Le KV-4, (КВ-4 en russe) également nommé Object 224 (indice GABTU) est un projet de char super-lourd de rupture de l'Union Soviétique suivant la continuité des chars KV (Kliment Vorochilov) de 1941. Le début de l'opération Barbarossa, l'invasion de l'URSS par l'Allemagne nazie en mit fin aux projets des KV-4 et KV-5.

Prémices du projet En , Joseph Kotine annonce un concours pour la conception d'un nouveau char lourd, le KV-4, avec plusieurs prix à la clef pour les conceptions les plus pertinentes.. Il doit comporter deux canons, l'un de 107 mm, le second de ainsi qu'un blindage frontal de caisse de 125 à . Sur 27 projets présentés à Kotine, seule une vingtaine est connue et documentée.

Celui-ci combine un canon fixe de 107 mm ZiS-6 dans la caisse, ainsi qu'un canon de L-11, monté sur une tourelle de KV-1. En juin de la même année, tous les travaux sur le KV-4 sont stoppés, en faveur du KV-5, plus prometteur lui aussi abandonné notamment à cause de l'opération Barbarossa, l'invasion de l'Union soviétique par l'Allemagne nazie le . Aucun modèle ni prototype en taille réelle n'est construit.

Exigences Les exigences suivantes sont fixées pour le développement du projet. Le blindage du char doit être composé de plaques et feuilles d'acier laminées soudées pour la caisse et la tourelle, avec un blindage frontal requis d'au moins 125 à . En armement, il doit disposer d'un canon principal de ZiS-6 avec un canon secondaire de 45 mm avec un armement secondaire composé de mitrailleuses DS et/ ou DT. Certains projets ont utilisé d'autres canons et mitrailleuses. Les mitrailleuses sont pour certains projets substituées par des lance-flammes.

Une radio 10-R doit être installée avec des optiques installées au niveau du tourelleau du commandant. Le KV-4 doit être doté d'un moteur diesel d'avion M-40 de douze cylindres en V, avec 4 turbocompresseurs TK-88, d'une puissance de , avec refroidissement à eau, générant également l'électricité nécessaire au char. Il doit être équipé d'une suspension à barres de torsion, avec des amortisseurs de chocs hydrauliques sur les galets.

Liste et description des projets S. Fedorenko

Caisse Pour la caisse, l'approche de conception de Fedorenko pour le KV-4 était révolutionnaire et ne ressemblait guère à celle de ses prédécesseurs. Tout d'abord, l'avant entier était constitué d'une grande plaque frontale supérieure unique, semblable à celle des variantes ultérieures de l'IS-2. Quant à la plaque inférieure, elle était également constituée d'une seule pièce, moulée pour former une courbe reliant la plaque supérieure au centre de la caisse, similaire au style utilisé sur les chars américains Sherman. L'arrière était également unique, avec l'orifice d'admission d'air étant plus étroit et composé de deux plaques soudées, par opposition à une seule feuille d'acier cintrée, comme sur les autres chars KV. Les côtés étaient plats et orthogonaux à la caisse, formant un volume interne important et efficace dans lequel installer les composants. La suspension est composée de porteurs de chaque côté, fixés avec une paire d'amortisseurs hydrauliques pour chaque galet. Les deux pignons (galets motrices) étaient à l'arrière et les deux galets tendeurs situés à l'avant.

Le blindage sur la plaque frontale inférieure était d'une épaisseur de , tandis que la plaque supérieure était plus fine, à seulement , mais étant inclinée à 45°, elle avait une épaisseur effective d'environ . Les plaques latérales et arrière étaient épaisses de , mais étaient principalement non-anglées. Le conducteur et l'opérateur radio étaient assis côte à côte dans la caisse, le conducteur étant au centre et l'opérateur radio à sa gauche. À sa droite, étaient situés les réservoirs de carburant. Des fentes de vision directe ont été découpées dans le blindage de la caisse. L'opérateur radio avait son équipement de communication sur les parois latérales, ainsi qu'une mitrailleuse DT montée à l'avant.

