Une réforme de l’encadrement supérieur de la fonction publique française est menée entre 2021 et 2025 sous la présidence d’Emmanuel Macron. Cette réforme porte sur le recrutement, la carrière et la rémunération des agents publics de l’État exerçant des fonctions d’encadrement supérieur (fonctions les plus élevées de la catégorie A), en particulier ceux exerçant des fonctions administratives, et incidemment sur le fonctionnement de certains services employant ces agents.

Elle se traduit notamment par le remplacement de l’École nationale d’administration (ÉNA) par l’Institut national du service public (INSP), par la création du corps des administrateurs de l’État en remplacement du corps des administrateurs civils et de nombreux corps d’un niveau comparable, et par l'harmonisation des statuts des grands corps d'ingénieurs de l'Etat.

Contexte

Élu en 2017, le Président de la République Emmanuel Macron est un ancien élève de l’ÉNA et un ancien inspecteur des finances.

Historique Engagement de la réforme à la suite du mouvement des Gilets jaunes (2018-2019) En réaction à la crise des gilets jaunes, l’exécutif engage à l’hiver 2018-2019 une série de concertations publiques constituant un . L’une des thématiques de ce débat est l’organisation de l’État et des services publics. En , la presse spécialisée française annonce que les services de la présidence de la République préparent une de la haute fonction publique française. Le Président de la République souhaite notamment créer un tronc commun de formation pour les hauts fonctionnaires, supprimer la rente que constituerait l’accès direct en sortie d’école à certaines fonctions (les ), et créer un modèle similaire à celui de l’École de guerre pour l’administration publique.

La suppression de l’ÉNA, mesure jugée symbolique, doit notamment être annoncée à la mi-, en même temps que d’autres réformes institutionnelles et constitutionnelles, dans le cadre d’un discours de clôture du . L’annonce, repoussée en raison de l’incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris survenu le soir prévu pour l’allocution télévisée du Président de la République, a finalement lieu le . Emmanuel Macron déclare souhaiter une réforme portant sur le recrutement, la formation et la gestion des carrières des hauts fonctionnaires, impliquant en particulier une suppression de l’ÉNA et des , sans davantage précision sur les contours de la réforme.

Commission Thiriez (2019-2020)

Frédéric Thiriez, ancien président de la ligue de football professionnel, est choisi par le Président de la République pour mener une mission de réflexion destinée à orienter la réforme et formellement missionné en mai par le Premier ministre Édouard Philippe à cette finRapport « Thiriez », lettre de mission en annexe 9, ..

Le Gouvernement avait présenté, le , un projet de loi de transformation de la fonction publique à caractère très général et qui n’était pas centré sur la haute fonction publique. À l’issue de la navette parlementaire, l’article 59 de la loi promulguée le 6 août 2019 habilite le Gouvernement à réformer par ordonnance la formation et la carrière des hauts fonctionnaires, pour tenir compte des conclusions futures de la mission.

La commission présidée par Frédéric Thiriez remet son rapport fin , émettant de nombreuses préconisations sur le recrutement, la formation et la carrière des hauts fonctionnaires. Le périmètre du rapport est large, puisqu’il porte autant sur les corps de sortie de l’ÉNA et de l’École polytechnique que sur les corps de direction des fonctions publiques territoriale et hospitalière, sur les directeurs d’organisme de la Sécurité sociale, sur les commissaires de police, ou encore sur la magistrature de l’ordre judiciaire.

Le rapport critique en particulier le manque de diversité du recrutement des fonctionnaires. Il préconise la suppression de l’ÉNA et son remplacement par une avec un socle commun pour les différentes filières (administrateurs des trois fonctions publiques, magistrats, ingénieurs, commissaires de police…), une refonte des attendus du concours d’entrée (suppression en particulier des épreuves de culture générale), la création d’un concours spécial et la fin du classement de sortie. S’agissant des grands corps, le rapport préconise le maintien des corps de la Cour des comptes et du Conseil d’État pour des raisons d’indépendance, mais recommande la fin de l’accès direct en début de carrière. Il propose par ailleurs une nomination pour une durée limitée seulement dans les corps d’inspections générales (IGF, IGAS et IGA).

La réception du rapport par le Premier ministre est jugée prudente par la presse : la piste de la suppression de l’ÉNA est reprise, mais la suppression du classement de sortie et l’introduction d’un système de discrimination positive est absente du communiqué de presse faisant suite à la remise du rapport. Cette mise à distance s’inscrit dans le cadre d’un désaccord plus important entre le Président de la République Emmanuel Macron et le Premier ministre Édouard Philippe ainsi que leurs entourages respectifs sur l’ampleur à donner à la réforme. Le rapport reprend ainsi pour l’essentiel la vision du Président de la République, à l’exception de la suppression des corps du Conseil d’État et de la Cour des comptes à laquelle s’opposait le Premier ministre.

Mission Berger-Guillou-Lavenir pour les grands corps d'ingénieurs (2020-2022)

Promulgation des dispositions de la réforme pour les administrateurs (2020-2023)

Promulgation des dispositions de la réforme pour les ingénieurs (2023-2025)

Contenu de la réforme Réforme des primo-recrutements : transformation de l’ÉNA en INSP et ouverture de voies talents pour les administrateurs et les ingénieurs

Réforme de la gestion des corps de fonctionnaires administratifs et création du corps des administrateurs civils

Assouplissement du lien entre corps et fonctions pour certains emplois de hauts fonctionnaires dits "fonctionnels"

Réforme du statut des services de contrôle et d’inspection générale

Harmonisation des statuts des quatre grands corps interministériels d'ingénieurs de l'EtatDécret n° 2025-822 du 12 août 2025 portant dispositions statutaires communes et particulières aux corps interministériels d'ingénieurs de l'Etat ayant vocation à exercer des fonctions d'encadrement supérieur

Notes et références

Annexe Bibliographie

Vincent Berger, Marion Guillou, Frédéric Lavenir, Réforme de la haute fonction publique : pour une gestion des ingénieurs par domaines de compétences, 2021.

Principaux textes à l’origine de la réforme Textes de niveau législatif , notamment son article 59.

Décrets en Conseil d’État et décrets

Décret n° 2025-822 du 12 août 2025 portant dispositions statutaires communes et particulières aux corps interministériels d'ingénieurs de l'Etat ayant vocation à exercer des fonctions d'encadrement supérieur

Arrêtés ministériels et interministériels

Catégorie:Présidence d'Emmanuel Macron Catégorie:Droit de la fonction publique en France #