La libération de Mont-de-Marsan est un événement de la Seconde Guerre mondiale, comptant parmi les affrontements de la campagne de libération de la France. Elle se déroule du 20 au , s'achève avec le combat du Pont de Bats et aboutit à la reprise par la résistance intérieure française des communes de Mont-de-Marsan, de Saint-Pierre-du-Mont et plus généralement de l'est du département des Landes, occupés depuis par les armées du Troisième Reich.

Contexte Début du conflit La mobilisation française de 1939 est décrétée le et la France déclare la guerre à l'Allemagne le . À Mont-de-Marsan, le 14e régiment de tirailleurs sénégalais, stationné à la caserne Bosquet depuis le , défile à travers les rues de la ville avant de partir pour le front. Le même jour commence l'évacuation de la population civile d'Alsace vers des régions plus éloignées, notamment du Sud-Ouest de la France. Les Landes deviennent ainsi la destination d'une partie de la population du Haut-Rhin. La drôle de guerre s'installe pour laisser la place à la bataille de France à partir du . Les « poussins » de l'École militaire de l'air quittent Salon-de-Provence et une partie d'entre eux se réfugie à l'aéroclub de Mont-de-Marsan (préfigurant la BA 118). Une construction provisoire en bois avec une charpente métallique est édifiée à côté du bâtiment de la poste, au , place Général-Leclerc. Elle sert de foyer du soldat français et sera réutilisée après la guerre comme siège au stade montois. Des Landais figurent au nombre des combattants morts lors de la bataille de France, certains d'entre eux sont inhumés au cimetière du Centre de Mont-de-Marsan, tel le sergent-chef Pierre Darbins, natif de la villeItinéraires de mémoire des deux guerres mondiales à Mont-de-Marsan, Saint-Pierre-du-Mont et alentours, réalisé par l'ONACVG, AAL-ALDRES, Conseil départemental des Landes, Ville de Mont-de-Marsan, 2017, consulté le 8 février 2024.

Après l'effondrement des armées françaises en , la demande d'armistice du maréchal Pétain, le départ à Londres du général de Gaulle, son appel du 18 Juin et la signature de l'armistice du 22 juin 1940, la ville de Mont-de-Marsan, située sur la ligne de démarcation, est presque entièrement occupée par l'armée allemande à partir du . Des défilés de troupes allemandes ont lieu en centre ville mais très peu d'habitants y assistent, d'autres détournent le regard. Les Alsaciens réfugiés à Mont-de-Marsan regagnent leur région, où ils ont alors la douleur de constater que leurs maisons ont été pillées par les différentes troupes qui y ont séjourné et que leur région a été intégrée au Troisième Reich et germanisée.

Occupation de Mont-de-Marsan Mont-de-Marsan, en tant que chef-lieu du département français des Landes, est occupée par les troupes de la Wehrmacht, mais aussi un fort contingent de la Luftwaffe, des feldgendarmes et divers personnels administratifs, la ville étant FeldKommandantur. Au total, cela représente plusieurs milliers d'hommes.

Réquisitions Dès son entrée en ville, l'armée du allemande réquisitionne les bâtiments suivants pour y installer ses services : la Heer (armée de terre) s'installe à la caserne Bosquet (voir le musée du 34e Régiment d'Infanterie). Une troupe de fantassins allemands fraîchement arrivée en gare de Mont-de-Marsan défile notamment à travers les rues de la ville et la place de l'ancien hôtel de ville le en direction de la caserne où elle prend ses quartiers. Très peu d'habitants assistent à ces parades militaires et certains détournent le regard ; la Luftwaffe (armée de l'air) prend ses quartiers à l'hôpital Sainte-Anne et au collège de Jeunes Filles (8 bis, rue Général-Lasserre). De là, elle va aménager la future base aérienne.