Il possédait un moteur diesel de 12 cylindres M-40, avec 4 turbocompresseurs, délivrant . Une vitesse maximale hypothétique d'environ . Les réservoirs de carburant étaient placés sur les parois latérales droites, à côté du conducteur et d'une partie des munitions. Le compartiment moteur et de combat étaient séparés par un mur pare-feu. Il était monté assez haut dans la coque, ce qui nécessitait une protubérance sur le pont du moteur et des courroies pour la transmission finale.

Tourelle En tant qu'ingénieur dans l'armement au SKB-2 à LKZ, Fedorenko a laissé libre cours à sa créativité en ce qui concerne la tourelle et les armements. La tourelle avait une forme de losange, permettant une disposition unique de l'armement et des positions de la tourelle. Elle était montée centrale sur la caisse, mais avait plus de porte-à-faux sur le côté droit de la caisse que sur le côté gauche. L'armement principal était au milieu de la tourelle (par rapport à la face de la tourelle) et avait une mitrailleuse DT coaxiale. Derrière le siège du tireur, sur la face arrière de la tourelle, une mitrailleuse DT montée sur rotule a été ajoutée. De plus, un lance-flammes a été placé dans un support sphérique à l'angle de la joue de la tourelle, le réservoir de carburant pour le lance-flammes est placé à côté de ce dernier, dans le coin de la tourelle.

De l'autre côté, la tourelle s'inclinait vers l'arrière, créant un bord courbé. Ici, une tourelle secondaire sphérique était montée, armée d'un canon de . Cette tourelle serait capable de se déplacer à 360° sur l'axe horizontal, tandis que le canon lui-même pourrait s'élever jusqu'à 75°, vraisemblablement en vue d'engager des cibles aériennes ou situées à une hauteur élevée, comme les étages de bâtiments. La tourelle secondaire n'avait pas de dépression du canon en raison du mécanisme de recul étant monté aussi bas que possible dans la tourelle. Cette tourelle peut être considérée comme similaire à une tourelle sphérique présents dans les bombardiers.

Équipage Le char était destiné à un équipage de 6 personnes : un commandant de char, un tireur, deux chargeurs, un conducteur et un opérateur radio. La façon exacte dont l'équipage était agencé n'est pas précisée et est complexe. L'étude des schémas peut révéler certaines possibilités. Le tireur était assis à gauche du canon principal, mais était également chargé de manier le lance-flammes. Le premier chargeur chargeait le canon et probablement actionnait la mitrailleuse orientée vers l'arrière. Le commandant de char serait probablement assis dans la tourelle secondaire, où il aurait non seulement une meilleure vision mais aussi une rotation indépendante de la tourelle principale. Il actionnerait donc le canon de 45 mm lui-même, la tourelle étant trop petite pour permettre la présence d'un deuxième membre d'équipage. Aucun périscope n'est dessiné sur la tourelle secondaire, il est donc probable que des fentes de vision à hauteur des yeux aient été prévues. Le deuxième chargeur était probablement positionné à cheval entre la tourelle et la caisse et aurait pour tâche de passer les munitions pour les différentes armes, stockées dans la caisse. Le conducteur et l'opérateur radio étaient assis dans la caisse, le conducteur au centre et l'opérateur radio à sa gauche, disposant d'une mitrailleuse DT montée sur rotule.

Armement Comme requis par l'État, l'armement principal était le canon ZiS-6 de calibre (anciennement nommé F-42), conçu par V.G. Grabin quelques mois auparavant. Il était monté centralement (par rapport à la caisse) dans la tourelle, et avait une mitrailleuse coaxiale DT de calibre . Environ pour le canon de étaient stockés dans un rack d'obus horizontal placé contre le mur gauche, avec 8 autres stockés entre les barres de torsion, traversant le plancher. Les obus avaient une vitesse initiale comprise entre 800 et 840 m/s. Les munitions pesaient 18,8 kg et étaient du type monobloc (unitaire).

