La Waldau ( est le nom donné historiquement au premier hôpital psychiatrique universitaire de Suisse, créé à Berne en 1855. Il comprend plusieurs édifices voisins les uns des autres. Depuis 1996, ce complexe hospitalier fait partie des Services psychiatriques universitaires de Berne (SPU). Des soins psychiatriques et psychothérapeutiques hospitaliers et ambulatoires y sont dispensés.

L'hôpital a joué un rôle important dans la collecte de différentes œuvres d'art brut, en particulier celles réalisées par Adolf Wölfli.

Avant la Waldau

Le , la ville de Berne décide de regrouper trois bâtiments préexistants sous une appellation et organisation commune, « hôpital annexe » (de: Ausser Krankenhaus), dépendant de l'Hôpital de l'Île : das Kurhaus, das Pfrundhaus, das Tollhaus. Ces trois bâtiments sont situés à proximité les uns des autres, en zone agricole, sur la commune de Bolligen, près de la route qui relie Berne à Bolligen. Son emplacement précis est alors appelé Breitfeld.

thumb|right|Siechenschlössli, BerneLa Pfründhaus est à cette époque le bâtiment le plus récent. Ces trois bâtiments sont le résultat de la volonté de la ville de Berne de garder à une certaine distance des malades jugés dangereux parce que fous ou infectieux. Historiquement, ils étaient placés sous la responsabilité d'un Siechenmeister, pour lequel une demeure (Siechenschlössli) a été construite. Le petit hameau dispose par ailleurs de sa propre église (Siechenkappelle), d'une grange, d'un grenier à grain, d'un lavoir et d'un four à pain. En 1765, la fonction de Siechenmeister existe toujours ; son rôle est de surveiller les malades et aussi de veiller à ce qu'ils reçoivent vêtements et nourriture. C'est lui qui est chargé d'établir des factures pour cela auprès de la direction de l'Hôpital de l'Île, qui se situe lui dans l'enceinte de la ville de Berne. Un médecin est lui chargé de l'ensemble des malades résidant sur place.

Ces bâtiments seront maintes fois agrandis et rénovés, ce qui en fait des bâtiments à l'architecture hybride, les différentes modifications apportées aux édifices l'ayant été dans les styles architecturaux propres à leur époque et non à celle d'origine. Plus tard, les bâtiments seront tous réaffectés comme lieux de soins pour les patients souffrant de troubles psychiques.

Siechenschlössli Le bâtiment Siechenschlössli est le plus ancien, construit entre 1599 et 1601 et est répertorié dans I'inventaire suisse des biens culturels d'importance nationale et régionale Consulter le document relatif au canton de Berne (soit BE).. Le terme siech a une multiplicité de sens, il se réfère notamment au fait d'être très malade, avec très peu (ou une absence) d'espoir de guérison.. Le bâtiment a été créé spécifiquement pour y héberger le Siechenmeister, c'est-à-dire la personne chargée de superviser les soins et l'alimentation des personnes dans cet état de maladie. Dans l'espace germanophone, un Siechenmeister est généralement responsable d'une . Dans le cas présent, il est responsable de la Curhaus, de la Pfründerhaus et de la Tollhaus. A la création de l'hôpital de la Waldau, les médecins, tenus d'habiter sur place, ont leur logement de fonction dans ce bâtiment.

Schlössli signifie petit château. Le bâtiment est actuellement également connu sous le nom de Schloss Waldau, tirant son nom de l'hôpital.

Curhaus La CurhausLe bâtiment est également désigné comme Kurhaus dans les sources. est initialement un bâtiment à un étage datant de 1601. Deux étages lui sont ajoutés dans les années 1831-1834. A l'origine, ce bâtiment héberge des malades souffrant de maladie de peau (comme la teigne et la gale) ainsi que de maladies vénériennesAvant de s'appeler Curhaus, le bâtiment s'appelait Blatternhaus, ce qui signifie littéralement maison de la variole. L'institution soigne tant des adultes que des enfants. À partir de 1827, Albrecht Tribolet, futur directeur de la Waldau, y inaugure un enseignement au lit du malade pour les étudiants en médecine.

Pfründerhaus Littéralement, le nom du bâtiment signifie « »maison de ceux à qui on pourvoit à l'entretien (Pfrund) ».. Il date de la fin du siècle et il était alors utilisé pour héberger des personnes atteintes d'une maladie incurable. Dans les années 50, c'est là que sont soignés des hommes malades mentaux dont la maladie est considérée comme chronique. La Pfründerhaus abrite actuellement le musée de la psychiatrie.

Tollhaus La Tollhaus est un bâtiment inauguré en 1749, dont le nom signifie littéralement maison des fous. À sa construction, le bâtiment comporte 12 cellules et est une construction d'un étage. Il sera agrandi à de nombreuses reprises. Il compte 50 malades en 1836, 97 en 1841.

