Juan Vázquez de Mella y Fanjul, né à Cangas de Onís le et mort à Madrid le , est un homme politique, écrivain et philosophe traditionaliste espagnol, l’un des principaux idéologues du carlisme durant la Restauration.

Reconnu comme l'un des plus grands orateurs de son temps, il était surnommé (« le Verbe de la tradition »)..

Il donna son nom à un courant politique, le mellisme, qui visait à former un grand parti rassemblant les forces de l'extrême droite espagnole.

Biographie Famille et jeunesse left|thumb|Cangas de Onís. Juan Antonio María Casto Francisco de Sales Vázquez de Mella y Fanjuldans la presse de l'époque il peut être nommé Juan Mella, Juan V. de Mella, Juan Vázquez, Juan Vázquez Fanjul, Juan Vázquez y Fanjul, Juan Vázquez Mella, Juan Vázquez de Mella, Juan Vázquez de Mella y Fanjul est le descendant d'une famille galicienne ancienne dont le représentant le plus connu est un cardinal de Zamora du ; pour des détails voir .. Parmi les ancêtres paternels de Juan figurent plusieurs militairesselon un article paru dans le journal El Imparcial à l'occasion de sa mort, l'un de ses ancêtres aurait combattu Francis Drake au et trois autres auraient combattu à Trafalgar (l'article contient également des informations fausses sur son père), voir . liés à diverses villes de Galice., comme son grand-père, Andrés Vázquez de Mella, originaire de la paroisse de (commune de Crecente, dans la province de Pontevedra) et son père, Juan Antonio Vázquez de Mella y Varela (mort en 1874 ; selon , il serait mort lorsque Mella était âgé de 10 ans, ce qui situerait sa mort en 1871), né à Boimorto. Ce dernier, ayant atteint le grade de lieutenant-colonel, fut connu pour ses convictions libérales. et progressistes : décrit comme exaltado, il apporta son soutien aux pronunciamientos d'Espartero au cours du règne d'Isabelle IIvoir l'article « Liste de coups militaires en Espagne » et fut en représailles démis du poste d'administrateur des douanes en 1840. puis emprisonné en 1843. Après avoir réintégré son poste à Lugo., en 1848 il fut promu intendant provincial à Oviedo. puis affecté la même année à Séville. puis à Malaga. Muté à la fin des années 1850 à Covadonga, il quitta l'armée en 1860, après le rejet de sa candidature pour rejoindre les troupes combattant au Maroc du 28 février 1928. Actif dans le Parti progressiste, il aurait déclaré la République à Cangas en 1873en 1864 la presse de l'époque rapporte qu'il prit part à un « banquet progressiste » à Cangas (La Iberia du p. 3, lire en ligne) et qu'il devint dirigeant local du parti l'année suivante (La Iberia du p. 1, lire en ligne)voir l'article « Révolution cantonale » ; malgré sa réputation, son fils nia plus tard que son père eût été républicain. ou libéral.

