Willy Aeschlimann (1879-1971) est un écrivain, éditeur, imprimeur, calligraphe, conférencier et homme politique genevois. Il est le père de l'écrivain Jacques Aeschlimann et le petit-neveu de James Fazy. Il est le créateur et l'auteur principal de lAlmanach du Vieux-Genève, publié entre 1923 et 1970Archives de la Ville de Genève, cote BAVG HP 1.. Il a donné plus de 400 conférences sur l'histoire genevoise et suisse, notamment sur le , ainsi que 52 chroniques historiques radiophoniques. Il cofonda la société littéraire et théâtrale La VeilléeJournal de Genève, 30 juillet 1971, p. 10., le Cercle de la Presse (devenu Cercle des Amitiés Internationales), le Cercle franco-suisse et l'Union commerciale genevoise et fut membre du comité de l'Association de la presse genevoise, ancêtre de l'actuelle Association genevoise des journalistes, pendant 40 ans. Il est enterré au cimetière des Rois à Genève.

Biographie

Enfance, scolarité et pratique du théâtre Willy Aeschlimann naît le 27 juillet 1879 à Bâle, où sa mère était de passage. Son père est Wilhelm (Guillaume) Aeschlimann (1842-1885), originaire de Morat (dans le canton de Fribourg) et de Langnau im Emmental (dans le canton de Berne), et sa mère est Léonie Isabelle (1864-1932), Française originaire de Sainte-Claude en Auvergne.

Willy Aeschlimann vit ses premières années d'enfance à Paris, où sa mère dirige un atelier de haute couture, tandis que son père travaille au Service de l’émigration en tant que « conducteur d'émigrants » pour la Compagnie Générale Transatlantique - afin d'aider les chercheurs d'or à émigrer aux États-Unis - notamment sur le bateau Canada.

À ses six ans, son père décèdeH. V., 《 Willy Aeschlimann 》, Journal de Genève, 27 juillet 1971, p. 7. et la famille s'installe à Genève. Willy Aeschlimann y accomplit le reste de sa scolarité primaire dans les écoles de Rive puis du Grütli. A douze ans, il poursuit sa formation à Morat, puis revient à Genève où il entame un apprentissage d'architecte. Cependant, il ne peut terminer ce dernier, poussé par la nécessité de gagner sa vieArchives de la famille Aeschlimann, Genève, consultées en février 2023..

Parallèlement à cela, il suit des cours de danse auprès du professeur Maeder. Avec l'un de ses camarades danseurs, Jules Dumont, il fonde en 1898 la société littéraire et théâtrale La Veillée, que rejoignent beaucoup d'élèves de son cours de danse. Dans les années qui suivent, ils mettront en scène de nombreuses pièces et remporteront divers prix et concours.

Éditeur, imprimeur et collectionneur gauche|vignette|Willy Aeschlimann et ses deux aînés : Jacques Aeschlimann (à gauche) et Léo Aeschlimann (à droite) En 1900, son école de recrue à Colombier terminée, il est engagé au journal La Suisse, dont il devient, trois ans plus tard, l'administrateur. Aux côtés de Isaac Soulier et Charles Martinet, il donne alors une nouvelle orientation au journal, moins politiqueLa Suisse, 1 mai 1973, p. 1.. La même année il obtient la citoyenneté genevoise à l'âge de 21 ans. En 1904, il devient sous-directeur de l'Argus Suisse de la Presse, et en 1906, il s'établit à son compte comme éditeur en fondant les Éditions La Sirène. Il éditera toutefois par la suite aussi sous le nom « Willy Aeschlimann, éditeur »Violette Jean, La révolution de 46, Willy Aeschlimann, éditeur, Genève, 1936..

Un an après le début de ses activités d'éditeur, le 7 novembre 1907, il épouse Elisa Schwendener (1881-1940), originaire de Kandergrund (Berne) et de Saint-Gall avec qui il aura trois enfants : Jacques Aeschlimann (1908-1975), Léo Aeschlimann (1909-1990) et Dick Aeschlimann (1920-1981).

À partir de 1908 il édite, jusqu'en 1925, le programme théâtral quotidien Le Méphisto, ainsi que Le journal des ménagesBridel Françoise, Pluchinotta Fausto et Horisberger Aline, Mémoires d'architecture 1880-1930. Photographies de Genève. Collection Willy Aeschlimann, Ville de Genève, 1987, p. 10..

