Ramón Nocedal y Romea, né à Madrid le et mort dans la même ville le , est un écrivain, journaliste et homme politique traditionaliste espagnol.

Fils de Cándido Nocedal, il fut successivement membre des néo-catholiques, de la Communion traditionaliste puis du Parti intégriste, scission du précédent dont il fut le fondateur et principal dirigeant.. Il dirigea également jusqu’à sa mort El Siglo Futuro, organe de presse de l’intégrisme.

Famille et jeunesse gauche|vignette|Cándido Nocedal. Ramón Ignacio Nocedal Romea est issu d'un milieu aisé et d'une famille madrilène distinguée. Son grand-père paternel, José María Nocedal Capetillo, était membre de la bourgeoisie libérale émergente, représentant typique de la classe qui s'enrichit grâce au désamortissement de Mendizabal, en achetant plusieurs domaines dans la province de Ciudad Real et à Madrid, où il devint l'un des plus grands propriétaires urbains du milieu du . Initialement membre du Parti progresiste , avec le temps il adopta une posture plus conservatrice jusqu'à rejoindre son principal adversaire, le Parti modéré. José María soutenait financièrement la Milice nationale de Madrid et était l'un de ses commandants, dirigeant à la fin des années 1830 son bataillon. Il fut élu sénateur en 1844. et député au Congrès entre 1841 et 1857.

Le père de Ramón, Cándido Manuel Patricio Nocedal Rodriguez de la Flor (1821-1885), fut une figure importante du Partido modéré, longtemps parlementaire dans ses rangs et brièvement (1856-1857) ministre de l'Intérieur. Au fil du temps, il assuma des positions de plus en plus conservatrices, jusqu'à devenir l'un des leaders des néo-catholiques dans les années 1860. La mère de Ramón, Manuela del Pilar Zoila Romea Yanguas (1824-1875), était la fille de Mariano Romea, un libéral radical. Au cours du Triennat libéral il se fit connaître en tant que capitaine des Milices patriotiques de Murcie. À la suite de la restauration de l'absolutisme, il dut se réfugier au Portugal... De retour en Espagne, il devint administrateur des terres agricoles murciennes des marquis d'Espinardo. L'oncle maternel de Ramón, Julian Romea Yanguas, était un célèbre acteur espagnol. Sa tante maternelle, Joaquina Romea Yanguas, était mariée au premier ministre modéré, qui occupa divers portefeuilles ministériels et était amant de la reine Isabelle II, Luis Gonzalez Bravo. vignette|Manuela Romea. Ramón et ses deux cadets, sa sœur María del Consuelo et son frère José, grandirent entourés de personnalités politiques et artistiques de l'Espagne du milieu du . Au début des années 1860 Ramón étudia le droit civil et canonique à Madrid et fut reconnu comme un excellent élève ; il remporta des prix et fut salué dans la pressevoir La España du , . En 1873, il épousa Amalia Mayo Albert (1853-1922) ; son grand-père était l'un des dirigeants de la Compagnie royale des Philippinesvoir ABC du , ; son père, né à Manille, était avocat et propriétaire terrienbien qu'ayant quitté les Philippines à l'âge de il publia en Espagne plusieurs œuvres sur les îles, voir . Selon le secrétaire du prétendant carliste, le couple était extrêmement amoureux (enamoradísimo) et il accusait Amalia de pousser Ramón vers des postures et décisions parfois intransigeantes. Le neveu de Nocedal, , fut un journaliste bien connu, mauriste avec des ambitions politiques. Un autre neveu, , était universitaire et historien de la littérature, et fut l'un des principaux intellectuels des premiers temps franquisme.

Néocatholique gauche|vignette|La reine Isabelle II.

