thumb|300px|Le ciel diurne au-dessus de la steppe pontique. *Dyēus est considéré comme le « Dieu du Ciel ». *Dyēus, ou *Dyḗus ph₂tḗr (« Père Ciel »), est le nom reconstitué du dieu du ciel de la religion proto-indo-européenne. *Dyēus est la personnification divine du ciel diurne et du *deywṓs, la demeure des dieux. Associé au vaste ciel diurne et aux pluies fertiles, *Dyēus est lié avec *Dʰéǵʰōm, la Terre Mère, dans une relation à la fois d'union et de contraste. Bien qu'il n'y ait aucune preuve archéologique de son existence, des formules similaires lui font référence dans les langues indo-européennes ainsi que dans les mythes indo-aryens, latins, grecs, phrygiens, messapiens, thraces, illyriens, albanais et hittites.

Étymologie Le nom *Dyēus repose sur le thème , désignant le « ciel diurne » ou la « clarté du jour » (par contraste avec l'obscurité de la nuit), et issu de la racine indo-européenne qui signifie « briller ». Les mots apparentés des langues indo-européennes tournant autour des concepts de « jour », « ciel » et « dieu », et partageant la racine comme étymon suggèrent que Dyēus désigne le ciel diurne comme une entité divine comme dans le mot sanskrit dyumán- (« céleste », « lumineux »).

Fonction *Dyēus représente le ciel diurne, et donc la résidence des dieux. En tant que porte d'accès pour les dieux, père des Jumeaux divins, et père de l'Aurore (*H₂éwsōs), *Dyēus est un dieu capital du panthéon indo-européen. Cependant, contrairement à Zeus ou à Jupiter, il n'est ni le maître ni le détenteur de la puissance souveraine. *Dyēus est associé au ciel dégagé, mais aussi au ciel nuageux dans certaines formules grecques et védiques. Bien que plusieurs des divinités apparentées à *Dyēus soient des divinités de l'orage et du tonnerre, comme Zeus et Jupiter, ce changement serait dû à un développement tardif exclusivement méditerranéen, dérivé d'un syncrétisme avec les dieux cananéens et le dieu proto-indo-européen Perkwunos.

En raison de sa nature céleste, *Dyēus est souvent qualifié d'« omniscient » dans les mythes indo-européens. Il est néanmoins peu probable qu'il ait eu pour mission d'assurer la justice, comme ce fut le cas pour Zeus ou pour le dieu composé indo-iranien Mitravaruna. Mais il fut employé comme témoin des serments et des traités. Par ailleurs, les Proto-Indo-Européens concevaient le soleil comme la « lampe de Dyēus » ou comme l'« œil de Dyēus », ce qu'illustrent plusieurs références de la littérature mythique : la « lampe de Dieu » dans la Médée d'Euripide, la « chandelle céleste » dans Beowulf, le « pays de la lampe de Hatti » (la déesse-soleil d'Arinna) dans une prière hittite, Hélios considéré comme l'œil de Zeus, Hvare-khshaeta comme l'œil d'Ahura Mazda dans le mazdéisme, ou bien le soleil comme « œil de Dieu » dans le folklore roumain.

Témoignages Les mots apparentés issus soit de la racine *dyeu (« ciel diurne »), de l'épithète *Dyḗus ph₂tḗr (« Père Ciel »), du dérivé vṛddhi *deiwós (« céleste »), du dérivé *diwyós (« divin »), ou de la rétroformation *deynos (« jour ») sont les témoignages les plus couramment attestés de *Dyēus au sein des langues indo-européennes.

Indo-européen commun : *d(e)i-, « briller » ; Indo-européen commun : *dyēus, le dieu du ciel diurne ; Indo-Iranien : *dyaušAlexander Lubotsky (2011). "Indo-Aryan Inherited Lexicon". Indo-European Etymological Dictionary Project, Leiden University. s.v. dyáv- and devá-. ; Sanskrit : Dyáuṣ (द्यौष्), le « dieu du ciel lumineux », et dyú (द्यु), le « ciel » ; Vieil avestique : dyaoš, « ciel », mentionné dans un vers de l'Avesta ; Avestique récent : diiaoš, « enfer », à la suite de la réforme zoroastrienne Mycénien : di-we (/diwei/), mention au datif d'un nom rarement employé ; Syllabaire chypriote : ti-wo, associé à Zeus, et le génitif probable Diwoi ; Grec ancien : Zeus (Ζεύς), le dieu du ciel, et dans les dialectes éolien, corinthien, et rhodien : Deús (Δεύς) ; Italique : *djous (dious) ; Latin archaïque : Dioue ou loue ; Latin : Jove (Iove), le dieu du ciel et Dius Fidius, le dieu des contrats ; Osque : Diúvei (Διουϝει), génitif singulierBuck, Carl Darling. Comparative Grammar of Greek and Latin. Chicago, Illinois: The University of Chicago Press. 1933. p. 203. ; Ombrien : Di ou Dei (Grabouie/Graboue), mention attestée dans les Tables eugubines ; Pélignien : Ioviois (Pvclois) et Ioveis (Pvcles), interprété comme un calque du théonyme Diós-kouroi ; Anatolien : *diéu-, *diu-, « dieu » ; Hittite : šīuš, « dieu » ou dieu du soleil ; un dieu nommé Šiušummiš est mentionné dans les annales d'AnittaTatishvili, Irene. "Transformations of the Relationship between Hittite Kings and Deities". In: Acts of the IXth International Congress of Hittitology (Çorum, 1–7 September 2014). Vol. II. Çorum: 2019. pp. 1048 and 1050. ; Palaïte : tiuna, « dieu », « divin» ; Lydien : ciw-, « dieu » ; Lefs ou Lévs, le Zeus lydienMelchert, Harold Craig. Anatolian Historical Phonology. Amsterdam: Editions Rodopi B. V. 1994. p. 351. ; Illyrien : dei- ou -dí, « paradis » ou « dieu », comme dans Deipaturos, le « Père Ciel » ; Proto-messapien: *dyēs ; Messapien : Zis ou Dis, le dieu du ciel ; Albanais : Zojz, le dieu du ciel et des éclairs et Perëndi, le dieu du ciel et du tonnerre Thrace : Zi-, Diu-, ou Dias- (dans les patronymes) ; Phrygien : Tiy-Lubotsky, Alexander M. (2004). "The Phrygian Zeus and the problem of the "Lautverschiebung"". In: Historische Sprachforschung 117(2): 229-237. ; Bithynien : Tiyes et la cité anatolienne Tium (Τιεῖον) ; Proto-arménien : տիւ, Tiw-, jour, journéeCf. article « տիւ » dans le Wiktionnaire.

Notes et références

Bibliographie

Catégorie:Études indo-européennes