Le lexique du français québécois est constitué de l'ensemble des mots, ou plus précisément des lemmes (unités lexicales autonomes) employés en français québécois ainsi que de toutes les sous-variétés qui le constituent : joual, magoua, chaouin, saguenéen, beauceron

Traditionnellement, les lexicographes québécois se sont efforcés de créer un rapprochement entre le français québécois et le français de France (cf. la liste d'ouvrages sur le français québécois), mais depuis quelques années, un courant de pensée en lexicographie promeut une division entre les deux variétés (cf. débat sur la norme du français québécois).

Histoire de la lexicographie québécoise Origines Les premiers colons venus s'établir en Nouvelle-France venaient principalement du nord-ouest de France. Ils ont emmené leurs termes patois et leurs particularismes« Les immigrants Normands au Québec au XVIIe siècle », Jacques Leclerc, site de Magène, 4 aoûnt.. La Conquête provoque ensuite deux phénomènes importants : l'apparition d'anglicismes, favorisée par le contact avec les Anglais, et l'apparition de termes patois et populaires à l'écritLe français en Amérique du Nord, Claude Poirier., favorisée par la dégradation du niveau de vie, l'exploitation des travailleurs francophones dans des milieux anglophones et le départ de l'élite vers la métropole. Les (c'est-à-dire les francophones) n'ont plus beaucoup de contacts avec la France. Le temps fait son œuvre et commence à creuser un fossé entre la langue qu'on parle en Amérique et celle qu'on parle en Europe. Pour la première fois depuis presque cent ans, un navire français (La Capricieuse) vient dans l'ancienne colonie française au cours de l'été 1855.

Les Canadiens se montrent sensibles à la critique de certains voyageurs, qui décrivent la langue française du Canada comme pleine d'anglicismes et mal parlée. Certaines personnes donnent l'épithète de « French Canadian Patois », rechercher effectuée sur Google Books le 4 août 2007 2005. au français canadien. Pour épurer le langage, on se met alors à faire la chasse à l'anglicisme, mais aussi aux mots patois et aux termes populaires. Différents ouvrages sur la langue française au Canada apparaissent. La grande majorité d'entre eux sont normatifs. On essaie alors de faire aussi clairement que possible la distinction entre « canadianismes de bon aloi » et « canadianismes de mauvais aloi ».

Premiers dictionnaires sur la langue française au Canada Ouvrage Auteur Date de parution Normatif/descriptif Description Néologie canadienne (dans Bulletin du parler français) Viger 1810 Descriptif Néologismes Manuel des difficultés les plus communes de la langue française, adapté au jeune âge, et suivi d'un recueil de locutions vicieuses Thomas Maguire 1841 Normatif Régionalismes et anglicismes Dictionnaire des barbarismes et des solécismes Narcisse Cyr ou Jean-Philippe Boucher-Belleville 1855 Normatif Régionalismes et anglicismes Recueil des expressions vicieuses et des anglicismes les plus fréquents Jules Fabien Gingras 1860 Normatif Régionalismes et anglicismes Glossaire franco-canadien et vocabulaire de locutions vicieuses usitées au CanadaTexte sur www.gutenberg.org. Oscar Dunn 1880 Normatif Régionalismes et anglicismes Petit vocabulaire à l'usage des Canadiens-français Napoléon Caron 1880 Normatif L'anglicisme, voilà l'ennemi ! Jules-Paul Tardivel 1880 Normatif Anglicismes Dictionnaire des locutions vicieuses du Canada J.-A. Manseau 1881 Normatif Dictionnaire canadien-français Sylva Clapin 1894 Descriptif Dictionnaire de nos fautes contre la langue française Raoul Rinfret 1896 Normatif En garde : Termes anglais et anglicismes ! Étienne Blanchard 1912 Normatif Anglicismes Le parler populaire des Canadiens français Narcisse-Eutrope Dionne 1909 Normatif Régionalismes et anglicismes Ne pas dire mais dire. Inventaire de nos fautes les plus usuelles contre le bon langage Sylva Clapin 1913 Normatif Zigzags autour de nos parlersLouis-Philippe Geoffrion, Zigzags autour de nos parlers, première série, publié chez l'auteur, Québec, 1924, 222 pages. (trois séries) Louis-Philippe Geoffrion 1924-1927 Descriptif Glossaire du parler français au CanadaSociété du Parler français au Canada, Glossaire du parler français au Canada, L'Action sociale, Québec, 1930, 709 pages (Réimprimé Les Presses de l'université Laval, Québec, 1968). Société du parler français au Canada 1930 Descriptif Français du Québec Dictionnaire général de la langue française au Canada Louis-Alexandre Bélisle 1954 Normatif Régionalismes et anglicismes Dictionnaire des difficultés de la langue française au Canada. Gérard Dagenais 1984 Normatif Régionalismes et anglicismes