En 1910, il participe à la fondation de l'Union commerciale genevoise, société d'escompte, dont il administre le journal, Le journal du commerce et de l'industrie, dès l'année suivante jusqu'en 1954. En 1912, il rejoint l'Association de la presse genevoise.

Dès 1916 il commence à réunir une collection de photographies, gravures, caricatures, lettres et clichés-projections autour de GenèveKetterer Claude, "Préface" in Mémoires d'architecture 1880-1930. Photographies de Genève. Collection Willy Aeschlimann, Ville de Genève, 1987, p. 7.. Par ailleurs, en 1917, après dix années de travail en tant qu'éditeur, il fait l'acquisition d'une imprimerie à la rue de Lausanne.

Calligraphe, écrivain, conférencier et homme politique En 1921, il remporte un concours pour un poste de calligraphe à la Société des Nations où il commence à travailler à temps partiel dès le 28 juin de cette année-là. Probablement inspiré par ce cadre de travail, il débute à cette occasion l'apprentissage de l'espérantoDossier de Willy Aeschlimann, Archives ouvertes de la Société des nations, p. 147.. Cependant, trouvant la rémunération de 250 francs par mois trop basse, il démissionne de son poste le 1er décembre 1922 pour s'investir dans son activité d'éditeurDossier de Willy Aeschlimann, Archives ouvertes de la Société des nations, p. 127.. Parallèlement à cela, il développe un grand intérêt pour l'histoire de Genève et donne sa première conférence sur le sujet le 5 décembre 1921. Il en donnera 400 tout au long de sa vie, notamment à la salle de la RéformationDossier de Willy Aeschlimann, Archives ouvertes de la Société des nations, p. 146.. Dans la continuité de cet intérêt, il entame dès 1923, la rédaction et la publication annuelle de son almanach, nommé l'''Almanach du Vieux-GenèveMusée d'ethnographie de Genève, cote MEG PER 342 GAZ GEV 2.. Au fil des années, la publication de ce dernier sera assurée par de nouvelles plumes, dont ponctuellement ses fils Jacques et DickJournal de Genève, 7 décembre 1965, p. 10., et soutenue par une association, les Amis de l'Almanach du Vieux-GenèveJournal de Genève, 15 décembre 1959, p. 11.. vignette|Willy Aeschlimann, dans la cinquantaine À partir du 13 octobre 1924, la Société des Nations fait pendant cinq ans régulièrement appel à ses services de façon temporaireDossier de Willy Aeschlimann, Archives ouvertes de la Société des nations, p. 74-121.. C'est aussi durant cette année-là qu'il commence ses chroniques historiques à la radio. En 1928, il publie par ailleurs un roman, intitulé Le roman de Nonette : épisode de la vie genevoise de la seconde moitié du XIXe siècleArchives de l'État de Genève, cote AEG 1189.. Le 2 janvier 1929, il est à nouveau engagé par la Société des Nations, sur la base d'un contrat annuel renouvelable, pour un salaire de 3000 francs annuelDossier de Willy Aeschlimann, Archives ouvertes de la Société des nations, p. 69.. Son contrat est renouvelé d'année en année jusqu'au 27 juillet 1939, avec une augmentation annuelle de 100 francsDossier de Willy Aeschlimann, Archives ouvertes de la Société des nations, p. 36., interrompu seulement entre 1933 et 1934 par une phlébite et une embolie pulmonaireDossier de Willy Aeschlimann, Archives ouvertes de la Société des nations, p. 217..

En dehors de ses travaux d'écriture, il est élu député au Grand Conseil du canton de Genève pendant huit ans, d'abord pour la législature allant de 1927 à 1930, puis réélu pour celle allant de 1930 à 1933. À partir de 1931, il devient par ailleurs membre du bureau du Grand Conseil, en remplacement d', et ce jusqu'en 1933. Sur le plan associatif, il est élu, en 1932, président honoraire de l'Association des Propriétaires de Bateaux de GenèveCahier souvenir, Association des Propriétaires de Bateaux, Genève, juin 2013, p. 4.. En sus de sa charge de député, il est aussi élu au Conseil municipal de la Ville de Genève en 1931Mémorial des séances du Conseil municipal de la Ville de Genève, 1931.. Il y effectue une première législature jusqu'en 1935 et une seconde jusqu'en 1938Mémorial des séances du Conseil municipal de la Ville de Genève, 1935.. Il y siégera donc pendant 8 ans. En parallèle de ses activités politiques, il officie comme chroniqueur historique à Radio-Genève, puis à la Radio Suisse Romande durant les années 1930.

