thumb|Logo du fonds financier malaisien 1Malaysia Development Berhad. Le « scandale 1Malaysia Development Berhad », également appelé « scandale 1MDB », est une affaire de complot, de corruption, de pots-de-vin, détournement, vol et blanchiment d'argent impliquant les actifs du fonds souverain malaisien 1Malaysia Development Berhad (1MDB), avec des ramifications à l'échelle mondiale. Il s'agit d'une affaire politico-financière majeure en Malaisie impliquant des institutions, des personnalités politiques nationales et internationales du monde de la banque, de la finance et de l'industrie du divertissement ainsi que des agents d'influence (dont l'équipe Team Jorge). Des enquêtes criminelles ont été menées dans de nombreux pays.
Cette affaire est considérée comme l'un des plus grands scandales financiers au monde, et décrite en 2016 par le département de la Justice des États-Unis (DoJ) comme le "plus grand cas de kleptocratie à ce jour".
Historique Le scandale éclata en 2015 avec la publication dans The Edge, Sarawak Report et le Wall Street Journal de documents fuités montrant que le Premier ministre malaisien de l'époque, Najib Razak, avait détourné de ringgit malaisien (MYR), soit environ de dollars US du fonds 1MDB, une société de développement stratégique gérée par le gouvernement malaisien, vers ses comptes bancaires privés.
Le cerveau présumé du stratagème, le Malaisien Jho Low, avait agi via des sociétés fictives et des comptes bancaires offshore.Le département de la Justice des États-Unis découvrit plus tard que plus de avaient en réalité été détournés par Low et d'autres conspirateurs, dont des responsables politiques de Malaisie, d'Arabie saoudite et des Émirats arabes unis. Cet argent servit notamment à acheter des biens et des propriétés de luxe, dont par exemple le yacht Equanimity. Une partie de l'argent finança aussi la société cinématographique américaine Red Granite Pictures et la production du film de Martin Scorsese Le Loup de Wall Street. L'argent volé à 1MDB permit à Low, Najib et sa femme Rosmah Mansor de mener un train de vie somptueux et d'établir le beau-fils de Najib, Riza Aziz, à Hollywood. Furent aussi signalées des tentatives de pots-de-vin à verser à divers lobbyistes et personnalités politiques aux États-Unis.
La première réaction de Najib fut de limoger plusieurs de ses détracteurs de leurs fonctions gouvernementales, notamment son adjoint Muhyiddin Yassin et le procureur général malaisien Abdul Gani Patail. Les accusations portées contre Najib furent d'abord déboutées. Parmi ses détracteurs figurait l'ancien allié politique et quatrième Premier ministre malaisien Mahathir Mohamad qui présida la « Déclaration des citoyens malaisiens ». Celle-ci réunit diverses personnalités politiques et d'influence qui réclamaient la démission ou la destitution de Najib Razak. La Conference of Rulers malaisienne appela à une enquête rapide, ce scandale étant à l'origine d'une crise de confiance sans précédent en Malaisie.
Hors de Malaisie, des enquêtes financières et criminelles furent ouvertes dans au moins six pays. Les comptes publics de 1MDB mirent en évidence près de MYR () de dettes en 2015. Une partie de cette dette résultait d'un prêt de en émission obligataire garantie par l'État en 2013, menée par la banque d'investissement américaine Goldman Sachs, qui aurait perçu des honoraires allant jusqu'à pour l'opération (bien que la banque conteste ce chiffre). Goldman Sachs fut inculpé en vertu du Foreign Corrupt Practices Act américain et accepta de payer plus de dans le cadre d'un règlement avec le département de la Justice des États-Unis. Le rappeur américain Pras, l'ancien président de Goldman Sachs Tim Leissner et le collecteur de fonds Elliott Broidy figurèrent parmi les personnes inculpées aux États-Unis en lien avec le scandale 1MDB.
