vignette|France et Grèce Le partenariat stratégique franco-hellénique (ou franco-grec) est un accord de défense et de coopération signé le entre la France et la Grèce. Ratifié par le Parlement grec le 7 octobre 2021, il s’accompagne d’un important contrat d’armement de 3 milliards d’euros portant notamment sur la fourniture de frégates et de corvettes françaises. L’accord est renouvelé et renforcé en avril 2026 à Athènes sous la forme d’un « partenariat stratégique global renforcé », prolongeant le volet défense pour cinq ans avec reconduction tacite automatique.
Il intervient dans un contexte de fortes tensions en Méditerranée orientale entre la Grèce et la Turquie, marquées par des différends sur la délimitation maritime, les zones économiques exclusives, l’exploration gazière et la souveraineté insulaire. La crise de l’été 2020, avec l’envoi du navire turc Oruç Reis dans des eaux disputées, a accéléré le rapprochement franco-grec. La France, qui perçoit la Turquie comme un rival régional, renforce alors sa présence navale aux côtés d’Athènes et affirme son soutien au droit international et à l’autonomie stratégique européenne, notamment après l’annulation du contrat de sous-marins australien dans le cadre du pacte AUKUS.
Il se distingue par une clause de défense mutuelle inédite entre deux pays de l’OTAN : les deux États s’engagent à se prêter assistance, y compris par la force armée, en cas d’agression militaire contre l’un d’eux, conformément à l’article 51 de la Charte des Nations unies. Il s’accompagne d’une coopération militaire étroite (Rafale, frégates FDI Belharra, missiles) et d’un volet industriel favorisant l’intégration grecque dans la base industrielle de défense européenne. En 2026, la France propose également d’étendre son parapluie nucléaire à la Grèce. En parallèle, Chypre engage un approfondissement de sa coopération militaire avec Paris, avec la signature d’un accord de partenariat stratégique en 2025, suivi d'un accord de statut des forces (SOFA) en 2026.
Contexte
vignette|upright=2|Conflits des ZEE en mer méditerranée. En bleu : zone revendiquée par la Grèce et Chypre; en rouge : zone revendiquée par la Turquie. Le partenariat stratégique entre la France et la Grèce s’inscrit dans un environnement régional de tensions récurrentes en Méditerranée orientale, exacerbées par des différends maritimes, énergétiques et territoriaux entre la Grèce et la Turquie, tous deux membres de l’OTAN.
Depuis plusieurs décennies, les relations gréco-turques sont marquées par des contentieux relatifs à la délimitation du plateau continental, aux zones économiques exclusives (ZEE), à l’exploration d’hydrocarbures sous-marins, à la souveraineté sur certaines îles de la mer Égée ainsi qu’à la question chypriote. L’année 2020 a été marquée par une crise aiguë entre Athènes et Ankara : l’envoi par la Turquie du navire d’exploration gazière Oruç Reis, escorté par des bâtiments militaires, au large des côtes grecques a fait craindre une confrontation armée entre les deux pays alliés.
C’est dans ce climat que la France, qui perçoit la Turquie comme un rival majeur en Méditerranée et qui soutient depuis plusieurs années les positions grecques et chypriotes, accélère son rapprochement diplomatique et militaire avec la Grèce à partir de l’été 2020. En août de cette année, Paris renforce sa présence navale en Méditerranée orientale aux côtés de la Grèce, affirmant sa volonté de défendre la liberté de navigation et le droit international. Les autorités françaises justifient cette posture par la nécessité de renforcer l’autonomie stratégique de l’Europe et de pallier ce qu’elles perçoivent comme un désengagement américain de la sécurité régionale.
Généralités thumb|Ministres des affaires étrangères Nikos Dendias et Jean-Yves Le Drian en novembre 2021.
Il est signé par le président français Emmanuel Macron, le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis, la ministre française de la défense Florence Parly, le ministre français des affaires étrangères Jean-Yves Le Drian et le ministre grec des affaires étrangères Nikos Dendias. Il est ratifié par le Parlement grec le par un vote de 191 à 109 contre.The Entire France-Greece Defense and Security Agreement . Greek Reporter. 28 Septembre 2021.. Ce partenariat est accompagné d'un accord sur les marchés publics de défense d'un montant de 3 milliards d'euros dans lequel la France fournirait à la Grèce des frégates et des corvettes. .
L'accord est intervenu deux semaines après l'annonce surprise du pacte de sécurité AUKUS par l'Australie, le Royaume-Uni et les États-Unis, et l'annulation par l'Australie d'un contrat de 35 milliards d'euros pour 12 sous-marins diesel-électriques français. Après l'annonce d'AUKUS et l'annulation de l'accord français, le président français a cherché à développer l'autonomie stratégique européenne pour une Europe moins dépendante de la protection américaine. Macron a déclaré que cet accord défensif consistait . Le Premier ministre grec Mitsotakis a fait écho à la déclaration de Macron en disant : "Cela ouvre la porte à l'Europe de demain, forte et autonome, capable de défendre ses intérêts".
L'accord est renouvelé en avril 2026 à Athènes lors d'une visite d'État d'Emmanuel Macron. Les deux pays signent alors un « partenariat stratégique global renforcé » qui prolonge le volet défense pour cinq ans avec reconduction tacite automatique. Le président français réaffirme à cette occasion l'engagement inconditionnel de la France aux côtés de la Grèce.
