vignette|alt=Photographie montrant une collection d'albums dont seule la tranche, portant les titres, le nom de l'auteur et le numéro dans la collection, est visible.|Une collection des albums de Tintin, en 2020.
L'historique des publications des Aventures de Tintin, série de bandes dessinées créée par le dessinateur belge Hergé, concerne , dont une aventure inachevée. Chaque histoire, excepté la dernière, connaît une prépublication dans un périodique avant d'être éditée en album. La première aventure de la série, Tintin au pays des Soviets, est lancée le dans Le Petit Vingtième, le supplément hebdomadaire pour la jeunesse du quotidien catholique, nationaliste et conservateur belge Le Vingtième Siècle. C'est dans ce même périodique que toutes les histoires écrites avant la Seconde Guerre mondiale sont publiées, jusqu'à l'interruption de Tintin au pays de l'or noir après l'invasion de la Belgique en .
La série reprend au mois de septembre suivant dans Le Soir, un quotidien dont le tirage est près de vingt fois supérieur à celui du Petit Vingtième, et ce pour toute la durée de l'occupation allemande de la Belgique. Après la libération du pays, Hergé est un temps frappé d'une interdiction de publication, puis il reprend finalement ses activités dans un nouveau périodique, le magazine Tintin, créé par Raymond Leblanc et dont le premier numéro paraît en . Tous les récits du dessinateur, jusqu'à sa mort en 1983, paraissent dans ce périodique.
C'est également Le Vingtième Siècle qui se charge d'éditer en album les trois premières aventures, avant qu'Hergé signe un contrat d'exclusivité avec Casterman. D'abord en noir et blanc, les albums sont directement imprimés en couleurs à partir de 1942, ce qui entraîne un long travail de refonte des premières histoires pour les adapter au nouveau format standard de parution en colorisées.
Les différentes aventures connaissent aussi des publications dans des journaux et des revues du monde entier. C'est d'abord en France, dans l'hebdomadaire Cœurs vaillants, que la série est reprise, puis en Suisse dans L'Écho illustré, tandis que le journal portugais , en 1936, offre à Tintin sa première traduction. En 1940, le héros d'Hergé fait son entrée dans la presse néerlandophone de Belgique, avant de connaître une large diffusion et un succès international à partir des . C'est à cette période que se développent également les premiers albums en langues étrangères, pour atteindre plus de dans les , dont de nombreux dialectes ou langues régionales.
En prenant place dans des périodiques du monde entier, les Aventures de Tintin subissent un certain nombre de modifications, que ce soit pour des raisons commerciales ou éditoriales. Les textes et les dessins originaux de l'auteur sont parfois adaptés sans son accord. De même, les éditeurs étrangers de la série poussent l'auteur à procéder à de nombreuses retouches, aussi bien pour apporter des corrections à son travail que pour se plier à la censure.
Publications originales Naissance de la série dans Le Petit Vingtième vignette|gauche|redresse|alt=Couverture du Petit Vingtième montrant un jeune garçon et un chien.|Couverture du Petit Vingtième du jeudi , montrant Tintin et Milou de retour du pays des Soviets. Entré en au service des abonnements du Vingtième Siècle, un quotidien catholique et conservateur dirigé par Norbert Wallez, Hergé y est employé comme reporter-photographe et dessinateur à partir du mois d', à l'issue de son service militaire. Son travail consiste principalement à illustrer des récits publiés en feuilleton dans ce quotidien ou dans son supplément littéraire, tout en poursuivant ses contributions pour d'autres périodiques comme Le Boy-Scout belge, dans lequel il publie Les Aventures de Totor, C. P. des Hannetons, ou Le Sifflet, un hebdomadaire dominical, catholique et satirique.
En 1928, Norbert Wallez lui confie la responsabilité du Petit Vingtième, un supplément hebdomadaire destiné à la jeunesse dont le premier numéro paraît le . C'est dans ce périodique que paraît Tintin au pays des Soviets, le premier épisode des Aventures de Tintin, à partir du .
La publication de ce récit s'étale jusqu'au , au rythme de deux planches publiées chaque jeudi en pages centrales, pour un total de . Le numéro du , édition spéciale de Noël, comprend certaines particularités. Il offre une pagination doublée et présente, pour la première fois, une couverture réalisée par Hergé. Il contient par ailleurs trois planches des aventures de Tintin, au lieu de deux, dont deux sont imprimées en bichromie, ce qui reste une exception jusqu'aux aventures publiées pendant la Seconde Guerre mondiale.
Dès la première histoire, Hergé et son équipe cherchent à fidéliser leurs lecteurs en mêlant fiction et réalité. Ils intègrent notamment dans les pages du Petit Vingtième des interviews fictives de Tintin, ou publient une fausse lettre de menaces adressée par la Guépéou pour que cessent les activités du reporter en URSS. Cette pratique innovante et interactive est d'un intérêt majeur sur le plan commercial, comme le souligne Geoffroy Kursner : Aussi, l'un des collaborateurs du Vingtième Siècle, Charles Lesne, propose à l'abbé Wallez de mettre en scène le retour de Tintin en Belgique comme si ses aventures avaient réellement eu lieu. L'évènement, auquel le quotidien accorde une publicité généreuse dans les jours qui précèdent, est organisé le à la Gare du Nord de Bruxelles et réunit une foule nombreuse. Le jeune Lucien Pepermans, un scout âgé de , est choisi pour interpréter le rôle de Tintin. Un discours de bienvenue est prononcé, suivi de la remise d'une gerbe de fleurs et de la distribution de friandises, tandis que le faux Tintin signe des autographes.