Bâtiments publics et administratifs, terrains de sport, hôtels, hôpitaux, écoles et logements chez l'habitant sont réquisitionnés, comme : l'école normale de Mont-de-Marsan (367, rue de Saint-Pierre), le lycée Victor-Duruy, l'école Saint-Jean-d'Août (202, chemin de Thore) ; l'hôtel Richelieu pour y loger les officiers, l'hôtel Les Pyrénées (20, avenue du Régiment Infanterie) et l'hôtel de France (1 place Saint-Roch) pour y loger les soldats ; la Villa ChantacoCette demeure appartient à l'origine aux Lacaze, vieille famille montoise qui compte notamment Antoine Lacaze, maire de Mont-de-Marsan de 1867 à 1870 et qui lègue à la Ville le donjon Lacataye, ou encre Étienne Lacaze, industriel qui gère avec son frère Jacques deux usines de bois situées à Saint-Perdon et à Morcenx. Par la suite, elle appartient au docteur Labatut. (978, avenue du Colonel Kw Rozanoff) ; l'hôpital Layné, l'hôpital Lesbazeilles et le stade de l'Argenté.

En juillet 1940, les réquisitions se poursuivent afin de permettre le déploiement des structures de commandement de l'armée allemande (kommandantur). : OrstKommandantur (centre de commandement de la ville) : 22, rue Victor-Hugo ; FeldKommandantur 541 (centre de commandement du département et la partie occupée des Basses-Pyrénées) : deuxième étage du cercle des officiers (l'actuel hôtel de ville), 2, place du Général-Leclerc ; StandortKommandantur (centre de commandement de la garnison) : ancienne Caisse d'Épargne (actuel hôtel de la police municipale) : 6, place du Général-Leclerc ; Feldgendarmerie : 26, boulevard de la République. ; Ausweis : service des laissez-passer dits « frontaliers » pour les Landes et les Basses-Pyrénées permettant le franchissement de la ligne de démarcation : 17, rue Augustin-Lesbazeilles ; KreisKommandantur 657 (commandement de l'arrondissement de Mont-de-Marsan) : 1, avenue Sadi-Carnot ; Service de la propagande : villa Paulette, 567, rue de Saint-Pierre ; Douanes : maison Farbos, 135, chemin des Usines ; Croix-Rouge allemande : 5, rue Henri-Duparc ; Gestapo : villa les Cèdres, 165, boulevard d'Alingsås.

Entre septembre et , la commission de désarmement et la sous-commission de l'armistice s'installent à l'hôtel Planté. Des avions de chasse allemands (Messerschmitt Bf 109) de l'escadrille « Richthofen » (Jagdgeschwader 2) stationnent sur le terrain de l'aéroclub au Village Nord (340 avenue des Grands-Pins).

En , les sociétés secrètes sont dissoutes. L'hôpital Sainte-Anne finit par être entièrement investi par l'occupant, qui laisse quinze jours au personnel hospitalier et aux patients pour quitter les lieux. Les Allemands construisent des fortifications (Blockhaus) dans le parc de l'hôpital, visibles depuis le Boulevard nord. Le parc Jean-Rameau, occupé par les Allemands, est interdit au public avant de rouvrir à compter du .

Ligne de démarcation La ligne de démarcation entre en vigueur le . Son tracé traverse la ville, qui est en majeur partie en zone occupée. Elle scinde également le département des Landes en deux, selon un axe Roquefort, Mont-de-Marsan, Saint-Sever, Hagetmau, jusqu'à Orthez, le secteur est étant en zone libre et le secteur ouest, en zone occupée. La section de la voie ferrée de la ligne de Marmande à Mont-de-Marsan, parallèle au boulevard d'Alingsås, matérialise une partie du tracé de cette ligne à Mont-de-Marsan. Sur certaines routes secondaires situées entre la zone occupée et la zone libre, la circulation est interdite sous peine de mort. Tel est le cas du chemin vicinal dit « du Crouste » (actuelle rue de la Croix-Blanche). Les points de passage suivants, contrôlés par des sentinelles françaises et allemandes, sont créés : maison Mont-Alma : 2176, avenue du Président J-F-Kennedy à Saint-Pierre-du-Mont (détruite en ) ; passage à niveau : 43, avenue de Villeneuve ;

