thumb|Photographie de la reine Isabelle II vers 1860. La crise finale du règne d’Isabelle II est la quatrième et dernière période du règne d’Isabelle II d’Espagne selon une division commune dans l’historiographie. Elle commence en avec la chute du gouvernement de l’Union libérale du général Leopoldo O'Donnell et termine avec la révolution de 1868 qui mit fin à la Monarchie des Bourbon, avec l'exil de la reine et le début d’une nouvelle étape de l’histoire politique contemporaine de l’Espagne, le Sexenio Democrático (, 1868-1874).
Contexte : chute d’O'Donnell
À partir de 1861, la cohésion interne du parti qui soutenait le gouvernement O’Donnell commença à s’affaiblir en raison du manque d’une claire base idéologique, ses actions étant essentiellement basées sur la communauté d’intérêts. La signature en 1861 du traité de Londres par lequel l’Espagne s’engageait dans l’expédition du Mexique avec le Royaume-Uni et la France avait déjà suscité un vif débat au Parlement sur la constitutionnalité de l’accord dans lequel certains députés de l’Union libérale n’avaient pas soutenu le gouvernement. Le fractionnement du parti gouvernemental apparut également lorsque fut votée le une motion de confiance au gouvernement à laquelle environ 80 députés refusèrent d’apporter leur soutien, parmi lesquels un des fondateurs de l’Union libérale, l’ancien ministre Ríos Rosas, qui comme les autres unionistes dissidents critiquaient le style personnaliste du gouvernement d’O’Donnell. Peu à peu ce groupe s’élargit à des figures importants au sein du parti comme Antonio Cánovas del Castillo, Alonso Martínez ou le général Concha. D’autres personnalités se joignirent au secteur critiques, comme Alejandro Mon et les anciens progressistes menés par Manuel Cortina et le général Prim, qui finirent par réintégrer les rangs du Parti progressiste. thumb|Le général Leopoldo O'Donnell. De même émergea l’opposition des progressistes , comme cela apparut en lorsque le leader progressiste Salustiano de Olózaga dénonça devant les Cortès l’influence de la camarilla cléricale de la reine qu’il accusait d’exercer une énorme influence sur le gouvernement d’O’Donnell, empêchant par exemple la reconnaissance par l’Espagne du royaume d'Italie car il était en conflit avec le pape de Rome, et d’être responsable du fait que les progressistes soient exclus du gouvernement par la Couronne. Son discours s’acheva avec une phrase célèbre :
Vers le même moment commencèrent à émerger les dénonciations de corruption. Combinées à la pression de Napoléon III pour que le gouvernement condamne la conduite du général Prim qui avait ordonné unilatéralement le retrait du contigent espagnol dans l’expédition du Mexique, elles finirent par provoquer une crise de gouvernement à la mi-.
Début , O’Donnell demanda à la reine la dissolution des Cortès, qui étaient ouvertes depuis 4 ans, afin de disposer d’un parlement plus favorable en mettant fin à la dissidence qui était apparue au sein de l’Union libérale. Mais Isabelle II refusa, notamment en raison de l’opposition du gouvernement à ce que la reine mère Marie-Christine de Bourbon revienne en Espagne. O’Donnell présenta alors sa démission, qui fut acceptée par la reine, marquant la fin du de l’Union libérale.
Retour des modérés au pouvoir (1863-1865) Gouvernement Miraflores et retrait des progressistes Pour décider de qui remplacerait O'Donnell, la reine convoqua au palais le président du Congrès des députés, Diego López Ballesteros, et celui du Sénat, Manuel Gutiérrez de la Concha, qui lui conseillèrent de nommer un progressiste à la tête d’un nouveau gouvernement. La reine accepta la proposition mais lorsqu’elle s'entretint avec une commission du Parti progressiste incluant le Manuel Cortina et le Pascual Madoz, ceux-ci ne donnèrent aucun nom pour présider l'exécutif et lui demandèrent du temps pour réorganiser le parti. Les deux secteurs progressistes se réunirent le pour réunifier le parti devant l’imminence de son entrée au gouvernement. Lors de la réunion, on envisagea le général Juan Prim, qui maintenait d’excellentes relations avec la reine et qui avait de plus été l’homme politique progressiste qu’O’Donnell lui-même avait proposé à Isabelle II pour le remplacer.
Néanmoins la reine ne trouvait aucune figure politique volontaire pour prendre la tête du gouvernement avec un Parlement où l’Union libérale avait la majorité, sachant qu’elle ne pouvait octroyer le décret de dissolution des Cortès car elle l'avait déjà refusé à O'Donnell, ce qui aurait causé la démission de ce dernier. Elle fut ainsi contrainte de faire appel à l'ancien modéré, le marquis de Miraflores, afin qu’il gouverne avec les Cortès telles quelles. Comme cela était prévisible, Miraflores du faire face à une forte opposition parlementaire, ce qui l’amena à suspendre les sessions du Parlement le , avant de finalement obtenir de la reine le décret de dissolution à la mi-. thumb|Salustiano de Olózaga. Miraflores se réunit avec le leader progressiste Salustiano de Olózaga, à qui il offrit entre 50 et 70 députés aux Nouvelles Cortès, qui auraient une majorité modérée et unioniste, mais Olózaga, . Miraflores avait posé comme condition à la concession d’autant de députés le renoncement des progressistes à la Milice nationale et au principe selon lequel le pouvoir législatif incomberait exclusivement au Parlement, et non au comme le stipulait la Constitution de 1845, ce qu’Olózaga refusa.