Norbert Wallez décide également de réunir les planches de Tintin au pays des Soviets en album, une , selon Benoît Peeters. Prévu pour le Salon de l'Enfant qui doit se tenir à Bruxelles à la fin du mois de , l'album ne sort finalement qu'au mois de septembre suivant et rencontre un large succès. Les dix mille exemplaires vendus témoignent du succès considérable de l'opération à l'échelle de la Belgique francophone. Un tirage numéroté de est destiné aux premiers souscripteurs, chacun de ces albums étant dédicacé par Tintin et Milou. C'est Hergé qui se charge de la signature du jeune reporter, et Germaine Kieckens, la secrétaire de l'abbé Wallez et future épouse du dessinateur, qui réalise celle de son fidèle compagnon.
Premiers succès et signature chez Casterman Le , la une du Petit Vingtième montre Tintin et Milou s'interrogeant sur leur future destination devant un globe terrestre démesuré. La double page centrale, illustrée par Hergé, présente les deux héros confortablement installés à leur domicile, Tintin portant même une robe de chambre et des pantoufles. La nouvelle aventure, Tintin au Congo, débute finalement le et se poursuit jusqu'au . La pagination du supplément augmente et s'enrichit de nouvelles histoires, comme les gags de Quick et Flupke. À partir du mois de , il n'est plus nécessaire pour les lecteurs d'acheter le quotidien pour lire son supplément du jeudi : l'abonnement au Petit Vingtième, avantage jusqu'alors réservé aux établissements scolaires et aux patronages, est désormais étendu aux particuliers. Comme pour Tintin aux pays des Soviets, le retour de Tintin et Milou du Congo est orchestré par Le Vingtième Siècle et célébré le suivant à la gare du Nord de Bruxelles. L'évènement se double d'une opération commerciale : l'album, déjà prêt, est mis en vente sur place, accompagné d'un objet d'art congolais.
Le débutent Les aventures de Tintin, reporter, à Chicago, qui deviennent, le suivant, Les aventures de Tintin, reporter, en Amérique, dont les planches seront rassemblées en album sous le titre Tintin en Amérique à l'issue de la publication qui s'achève le .
vignette|alt=Logo avec le nom de l'éditeur écrit en lettres blanches sur fond noir.|Logo des éditions Casterman. Au mois d', Charles Lesne, un ancien collègue du Vingtième Siècle devenu collaborateur du directeur des éditions Casterman à Tournai, établit un contact avec Hergé pour lui proposer d'illustrer des couvertures de livres pour la maison d'édition. À la fin de l'année 1933, Charles Lesne propose que Casterman se substitue au Vingtième Siècle pour imprimer ses futurs albums. Les négociations sont particulièrement âpres avec Norbert Wallez, qui se considère comme une sorte de coauteur des Aventures de Tintin et entend conserver sa part sur les trois prochains albums. Selon les termes du contrat qui le lie à Hergé, l'abbé prend en charge les frais d'impression des albums tandis que le dessinateur s'occupe de leur vente, les bénéfices étant répartis équitablement entre eux. Norbert Wallez, entre-temps évincé de la rédaction de l'hebdomadaire, finit par céder. En , un contrat est signé entre Hergé et Casterman, faisant de la maison tournaisienne le nouvel éditeur de la série. Selon les termes de l'accord, les droits d'auteur s'élèvent à : le dessinateur reçoit donc trois francs belges par exemplaire vendu, une rétribution ramenée à deux francs à partir de . Cet accord est déterminant dans la conquête du marché français, alors que Tintin est diffusé dans l'hebdomadaire catholique Cœurs vaillants depuis 1930.
Les Cigares du pharaon, dont la publication dans Le Petit Vingtième s'étale du au sous le titre des Aventures de Tintin en Orient, est le premier album édité par Casterman au mois de . Au total, l'aventure comprend , ce qui constitue un record pour la série. Sa publication s'accompagne d'un jeu interactif à travers une rubrique intitulée , dont le but est d'inviter les lecteurs à donner leur point de vue sur l'affaire en cours. La rédaction du Petit Vingtième s'inspire ainsi des romans policiers d'Ellery Queen, agrémentés de défis au lecteur. L'opération est un succès et les lettres de lecteurs affluent.
Fin des années 1930 vignette|gauche|upright=0.6|alt=Statue en bois présentée sur fond noir.|Une statue chimú très semblable au fétiche arumbaya de L'Oreille cassée. Le , Le Petit Vingtième entame la parution des Aventures de Tintin en Extrême-Orient, qui s'achèvent le et deviennent Le Lotus bleu pour leur édition en album en . Édité à , celui-ci comprend notamment cinq hors-texte en couleur.. Comme pour l'aventure précédente, un courrier de lecteurs-détectives est mis en place, et pour la quatrième fois, le retour de Tintin est mis en scène, cette fois au Cirque Royal de Bruxelles.
Les histoires suivantes sont diffusées dans le même journal, en premier lieu L'Oreille cassée (du au ) et L'Île Noire (du au ), parues toutes deux sous le simple titre des Nouvelles Aventures de Tintin et Milou, puis Le Sceptre d'Ottokar, qui paraît sous le titre Tintin en Syldavie à compter du . Le suivant, la rédaction relance la rubrique « L'Enquête Tintin » qui propose une série de défis aux lecteurs et les encourage à donner leur avis, par courrier, sur les éléments de l'intrigue. L'aventure s'achève le .
vignette|alt=Photographie en noir et blanc montrant des soldats alignés au premier plan, vus de profil, et le palais royal à l'arrière-plan, un drapeau nazi flottant dans les airs en haut à droite du cadre.|Des soldats allemands défilent devant le palais royal de Bruxelles en .