vignette|Le Jugement de Salomon, Nicolas Poussin (1649). Les gravures du Jugement de Salomon de Nicolas Poussin sont l'ensemble des œuvres dont la visée est de reproduire et diffuser le tableau du peintre Nicolas Poussin.
Appréciée du milieu artistique pour sa composition rigoureuse et ordonnée, de nombreuses gravures ont été produites au cours des différents siècles suivant la création du tableau original. Le nombre important de ces reproductions atteste l'impact et la réussite de l'œuvre originale, vue comme une des expressions les plus abouties des caractéristiques constitutives du classicisme.
Gravures
Deux gravures du Jugement de Salomon de Poussin réalisées au XVII siècle se disputent le titre de gravure originale.. La première de ces deux gravures que la postérité retient est produite par Jean Dughet, le beau-frère de Nicolas Poussin, entre 1653 et 1670. Frère de Gaspard Dughet et d'Anne-Marie Dughet, Jean Dughet est un proche collaborateur et héritiers de nombreux avoirs de Poussin, dont son atelier... Le , Nicolas Poussin épouse Anne-Marie Dughet et il prend rapidement les frères Dughet sous son aile, un mentorat qui fera de Gaspard un peintre paysagiste reconnu et de Jean un habile graveur.. Jean Dughet devient, au fil des années, l'homme d'affaires et l'homme de confiance du Poussin, et même son exécuteur testamentaire. En ce qui concerne l'importance de la relation entre les deux hommes, Charles-Philippe de Chennevières-Pointel résume que Poussin « l'a initié de bonne heure aux secrets de son génie de peintre, dont Jean est devenu par l'exercice de l'eau forte, l'un des plus intelligents interprètes ». La gravure au burin que Jean Dughet a produite, une copie en contre-épreuve (le résultat donne l'inverse de l'objet à l'étude)., est aux dimensions de et dédicacée à Camillo Massimo, cardinal et Patriarche latin de Jérusalem.Jean Dughet, Le Jugement de Salomon, d'après Nicolas Poussin, entre 1653 et 1670, gravure au burin, . Source : Georges Wildenstein, Les graveurs de Poussin au XVII siècle, Presses universitaires de France, 1957, Paris, p. 54.. Deux autres tirages identiques de cette gravure ont été produits, mais avec cette fois-ci l'adresse d'un certain Matteo Giudice.. L'autre gravure de Dughet montrée dans le présent article est l'un de ces deux tirages publiés après la mort de Dughet en 1676, avec en plus les armoiries de la Maison de Mécidis qui ont été étampées dessusJean Dughet, Le Jugement de Salomon, d'après Nicolas Poussin, entre 1653 et 1670, gravure au burin, , Département des estampes et de la photographie de la Bibliothèque nationale de France, Paris..
Pour Andreas Andresen, un historien de l'art allemand, c'est plutôt la gravure de Guillaume Chasteau qui aurait été la première à être produite d'après Le Jugement de Salomon, mais cette observation s'avère marginale.. Andresen décrit l'exécution de Chasteau comme étant à la manière de Jean Pesne, un autre graveur de Poussin spécialiste de la chalcographie, c'est-à-dire un graveur dont la technique d'impression se fait sur du cuivre.. Réalisée elle aussi en contre-épreuve et aux dimensions de , la gravure est accompagnée d'une double légende, latin et français, dont la traduction en français moderne se lit : « Le sage Salomon a invoqué la Nature pour être arbitre de son Jugement, la véritable mère n'a pu souffrir que son fils fut divisé ».Guillaume Chasteau, Le Jugement de Salomon, d'après Nicolas Poussin, 1680, gravure au burin, , Bibliothèque nationale de France, Paris.« » (, abréviation de Dans une bible vulgate, le jugement de Salomon se situe au troisième chapitre du troisième Livre des Rois). Traduction : « Le sage Salomon a invoqué la Nature pour être arbitre de son Jugement, la véritable mère n'a pu souffrir que son fils fut divisé. Rois III, Chapitre III. ». Guillaume Chasteau signe sa gravure en bas à droite, en mentionnant ses privilèges royaux découlant de son admission en tant que membre de l'Académie royale de peinture et de sculpture« » Traduction : « Guillaume Chasteau, avec privilège du Roi. Rue St-Jacques. ». Selon Émile Bellier de La Chavignerie, un historien de l'art français, la gravure de Chasteau a été réalisée en 1680..