Juan Antonio épousa Teresa Fanjul Blanco (?-1893)., originaire d'Amieva (province d'Oviedo) ; son pèreAntonio Fanjul originaire de la paroisse de (Siero, Asturies), marié à Teresa Blanco de Cangas dirigeait une affaire commerciale de tannage. Le couple s'installa à Cangas et n'eut qu'un seul enfant. Après le décès de son mari, la veuve fut d'abord assistée par son frère, qui hérita des entreprises familiales ; à la suite de différends avec celui-ci, elle déménagea pour vivre avec ses cousins en Galice, où Juan passa son enfance élevé par sa mère, réputée pieuse. Désigné tantôt comme asturien.. et tantôt comme galicien.ou encore dans ; pour des détails concernant les liens de Mella avec les Asturies, voir ; pour ses liens avec la Galice, voir ., il semble qu'il s'identifiait davantage à la Galice, car c'est là qu'il se forma véritablement. Selon ses opposants, il serait « né dans l'opulence » ; pour sa part il admit être né « dans les perspectives de l'opulence », qui ne se concrétisèrent pas après la mort de son père ; il semble avoir passé la plus grande partie de sa vie dans des conditions modestes sinon dans la pauvreté, et quoi qu'il en soit il vivait dans l'austérité lorsqu’il mourut ; ; selon , il passa les dernières années de sa vie (. ; le même auteur indique qu'il vivait dans une « extrême pauvreté personnelle » ; le mode de vie spartiate de Mella lui valut des mots d'admiration et de respect d'Antonio Maura : « vous, qui pouviez vivre comme le meilleur, dans l'aisance, avez préféré être cohérent avec vos idées » (), cité dans .. vignette|Le où Mella fit ses études secondaires. En 1874, le jeune Juan entra au près de Villaviciosa, où il ne se révéla pas un excellent élève ; avec un penchant pour les lettres, il préférait lire des livres et des périodiques plutôt que jouer avec ses camarades de classe. Ayant obtenu le baccalauréat en 1877des sources contemporaines de Mella mentionne qu'il aurait aussi fréquenté le lycée d'Oviedo, voir , ., il s'inscrivit à l'Université de Saint-Jacques-de-Compostelle ; Malgré sa préférence pour la discipline académique de Philosophie et les Lettres, celle-ci n'étant pas dispensée dans son université il se tourna vers le Droit, qu'il aborda avec beaucoup de réticence. En conséquence, il ne fut pas un étudiant assidu ; inscrit pour suivre ses propres centres d'intérêts, il passa son temps dans les bibliothèques plutôt que dans les amphithéâtresJuan Ramón de Andrés Martín, El cisma mellista: historia de una ambición política, Madrid 2000, , p. 27. La période finale de ses études est mal connue. On ignore quand il fut diplômé et comment il gagnait sa vie au début des années 1880, alors qu'il vivait encore avec sa mère à Saint-Jacques Appréciant la solitude depuis sa petite enfance, il ne se maria pas et n'eut pas d'enfants, bien qu'à un moment fût envisagé son mariage avec la Pamplonaise, María Baleztena Ascárate ; l'auteur est directeur des , voir ..

De chroniqueur provincial à rédacteur en chef à Madrid (avant 1890) left|thumb|Une d’ du 5 novembre 1890. Le père libéral de Juan mourut alors que ce dernier était âgé d'une dizaine d'années10 ans ou 13 ans selon les sources ; malgré des antécédents carlistes parmi ses oncles paternelsson oncle paternel Ramón fut commandant adjoint () dans la milice des Volontaires royalistes d'Arzúa (La Corogne) ; un autre frère de son père combattit dans le camp légitimiste dans la Première guerre carliste (, ), rien n'indique qu'il héritât de la pensée traditionaliste par une transmission familiale. Les spécialistes soupçonnent plutôt que le jeune Vázquez de Mella s'y ralliât pendant sa période universitaire. Pendant quelque temps, il servit comme secrétaire du professeur José Fernández Sánchez est également parfois mentionné comme ayant pu influencer le jeune Vázquez de Mella, une connaissance du célèbre érudit traditionaliste Marcelino Menéndez y Pelayo ; Mella eut accès à leur longue correspondance et fut exposé à la doctrine traditionaliste. Lorsqu'il quitta l'université il était traditionaliste ; contrairement à la plupart des carlistes, il avait acquis ces convictions non par héritage familiale ou par sensibilité personnelle, mais comme résultat de ses spéculations intellectuelles. Au début des années 1880, il fut remarqué en tant qu'orateur à l'athénée et à l'académie catholique de Saint-Jacques-de-Compostelle.

