vignette|Un timbre soviétique de 1965 à l'effigie de Maurice Thorez.

Le culte de la personnalité de Maurice Thorez, transmis par la propagande, les articles de journaux, œuvres d'art et affiches à sa gloire, est une pour élever le statut du secrétaire général du Parti communiste français Maurice Thorez à celui d'un leader héroïque infaillible, également présente dans les pays du bloc de l'Est, et qui en "Au cœur du Parti communiste français. Les notes de bureau politique de Maurice Thorez (1947-1964)". Thèse d'histoire, par Mathilde Regnaud, sous la direction de Denis Peschanski en 2013 .

Tout comme le culte de la personnalité de Mao Zedong à partir de la Longue Marche (1935-1936), il est une imitation contemporaine du culte de Joseph Staline. Thorez dirigea le PCF, , les historiens parlant de « culte de la personnalité de Maurice Thorez »Biographie Le Maitron de Maurice Thorez .

Après la Seconde Guerre mondiale, André Marty jouissait lui aussi de ce que l'historien Rémi Skoutelsky considère comme un , en tant qu'ex-mutin de la mer Noire et dirigeant des Brigades internationalesRémi Skoutelsky, L’espoir guidait leurs pas. Les volontaires français dans les Brigades internationales 1936-1939, Paris, Bernard Grasset, 1998, , cité par Kevin Morgan en 2016, dans "Staline, Dimitrov et le culte de l’individu". Puis après la Seconde Guerre mondiale, le profite de et prospére dans , amenant les mouvements constitués autour de la figure du leader à se modeler comme Selon le sociologue italien Luciano Cavalli, dans une . En France, ce culte du leader est célébré par la centaine de journaux du PCF réunis dans l'Union française de l'information.

Non seulement les de Staline suscitèrent tributs et offrandes à , mais ils furent suivis de . En France, où , selon Kevin Morgan, politologue et professeur d'histoire contemporaine à l'université de Manchester par les historiens"Staline, Dimitrov et le culte de l’individu" par Kevin Morgan, Traduit de l’anglais par Françoise Bouillot dans la revue Monde(s) en 2016 Annie Kriegel, « Bureaucratie, culte de personnalité et charisme. Le cas français : Maurice Thorez, secrétaire général du PCF (1900-1964) », in Annie Kriegel, Communismes au miroir français, Paris, Gallimard, 1974, , cité par Kevin Morgan en 2016, dans "Staline, Dimitrov et le culte de l’individu" Bernard Pudal, Prendre parti. Pour une sociologie historique du PCF, Paris, Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, 1989 , cité par Kevin Morgan en 2016, dans "Staline, Dimitrov et le culte de l’individu"Jean-Marie Goulemot, Pour l’amour de Staline. La face oubliée du communisme français, Paris, CNRS Éditions, 2009, cité par Kevin Morgan en 2016, dans "Staline, Dimitrov et le culte de l’individu". Les purges les plus brutales des années 1950 sont aussi une spécificité française parmi les PC d'Europe de l'Ouest et il .

Historique Origine La fonction de secrétaire général n’existait pas au PCF avant 1924. Sa création à la demande du Parti communiste de l'Union soviétique a ensuite permis à Thorez de durant les . Le virage en URSS a lieu à la mort de Lénine en 1924, lorsque Staline , resté . Dans la foulée, l'Internationale communiste (IC) , Dmitri Manouïlski et Abraham Gouralski, chargés de mettre en place au sein du PCF un qui par « le centralisme démocratique », Gouralski devenant de fait , jusqu’à son arrestation par la police en 1925, chargé d'y installer un culte de la personnalité. Le , L'Humanité célèbre en première page le cinquantième anniversaire de Staline mais fin à Moscou, la commission politique du Komintern estime que « ce qui manque au PCF », c’est une capacité de direction politiqueStéphane Courtois, "Histoire du PCF" aux éditions PUF en 2000, citée parGéo le 22/09/2021 .