La gare de Mont-de-Marsan, en zone occupée, devient un point de filtrage avec contrôle d'identité obligatoire. La correspondance est réglementée entre les deux zones. Une filière d'évasion utilise clandestinement un passage sous la voie ferrée de la ligne de Marmande à Mont-de-Marsan (1, chemin de l'Évasion).

Vie des habitants Pendant les années d'occupation, les habitants subissent diverses restrictions : vie au ralenti, instauration de tickets de rationnement encadrant les restrictions alimentaires et d'approvisionnement d'essence, marché noir, couvre-feu, adoption du code de la route allemand (vitesse limitée à 40 km/h dans les agglomérations et de 80 km/h en dehors, prorité donnée aux voitures allemandes), alertes aériennes, sirènes, carreaux des vitres noircis, froid dans les maisons, nécessité de produire un laisser-passer (ausweis) pour passer de la zone libre à la zone occupée et vice-versa. Pour contourner la propagande diffusée dans les médias nationaux, les Montois s'informent en écoutant clandestinement radio Andorre. Les fêtes de la Madeleine sont annulées., les commémorations de l'armistice du 11 novembre 1918 sont interdites. Le dimanche après-midi, le Royal Cinéma (11 rue Maréchal-Bosquet), alors propriété de la famille Vandal, est un moyen d'échapper au quotidien. Beaucoup de films italiens et allemands sont programmés, interprétés par les vedettes internationales de l'époque : Zarah Leander, Kristina Söderbaum, Emil Jannings ou René Deltgen. Il est également fréquenté par les troupes permissionnaires allemandes en tant que soldatenkino (« cinéma pour les soldats »).

Économie de guerre A la demande du Ministère français de l'Armement, la société bordelaise Motobloc construit, entre la fin 1939 et le début 1940, une usine de production d'obus et sa cité ouvrière de 21 logements à Mont-de-Marsan, à l'angle de l'avenue de Sabres et de la Rue Pierre Benoît. Ferdinand Fiancette, né le à Bordeaux, en est nommé directeur. La production d'obus n'a toutefois pas le temps de démarrer à Mont-de-Marsan avec le début de l'occupation de la ville le . L'activité du site est, de ce fait, réorientée vers l'exploitation de la forêt des Landes (production de charpentes en bois, menuiserie) et la métallurgie (production de charpentes en fer, chaudronnerie, mécanique générale). La société possède à ce titre un domaine forestier de 204 ha et des coupes de bois de dans les Landes. En 1941, l'activité prend un nouveau tournant vers les travaux du bois (fabrication de hangars et de baraques, carbonisation, etc.). En 1946, la Société des Usines Motobloc obtient de nouveaux marchés très avantageux du Ministère de la Reconstruction et de l'Urbanisme de production de baraques pour les administrations françaises (soit 20 baraques par mois), qui lui permettent d'amortir ses arriérés. L'usine de Mont-de-Marsan est finalement abandonnée en 1950 tandis que la cité ouvrière est réquisitionnée à partir de 1952 pendant une dizaine d'années par la ville afin de faire des logements sociaux..

Prisonniers et travaux d'aménagement Prisonniers français Des soldats des troupes coloniales françaises sont détenus par les Allemands dans deux camps de prisonniers de guerre à Mont-de-Marsan : 38, avenue Robert-Caussèque ; impasse des Martyrs-de-la-Résistance.

Un Comité d'assistance aux prisonniers de guerre français en Allemagne est mis en place (3, place Porte-Campet) et le Secours national ouvre une permanence (67, rue Augustin-Lesbazeilles).

Débuts de la base aérienne