Le Passais ou pays de Passais est un pays de Normandie typique du bocage normand, situé aux confins de la Normandie et du Maine.

Situation-Communes Le Passais est une zone frontière entre la Normandie et le Maine, aujourd'hui entre les départements de l'Orne et de la Mayenne. Il n'a jamais existé de délimitations bien établies et c'est justement ce qui caractérise cette région.

On peut cependant considérer que le Pays de Passais qualifié de normand, qui ne constitue pas l'intégralité du Passais, s'étend sur le territoire autrefois dépendant du diocèse du Maine et dépendant maintenant du diocèse de Séez depuis la révolution. Une particularité de certaines de ses communes était l'existence de paroisses mixtes, dont une partie était dans le Maine et l'autre en Normandie. Même après la Révolution les communes mixtes ont subsisté jusqu'en 1830, ce qui montre bien le caractère incertain de la frontière sud de cette région.

Plus que le découpage administratif, c'est peut-être le contexte géographique qui définit le mieux la région du Passais. Enclavée entre la rivière de la Mayenne et les collines de Normandie, cette région vallonnée était autrefois couverte de landes et de forêts, et donc isolée et peu peuplée; d'où les toponymes fréquents de "désert", "sauvage", "lande", "marais"…

On peut cependant fixer la frontière ouest, au Mortainais"usquè in Moritanniae Marcham" ou Avranchin, région correspondant aux bassins versants de la Sélune et de la Sée. Ces limites peuvent aussi être fixées par divers cours d'eau : la Colmont, la Souce, l'Egrenne, et aussi par les haies en masse de terre: les haies de la Chiffetière près Leluardière, et de Rouellé. Au nord, par les collines de Normandie qui définissent la ligne de partage des eaux entre Manche et Atlantique, ce qui correspond à la frontière avec le pays du Houlme dont Argentan est le chef-lieu, et qui formait l'un des cinq archidiaconés du diocèse de Séez au . Et la limite sud est celle avec le Bas-Maine; cette frontière étant la plus incertaine car changeante selon les époques et le contexte historique.

À partir du , on peut considérer que la "capitale" historique du Passais est Domfront, siège du pouvoir local avec sa forteresse, alors que la baronnie de La Ferté Macé tient la seconde place (contrairement à aujourd'hui). Mais avant cette époque Ceaucé a pu être la principale ville, et encore plus tardivement, au , la première implantation urbaine a pu être à Loré.

Subdivision Sud-Ouest du Houlme Bien que les frontière ne soient pas clairement délimitées, et variables selon les époques, sur la frontière sud on peut inclure les communes suivantes: Mantilly, Lesbois, L'Épinay-le-Comte, Vaucé, Passais-la-Conception, Saint-Siméon, Saint-Fraimbault, Ceaucé, Melleray-la-Vallée, Loré, Sept-Forges, Rennes-en-Grenouilles, Le Housseau, Brétignolles, Etrigée, Saint-Denis-de-Villenette, Geneslay, Haleine, Couterne, Madré, Neuilly-le-Vendin.

Sur la frontière nord : Lonlay-l'Abbaye, Saint-Bomer, Dompierre, Banvou, (Le Châtellier, ) La Ferrière-aux-Étangs, Beauvain,

Sur la frontière ouest, on trouve: Rouellé, Saint-Roch-sur-Égrenne/Saint-Jacques-en-la-Brasse, Saint-Mars-d'Égrenne; auxquels on pourrait aussi ajouter Saint-Georges-de-Rouelley.

À l'est, La Ferté Macé, Antoigny, Magny-le-Désert, La Motte-Fouquet, Saint-Patrice-du-Désert, La Coulonche, La sauvagère, Saint-Maurice-du-désert, (+Saint-Michel-des-Andaines), Saint-Ouen-le-Brisoult, Méhoudin, Neuilly-le-Vendin.

Et enfin au cœur du pays de Passais : Domfront, Notre-Dame-sur-l'Eau, Saint-Front, La Haute-Chapelle, Champsecret, Saint-Gilles-des-Marais, Saint-Brice, Lucé, Beaulandais, Juvigny, Torchamp, Avrilly, La Baroche-sous-Lucé, La Chapelle-Moche, Tessé, (+ Tessé-la-Madeleine, Bagnoles-de-l'Orne)

Certaines sources certifient que Lonlay-le-Tesson, et Briouze ne sont pas considérés comme faisant partie du Passais, mais du Houlme.

L'archidiaconé de Passais thumb|alt=Carte présentant les limites du diocèse et des départements actuels.|L'ancien diocèse du Mans avec ses doyennés et archidiaconés.