Probablement vers le milieu des années 1880, Mella commença à coopérer avec certains périodiques conservateurs comme La Restauración, un hebdomadaire madrilène dirigé par Francisco de Paula Queredaaucun exemplaire ne semble en avoir été préservé ., et le quotidien de Saint-Jacques ; Xosé Ramón Barreiro indique que Mella assuma la direction de ce journal quelques jours après la démission de en janvier 1887, . mentionne également (sans donner de référence précise) sa participation au Diario de Galicia. Certains de ses travaux publiés dans ce dernier furent remarqués à Madrid, notamment une série d’articles farouchement hostile à Ramón Nocedal, publiés à la suite de la rupture des intégristes avec le carlisme à la fin des années 1880. Comme les nocedalistas schismatiques contrôlaient El Siglo Futuro, auparavant organe du parti national officiel du carlisme, le prétendant « Charles VII » décida de créer un nouveau journal carliste semi-officiel, initiative qui déboucha sur le lancement d’El Correo Español en 1888, qui chercha désespérément de bons contributeurs. Certains auteurs indiquent que c'est le leader politique carliste, le marquis de Cerralbo, qui aurait invité Mella à contribuer ; selon d'autres, il s'agit plutôt du directeur du journal, Luis Llauder. thumb|El Correo Español Au tournant des années 1890, Mella commença à contribuer au Correo en tant que correspondant ; Entre-temps, il était devenu directeur d’El Pensamiento Galaico, poste qu'il occupa jusqu'en 1890. Au début, il publiait sous divers noms de plume« M », « Eneas » et « Tulio » sont donnés par ; selon des travaux universitaires plus récents, « Tulio » était le pseudonyme de Leandro Herrero et « Eneas » celui de . ; la plupart de ses essais étaient de nature doctrinale, mettant également l'accent sur la les structures régionales et la société en général. Autour de 1890dès 1887 selon ; les études plus récentes indiquent plutôt 1889, 1890 ou 1891, Mella fut invité à s'installer à Madrid et à entrer dans le comité de rédaction, offre qu'il accepta. Lorsque El Correo atteignit une certaine stabilité financièreEl Correo Español comptait souscripteurs ; à titre de comparaison, le journal le plus vendu de l'époque, , s'écoulit à environ exemplaires, ., Llauder décida de rentrer à Barcelone ; son poste de directeur fut assumé par l'ancien rédacteur en chef, Leandro Herrero. En 1890 ou 1891, Mella hérita lui-même du poste de rédacteur en chef, formellement subordonné à Herrero, mais chargé de suivre les lignes posées par Cerralbo en matière politique. Cerralbo était visiblement impressionné par Mella et tendait à accepter son autorité en tant que théoricien.

Une figure politique émergente (1890-1900) left|thumb|Le marquis de Cerralbo. Au poste de rédacteur en chef, Mella suscita la controverse. On rapporte qu'il accomplissait ses obligations de façon approximative, travaillant peu, s'absentant régulièrement de son bureau pendant 2 à 3 jours et toujours occupé de ses propres centres d'intérêts. Alarmé par Herrero, au début des années 1890, Melgar, secrétaire du prétendant, demanda à plusieurs reprises depuis Venise que Cerralbo mît au pas son protégé, appels qui eurent peu d'effet. Mella continua à publier des articles ambitieux et grande qualité, mais sa gestion échut principalement à Herrero et au directeur administratif, Puiggrós. Cette situation se prolongea jusqu'à la fin des années 1890, Mella lui-même se montrant de plus en plus désintéressé du travail éditorial.

Mella devait sa position non seulement à sa plume, mais aussi à sa coopération avec Cerralbo. Au début des années 1890, le marquis lança un projet novateur consistant à parcourir l'Espagne et à mobiliser des soutiens dans des rassemblements publics et des réunions ; Mella l'accompagnaiten 1894 encore, Mella accompagnait habituellement Cerralbo dans ses voyage ., rendant compte des voyages et discours de Cerralbo dans des livrets. Parfois, il prenait la parole lui-même, ses compétences oratoires attirant de plus en plus l'attention. Lors des élections aux Cortes de 1891, il se présenta sur la liste carliste de Valls (Tarragone), où il était sans attache , et ne fut pas élu. Lors du scrutin suivant deux ans plus tard, il se présenta à Estella (Navarre)certains auteurs indiquent par erreur Aoiz ., une autre circonscription avec laquelle il n'avait aucune relation personnelle. Après une campagne extrêmement conflictuelle contre le candidat gouvernemental., Mella gagna cette fois, marquant le début d'une série presque ininterrompue de victoires carlistes à Estella jusqu'à la fin de la Restauration.