Le règne d'Amédée I est la période de l’histoire politique contemporaine de l’Espagne s’étendant entre le et le , au cours de laquelle le roi fut Amédée de Savoie, proclamé par les Cortes constituantes, dans une tentative de combiner monarchie élective et monarchie parlementaire (à l’époque on parla de et de ).

En raison de sa courte durée et des circonstances de sa fin , elle fut alors considérée, et l'est aussi par l'historiographie, comme un échec, dont la principale cause habituellement alléguée est la mort du général Juan Prim, victime d’un attentat, le jour même de l’arrivée du nouveau roi en Espagne. En plus d’être le principal défenseur du nouveau monarque, Prim était le leader du Parti progressiste, force politique la plus importante de la coalition monarchico-démocrate et dont la mort ouvrit la lutte pour la succession entre Práxedes Mateo Sagasta et Manuel Ruiz Zorrilla, qui à la longue finit par provoquer une de cette coalition destinée à être le soutien de la Monarchie amadéiste. Ainsi, la monarchie perdit ceux qui auraient dû être ses principaux soutiens, et d’autre part ne parvint pas à intégrer les groupes politiques d’opposition qui ne reconnaissaient pas la légitimité du nouveau roi et qui continuèrent à défendre leur propre projet politique , le tout rendant l'expérience intenable.

La règne d’Amédée I succède au règne d'Isabelle II et fait partie de la période du Sexenio Democrático (1868-1874), qui commence avec la révolution de 1868 et prend fin avec l’échec de la Première République espagnole (1873-1874), pour déboucher sur la Restauration (1875-1931).

Élection d'Amédée de Savoie comme roi d'Espagne

thumb|Prim, Serrano et Topete mettent la Couronne espagnole aux enchères (dessin satirique de La Flaca, 1869).

Après la chute d’Isabelle II, la recherche d’un nouveau roi devint un grave problème, tant sur le plan intérieur qu’international, avec une compétition au sein des principales puissances européennes (toutes étant des monarchies) dont chacune cherchait à placer son candidat sur le trône d’Espagne. Le gouvernement espagnol annonça la candidature du prince prussien Léopold de Hohenzollern-Sigmaringen, mais qui suscita rapidement l'opposition de Napoléon III qui, en pleine rivalité avec la Prusse, considérait comme une potentielle menace le fait que deux territoires frontaliers de la France soient sous la coupe d’une même maison royale. C’est même là que figura le prétexte du début de la guerre franco-prussienne de 1870-1871. De même, Napoléon III s’opposa à la candidature de Montpensier, étant donné l'antagonisme entre les deux dynasties françaises ; de plus, en raison la parenté de Montpensier avec les Bourbon , ce choix recevait peu de soutien de la part des monarchico-démocrates espagnols. Il restait donc la candidature italienne de la maison de Savoie, impulsée par Prim à partir de 1870 jusqu’à en devenir le principal défenseur. thumb| (, en 1870), œuvre de Luis Álvarez Catalá (1872). Le , les Cortès constituantes élurent le duc d'Aoste Amédée de Savoie, second fils du roi d’Italie Victor-Emmanuel II, nouveau roi d'Espagne sous le nom d'Amédée I, avec 191 votes pour, 100 votes contre et 19 abstentions . . Dans son célèbre roman , le père fit référence à une intitulée , célébrée dans les jardins du Retiro de Madrid, .

1871 thumb|left|Amédée I face au cercueil du général Prim, œuvre d’Antonio Gisbert, 1871. Le règne d’Amédée I car à peine Amédée débarqua-t-il en Espagne le qu’on lui annonça la nouvelle de la mort du général Prim, son principal défenseur, comme conséquence d’un attentat survenu à Madrid trois jours auparavant alors qu'il se rendait du Congrès à son domicile. Ce fait priva Amédée I d’un soutien indispensable, surtout dans les premiers moments, où le progressisme se trouva scindé entre les deux héritiers de Prim, Práxedes Mateo Sagasta et Manuel Ruiz Zorrilla.