À la suite des élections législatives malaisiennes de 2018, le nouveau Premier ministre Mahathir Mohamad rouvrit les enquêtes malaisiennes sur le scandale. Le département malaisien de l'immigration interdit à Najib et à onze autres inculpés de quitter le pays, tandis que la police saisissait plus de 500 sacs à main et environ (estimés à une valeur de $) dans diverses résidences appartenant à Najib. Ce fut la plus grande saisie de biens mal acquis dans l'histoire de la Malaisie. Najib fut ensuite accusé d'abus de confiance, de blanchiment d'argent et d'abus de pouvoir. Et Jho Low, le cerveau présumé alors en fuite à l'étranger, fut accusé de blanchiment d'argent. Najib fut ensuite reconnu coupable de sept chefs d'accusation liés à SRC International (filiale de 1MDB), et condamné à douze ans de prison.
En , le montant volé à 1MDB était estimé à $, et les dettes impayées de 1MDB s'élevaient à $. Le gouvernement prit en charge les dettes d'1MDB, incluant des obligations à échéant en 2039. En , les États-Unis avaient récupéré et restitué $ de fonds détournés dans leur juridiction.
Les principaux protagonistes
Najib Razak
Il devient Premier ministre de Malaisie en 2009. Lors de sa première année au pouvoir, il crée le fonds souverain 1Malaysia Development Berhad (1MDB) destiné à la réalisation d'investissements stratégiques, dans le cadre de sa politique de libéralisation économique et de son programme 1Malaysia. Le fonds est alors doté d'un budget d'investissement de $, et Najib était seul habilité à signer les investissements et à gérer le conseil d'administration.
Jho Low
Cet homme d'affaires malaisien originaire de Penang n'avait pas de poste officiel chez 1MDB, mais il en a soutenu la création. Il avait un accès étendu au fonds, en raison de relations politiques de premier ordre en Malaisie et au Moyen-Orient, et était très présent dans le monde du divertissement aux États-Unis. Low participa à des réunions stratégiques de 1MDB et facilita de nombreuses transactions.
Tim Leissner Ce banquier allemand présidait la branche Asie du Sud-Est de la banque Goldman Sachs. Leissner est crédité de la signature d'accords lucratifs pour Goldman Sachs dans la région, au lendemain de la crise financière de 2007-2008. C'est le directeur de Goldman Sachs en Malaisie, Roger Ng, qui avait présenté Leissner à Jho Low. Leissner et Ng travaillèrent avec Low et utilisèrent ses contacts politiques pour conclure des accords et orchestrer le stratagème.
La fraude en trois étapes Le département de la Justice des États-Unis (DoJ) estime que la fraude se déroula en 3 phases : En , Najib et Low rencontrèrent des représentants de la compagnie pétrolière privée PetroSaudi sur un yacht, à Monaco, pour discuter du premier investissement de 1MDB. Parmi les représentants saoudiens figuraient Turki bin Abdullah Al Saud de la famille royale saoudienne et Tarek Obaid. Lors d'une visite ultérieure en Arabie saoudite, Najib signa une joint-venture de $ entre PetroSaudi et 1MDB. Le DOJ estime que cette joint-venture fut utilisée comme "couverture" pour transférer $ sur un compte bancaire suisse. $ supplémentaire fut ensuite levé par Goldman Sachs dans le cadre d'une émission obligataire et détourné sur un compte bancaire en Suisse. 1,3 autre milliard $ fut aussi détourné par Goldman Sachs vers un compte bancaire à Singapour.
Selon les autorités américaines, Goldman Sachs, et en particulier Roger Ng, jouèrent un rôle majeur dans l'orchestration du stratagème, en particulier le blanchiment d'argent du fonds, dont une partie fut utilisée pour verser des pots-de-vin à des fonctionnaires en Malaisie et aux Émirats arabes unis.
Utilisation des fonds détournés Plus de $ furent volés au fonds 1MDB, puis dépensés par les auteurs pour acheter des œuvres d'art, des diamants, des bijoux coûteux et autres objets de luxe, ainsi que des propriétés immobilières.