Le rôle du tchèque Eugen Fried vignette|245x245px|Eugen Fried dans les années 1930. L'IC dépêche alors au début 1931 à Paris le tchèque Eugen Fried, un des membres du secrétariat particulier de Staline, pour en faire le « conseiller » de Maurice Thorez, installer solidement ce dernier à la tête du PCF via le culte de la personnalité, et opérer un « grand ménage » en excluant les derniers opposants à la stalinisation"Quand le Parti communiste français était sous la tutelle de Moscou", article dans Géo sur la base d'une interview de l'historien spécialiste du PCF Stéphane Courtois, le 22/09/2021 . Eugen Fried avait déjà dirigé le congrès du Parti communiste hongrois tenu près de Moscou en Le Maitron d'Eugen Fried . Désigné pour cette mission le , représentant de l’IC auprès des PC allemand, belge et français, il vint à Paris en compagnie de la dirigeante roumaine Ana Pauker. Fin août, au premier comité central du PCF furent actées les décisions prises par l’IC, avec Maurice Thorez, Jacques Duclos, Benoît Frachon et Marcel Gitton comme nouvelle direction.

Dès lors, le PCF est entièrement aux mains de Maurice Thorez, ou plutôt d'Eugen Fried, « l’œil de Staline », selon l'historien spécialiste du PCF Stéphane Courtois. Eugen Fried met en place une « section des cadres », dirigée successivement par Duclos, Vassart et Tréand, qui gère un système de « questionnaire inquisitorial » obligeant tout candidat à un poste de responsabilité à livrer , sous la forme d'un « pacte d’engagement, un acte d’allégeance quasi personnel à Staline et à l’URSS ». Fried présida au choix de tous les cadres appelés à certaines responsabilités.

Comme pour « son maître Staline, l'appareil et les hommes d'appareil, soigneusement triés et qui lui sont totalement inféodés, deviennent pour Thorez la donnée fondamentale »"Un intellectuel communiste illégitime : Roger Garaudy" par Didier Gauvin. Thèse d'histoire dirigée par le politologue français spécialiste de la sociologie historique du politique Olivier Ihl, Laboratoire Centre d'Études et de Recherche sur la Diplomatie, l'Administration Publique et le Politique dans l'École doctorale Sciences de l'homme.

Front populaire

Parallèlement et progressivement, l'action de Maurice Thorez au cours des années 1930 pour faire participer le PCF au Front populaire le transforme en et , même si le prive pour plusieurs années de présence en France, entre 1950 et 1953. Jusqu'en 1934, Maurice Thorez mais il change ensuite radicalement de ligne. Entre-temps, la France et l’URSS ont négocié un « accord d’assistance mutuelle contre l’Allemagne nazie » qui ne sera officiellement signé que début . Convoqué à Moscou en par le secrétaire général de l’IC Georges Dimitrov, il apprend la nouvelle stratégie de Staline, puis revient à Paris préparer l'alliance du avec la SFIO et multiplier les déclarations fracassantes : « Nous ne voulons pas que le fascisme passe en France… Nous voulons l’unité d’action… », le PCF couvrant la France d’affiches proclamant « Staline a raison » dans sa lutte contre le fascisme.

L'autobiographie et le film de 1937 Pour renforcer le culte de la personnalité sur le mode réclamé par Staline, Maurice Thorez publie une autobiographie à sa propre gloire, en 1937, intitulée Fils du peuple, qui propose une histoire officielle du PCF. Maurice Thorez en offre un à Staline avec la dédicace : .

