« Team Jorge » est le nom donné à une société israélienne spécialisée dans la désinformation sur les réseaux sociaux, le piratage informatique, le sabotage et l'utilisation d'activités cybernétiques malveillantes, au profit de différents clients, en vue de manipuler les résultats des élections. « Team Jorge » est active dans l'industrie de la désinformation depuis au moins 2015. Elle se targue d'avoir manipulé trente-trois élections présidentielles dans le monde, dont beaucoup en Afrique, avec vingt-sept cas des résultats positifs pour ses clients..

Elle a été créée par l'ancien militaire israélien Tal Hanan, et elle est principalement constituée d'une équipe d'anciens militaires israéliens qui se sont spécialisés dans le renseignement et l'influence, le dénigrement de personnalités, le sabotage d'élections, la construction de récits inventés, la propagande, la manipulation de l'opinion publique (et en particulier des choix électoraux), selon les journalistes enquêteurs.. L'un des principaux outils de l'organisation est, outre des logiciels espions, une plateforme logicielle « intelligente » baptisée , ou Aims, capable de créer, diffuser et gérer de faux profils, de faux comptes en ligne et de fausses informations sur les réseaux sociaux : une « ferme de robots informatiques » et un et notamment pour manipuler les résultats de processus électoraux..

Cette officine politique secrète a été démasquée en 2022 par un groupe de journalistes d'enquête de , dans le cadre du projet , à la suite d'une opération d'infiltration qui a eu lieu à Tel-Aviv, conduite par des journalistes israéliens et français ... Les journalistes infiltrés se sont fait passer pour des clients potentiels, intermédiaires d'un dirigeant africain désireux de décaler, voire de faire annuler, des élections, et ils ont pu filmer leurs interactions avec Tal Hanan – le chef du groupe « Team Jorge » et ancien agent des forces spéciales israéliennes. Il a lui-même décrit et expliqué une partie du fonctionnement interne de l'organisation. et fait une démonstration de l'efficacité de ses outils informatiques en diffusant une fausse information sur la mort d’un émeu nommé « Emmanuel » à l’aide du logiciel Aims. Les 29 et , l’hashtag #RIP_Emmanuel figurait en "tendance twitter" en Slovaquie ENQUÊTE. Soupçon d’ingérence à BFMTV : derrière le cas de Rachid M’Barki, l’enquête "Story Killers" révèle le rôle d’une agence de désinformation israélienne (francetvinfo.fr).

« Jorge » est l'un des pseudonymes de Tal Hanan, qui a inspiré le nom de « Team Jorge ».

Histoire La première activité publiquement documentée du groupe (grâce à plusieurs lanceurs d'alerte) ne date que de 2015 mais, selon Tal Hanan (en 2022), Team Jorge existe depuis plus de deux décennies et offre, moyennant d'importantes rétributions, ses services à des agences de renseignement gouvernementales, des hommes politiques ou responsables de campagnes politiques, et à des entreprises privées qui souhaitent secrètement manipuler l'opinion publique. Et, d'après une brochure intitulée « élections, renseignement et opérations spéciales », envoyée à Cambridge Analytica en 2015, le groupe « Team Jorge », constitué d’ex-spécialistes du Renseignement et des forces spéciales israéliennes, américaines, espagnoles, britanniques ou russes, couplés à des « experts en médias » connaissant , serait actif depuis 1999 (année qui est également celle de la création de « Demoman », l'entreprise officielle dont Tal Hanan est le PDG).

Le groupe s'est adjoint d'autres compétences, comme celle de Roger Francisco Noriega, ancien assistant d'élu et ancien diplomate américain (ambassadeur), qui a notamment été secrétaire d'État adjoint aux affaires de l'hémisphère occidental sous le gouvernement de George W. Bush, et qui est ensuite passé dans le privé pour devenir lobbyiste.

Selon les dires et documents collectés par l'enquête journalistique publiée en 2023, la « Team Jorge » a activement conduit des activités de propagande et de désinformation dans plus de trente pays, majoritairement pour le compte de sociétés et d'industriels.