L'armement secondaire, comme requis, était un canon de calibre modèle 1938 20-K placé dans une tourelle indépendante à la tourelle principale. Cette arme emblématique était utilisée sur la grande majorité des chars légers soviétiques, tels que les BT-7 et T-26, mais était obsolète pour combattre les chars en 1941. Même ainsi, il aurait toujours eu une valeur de combat considérable contre les véhicules légèrement blindés et autres cibles faibles, où le ZiS-6 aurait été . De plus, avec des obus explosifs, il aurait pu être très efficace contre l'infanterie, ainsi que le tir de suppression en combat urbain. Le canon était équipé d'un déclencheur électrique et d'un stabilisateur gyroscopique de plan vertical. Ses obus avaient une vitesse initiale d'environ pour une élévation du canon de 75°. Un total de étaient transportables pour ce canon.

D'autres armes disposées autour du char étaient une mitrailleuse coaxiale DT de calibre , une mitrailleuse DT à l'arrière de la tourelle, une mitrailleuse DT montée sur rotule à l'avant de la caisse et un lance-flammes de type non spécifié dans la joue de la tourelle, face à l'avant. Sa mise en œuvre était intéressante, car elle était vaguement requise par le GABTU et, par conséquent, de nombreux concepteurs l'ont complètement omis.

G. Kroutchenïkh

Disposition Le châssis était d'une conception usuelle. La suspension était composée de 8 galets porteurs de chaque côté monté sur amortisseurs hydrauliques. Le moteur était placé à l'avant sur les galets 2, 3 et 4 avec les réservoirs de carburant et le refroidissement à air avec les ventilateurs qui eux étaient placés à l'arrière. Entre les deux se trouvait le râtelier à munitions principal. Devant le moteur se trouvait le réducteur avec la boite de vitesses terminant sur la transmission aux galets moteurs situés tout à l'avant. Un deuxième râtelier à munitions, plus petit, était situé à l'arrière de la tourelle principale.

Équipage Bien que les spécifications du GABTU impliquaient un équipage constitué d'environ 6 membres, Kroutchenïkh a pensé un design à 9 membres d'équipage, ce qui est l'une des raisons probables de la non-sélection du projet et de la non-figuration parmi les lauréats.

La position exacte des membres d'équipage n'est pas connue, cependant les analyses des plans ainsi que des déductions logiques permettent de suggérer l'équipage suivant : commandant, tireur principal, 2 chargeurs, tireur secondaire, un chargeur supplémentaire, opérateur radio, pilote, mitrailleur.

Le pilote est assis à l'avant gauche de la caisse, il disposait de sa propre trappe, à sa droite se trouvait sans certitude l'opérateur radio, devant également opérer la tourelle et sa mitrailleuse qu'il occupe, seule sa tête pouvant passer, la mitrailleuse est opérée par un système de tir mécanique placé dans la caisse au niveau de ses mains. Ce dernier ne semble pas disposer d'une trappe, la raison est peut-être le périscope placé sur le tourelleau.

Le tireur était assis plus loin de sa position normale à cause de la jonction de la tourelle avec la caisse, en effet deux parties de la tourelle ne communiquent pas avec la caisse à l'avant et à l'arrière, ayant pour conséquence une place plus réduite pour les munitions et surtout pour l'équipage. La cause de l'allongement avant de la tourelle découle de la taille de la culasse du ZiS-6, le canon a été davantage déporté vers l'avant pour permettre l'installation de la tourelle secondaire, ainsi qu'un rechargement moins encombré. L'allongement arrière est conçu pour octroyer davantage de place aux membres équipant les deux tourelles arrières et aux râteliers de munitions. Deux chargeurs étaient assignés au canon de 107 mm, l'un assis à gauche du canon, l'autre était dans la caisse pour déplacer les obus au compartiment supérieur. Le dernier chargeur était assigné au canon secondaire de 45 mm, il était placé à droite de ce dernier, à gauche se trouvait son tireur.