La cathédrale Notre-Dame d'Amiens conserve deux gisants de bronze, plus exactement en alliage de cuivre et de zinc appelé laitonXavier Boniface, Pascal Montaubin, Dominique Paris-Poulain (dir.), Amiens, le rayonnement d'une cathédrale, Villeneuve d'Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 2025, p. 101, seuls témoins des gisant de « bronze » du subsistant en FranceOn ne connaît que neuf gisants en alliage, entiers ou en fragments subsistant en France, actuellement., dans une cathédrale.

Historique

En 1218, la cathédrale romane fut victime d'un incendie, la foudre serait tombée sur la flèche ce qui aurait mis le feu aux charpentes et l'édifice tout entier se serait écroulé dans les flammes. Il fallut donc reconstruire la cathédrale en style gothique cette fois. Ce fut Evrard de Fouilloy, évêque d'Amiens de 1211 à 1222 qui fut l'initiateur du chantier de reconstruction. Son successeur Geoffroy d'Eu, évêque de 1222 à 1236 poursuivît son œuvre.

Les deux évêques furent inhumés dans la cathédrale. Dès le XIIIe siècle, dans les années 1230 vraisemblablement, on érigea les deux gisants de bronze au-dessus de leurs tombeaux dans les première et deuxième travées de la nef, dans l'allée centraleJean-Luc Bouilleret (dir.), Amiens, Editions La Nuée Bleue, coll. « Collection La Grâce d'une cathédrale », 2012.

En 1762, les gisants furent déplacés et installés de part et d'autre du portail principal. Pendant la Révolution française, ils furent sauvegardés grâce au juge Levrier qui persuada les autorités de la faible valeur en bronze des gisants.

C'est l'architecte Eugène Viollet-le-Duc qui en 1867, les fit transporter à leur place actuelle, dans la troisième travée de la nef en partant du grand portail et les fit reposer sur un nouveau socle en marbre noir et entourer d'une grille afin de les protéger de dégradations éventuelles. Il fit également recouvrir les gisants d'un enduit qui leur a fait perdre leur aspect naturel en leur donnant la couleur gris-vert que nous leur connaissons aujourd'hui. Leur aspect médiéval nous est désormais inconnuXavier Boniface, Pascal Montaubin, Dominique Paris-Poulain (dir.), Amiens, le rayonnement d'une cathédrale, Villeneuve d'Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 2025, p. 111.

Caractéristiques

Gisant de Geoffroy d'Eu vignette|gauche|120px|Gisant de Geoffroy d'Eu

Le gisant de l'évêque Geoffroy d'Eu est situé dans la troisième travée de la nef, côté nord. C'est vraisemblablement le plus ancien des deux gisants, Geoffroy d'Eu étant mort en 1236 a pu être inhumé directement après son décès dans la nef de la cathédrale en grande partie achevée. Une étude réalisée par la Direction des affaires culturelles (DRAC) des Hauts-de-France, en 2019, a estimé le poids du seul gisant à 1,5 tonne, en fonction de l'épaisseur du métal. Il a été coulée d'une seule pièce selon la technique de la cire perdueXavier Boniface, Pascal Montaubin, Dominique Paris-Poulain (dir.), Amiens, le rayonnement d'une cathédrale, Villeneuve d'Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 2025, pp. 102 et 105.

Le décor de ce gisant est plus sobre que celui d'Evrard de Fouilloy. L'évêque mitré porte la tenue épiscopale sans broderie. Le coussin sur lequel sa tête repose n'est pas non plus bordé. Il n'y a pas de personnages figurant aux côtés de l'évêque. On retrouve à ses pieds les créatures fantastiques symbolisant le mal. L'arc trilobé entourant la tête repose sur deux colonnettes avec chapiteaux à crochets. L'évêque bénit de la main droite amputée de l'index et du majeur dont la phalange qui subsiste porte encore l'anneau épiscopal orné d'une pierre en cabochon. La main gauche renversée vers le sol tenait la crosse aujourd'hui disparue. Les inscriptions sur la bordure ont été gravées à la pointe. Les lionceaux qui portent la plaque de bronze montrent plus d'énergie que ceux de l'autre gisant. Ce gisant apparaît comme plus archaïque que celui d'Evrard de Fouilloy.

Gisant d'Evrard de Fouilloy vignette|150px|Gisant d'Evrard de Fouilloy

Le gisant de l'évêque Evrard de Fouilloy se trouve dans la troisième travée de la nef, côté sud, au niveau de la chapelle de l'Annonciation, son décor est beaucoup plus riche que celui de Geoffroy d'Eu. L'ensemble (plaque rectangulaire et effigies, animaux) a été coulé d'une seule pièce mais en creux surtout au niveau du corps de l'évêque. C'est ce qui explique que le poids du gisant a été estimé, en 2019 à 300 kg. L'évêque figure en demi-bosse, mitré et vêtu de l'habit épiscopal, la tête reposant sur un coussin richement brodé. Les pieds s'appuient sur deux espèces de dragons s'affrontant, l'un mordant l'autre au cou. De chaque côté, aux pieds de l'évêque, un clerc tient un cierge allumé. Au niveau des épaules, de part et d'autre, un ange thuriféraire diffuse de l'encens. Chacun des anges a une aile coulée avec le monument, l'autre ajoutée par la suite s'élevait dans l'air, elle a aujourd'hui disparu. Tout comme ces ailes, certains détails ont été ciselés après la fonte : l'inscription, les ornements du vêtement... Le gisant est supporté par six lionceaux de bronze. Mort en 1222, deux ans après le début de la construction de la cathédrale, Evrard de Fouilloy a dû être inhumé, après son décès, dans un autre lieu et sa dépouille a été transférée dans la cathédrale ultérieurement, son gisant a donc été réalisé après celui de Geoffroy d'Eu. L'alliage ayant servit à la réalisation du gisant n'est pas le même que celui du tombeau de Geoffroy d'Eu et il est vraisemblable que les deux gisants n'aient pas été réalisés à la même période ou/et par le même atelierXavier Boniface, Pascal Montaubin, Dominique Paris-Poulain (dir.), Amiens, le rayonnement d'une cathédrale, Villeneuve d'Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 2025, p. 106.

Le visage de l'évêque est empreint d'une certaine austéritéIl semble peu probable que le visage représenté soit réaliste. tandis que les figures des quatre autres personnages montrent une certaine gaieté. L'effigie de la tête d'Evrard de Fouilloy est encadrée par un arc trilobé reposant sur des colonnettes avec chapiteaux à crochets. De la main droite, l'évêque bénit tandis que la gauche renversée vers le sol tenait une crosse, aujourd'hui disparue, dont la pointe s'enfonçait dans la gueule d'un des dragons.

Notes et références

Notes

Références

Bibliographie

Xavier Boniface, Pascal Montaubin, Dominique Paris-Poulain (dir.), Amiens, le rayonnement d'une cathédrale, Villeneuve d'Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 2025 , 504 pages . Jules Corblet, Les tombes en bronze des deux Evêques fondateurs de la Cathédrale d'Amiens, Paris, E. Donnaud, 1872 (17 pages). . Georges Durand, La Cathédrale d'Amiens, Amiens, Imprimerie Yvert, 1950 Maurice Duvanel, Jean Macrez, Paule Roy, La cathédrale Notre-Dame d'Amiens, Amiens, Poiré-Choquet, 1987

Articles connexes

Cathédrale Notre-Dame d'Amiens Gisant

Liens externes Cathédrale d'Amiens : les gisants de bronze

Gisants de bronze de la cathédrale Notre-Dame d'Amiens Catégorie:Sculpture du XIIIe siècle