vignette|Plan des villes Suisses en vue de l'invasion. L’opération (« sapin ») était un plan du Troisième Reich qui visait à envahir la Suisse durant la Seconde Guerre mondiale. Ce projet n'a jamais été mis en œuvre.
Contexte Avant le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, Adolf Hitler a assuré à plusieurs reprises que l'Allemagne respecterait la neutralité de la Suisse en cas de conflit militaire en Europe. En , il annonça au conseiller fédéral suisse Edmund Schulthess que , réitérant cette promesse peu de temps avant l'invasion de la Pologne.
Attitude des nazis envers la Suisse Lors d'une rencontre avec le dirigeant de l'Italie fasciste, Benito Mussolini, et le ministre des Affaires étrangères, Galeazzo Ciano, en , Hitler exprima assez clairement son opinion sur la Suisse :
La Suisse possédait le peuple et le système politique les plus dégoûtants et les plus misérables. Les Suisses étaient les ennemis mortels de la nouvelle Allemagne.
Lors d'une discussion ultérieure, le ministre allemand des Affaires étrangères, Joachim von Ribbentrop, a directement évoqué la possibilité de séparer la Suisse entre les deux puissances de l'Axe :
Sur la demande du Duce de savoir si la Suisse, en tant que véritable anachronisme, avait un avenir, le ministre des Affaires étrangères du Reich a souri et a dit au Duce qu'il devrait en discuter avec le Führer.
En , Hitler décrivit en outre la Suisse comme et comme un État qui n'avait plus le droit d'exister, dénonçant le peuple suisse comme . Du point de vue des nazis, la Suisse, était une petite démocratie multilingue décentralisée où les locuteurs allemands ressentaient davantage une affinité avec leurs concitoyens suisses francophones qu'avec leurs frères allemands de l'autre côté de la frontière. C'était l'antithèse du racial Führerprinzip, homogène et collectivisé. Hitler croyait également que l'État suisse indépendant avait été créé à une époque de faiblesse temporaire du Saint Empire romain germanique. Maintenant que le pouvoir allemand avait été rétabli après la prise de pouvoir par les nationalistes, la Suisse en tant que pays indépendant était une idée obsolète.
Bien que Hitler ait méprisé les Suisses allemands à l'esprit démocratique comme , il a néanmoins reconnu leur statut d'Allemand. En outre, les objectifs politiques ouvertement pan-allemands du parti nazi appelaient à l'unification de tous les Allemands en une Grande Allemagne, qui incluait le peuple suisse. Le premier objectif du programme national-socialiste en 25 points était le suivant : .
Dans leurs cartes de la Grande Allemagne, les manuels allemands comprenaient les Pays-Bas, la Belgique, l'Autriche, la Bohême-Moravie, les parties germanophones de la Suisse et la Pologne occidentale de Dantzig (aujourd'hui Gdańsk) à Cracovie. Ignorant le statut d'État souverain de la Suisse, ces cartes montraient souvent son territoire sous la forme d'un Gau allemand. L'auteur de l'un de ces manuels, Ewald Banse, a expliqué : Plusieurs nazis se sont exprimés sur l’intention allemande de
Bien que n'étant pas lui-même politiquement aligné avec les nazis, et même si ses idées leur apportaient un soutien idéologique, le géopoliticien Karl Haushofer avait également plaidé en faveur de la répartition de la Suisse entre ses pays environnants, de telle sorte que la Romandie (Welschland) serait attribuée à la France de Vichy, le Tessin à l’Italie, et le centre et l’Est germanophones de la Suisse à l’Allemagne.
Préparation du plan allemand Le gouvernement suisse a approuvé une augmentation du budget de la défense, avec une première tranche de de francs suisses (sur un budget total de de francs sur plusieurs années) pour la modernisation des forces armées. Avec la dénonciation du Traité de Versailles par Hitler en 1935, ces dépenses passèrent à de francs. Le mousqueton 1931 devint le fusil d'infanterie standard en 1933, et était supérieur au Kar98 allemand en facilité d'utilisation, précision et poids. À la fin de la Seconde Guerre mondiale, près de exemplaires auront été produits.