Dans son ancienne sens, le mot toll est synonyme de fou, de malade mental ou de personne intellectuellement déficiente.. Néanmoins, cette maison est destinée à enfermer une seule catégorie de personnes : des malades mentaux violents et agités, en proie à la fureur et au délireLes sources de l'époque sont explicites à ce propos. Parlant de "würklich wütende Tolle und mit Raserey überfallene Leute", "bei solchen Kranken, die eine Maniaca, Tollheit und Raserey sich wirklich gezeigt".. D'autres personnes malades mentales sont présentes sur le site et décrites comme étant « halbtoll »(littéralement à moitié fou). Il s'agit de personnes qui « sont capables d'aider et ont leur bonne période« die noch helfen können und ihre gute Intervalle haben »». Le psychiatre Wyrsch, qui écrit en 1955 une histoire de la Waldau, suppose que ces personnes "halbtoll" ont le même type de diagnostic que celles enfermées à la Tollhaus (dans des phases moins aigües de la maladieIl utilise à leur endroit le terme de « verschobenen Wahnkranken » (p.16)), et qu'elles sont hébergées à la Pfrundhaus, où elles sont employées comme aide pour des travaux simples. Ces deux catégories de malades ne représentent pas l'ensemble des personnes atteintes dans leur santé mentale. Ainsi les autorités médicales prévoient que les personnes souffrant de « simple mélancolie, de démence ou d'états convulsifs ou hystériques » sont amenés à Hôpital de l'Île ou plutôt à proximité immédiate de cet hôpital, où 6 cellules ont été aménagées à cet effet. Les personnes souffrant de symptômes psychiatriques légers ainsi que des personnes nées avec un handicap mental doivent, à la suite d'une décision des autorités datant de 1769, être gardées à domicile.

À partir de 1832, les documents officiels ne parlent plus de Tollhaus mais de Irrenhaus, ce qui signifie la même chose mais avec un connotation moins négative, plus médicale. À partir de 1832 également, des médecins sont chargés d'écrire des rapports sur la Tollhaus. On y apprend par ce biais que certains malades pourtant jugés incurables et enfermés dans la Tollhaus connaissent une amélioration de leur état ou même sont jugés suffisamment en bonne santé pour être déclarés guéris.

En 1840, l'Ausser Krankenhaus acquiert un lopin de terre du nom de Möösligut. Les malades mentaux jugés calmes cultivent cette terre. Les archives indiquent qu'ils participaient déjà précédemment à des activités agricoles durant l'été.

Création de la Waldau thumb|CH-NB-Souvenirs de Berne-nbdig-1 La Waldau est le premier hôpital universitaire psychiatrique de Suisse à avoir été créé. La Suisse est un pays fédéral et la santé fait partie des attributions des cantons. La création de la Waldau est ainsi le fruit d'une décision du seul canton de Berne, plus précisément celle de son Grand Conseil, votée le .

Ce vote est l'aboutissement du travail de lobbying de la société chirurgico-médicale du canton de BerneNom officiel en allemand : Medicinische-Chirurgische Gesellschaft des Cantons Bern. A noter que si actuellement le terme canton se traduit en allemand par Kanton et que l'on utilise uniquement cette orthographe, ce n'est pas le cas à cette époque, où l'orthographe avec un c majuscule est fréquente. ainsi que du travail d'une commission officielle mandatée par le département de l'intérieur bernois. La première personne à avoir argumenté en faveur de la construction d'un hôpital est Albrecht Tribolet, dès 1836. Cependant, ce n'est que lorsqu'il parvient à s'associer à la société chirurgico-médicale du canton de Berne qu'il parvient à trouver une oreille attentive auprès des autorités, autorités qui décident alors de mettre sur pied une commission. La commission, composée de trois médecins, fait procéder en 1839 à un décompte des personnes catégorisées comme folles, décompte qui leur a permis d'établir une « statistiques des fousActuellement, le terme de « fou » ne fait plus partie des nosologies psychiatriques et l'on parle généralement de personnes souffrant de troubles psychiques ou de personnes malades mentales. En allemand, de manière contemporaine, on parle de personnes geisteskrank. Ce terme de geisteskrank apparaît en 1870 lors du recensement fédéral et pas dans les archives bernoises en ce qui concerne cette statistique. Cependant, au vu de la diversité des profils concernés, on pourrait parler d'une statistique relative aux personnes souffrant d'un handicap mental du canton de BerneTerme officiel : Statistik der Irren im Kanton Bern. Cette statistique est publiée en 1840 dans le rapport officiel du département (source : le même article et le même numéro de page, Wilhelm, 1991, p. 190)». Cette statistique recense 570 malades, dont 277 personnes wahnsinnig, 171 personnes melancholisch et 122 blödsinnigBien que l'on puisse être tenté, à partir d'un usage plus tardif de ces termes, de considérer que les personnes recensées comme blödsinnig souffre d'une déficience intellectuelle, les personnes melancholisch d'un trouble de l'humeur et les personnes wahnsinnig d'un trouble du spectre de la schizophrénie, l'article de Wilhelm met en lumière que la correspondance entre cette nosologie et les termes employés ne va pas de soit. À l'époque, le terme blödsinnig se réfère plutôt à un problème congénital tandis que wahnsinnig à un problème survenu après la naissance. L'établissement de cette statistique officielle contribue à démontrer la nécessité de la création d'un nouvel hôpital pour les personnes atteintes dans leur santé mentale, et c'est sur la base de cette statistique que le nombre de lits nécessaires du futur hôpital est évalué.

En 1855, après quatre ans de travaux, un nouveau bâtiment central est construit et le nom de l'hôpital devient : établissement de cure et soins pour les fous Waldau (Irren-, Heil- und Pflegeanstalt Waldau). Sa forme est celle d'un complexe fermé à quatre ailes autour d'un axe central, une forme typique de celles des monastères et hôpitaux de style baroque (SOURCE).La Waldau est conçue pour accueillir .