues existaient dans le canton de Reichshoffen, mais 8 synagogues ou bâtisses seulement subsistent de nos jours et 3 cimetières juifs Histoire des 16 synagogues dans le canton de Reichshoffen ; Histoire des juifs (Synagogues en Alsace)L’histoire de la ville de Reichshoffen ; Mémoire juive de Reicshoffen ; Histoire d'une famille juive de Reichshoffen, en 1939/45 (mai 2005) ; Histoire des Juifs dans le canton ; Les 15 synagogues du Canton de Reichshoffen.
La présence de la communauté juive de Reichshoffen est attestée dès 1473 : un manuscrit en hébreu intitulé Les Mémoires d'Ascher Lévy à Reichshoffen 1598-1635, traduit en allemand par le document Ginsburger en 1913, évoque les atrocités en 1633 qui frappaient les juifs et les non-juifs.
Une nouvelle synagogue est construite au , afin de suppléer à un premier édifice, situé rue des Juifs. Une étude israélite ouvre ses portes pour répondre aux demandes de la communauté juive.
La défaite de 1870 provoqua l'exode des Juifs vers la " Vieille France ".
Dans leur haine raciale, les Nazis voulurent effacer toute trace de présence juive à Reichshoffen. La synagogue fut vandalisée et il y eut même une tentative, heureusement ratée, d'incendie de la synagogue par la Wehrmacht.
La façade sud porte des impacts de balles.
Les Juifs de Reichshoffen ont donc payé un énorme tribut à la barbarie nazie. Treize personnes sont assassinées à Auschwitz, après avoir passé par les Camps de Drancy et Beaune-la-Rolande de 1942 à 1944. René Weil, est mort pour la France, fusillé par les nazis en 1944 en Dordogne. René Kern est tombé au combat lui aussi en 1944 en DordogneLa déportation des Juifs de Reichshoffen.
Reichshoffen se distingua aussi par l'héroïsme de ses Résistants et en tant que « passeurs » liés aux nombreux réseaux de résistance, dont plusieurs furent assassinés au camp de concentration de Natzweiler-Struthof.
En 1780, date de la construction de la première synagogue, ce lieu de culte juif, compte huit familles israélites, soit 38 personnes.
122 communes du Bas-Rhin comptaient des habitants juifs en et au printemps 1808.
114 communes disposaient d’un registre de prise de nom des juifs en 1808 dont GundershoffenAutour des registres de prise de nom des juifs : Dénombrement et recensements nominatifs des juifs dans les communes du Bas-Rhin au début du . On a recensé 29 individus dans la commune, et 39 personnes en 1809Les communautés du Bas-Rhin en 1809, par Moché Catane. Revue des études juives. Année 1961 120. L'état de la population juive d'après la liste des communautés .
A Reichshoffen, le Registre de prises de noms de 1808Décret sur les noms des juifs du 20 juillet 1808 est toujours consultable à l'Hôtel de Ville et sur le site de la Direction des du Bas-RhinAutour des registres de prise de nom des juifs : Dénombrements et recensements nominatifs des juifs dans les communes du Bas-Rhin au début du , Eric Syssau Juin 2012 (bibliographie ajoutée en ). Il mentionne 52 noms d'adultes, parmi lesquels : 37 hommes, 12 veuves et 3 femmes seules ; 24 hommes et 9 femmes ont signé en caractères hébraïques (63%) ; 13 hommes et 1 femme ont signé en caractères latins germaniques ; 5 femmes ont signé d'une marque (autre que la croix) ; Les prises de noms des enfants mineurs sont indiquées par le père ou la veuve.
Les sites consistoriaux subsistants, dont l'histoire est reliée à la synagogue de ReichshoffenLe territoire d’ASHERN : Le cimetière israélite de Gundershoffen.