Outils et méthodes de tromperie et d'influence Dans une brochure de trois pages donnée à Cambridge Analytica en 2015, Tal Hanan proposait de combiner des approches d'« intelligence stratégique », d'analyse de la « perception publique », de « guerre de l’information », de « sécurité des communications », ainsi qu'un « package spécial Jour J ».

Plateforme d'Intelligence artificielle L'un des principaux outils de l'organisation (en 2022) est un progiciel baptisé Advanced Impact Media Solutions, ou Aims, appuyé sur une intelligence artificielle qui , puis les fait circuler sur Facebook, mais également sur Twitter, LinkedIn, Telegram

Cette plateforme logicielle évoque l'outil Ripon (mise à disposition d'Aggregate IQ et de Cambridge Analytica, pour les mêmes usages), qui facilite et automatise la création et le contrôle centralisé de milliers de faux profils de réseaux sociaux, notamment sur Facebook.

L’intelligence artificielle incluse dans l'outil peut ainsi, à partir de quelques mots-clés et en quelques secondes, écrire et propulser en ligne des séries massives de posts, des articles, des commentaires ou des tweets. Ces textes peuvent être écrits dans toutes les langues majeures, et avec une tonalité « positive », « négative » ou « neutre ». Devant les journalistes infiltrés, les mots-clés « Tchad », « président », « frère » et « Déby », choisis par « Jorge » ont permis, en douze secondes, de générer sur Internet les contenus de dix tweets négatifs sur le pouvoir tchadien : « Trop c’est trop, nous devons mettre fin à l’incompétence et au népotisme du président du Tchad, frère Deby », « Le peuple tchadien a suffisamment souffert sous le règne du président Frère Deby » et, selon l'un des associés de Jorge, .

Certains des faux profils créés sont dotés de vrais comptes sur Amazon et Airbnb, ainsi que d'une carte de crédit et de portefeuilles bitcoin, ce qui leur donne plus de crédibilité et augmente leurs capacités de nuisance (pouvant même manipuler le cours des cryptomonnaies). ;

Autres outils Le groupe « Team Jorge » utilise également des outils et techniques de piratage lui permettant de pénétrer les comptes et boites mail de victimes ou de personnes connexes. Devant les journalistes sous couverture, il a utilisé des documents provenant de TA9 (société-fille de Rayzone) et évoqué la « reconnaissance faciale ». Les auteurs de l'enquête publiée en 2023 notent que, selon le journal israélien Calcalist, Tomás Zerón, qui fait l'objet d'un mandat d'arrêt international pour torture et disparition forcée, défendu au moyen de l'AIMS, serait réfugié en Israël dans un logement appartenant à David Avital, qui est actionnaire d'une filiale de Rayzone. Son avocate Liora Turlevsky reconnait que M. Zerón est bien en Israël, mais affirme qu'.

Jorge dit pouvoir, grâce à une faille de Rayzone, hacker le réseau mobile. Il dit pouvoir aussi accéder à tout ce que l'on peut trouver dans toutes les bases de données ; et pour le démontrer, il a, devant les journalistes infiltrés, très rapidement pris le contrôle de messageries privées Gmail de hauts responsables africains, montrant qu'il avait notamment accès à leur drive et à leur carnet d’adresses. Il a fait de même pour de nombreux comptes Telegram.

Responsables et collaborateurs Parmi les personnes de l'entité ou très proches d'elle rencontrées par les journalistes figurent : Tal Hanan et son frère Zohar Hanan, dit Nick, qui se présente comme spécialiste du détecteur de mensonges, et a été décrit comme le directeur général de Team Jorge ; Mashi Meidan, ancien patron, dans les années 2010, d'une société de sécurité israélienne installée au Panama, et peut-être un ancien membre du Shin Bet ou Shabak (Renseignement intérieur israélien). Ses avocats affirment qu'il a , et qu'il ; Shuki Friedman, également un ancien du renseignement intérieur israélien. Responsable durant plusieurs années du renseignement à Ramallah, en Palestine ; Yaakov Tzedek, qui préside Tzedek Media Group, et se dit depuis plus de dix ans.