Le ministre du Gouvernement Florencio Rodríguez Vaamonde envoya alors des circulaires aux gouverneurs civils dans lesquelles, afin d´éviter que les progressistes obtiennent plus de sièges que ceux qu’avait pensé lui le gouvernement, le droit de réunion était exclusivement restreint aux personnes ayant le droit de vote . Ces circulaires ordonnaient également que la police exerce l’ du gouvernement pour que soient élus les candidats qui avaient sa préférence. Elles provoquèrent la rupture entre progressistes et modérés, rendant impossible la possibilité d’une alternance pacifiée des deux partis à la présidence du gouvernement. Le , un groupe de progressistes protestait publiquement contre les circulaires et annonçait qu’ils renonçaient à se réunir, et en attribuèrent la responsabilité des conséquences au gouvernement. Le général Prim s’entretint avec la reine à trois occasions afin de faire pression sur l'exécutif pour qu’il retire les circulaires, et sur la reine pour qu’elle les rectifie, mais il échoua, si bien que le comité central du Parti progressiste réuni le décida de retirer ses candidats des élections, ce qui affecta grandement la légitimité du Parlement issue de ces dernières.
Retour de Narváez thumb|left|Portrait d'Alejandro Mon par José Casado del Alisal. Le gouvernement Miraflores ne dura que 10 mois, jusqu’au . La raison de sa brièveté fut l’absence de soutien de la part des factions qui constituaient le Parti modéré, si bien que lorsqu’il présenta devant les Cortès son projet de réforme de la Constitution de 1845 , il ne reçut pas l’appui de son propre parti. À Miraflores succéda Lorenzo Arrazola, qui se présenta au Parlement comme le représentant du mais son gouvernement ne resta en fonctions que 40 jours. Il chuta car plusieurs ministres choisirent de démissionner plutôt que céder à la pression du roi consort François d'Assise de Bourbon qui souhaitait la signature d’une concession de chemin de fer au financier José de Salamanca, dont il allait recevoir une importante commission. La reine choisit pour lui succéder le vétéran modéré Alejandro Mon. À la suite de cette décision, les progressistes se sentirent trahis, la Couronne leur ayant promis de les appeler pour former un gouvernement. Lors du banquet organisé le , qui réunit trois-mille personnes, fut adopté le slogan (), exprimant que s’ils n’accédaient pas au gouvernement ils maintiendraient leur retrait du Parlement. À cette occasion, Práxedes Mateo Sagasta parla de ().
Le gouvernement d’Alejandro Mon intégrait des modérés et des unionistes, si bien qu’il avait une base parlementaire plus large que les deux exécutifs précédents, en dépit de quoi il ne se parvint à se maintenir au pouvoir que 6 mois, jusqu’à ce qu’en les ministres de l’Union libérale démissionnent afin de provoquer sa chute. Sa seule mesure importante fut l’approbation d’une nouvelle loi sur l’imprimerie, qui remplaça celle de Cándido Nocedal et fut rédigée par Antonio Cánovas del Castillo, dans laquelle était placée sous juridiction militaire les articles de presse qui .
Selon Juan Francisco Fuentes, . Des années plus, tard, l’écrivain Juan Valera décrivit ainsi la situation politique d’alors : . thumb|Le général Ramón María Narváez.
Le , la reine nomma finalement le général Narváez, seul politique qui pouvait réunir derrière lui un Parti modéré très divisé, afin qu’il forme, pour la sixième fois, un gouvernement . Il est fort probable que la décision de la reine de nommer Narváez fût influencée par la reine mère Marie-Christine de Bourbon, qui pensa qu’il était capable de mettre fin au retrait des progressistes en annulant les circulaires restrictives du droit de réunion et en leur promettenat des élections propres . Selon Jorge Vilches, Marie-Christine en vint à s'entretenir avec le général Espartero afin qu’il infléchisse la posture des progressistes, sans succès, et tenta même de faire en sorte que la reine Isabelle II renvoie la camarilla cléricale de son entourage , mais elle essuya un refus de sa fille.
Narváez poursuivit la politique conciliatrice des gouvernements antérieurs . Pour ce faire, il négocia avec O’Donnell l’alternance au pouvoir entre modérés et unionistes et prit quelques mesures d’ouverture, comme le maintien des fonctionnaires à leurs postes ou une amnistie pour les délits d'opinion, afin que les progressistes reviennent au Parlement.
Toutefois, lorsque Narváez convoqua des élections les progressistes choisirent de maintenir leur posture, affirmant qu’ils n’en changeraient que si la reine les appelait pour former un gouvernement, répétant le qu’ils avaient ratifiés en octobre à Madrid dans une assemblée des comités provinciaux du parti, au cours de laquelle 61 représentants s’étaient exprimés pour le retrait, et seulement 4 contre. La politique de retrait rapprocha les progressistes avec le secteur libéral-démocratique du Parti démocrate mené par Emilio Castelar et qui défendait l’abstention de son propre parti et l’alliance avec les progressistes pour .
Narváez réagit en mettant fin rapidement à la politique de conciliation et se rapprocha de postures autoritaires, ce qui radicalisa encore davantage les progressistes, de plus en plus favorables à la méthode de l'insurrection et à un véritable régime démocratique, par exemple en développant un discours clairement anti-dynastique. Le progressiste Carlos Rubio déclara en 1865 : . thumb|Portrait de .
Un autre problème auquel dut faire face le gouvernement de Narváez fut la question romaine car Isabelle II s’opposait à l’intention du gouvernement et à toute la classe politique libérale de reconnaître le nouveau royaume d'Italie, en conflit avec la papauté à cause de l’ des États pontificaux par la monarchie italienne unifiée. .
« Nuit de la Saint-Daniel » et chute de Narváez