La Suisse dispose d'une forme unique de direction générale. En temps de paix, il n'y a pas d'officier ayant un grade supérieur à celui de commandant de corps (trois étoiles). Cependant, en temps de guerre et en cas de besoin, l'Assemblée fédérale élit un général pour commander l'Armée suisse. Le , Henri Guisan est élu général, avec sur 227. Il commence immédiatement à préparer la guerre.
Lorsque, deux jours après son élection, la Wehrmacht envahit la Pologne et que la Seconde Guerre mondiale commença, Guisan appela à une mobilisation générale et publia , la première de ce qui allait devenir une série de plans défensifs en évolution. Ce premier plan assignait les trois corps d'armée existants à l'est, au nord et à l'ouest de la Suisse, avec des réserves au centre et au sud du pays. Guisan rapportait au Conseil fédéral le que lorsque la Grande-Bretagne déclara la guerre à l'Allemagne, . Son chef d'état-major général a également fait passer de l'âge d'admissibilité au service supérieur (les hommes de cet âge formeraient les unités de Landsturm à l'arrière) et ordonné la formation d'un tout nouveau corps militaire de hommes.
L'Allemagne a commencé à planifier l'invasion de la Suisse le , jour de la reddition de la France. Reconnaissant que la Suisse et le Liechtenstein étaient encerclés par la France occupée et les puissances de l'Axe, Guisan publia , une refonte complète des plans défensifs suisses existants. Dans ce plan, la à l'ouest, la au centre et la à l'est seront les trois points centraux du réduit national. Les Alpes seraient la forteresse des Suisses. Les , et suisses devaient retarder les actions à la frontière, tandis que le reste de l'armée devait se retirer dans le refuge alpin connu sous le nom de Réduit national. Les centres de population étaient cependant tous situés sur le plateau suisse, au nord des Alpes.
Après l'armistice avec la France, Hitler a exigé de voir des plans pour l'invasion de la Suisse. Franz Halder, le chef de l'Oberkommando des Heeres (OKH), a rappelé : . Le capitaine Otto-Wilhelm Kurt von Menges de l'OKH a présenté un projet de plan pour l'invasion. Le Groupe d'armées C (HGr. C) du général Wilhelm Ritter von Leeb, dirigé par le général Wilhelm List et la mènera l'attaque. Leeb lui-même reconnaissait personnellement le terrain, étudiant les voies d'invasion les plus prometteuses et les chemins de moindre résistance. Menges notait dans son plan que la résistance suisse était improbable et qu'un Anschluss non-violent était le résultat le plus probable. Avec , écrit-il, .
Le plan allemand a continué d'être révisé jusqu'en octobre, lorsque la a présenté son quatrième projet, maintenant appelé « opération Tannenbaum ». Le plan initial prévoyait allemandes, mais ce chiffre a été ramené à 11 par l'OKH. Halder lui-même avait étudié les zones frontalières et en avait conclu que Il décida d'organiser une feinte d'infanterie dans le Jura afin de faire sortir l'armée suisse et de la couper à l'arrière, comme cela avait été fait en France. Avec les allemandes et environ divisions italiennes prêtes à entrer par le sud, les plans de l'Axe étaient d'envahir la Suisse avec entre .
Plans allemands pour le régime nazi en Suisse L'objectif politique de l'Allemagne dans la conquête de la Suisse était de récupérer la majeure partie de la population suisse « racialement appropriée » pour le peuple allemand, et visait à l'annexion directe au Reich allemand d'au moins sa partie ethnique allemande.
Dans ce but, Heinrich Himmler discuta en avec son subordonné, Gottlob Berger, de l'aptitude de diverses personnes à occuper le poste de commissaire du Reich pour la « réunion » de la Suisse avec l'Allemagne. Ce fonctionnaire à choisir aurait eu pour tâche de faciliter la fusion totale des peuples suisse et allemand. Himmler tenta en outre d'étendre les SS en Suisse, avec la formation de la SS germanique Suisse en 1942.