Low aurait utilisé les fonds 1MDB pour mener un train de vie luxueux aux États-Unis. Le DOJ réussit à faire le lien entre $ provenant de l'accord PetroSaudi à l'achat de propriétés à Hollywood, et $ à l'achat d'appartements à New York. Low noua des amitiés avec les musiciens Swizz Beats, Alicia Keys et Pras, fut photographié lors de fêtes mondaines en compagnie de Paris Hilton ; il utilisa aussi des fonds pour acheter des articles de luxe pour le mannequin Miranda Kerr et la chanteuse Elva Hsiao, avec qui il entretint des relations amoureuses.
De nombreux médias révélèrent que la société de production cinématographique hollywoodienne Red Granite Pictures, cofondée par Riza Aziz et Joey McFarland en 2010, reçut de l'argent détourné. Le DOJ estime que cet argent fut destiné à la production des films Le loup de Wall Street, Very Bad Dads et Dumb and Dumber De ; le nom de Jho Low figure même dans la liste des personnes remerciées dans le générique du Loup de Wall Street. En 2017, le DOJ saisit les recettes des trois films.
Enquête en Malaisie
Changement de commissaires aux comptes et manque de transparence Les MYR de bénéfices déclarés entre le et le suscitèrent de vives critiques et controverses en Malaisie en raison du manque de transparence des comptes publiés par 1MDB.
Tony Pua, député DAP de Petaling Jaya, demanda alors à Najib, président du conseil consultatif de 1MDB, si les chiffres résultaient d'une injection d'actifs dans 1MDB par le gouvernement, comme le transfert de droits fonciers à l'entreprise.
Lors de la session parlementaire d', 1MDB expliqua que ses comptes avaient été entièrement audités et approuvés par le cabinet KPMG, et clôturés au . Le cabinet Deloitte avait participé à l'évaluation et à l'analyse du portefeuille, tandis que le cabinet Ernst & Young avait conseillé 1MDB sur sa fiscalité.
L'acquisition du terrain de l'aéroport de Sungai Besi, première étape du projet immobilier de Bandar Malaysia mixant usage commercial et résidentiel, se fit en . Avant cela, l'opposition s'était interrogée sur l'absence de progrès du projet Bandar Malaysia, malgré les de prêts et obligations islamiques déjà levés par 1MDB pour financer le projet et s'approprier le terrain. En , 1MDB attribua finalement un contrat de à Perbadanan Perwira Harta Malaysia (PPHM), une filiale de Lembaga Tabung Angkatan Tentera (LTAT) pour aider à relocaliser la base militaire de Pangkalan Udara Kuala Lumpur qui était située sur le terrain de Sungai Besi. La construction de Bandar Malaysia devait commencer après cette relocalisation.
Toujours en 2013, 1MDB attira de nouveau l'attention en demandant une prolongation de six mois pour rendre son rapport annuel auprès de la Chambre de Commerce de Malaisie (CCM) alors qu'il devait être rendu le . Au même moment, le remplacement de trois commissaires aux comptes présents depuis la création du fonds en 2009 fut jugé suspect. Face aux critiques, la CCM confirma que 1MDB avait bien rendu son rapport et remis les justificatifs nécessaires dont l'enregistrement d'une adresse, comme l'exige la loi.
Début , alors que le mécontentement du public grandissait face au manque de transparence financière chez 1MDB, le Premier ministre Najib, aussi président du conseil consultatif de 1MDB, ordonna au vérificateur général de la Malaisie de procéder à un audit de 1MDB, mais le rapport final d'audit fut classé secret d'état et ne fut mis à la disposition que de la commission des comptes publics (PAC) chargée d'enquêter sur les irrégularités de 1MDB. De supposées copies du rapport apparurent cependant sur Internet. Ce rapport sera déclassifié le , après l'éviction de Najib lors des élections législatives malaisiennes.
Le , un membre du conseil consultatif de 1MDB, Abdul Samad Alias, démissionna après que nombre de ses demandes de consultations de dossiers de 1MDB furent ignorées. 1MDB nia par la suite avoir reçu des demandes répétées d'Abdul Samad, déclarant que son président, Arul Kanda, avait personnellement rencontré Abdul Samad en janvier et mars de cette année-là pour "discuter des affaires".