L'année 1691 marque l'année de la publication du « » Traduction : « Tableaux choisis et expliqués. » de Charlotte-Catherine Patin, où figure une planche reprenant la gravure que Martial Desbois a produite d'après Le Jugement de Salomon.. Une longue description adjacente, écrite en latin, accompagne la gravure : l'introduction s'attarde sur l'importance du sens de la justice en tant que vertu princière, puis est relaté l'histoire de Salomon ainsi que ses mérites. Georges Wildenstein, dans son livre portant sur les graveurs de Poussin au XVIIe siècle, qualifie la gravure de Desbois de médiocre. Dans le coin en bas à droite, l'artiste graveur indique avoir réalisé sa copie en contre-épreuve alors qu'il était à VeniseMartial Desbois, Le Jugement de Salomon, d'après Nicolas Poussin, 1691, gravure, . Source : Charlotte-Catherine Patin, Tabellæ selectæ ac Explicatæ, Ex Typographia Seminarii, 1691, Padoue, Italie, p. 18-19.« » (, abréviation de ). Traduction : « Martial Desbois, Français. Gravé à Venise. ». La légende accompagnant la gravure se compose de deux locutions latines, dont la première, en gros caractères, se traduit par « Le plus célèbre des jugements de Salomon », tandis que la seconde, en plus petits caractères, indique qu'il s'agit d'une représentation d'après l'œuvre de Nicolas Poussin« » Traduction : « Le plus célèbre des jugements de Salomon. Peint par le Français Nicolas Poussin, Paris. ». Les dimensions de la gravure de Martial Desbois sont de ..
Étienne Gantrel, « graveur du Roy », produit des gravures au burin en taille-douce, c'est-à-dire ce qui est à la base une estampe à partir de laquelle la planche utilisée pour reproduire une œuvre produit un relief.. Il est établi à l'Image St-Maur sur la rue Saint-Jacques, à Paris, ainsi qu'il signe en bas à gauche sa gravure du Jugement de Salomon d'après l'œuvre de Poussin.. Aux dimensions de , la date de production de sa copie en contre-épreuve reste incertaine et se place donc autour de 1700.. Selon un inventaire produit par dans les années 1960, Gantrel est l'auteur de 291 gravures, certaines illustrant des œuvres d'art alors que d'autres accompagnent la lecture de thèses universitaires. La légende inscrite sous la gravure reprend exactement la même formule bilingue en latin et en français que la gravure produite par Guillaume ChasteauÉtienne Gantrel, Le Jugement de Salomon, d'après Nicolas Poussin, vers 1700, gravure au burin en taille-douce, , Bibliothèque municipale de Lyon.. La gravure de Gantrel est reproduite et publiée vers 1750 par le marchand d'estampes Robert Hecquet, lui aussi installé à l'Image St-Maur, rue St-Jacques. Mesurant et réalisée vers 1750, cette estampe en contre-épreuve est aujourd'hui conservée dans les Collections de Montpellier Méditerranée Métropole.. Dans la légende qui accompagne l'estampe, Hecquet a décidé de se départir de la double formule latin-français utilisée par ses prédécesseurs pour ne relayer uniquement que le texte en français, soit « Le sage Salomon a invoqué la Nature pour être arbitre de son Jugement, la véritable mère n'a pu souffrir que son fils fut divisé »Étienne Gantrel, Le Jugement de Salomon, d'après Nicolas Poussin, version publiée par Robert Hecquet, vers 1750, estampe d'une gravure, , Bibliothèque nationale de France, Paris..