En 1939, la Société des Nations met fin à sa collaboration avec Willy Aeschlimann car celui-ci a atteint l'âge de la retraite (60 ans à l'époque). Toutefois, échouant à lui trouver un remplaçantDossier de Willy Aeschlimann, Archives ouvertes de la Société des nations, p. 30-31., elle se voit contrainte de le réengager en tant que calligraphe journalier jusqu'en mai 1940Dossier de Willy Aeschlimann, Archives ouvertes de la Société des nations, p. 14.. Cette année-là, sa première épouse décède et il se remarie une année plus tard, à l'âge de 61 ans, avec Charlotte Orelli, petite-nièce de James Fazy. Durant les années qui suivent, il travaille en tant que calligraphe pour l'Organisation des Nations unies, ainsi que pour les Archives de l’État de GenèveMédaille "Genève reconnaissante", Ville de Genève, décembre 2022, p. 10. et la Chancellerie genevoise. Dès 1944, il devient l'archiviste de l'Association de la presse genevoise. gauche|vignette|Willy Aeschlimann, années 1960 En 1945, il délègue la direction de son entreprise d'imprimerie et d'édition à son fils Léo AeschlimannAeschlimann Jacques, Notice biographique de Willy Aeschlimann, archives de la famille Aeschlimann, 1968. pour se consacrer à l'âge de 65 ans et pendant quatre ans, à l'enseignement de la calligraphie à l'école de commerce et à l'école secondaire de jeunes filles. En 1947, le 6 mai, il est élu au comité de l'Association de la presse genevoiseJournal de Genève, 7 mai 1947, p. 5.. Il y restera en tout cas jusqu'en 1956Journal de Genève, 21 avril 1953, p. 4. en plus d'en être l'archiviste. En 1964, sa seconde épouse, Charlotte Orelli, décède à son tour. Il fait ensuite la rencontre d'Alice Pavie, qui sera sa compagne pendant les sept dernières années de sa vie. En 1971, Willy Aeschlimann décède la veille de son 92e anniversaire. Ses obsèques ont lieu le 29 juillet 1971 au Temple de Saint-GervaisAvis de décès de la famille Aeschlimann, Journal de Genève, 27 juillet 1971, p. 6., en présence du maire de Genève, du président du Conseil municipal et du Conseiller d'Etat Gilbert Duboule, sous l'égide du pasteur Henry Babel.

Postérité Après le décès de Willy Aeschlimann, la publication de l'Almanach du Vieux-Genève se poursuit sous le nom de Revue du Vieux Genève sous la direction de l'historien Eugène-Louis Dumont, qui la publie encore pendant vingt ans entre 1971 et 1991Dumont Eugène-Louis et Lescale Bernard, Revue du Vieux Genève : successeur de l'Almanach du Vieux Genève fondé par Willy Aeschlimann, Éditions J.-P. Dorsaz, Genève, 1971.. Les différents numéros de lAlmanach du Vieux-Genève servent par la suite de sources à la rédaction de nombreux travaux de recherche sur l'histoire de Genève.

Quant à son imprimerie, elle poursuit ses activités sous la direction de son fils Léo Aeschlimann jusqu'en août 1977. Ce dernier la vend ensuite à son gendre, Giorgo Droghetti, et à l'associé de celui-ci. Le duo vend ensuite l'imprimerie à M. Mouniod au début des années 1980, qui la revend à son tour en 1989, avec des dettes, à la graphiste Ariane Jacquemoud et à son associé imprimeur. Bien que pendant de nombreuses années, l'entreprise soit rentable, en 2018, elle se voit contrainte de vendre ses machines et de sous-traiter sa production. En 2023, elle était cependant toujours en activité, pour la 106e année consécutive.