Le nouveau roi entra à Madrid le et le même jour prêta serment devant les Cortès sur la Constitution de 1869. Il se rendit à la basilique royale de Notre-Dame d'Atocha où avait été installée la chapelle ardente du général Prim, moment qu’immortalisa le peintre Antonio Gisbert.

Gouvernement du général Serrano : échec de la « conciliation » Après l’assassinat de Prim avait été formé un gouvernement de présidé par l’amiral Topete, selon la demande formulée par Prim sur son lit de mort. Dans cette même ligne, Amédée I proposa au Parlement comme nouveau président du Conseil des ministres le général unioniste Serrano, qui depuis la promulgation de la Constitution de 1869 jusqu’au serment du nouveau roi avait été régent du royaume d’Espagne, afin qu’il forme un gouvernement de . Serrano suivit les instructions du roi et forma un gouvernement réunissant tous les leaders des groupes de la coalition monarchico-démocrate qui soutenait la nouvelle Monarchie : les progressistes de Sagasta, qui occupa le ministère du Gouvernement (, équivalent du ministère de l’Intérieur actuel), et Ruiz Zorrilla, à l'Équipement () ; le démocrate monarchiste ou Cristino Martos ; ou l'unioniste Adelardo López de Ayala, à l’Outre-mer. thumb|Portrait du roi d’Espagne Amédée I. Le premier objectif du gouvernement de Serrano, que certains de ses membres considéraient comme , fut de préparer les premières élections de la nouvelle Monarchie, afin d’obtenir une majorité parlementaire confortable pour la coalition au gouvernement. Pour ce faire fut promulguée une loi électorale qui revint au vieux système modéré des districts uninominaux au lieu des circonscriptions provinciales plurinominales, qui avait été celui jusqu’alors défendu par les progressistes et utilisé lors des élections constituantes de 1869. Avec ce changement, le gouvernement pouvait exercer plus facilement son dans la majorité des districts, qui étaient ruraux. L’objectif d’obtenir une claire majorité fut atteint, bien que l’opposition, formée des carlistes et des républicains fédéralistes, obtint une représentation importante et en hausse, à cause de la faiblesse de la coalition gouvernementale.

Les candidats du gouvernement représentèrent 235 sièges , les républicains 52, les carlistes 51 et les modérés 18. Pour leur part, les unionistes dissidents de Ríos Rosas, qui continuaient de défendre la candidature du duc de Montpensier, et ceux d’Antonio Cánovas del Castillo, qui défendaient les droits du prince Alphonse de Bourbon, fils de la reine détrônée Isabelle II, obtinrent 7 et 9 sièges respectivement.

Les frictions surgirent lorsque le gouvernement Serrano et les Cortès durent se lancer dans la mise en place législative des principes démocratiques établis dans la Constitution de 1869 ou affronter les problèmes qui se présentaient . .

Ainsi, l’affrontement entre Sagasta et Ruiz Zorrilla était dû à leurs divergences sur la manière de consolider la nouvelle monarchie parlementaire. Sagasta, suivant la politique qu’aurait probablement suivie Prim, défendait la conciliation avec les unionistes de Serrano, qui deviendraient le parti de la droite dynastique tandis que Sagasta lui-même à la tête du Parti progressiste formerait la gauche dynastique , tout en promouvant une politique implacable contre les ennemis du régime, carlistes et républicains fédéraux. Au contraire, Ruiz Zorrilla défendait le maintien de l’alliance des progressistes avec les démocrates monarchistes ou par l’application d’une politique réformiste avancée qui chercherait en dernier lieu à intégrer les républicains dans la nouvelle monarchie parlementaire, en les convainquant qu’à l’intérieur de régime ils étaient également en mesure d’atteindre leurs objectifs. Pour Sagasta, une telle politique revenait à mettre la monarchie dans les mains de ses propres ennemis et il refusait donc l’idée d’une collaboration parlementaire avec les républicains.