Cándido et Ramón Nocedal demeurèrent de proches collaborateurs et avaient fondamentalement une même approche politique. Au début de ses activités publiques au début des années 1860, Ramón suivit ses parents ; à cette époque, Cándido avait déjà quitté le camp des modérés pour les néocatholiques. Ce mouvement, dont les origines remontaient au règne d'Isabelle IIimpulsé par Jaime Balmes et Donoso Cortés, que Ramón Nocedal reconnut comme l'un de ses maîtres intellectuels avec Joseph de Maistre , cherchait à adapter politiquement le catholicisme romain orthodoxe au cadre de la monarchie libérale ; dans les années 1860, Cándido en fut l'un des dirigeantstogether with Navarro Villoslada, Gabino Tejado, et Aparisi y Guijarro, voir .

Ayant obtenu sa licence avec d'excellents résultatsvoir La Época du , , en 1864, Ramón Nocedal s'engagea dans la création de La Armonía, une société culturelle catholique créée en réponse au krausisme, avec la participation de toutes les grandes figures néocatholiques ; son objectif principal était de lutter contre l’hétérodoxie catholique dans l’éducation publique ; La Armonía fustigea le leader des krausistes espagnols, . C'est lors d'une séance de celle-ci que Ramón prononça son premier discours public. En 1867, il fonde La Cruzada, semanal de ciencias, literatura y artesvoir La Época du , (« La Croisade, hebdomadaire de sciences, littérature et arts »). Cette publication éphémère servit de tribune pour ses articles très militants, qui étaient souvent réimprimés dans d'autres périodiques ultraconservateursvoir La Esperanza du , ; soulignant le rôle du christianisme, ils condamnèrent l’idée krausiste du « libre examen »voir La Esperanza du , . En 1867 également, Ramón Nocedal devint secrétaire de l'Académie royale de jurisprudence et de législationprécisément par son père, voir La Correspondencia de España du , .

À la fin de 1867, les néo-catholiques tentèrent en dernière extrémité de sauver la monarchie isabéline en créant un grand parti contre-révolutionnaire et en lançant un nouveau quotidien détenu par Cándido Nocedal, voir La España du , .. Ramón Nocedal fut membre de son comité de rédactionvoir La Época du , . et y contribua avec des articles militants, qui commencèrent à constituer sa marque personnelle et suscitèrent immédiatement des réactions de la part de la presse libérale., notamment dans la revue satirique française Gil Blas dès 1867voir Gil Blas du , . Ramón reprocha aux carlistes de ne laisser à la reine Isabelle II d'autre choix que de s'allier aux libéraux, une erreur qui pouvait cependant encore être rectifiée selon lui en créant une solide alliance conservatrice. Démontrant une certaine indifférence relative à la question dynastique , il souligna que les idées devaient précéder et primer sur les personnes, soulignant que chez les carlistes cet ordre était inverséboth threads were rebuffed by the Carlist titles like La Esperanza or La Perseverancia . Le projet politique des néocatholiques s'effondra avec la Révolution « glorieuse » de septembre 1868 ; La Constancia cessa de paraître car ses locaux furent saccagéspar la dite «» (le « parti de la matraque »), voir * . vignette|Nocedal en 1871. En 1868, Cándido et Ramón Nocedal figurent parmi les cofondateurs de l'Asociación de Católicos, le second en tant que secrétaire de son comité d'organisation. L'organisation servit d'alliance électorale avant les élections de 1869voir La Esperanza du , . La presse de l'époque rapporte qu'il aurait été candidat à Grenade et Motrilvoir La Esperanza du , . En 1869, il rejoint l'organisation Juventud Católica (« Jeunesse catholique ») dont il dirige le département d'éducationvoir La Discusión du , ; il était déjà reconnu comme écrivain et comme un grand orateurvoir Revista de España de 1870, . En 1869-1870, il se fit également connaître comme auteur de pièces de théâtrevoir La Discusión du , , La Época du , , La Esperanza du , , voir La Época du , ; ses deux pièces de théâtre les plus connues sont El juez de su causa (1868) et La Carmañola (1869), publiée sous le nom de plume « Un Ingenio de Esta Corte », voir . Ses œuvres sont influencées par le théâtre espagnol classique, avec des échos de Manuel Tamayo, voir et de courts romansvoir La Esperanza du , ; il contribua également à plusieurs publications en 1870, voir La Convicción du , , voir La Esperanza du , , et écrivit également l'introduction d'une Historia de los papas (« Histoire des papes ») par Manuel García Rodrigo y Pérezvoir La Esperanza du , . Ces activités rentraient dans le cadre de la campagne politique catholique et provoquèrent parfois de violents affrontements dans le public des théâtres madrilènes.