Clause de défense mutuelle L'article 2 de l'accord stipule : .
En , le ministère français de la Défense a ensuite publié une déclaration indiquant que l'accord ne couvre pas les zones économiques exclusives (ZEE). Ils ont indiqué que, conformément à la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer (dont la Grèce et la France sont signataires), la ZEE ne fait pas partie du territoire d'un État. Atlantic Council, un groupe de réflexion américain dans le domaine des affaires internationales, a noté que « l'article deux de leur traité ressemble beaucoup à l'article cinq de l'OTAN ».
Cette clause, qui constitue l’une des rares garanties de défense mutuelle entre deux pays de l’OTAN, est présentée par Paris et Athènes comme une réponse aux lacunes de cet article 5, lequel ne couvre pas les menaces émanant d’un autre État membre de l’Alliance.
Impact sur la défense grecque vignette|Un Rafale de la force aérienne grecque en 2024. Le volet militaire du pacte se matérialise par des commandes massives d’équipements français destinés à moderniser en profondeur les armées grecques. Dès 2021-2022, Athènes commande 24 chasseurs Dassault Rafale, renforçant significativement sa puissance aérienne et ses capacités de défense. Parallèlement, la Grèce notifie en mars 2022 une commande portant sur trois frégates de défense et d’intervention (FDI), également désignées sous le nom commercial Belharra, avec une option pour une quatrième unité qui est levée à l’automne 2025, portant à quatre le nombre total de frégates FDI commandées au français Naval Group. La première de ces frégates, baptisée , est livrée en janvier 2026 à la base navale de Salamine, près d’Athènes. Le contrat couvre également la fourniture de torpilles MU90 et de contre-mesures CANTO, ainsi qu’un contrat de remise à neuf de missiles impliquant le fabricant européen MBDA. En mai 2025, un accord intergouvernemental porte sur l’achat de seize missiles antinavires Exocet Block III, destinés à accroître la dissuasion maritime et la défense côtière helléniques.
vignette|gauche|La frégate de défense et d’intervention à son arrivée au Pirée le . En septembre 2022, l’exercice ARGO 22 voit le déploiement en mer Égée du groupe amphibie français (porte-hélicoptères Tonnerre, engins de débarquement) aux côtés de bâtiments de combat et d’unités de marine grecques. De plus, l’intégration d’officiers français dans les structures de planification opérationnelle grecques permet d’harmoniser les procédures entre les marines et les forces aériennes des deux pays, favorisant l’émergence d’un pilier sud-européen au sein de l’OTAN capable d’intervenir de manière autonome dans le bassin égéen.
Le partenariat s’accompagne également d’un volet industriel visant à développer les capacités locales et à intégrer le pays dans la chaîne d’approvisionnement européenne de défense. Naval Group crée en 2023 une filiale à Athènes, Naval Group Hellas, chargée de coordonner les projets industriels locaux, d’assurer le soutien des frégates FDI et de développer la recherche et la technologie avec des entreprises grecques. Dès 2022, des contrats sont signés avec des sous-traitants grecs pour la fourniture d’équipements électriques, mécaniques et de peinture, ainsi que de bateaux pneumatiques à coque rigide. Des négociations exclusives sont également engagées avec plusieurs entreprises helléniques dans les domaines de l’électronique, des systèmes de communication et de la cybersécurité. Ce transfert de technologie et la participation de chantiers navals grecs à la construction de certains blocs des FDI contribuent à maintenir des emplois hautement qualifiés et à renforcer la base industrielle de défense du pays.
Le , depuis la base de l’île Longue, le président Emmanuel Macron propose d’étendre le parapluie nucléaire français à huit partenaires européens, dont la Grèce, unique pays d’Europe du Sud inclus dans ce dispositif, dans un contexte de doute croissant sur la fiabilité de la garantie nucléaire américaine. La Grèce se voit ainsi promettre une coopération renforcée comprenant des exercices en temps de paix, la mise en place possible d’un quartier général commun ainsi qu’un engagement de soutien nucléaire en cas de conflit.
Le , un (PASSEX) est organisé en mer Égée centrale entre un hélicoptère S-70B Aegean Hawk de la marine hellénique et le bâtiment de soutien français Jacques Stosskopf, au cours duquel des exercices d’appontage et de transfert par treuil sont réalisés afin de renforcer l’interopérabilité et la préparation opérationnelle des deux marines. Le , une unité de l’armée grecque équipée de chars Leopard participe au défilé militaire du 14 juillet sur les Champs-Élysées, et des chasseurs Rafale grecs survolent la capitale française.
Extension possible à Chypre vignette|Chypre et la Grèce dans l'environnement de la Turquie. À partir de 2025, Chypre engage à son tour un approfondissement significatif de sa coopération militaire avec Paris. Le , le président chypriote Níkos Christodoulídis et le président Emmanuel Macron signent à l’Élysée un « accord de partenariat stratégique » couvrant la défense, l’économie, la culture, l’innovation et l’éducation, avec un accent particulier sur le renforcement de la coordination politico-militaire sur les questions européennes et internationales. Christodoulides qualifie cet accord d’« historique », soulignant qu’il « renforce encore nos relations ». Selon la presse chypriote grecque, la France entend rendre plus permanente sa présence militaire déjà existante dans la partie sud de l’île, notamment par la modernisation de la et l’attribution de ports et d’aéroports aux unités françaises.