Opposition à la Monarchie d’Amédée Ier La haute noblesse et la hiérarchie ecclésiastique ne reconnurent pas la nouvelle Monarchie amadéiste. Au début car elle était l’institutionnalisation de la révolution de 1868 qui avait mis fin à la Monarchie isabelline dans laquelle ils jouissaient d’une position privilégiée et parce qu’ils craignaient que le nouveau régime ne cherche à les mettre à l’écart, voire qu’il soit l’antichambre de républicains et de contraires à la propriété privée et à l’État confessionnel. La haute noblesse adopta une posture casticiste, s’arrogeant la défense de supposées valeurs nationales face au , qui se traduisit dans un boycott de la cour et dans des affronts incessants contre la personne du roi Amédée, devant qui ils ne cachaient pas leur fidélité aux Bourbons détrônés. L’épisode le plus connu de cette opposition fut la dénommée thumb|left|Le roi Amédée et son épouse Maria Vittoria dal Pozzo. Pour sa part, la hiérarchie ecclésiastique, , voyait en Amédée I le fils du roi d’Italie qui avait le pape Pie IX des États pontificaux et s’opposait à la liberté de culte ainsi que d’autres mesures qui avançaient vers une totale séparation de l'Église et de l'État.

Amédée tenta de combler le vide de la avec l’anoblissement de membres de la bourgeoisie industrielle et financière qui lui apportait globalement leur soutien . thumb|Caricature de la revue La Flaca d’août 1869, dans laquelle apparaît l’homme politique néo-catholique Cándido Nocedal en Sancho Panza et le prétendant carliste Charles VII en Don Quichotte, l’Église catholique apparaissant en toile de fond. Les carlistes, qui depuis 1868 avaient connu un succès sans précédent, leur permettant d’étendre leur influence au-delà de ses fiefs traditionnels de Navarre, des provinces basques, de l’intérieur de la Catalogne et du nord du Pays valencien, revendiquaient la monarchie traditionnelle, incarnée dans la figure du prétendant Charles VII . Au début, le secteur , mené par Cándido Nocedal, qui défendait la voie légale, c’est-à-dire l’obtention d'un grand poids au Parlement à travers les élections, allant jusqu’à se présenter en coalition avec les républicains lors des premières élections à Cortès ordinaires et recueillant un bon résultat avec 51 députés et 21 sénateurs. .

Les républicains s’opposaient à tout type de monarchie et continuaient de défendre la République fédérale, qu’ils considéraient à leur portée après la chute du Second Empire en France. Toutefois, au sein du Parti républicain fédéral cohabitaient sous des projets politiques divers, des défenseurs à outrance du droit de propriété aux , et des défenseurs d’une république unitaire aux partisans d’un État fédéral suivant le modèle des États-Unis ou de la Suisse . De plus, ce camp était aussi scindé, comme les carlistes, entre partisans de la voie légale, qui ne refusaient pas la collaboration avec les radicaux de Ruiz Zorrilla, et ceux partisans de l’insurrection.

Premier gouvernement de Ruiz Zorrilla : division des progressistes Le , les ministres démocrates et progressistes Martos, Ruiz Zorrilla, Beránger et Moret démissionnèrent pour mettre fin au gouvernement de de Serrano, marquer la délimitation entre conservateurs et radicaux de la coalition gouvernementale et former un gouvernement homogène. Le roi, qui restait partisan de la politique de conciliation, n’eut d’autre choix que de nommer le Ruiz Zorrilla comme nouveau président du gouvernement. . thumb|Première revue de troupes passée à Madrid par le roi Amédée I, dessin de Daniel Urrabieta Vierge publié dans Le Monde Illustré le 9 de septembre 1871.