Carliste pendant le Sexennat démocratique et la guerre

gauche|vignette|Députés carlistes en 1871. Les néocatholiques se rapprochèrent des carlistes dès la révolution de 1868. En 1870, après l’abdication d’Isabelle II, la plupart d’entre eux conclurent que la vague révolutionnaire ne pouvait plus être contrée par une monarchie libérale et que le modèle carliste ultraconservateur offrait un bien meilleur rempart. Ils étaient des monarchistes « adynastiques » : passer d'une dynastie à une autre ne représentait aucun problème pour eux. En 1870, les néos et les carlistes formèrent une alliance électorale, l'Association catholico-monarchiste, dans les rangs de laquelle Ramón Nocedal se présenta sans succès aux élections partielles tenues en 1870 à Alcalá de Henaresvoir La Época du , . En 1871, il renouvela sa candidature sur la même liste, mais la presse le présentait déjà largement comme un simple candidat carlistevoir La Época du , . Vaincu à Igualada (province de Barcelone)voir La Convicción du , , voir La Convicción du , , il fut en revanche élu à Valderrobres (Teruel). Après son accession au Parlement, son activité devint débordante. En mai et , la presse espagnole rapporta ses harangues voir par exemple La Discusión du , En 1871, les Carlistes ont voté contre la légalisation de la Première Internationale en Espagne. Bien que, théoriquement, l'enregistrement de telles organisations était une simple formalité administrative, dans ce cas le problème survint car la branche espagnole de l'Internationale aurait été nominalement subordonnée à un organisme extérieur à l'Espagne, ce qui était incompatible avec la Constitution ; cette disposition constitutionnelle avait été initialement conçue par les libéraux comme une mesure contre les organisations catholiques romaines, en particulier l'ordre des Jésuites dans un discours aux Cortes, Ramón Nocedal parla de la « monarchie d'Amédée, qui malheureusement nous gouverne », succitant de nombreuses protestations, voir La Correspondencia de España du , ; il défendait le droit à l'insurrection, voir El Imparcial du , . En 1871 Nocedal exerça comme avocat de la défense de personnes accusées d'avoir qualifié le roi d'« injurieux », voir La Esperanza du , .

Au début de 1872, Ramón édita un manifeste, publié ultérieurement par le comité de direction du parti, qui était un appel à peine voilé à la rébellionLe document appelait à ne pas s'acquitter des cotisations financières annuelles ; selon la constitution, elles n'étaient pas obligatoires et le manifeste resta dans les limites de la légalité. Le point clé était que seuls les contributeurs aux cotisations annuelles avaient le droit de participer aux élections, et cet appel équivalait donc à une répudiation du système électoral .. Les historiens considèrent néanmoins que les Nocedal étaient opposés à l'action violente, car ils pensaient que la monarchie traditionaliste pourrait être rétablie par des moyens légaux et conseillèrent en conséquence le prétendant carliste « Charles VII ». Au élections du printemps 1872, Ramón se présenta en vain sur la liste catholico-monarchiste dans les deux mêmes circonscriptionsvoir La Esperanza du , et La Esperanza du , voir La Época du , ; cette défaite s'avéra sans importance car le prétendant carliste ordonna à ceux qui avaient été élus de se retirer peu de temps après .. vignette| Ouverture des Cortes en avril 1872 ; à la fin du discours du roi, les députés poussèrent le cri: « Mort aux carlistes ! ».