Dictionnaires différentiels modernes Ces dictionnaires ont une nomenclature focalisée sur les mots et les sens qui ne sont pas partagés avec le français de référence (celui qui est décrit dans les ouvrages de référence publiés en France).

Nom Principal auteur Parution Dictionnaire de la langue québécoise Léandre Bergeron 1980 Dictionnaire des canadianismes Gaston Dulong 1999 Dictionnaire historique du français québécois Claude Poirier et équipe du TLFQ 1998 Dictionnaire québécois-français Lionel Meney 1999

Dictionnaires non différentiels Il s'agit de dictionnaires généraux de la langue française telle qu'utilisée au Québec. Ce sont des ouvrages collectifs impliquant des équipes importantes. Ces dictionnaires incluent aussi dans leur nomenclature les acadianismes, francismes, belgicismes et helvétismes les plus courants, que les Québécois sont susceptibles de rencontrer dans des textes de source étrangère.

Nom Direction Parution Québécismes ou francismes marqués ? Dictionnaire du français plus Claude Poirier 1988 Francismes uniquement Dictionnaire québécois d'aujourd'hui Jean-Claude Boulanger 1992, 1993 Francismes uniquement Dictionnaire de la langue française – Le français vu du Québec (Usito) Hélène Cajolet-LaganièrePierre MartelChantal-Édith Masson Version en ligne sur abonnement puis gratuit Québécismes et francismes

Autres ouvrages Nom Auteur Date(s) de parution Québécismes ou francismes marqués? Multidictionnaire de la langue française (dictionnaire de difficultés de la langue française) Marie-Éva de Villers 1988, 1997, 2003, 2009 québécismes Antidote (logiciel d'aide à la rédaction) Druide informatique 1996, 1998, 1999, 2001, 2003, 2006, 2009 québécismes et francismes

Petit lexique différentiel

Le tableau suivant fait le bilan de quelques différences lexicales entre le français québécois et le français européen. Certaines de ces différences ne relèvent pas seulement des registres parlé ou familier ; bon nombre de mots québécois tels que ou s'emploient également à l'écrit. Tous ces mots ne se limitent pas forcément au français québécois, certains étant aussi courants en français acadien, par exemple, ainsi que dans des parlés régionaux d'autres pays francophones dont la France.

On trouvera dans le Wiktionnaire une nomenclature exhaustive et mots et expressions typiques du Québec.