Un document appelé Aktion S, que l'on trouve dans les dossiers de Himmler, décrit en détail le processus prévu pour l'établissement du régime nazi en Suisse depuis sa conquête initiale par la Wehrmacht jusqu'à sa consolidation complète comme province allemande. On ne sait pas si ce plan a été approuvé par des membres de haut niveau du gouvernement allemand.
Après le second armistice de Compiègne, le ministère de l'Intérieur du Reich produisit un mémorandum sur l'annexion d'une bande de l'est de la France de l'embouchure de la Somme au lac Léman, destinée à servir de réserve pour la colonisation allemande d'après guerre. La dissection prévue de la Suisse aurait concilié cette nouvelle frontière franco-allemande, annexant la région romande francophone au Reich malgré cette différence linguistique.
Engagement italien L'alliée de guerre de l'Allemagne, l'Italie, sous la domination de Benito Mussolini, désirait les régions italophones de la Suisse dans le cadre de ses revendications irrédentistes en Europe, en particulier le canton du Tessin. Dans un tour des régions alpines italiennes, il annonce à son entourage que .
L'avenir de la Suisse dans une Europe dominée par l'Axe a été discuté lors d'une table ronde en 1940 entre le ministre italien des Affaires étrangères Galeazzo Ciano et le ministre allemand des Affaires étrangères Joachim von Ribbentrop, en présence également de Hitler. Ciano proposait qu'en cas de dissolution de la Suisse, elle soit divisée le long de la chaîne centrale des Alpes occidentales, car l'Italie souhaitait les zones situées au sud de cette ligne de démarcation dans le cadre de ses propres objectifs de guerre, ce qui lui aurait donné le contrôle du Tessin, du Valais et des Grisons.
Raisons de l'inexécution du plan Il y a plusieurs hypothèses avancées pour expliquer pourquoi les Allemands ne mirent pas à exécution ce plan d'invasion. : La meilleure occasion pour une action militaire efficace contre la Suisse était la période entre la chute de la France en juin 40, et octobre/novembre 1940. Après ce temps, le changement de climat conjugué aux forces militaires suisses n'auraient pas permis une action efficace des troupes allemandes. Après l'hiver 1940-1941, Hitler était déjà occupé à préparer l'invasion de la Grèce avec l'opération Marita et le coût d'opportunité de l'invasion helvétique aurait été trop élevé. La Suisse n'a pas été perçue comme une menace par l'Allemagne. Hitler était plus préoccupé de mener à bien la bataille d'Angleterre (les quelques divisions allemandes de montagne opérationnelles avaient été affectées à l'opération Seelöwe) et il pensait aussi à l'invasion de l'Union soviétique (opération Barbarossa). Déjà, dès , de grandes quantités de troupes avaient été déplacées à l'est pour parer la menace russe sur la Bessarabie. Du fait de sa neutralité et de son important réseau bancaire, les Allemands purent se servir des banques suisses, pays neutre alors, pour y placer de l'argent et payer certains de leurs achats avec des francs suisses.
Bien que la Wehrmacht ait simulé des mouvements vers la Suisse dans ses offensives, elle n'a jamais essayé de l'envahir. Après le Jour J, l'opération Tannenbaum fut abandonnée et la Suisse resta neutre pour la durée de la guerre. En fait, les Allemands étaient probablement dans l'incapacité de rassembler le nombre de divisions nécessaires à l'exécution de Tannenbaum après le début de l'invasion de l'Union Soviétique.
Notes et références
Sources et bibliographie Un général suisse contre Hitler, de Jon Kimche aux éditions J'ai lu Leur aventure . Jean-Jacques Rapin, L'esprit des fortifications, Presse polytechniques et universitaires romandes « Le savoir suisse », Lausanne, 2004, .
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