Selon le politologue Bernard Pudal, cette autobiographie elle-même cède au culte de la personnalité, mais « sous les dehors d’un refus du culte de la personnalité », plus conforme aux traditions républicaines anciennes en France, car Thorez « s’y présente comme le produit d’une histoire dans laquelle il est immergé – celle de la classe ouvrière, plus généralement, celle du peuple français »Bernard Pudal dans l'article "Récits édifiants du mythe prolétarien et réalisme socialiste en France (1934-1937)", paru dans la revue Sociétés & Représentations en 2003 avec un culte du Parti, « seul véritable héros de cette histoire ». Le procédé recourt, selon la sémiologue Marie-Françoise Chanfraul-Duchet, au « je » de l’enfant, qui n’est pas un « je habité », ce qui n'est pas non plus le cas du « je adulte » de Thorez dans Fils du peuple, qui « est très vite sublimé » dans un « nous » partisanMarie-Françoise Chanfraul-Duchet, « Père, parti et parti-pris narratif : Maurice et Paul Thorez », dans Le récit en question, Cahiers de sémiotique textuelle, , 1988, . , citée par Bernard Pudal dans l'article "Récits édifiants du mythe prolétarien et réalisme socialiste en France (1934-1937)", paru dans la revue Sociétés & Représentations en 2003 et Thorez semble ainsi y , consacrant par exemple seulement 32 pages à ses vingt premières années"Maurice Thorez: A Biography" par John Bulaitis aux Editions Bloomsbury Publishing en 2018 . Durant des années, ce sera le seul exemple de biographie édifiante produite en France"« Multiplexité » et/ou multiplicité ? Regards comparatifs sur la biographie collective du communisme britannique" par Kevin Morgan, politologue et professeur d'histoire contemporaraine à l'Université de Manchester dans la revue Matériaux pour l’histoire de notre temps en 2011 .

Cependant, deux ans avant Fils du peuple, l’année de son décès à Moscou, le , un autre communiste, Henri Barbusse, a publié chez Flammarion en 1935 une hagiographie de StalineStaline. Un monde nouveau vu à travers un homme, par Henri Barbusse, Flammarion en 1935., qui a recouru à un procédé proche, .

La diffusion de Fils du peuple est célébrée par L'Humanité et bénéficie d'une vaste campagne publicitaire, dont le coût représente entre un tiers et la moitié des dépenses publicitaires annuelles des Éditions sociales. Des encarts sont publiés dans la presse non communiste, et Jean Renoir, parrain du premier fils du couple Thorez, est sollicité pour réaliser un film de promotion, avec Maurice Thorez et Jeannette Vermeersch filmés à leur domicile.

Nouveau virage à 180 degrés de Staline le avec le pacte germano-soviétique dont le secrétaire général du PCF ignore tout, qu'il découvre début septembre par un Français, le secrétaire général de l'IC Raymond Guyot. Mobilisé en , Thorez est sommé de déserter par Staline et exfiltré à Moscou.

Seconde Guerre mondiale Après-guerre Après la Seconde Guerre mondiale, ses sont soulignées par Vincent Auriol comme par le général de Gaulle, car il participe plusieurs fois au gouvernement, à partir , quand il y fait pour la première fois son entrée, ce qui n'avait pas été le cas lors du Front populaire, où le PCF n'était pas représenté au gouvernement.

Après la guerre, il y est représenté comme ministre d’État et vice-président du Conseil, notamment au moment de la bataille de la production (1944-1947), nécessaire pour opérer en 1945 la reconstruction de la France, dans laquelle il a joué un rôle important. Quelques jours après les élections législatives de qui voient le PCF obtenir 28,6 % des voix, il manque de peu d'être élu président du Conseil.

Thorez professeur d'énergie Maurice Thorez et la France, de Louis Aragon Maurice Thorez et la France est un poème écrit par Louis Aragon fin 1945"L'homme communiste, publié le 8 octobre 1946 par Louis Aragon Note de lecture Babelio , juste avant que son recueil de 1946 L'Homme communiste, glorifie la façon dont la bataille du charbon est conçue et mise en avant par Maurice Thorez. Le texte clame avec une « assurance euphorique » que "Aragon, un destin français. 1939-1982", par Pierre Juquin, biographe d'Aragon, en 2013 aux Éditions La Martinière . Louis Aragon est depuis les années 1930 un ami personnel très proche de Thorez.

Peu après, des poèmes écrits par le journaliste lillois André Stil, , saluant les discours de Maurice Thorez vantant la Bataille du charbon paraissent dans la revue Europe de . et André Stil sera nommé, quatre ans après seulement, rédacteur en chef de L'Humanité.