Mot québécois Équivalent scolaire ou européen Commentaires ou exemples A, a' /a/ pronom sujet Univerbation de (forme verbale seulement) Abreuvoir, buvette Fontaine (pour boire) En Europe, l' n'est utilisé que pour les animaux, tandis qu'au Québec, la désigne uniquement un bassin d'eau ornemental.Abrier Se recouvrir d'une couverture ou de literie. Mettre des vêtements chauds (sens assez rare de nos jours) Mettre une housse sur des objets Dissimuler (un fait, la vérité) Défendre quelqu'un (une couverture, garder les arrières)AccoutumanceHabitude, manieAccroire (faire)Croire (faire)Du français, mais utilisé en France dans la littérature et relevant d'un français cultivé, encore très vivant au Canada dans la langue courante. Peut cependant aussi être utilisé en tant que nom, contrairement au français, p. ex. : (se mentir à soi-même).Achalandage Clientèle d'un magasin ; ensemble des personnes fréquentant ou visitant un lieu En parlant d'un lieu, fait d'être fréquenté, achalandé Trafic routier Achalandage ne désigne pas forcément du trafic et peut désigner le niveau auquel une personne, un objet est accaparé, utilisé, mis à contribution. La nuance est légère mais présente. Achaler Harceler, ennuyer, lasser qqn, déranger, importuner, contrarier, etc. Désigne une forme modérée de harcèlement (a un sens euphémique par rapport à ce dernier mot). — Le meilleur exemple est celui des moustiques qui nous rôdent autour de la tête : Adon Hasard, occasion, coïncidence Provient de l'ancien français, alors qu'il signifiait . Adonner (s')Présenter des circonstances favorables à, convenir Bien s'entendre avec quelqu'un Pratiquer un sport ou une activité de loisir (identique à l'usage du français standard, plutôt cultivé), vaquer et sont entièrement analogues. Cette forme impersonnelle (tout comme rien d'autre ne peut neiger que , sous cette forme, rien d'autre ne peut adonner que ), lorsqu'elle est suivie d'un subjonctif, signifie . Le pronom n'a aucune influence sur le sens. Les autres pronoms, tels que et , par contre, autorisent d'autres sujets que () et changent le sens en .Agrès1- Un accoutrement hors normes 2- Une personne sans savoir vivre

3- Un équipement pour la pêche Amancher (s')

Amancher 1. Arranger (s'), Habiller (s'),

2. emmancher, joindre, fixer ensemble des objets « Comment qu't'es amanché, toé ? » / Amancher peut aussi être utilisé pour dire qu'une personne à des problèmes « Chus mal amanché. » «Amancher le balai» - Fixer la brosse du balai à son manche (voir la définition d'emmancher).Arachide CacahuèteAu Québec le mot « arachide » désigne aussi bien la graine comestible de la légumineuse que la plante tout entière. Le synonyme « pinotte » (de l'anglais peanut) existe aussi. Ainsi, on peut parler de beurre d'arachide ou de « beurre de pinotte ». Le mot « Cacahuète » est très rare dans la province. Arrêt (-stop) Stop, halte (panneaux routiers) Au Québec, il est inscrit sur les panneaux routiers « ARRÊT » depuis 1988 ; auparavant, l'inscription bilingue « ARRÊT - STOP » était présente, succédant elle-même à « STOP ». Découlant de cette succession de panneaux, les termes « arrêt » (formel), « stop » (familier seulement, contrairement à la France) et « arrêt-stop » (vieilli) sont utilisés les uns comme les autres au Québec.AssirAsseoir Astheure / À c't'heureMaintenant, désormais, à partir de maintenant (Belgique) (Nord - Pas de Calais) (Picardie) (Normandie), (Poitou) (Suisse) (Louisiane) (Canada) (Familier) « Maintenant », « actuellement ». Oui, c'est dur de laisser aller le rêve, dire « ça arrivera pas, ça arrivera pu, à c't'heure » — (Le Devoir, )Atchoumer Éternuer Aubaine Bonne affaire, opportunité, promotion « C'est une aubaine à ne pas laisser passer ! » Une aubaine ne désigne pas un simple rabais ou une promotion ; il s'agit forcément d'une excellente affaire. Ce terme a donné son nom à la chaîne de vêtements L'Aubainerie.Au ras (de) / À ras (de)1- Vers (orientation)

2- À côté (de), à proximité (de)Expression française archaïque toujours employée au Québec et très fréquente. Les Québécois omettent souvent le « de ».