Étienne Baudet, devenu graveur du Roi en 1693, s'est également attelé à la tâche de reproduire fidèlement Le Jugement de Salomon sous forme de gravure, mais n'y est parvenu qu'avec peu de succès... La gravure remargée en contre-épreuve est cataloguée par Roger-Armand Weigert, qui note ses dimensions comme étant de .Étienne Baudet, Le Jugement de Salomon, d'après Nicolas Poussin, vers 1700, gravure, .. Baudet réalise cette gravure à Rome tandis que, comme la gravure de Gantrel, faute de date claire, la datation de l'œuvre tourne autour de 1700 également..
Peu de détails sont connus de la gravure produite par Pierre Drevet, dont la datation est elle aussi incertaine et tourne autour de 1700.. Son existence est confirmée par Georges Wildenstein dans Les graveurs de Poussin au XVII siècle.
Le tome des Estampes relatives à l'Histoire de France de Michel Hennin, une anthologie de textes divers accompagnés d'estampes de gravures, couvre une période allant de 1751 à 1755.. À l'intérieur de ce tome se trouve une œuvre anonyme représentant Le Jugement de Salomon de Poussin sous forme de médaillon, avec le mot latin en guise de légende.« » Traduction : « Au gardien. ». Six extraits de textes religieux divers accompagnent le médaillon et traitent d'enjeux divers : ceux qui ne respectent pas la volonté de l'Église, l'unité dans la foi, le schisme comme sacrilège et tous ceux qui ont le droit de recevoir la communion, hormis ceux qui ont été condamnés par un jugement ecclésiastique ou séculierAnonyme, Le Jugement de Salomon, d'après Nicolas Poussin, 1752, gravure, médaillon circulaire. Source : Michel Hennin et Georges Duplessis, Estampes relatives à l'Histoire de France. Tome 101, Pièces 8702-8788, période : 1751-1755, A. Picard, 1881, Paris, Pièce 8729.. Tout en bas à droite est écrit en latin qu'une autre partie de la médaille a été donnée le « » (, abréviation de ). Traduction : « L'autre partie de la pièce a été donnée, spécifiquement le . ». L'œuvre anonyme est la seule à se permettre des modifications majeures, dont le retrait des courtisans près du soldat et la pose de ce dernier. Une autre modification, similaire à la gravure de Guillaume Chasteau, est le choix qu'ont fait ces deux artistes d'ouvrir les espaces architecturaux et de les faire donner sur le ciel, comme des fenêtres.
Jean-Auguste-Dominique Ingres, élève de Jacques-Louis David, après avoir remporté le Prix de Rome pour son tableau Achille recevant les envoyés d'Agamemnon, est mandaté en 1802 par le musée du Louvre pour produire une gravure du Jugement de Salomon... Âgé de 22 ans, il s'agit de la première commande officielle pour le jeune peintre.. Sa rémunération, d'abord fixé à , est jugée insatisfaisante par Ingres, qui réclame plutôt un salaire de pour son travail, ce qui lui est refusé.. En raison de ce différend d'ordre monétaire, le jeune peintre français abandonne ce projet et la gravure, dont moins du quart avait été complété, reste inachevée. L'ébauche d'Ingres, originellement planifiée pour être une chalcographie aux dimensions de , est conservée au musée du Louvre. La signature de l'artiste se trouve en bas à droite de la gravureJean-Auguste-Dominique Ingres, Le Jugement de Salomon, d'après Nicolas Poussin, 1802, crayon de graphite, pinceau, lavis gris et brun, pierre noire et rehauts de blanc, , Département des arts graphiques du musée du Louvre, Paris, France.. Une étude de cette gravure inachevée est disponible dans les archives du Louvre.Jean-Auguste-Dominique Ingres, Le Jugement de Salomon, d'après Nicolas Poussin, 1802, crayon de graphite, pinceau, lavis gris et brun, pierre noire, papier filigrané, , Département des arts graphiques du musée du Louvre, Paris, France..