Tal Hanan semble s'être aussi associé à des personnes non-issues des sphères militaires et/ou du renseignement, dont : l'Américain Roger Noriega ; Martin Rodil, un ancien du Fonds monétaire international.

En 2022, le groupe peut s'appuyer sur un réseau d'une centaine d'employés, via six bureaux à travers le monde, liés au siège basé à Modi'in-Maccabim-Re'ut, une ville à au sud-est de Tel-Aviv. L'une de ses entreprises (DemoMan) disposait en 2022 de bureaux et représentants en Israël, aux États-Unis, en Suisse, en Espagne, en Croatie, aux Philippines ou en Colombie. L'entreprise affichait encore des adresses au Mexique et en Ukraine, mais celles-ci, selon les dires de Tal Hanan publiés en 2023, ont été fermées, à cause d’un ralentissement des affaires pour la première et de la guerre russo-ukrainienne pour la seconde.

Selon Mashy Meidan, partenaire et proche de Hanan, la Team Jorge a .

Enquête et exposition Les activités de l'équipe Jorge ont été révélées après une opération d'infiltration par trois journalistes d'enquête : Gur Megiddo de TheMarker, Frédéric Métézeau de Radio France et Omer Benjakob de Haaretz. Ceux-ci se sont fait passer pour des clients potentiels et ont réussi à filmer des moments passés avec Tal Hanan à Tel Aviv en 2022, durant lesquels ce dernier explique le fonctionnement interne de l'organisation.

L'enquête plus large a impliqué des journalistes d'un total de trente médias, coordonnés par Forbidden Stories, avec notamment The Guardian, Der Spiegel, Die Zeit, Le Monde, l'Organized Crime and Corruption Reporting Project (OCCRP), El País et d'autres médias et organisations en France, en Allemagne, en Indonésie, en Israël, au Kenya, en Espagne, en Tanzanie et aux États-Unis.

Sous-traitance pour Cambridge Analytica Tal Hanan a participé à des réunions impliquant Cambridge Analytica dès 2014..

Cambridge Analytica (qui s'est auto-dissoute) avait été créée en 2013 par Alexander Nix et Steve Bannon comme émanation de SCL (Strategic Communication Laboratories), et était principalement financée par la famille du milliardaire américain conservateur Robert Mercer... Sa vocation était de secrètement contrôler et fausser les résultats de campagnes électorales (ou référendums) par diverses techniques d'influence et de dénigrement (ex : référendum sur l'appartenance du Royaume-Uni à l'Union européenne.), notamment au moyen du profilage psychologique de millions d'individus et de la construction de messages ciblés et de fake news par une plateforme logicielle dénommée Ripon, intégrant une intelligence artificielle, mise au point par la société-sœur de Cambridge Analytica (créée en même temps qu'elle, mais au Canada), AggregateIQ, une société fermée après les révélations faites dans le cadre du scandale Facebook-Cambridge Analytica/AIQ, mais qui semble avoir été reprise par la société Emerdata Limited (basée dans les mêmes bureaux et ayant en majorité les mêmes directeurs).....

Les enquêtes qui ont suivi le scandale Facebook-Cambridge Analytica/AIQ ont révélé un partenariat avec des « hackers israéliens » appartenant à un groupe désigné par Alexander Nix dans un mail interne de Cambridge Analytica, comme . Ce groupe, dirigé par une personne se faisant appeler « Jorge », et l'identité réelle de ce Jorge sont restés inconnus du public jusqu'en . Il est alors apparu que « Jorge » est l'un des pseudonymes utilisés par Tal Hanan.

Des courriels divulgués à The Guardian ont montré ou confirmé que la « Team Jorge » a travaillé pour Cambridge Analytica en 2015 et 2017, au moins pour discréditer des campagnes politiques en Afrique et en Amérique du Sud..

Ces deux organisations ont notamment collaboré pour manipuler l'élection nigériane de 2015, pour faire réélire Goodluck Jonathan en discréditant Muhammadu Buhari, mais cette fois sans succès..

Exemples d'actions illégales et malveillantes