Dans une vision plus étendue du territoire couvert par le Passais on pourrait aussi y intégrer tout ou partie des communes de l'archidiaconé de Passais (148 paroisses) avec ses doyennés :

du Passais en Normandie: coïncide globalement à la partie sud-ouest du Houlme correspondant au Passais actuel, déjà évoqué précédemment. du Passais au Maine: Ambrières, Brecé, Couesmes, Vaucé, Cigné, Desertines, Vieuvy, Saint-Aubin-Fosse-Louvain, Gorron, Hercé, Saint-Mars-sur-Colmont, Grand-Oisseau, Le Pas, Soucé. (dont font également partie les paroisses suivantes déjà mentionnées comme faisant partie du Houlme en Normandie: Avrilly, Ceaucé, Saint-Fraimbault-sur-Pisse, Loré, LesBois, L'Epinai-le-Comte) de la Roche-Mabille: La Ferté Macé, Antoigny, Magny-le-Désert, La Motte-Fouquet, Saint-Patrice-du-Désert, La Coulonche, La sauvagère, Saint-Maurice-du-désert, (+Saint-Michel-des-Andaines), Saint-Ouen-le-Brisoult, Méhoudin, Neuilly-le-Vendin; déjà mentionnées comme faisant partie du sud du Houlme; auxquelles ont peut y ajouter Couptrain, Linières-la-Doucelle, Orgères, La Pallu, Saint-Samson (mais dont les paroisses suivantes font plutôt partie de la région d'Alençon: La Roche-Mabille, La Lacelle, Ciral, Gandelain, Saint-Ellier, Champfrémont, La Pooté-des-Nids, Ravigny, Boulai) de Lassay: Lassay, La Baroche-Gondouin, Chantrigné, Courberie, Saint-Fraimbault-de-Lassay, Saint-Julien-du-Terroux, Sainte-Marie-du-Bois, Niort, Thubœuf, Madré (dont font également partie les paroisses suivantes déjà mentionnées comme faisant partie du Houlme en Normandie: Melleray, Le Housseau, Brétignolles, Rennes) de Javron: Saint-Calais-du-Désert, Saint-Aignan, Pré-en-Pail, Chevaigné, Javron, Les Chapelles, Saint-Cyr-en-Pail, Charchigné, Saint-Loup-du-Gast, Montreuil-du-Gast, Poulay, Le Horps,  Le Ribay,  Le Ham, Villepail, Saint-Fraimbault-de-Prières (et ont été mises de côté les paroisses sud de : Hardange, Villaine-la-Juhel, La Chapelle-au-Riboul, Jublains, St-Aubin-du-Désert., Averton, Champéon, Marcillé, Courcité, Cranne-sur-Fraubé, Loufougères, Saint-Martin-de-Mayenne, Grazai, Saint-Thomas de Courcériers) et de Sillé: ce dernier doyenné, de par sa distance éloignée du centre du Passais localisé sur Ceaucé, son inclusion est peu probable. Seules les paroisses du bassin versant de la rivière de la Mayenne au nord de la ville de Mayenne ont été retenues; ce critère de sélection est discutable, mais cohérent avec une pénétration des territoires isolés qui se faisaient principalement en suivant les rivières aux époques reculées.

Géographique Forêts Le Passais a longtemps été majoritairement couvert de forêts.

Au , c'est cet isolement forestier autrefois appelé "désert" qui a attiré de nombreux ermites qui souhaitaient se retirer du monde. C'est également à cette époque qu'une première vague de défrichement attaque la grande forêt-frontière par le sud .

Au , la forêt du Passais incorporait la forêt de la Lande Pourrie (autour de Mortain), la Silve Drue aujourd'hui disparue (au sud-ouest de Domfront, jusqu'au sud-est du comté de Mortain et peut-être au-delà de la Colmont) et enfin la forêt d'Andaine. Cette grande zone forestière était à l'époque encore reliée à la forêt bretonne. Ces espaces forestiers n'étaient pas pour autant complètement déserts et étaient vraisemblablement occupés et mis en valeur. De plus, ces forêts étaient des ressources fort précieuses pour le pouvoir ducal, qui chercha à en assurer la bonne administration .

En 1180, sous le gouvernement des Plantagenêt, l’Échiquier de Normandie dresse l'inventaire des forêts sous le contrôle des ducs et y mentionne la forêt du Passais « forestae Passeis » et plus précisément les forêts d'Andaine et de Sylve Drue « Sylva Drua » « Idem reddit compotum de 35 lib., 10 sol., 10 den. de reguardiis Andene et Silve Drue forestarum de Passeis […] ». En 1181, Henri II fait don au prieuré du Plessis-Grimoult des usages dans les forêts du Passais « […] et in aliis forestis nostris de Passeys, scilicet in Andeine et in silva Drua, exceptis deffensis nostris ». En 1190, Richard Cœur de Lion confirme aux religieux de l'abbaye de Savigny les privilèges que son père leur avait octroyés en forêt de Passais "Ricardus, Dei gratia rex Anglie, dux Normannie, Aquitanie, comes Andegavie, dilectis et fidelibus suis Willelmo de Humeto, Willelmo Filio Radulfi Normannie senescallo et omnibus baillivis suis de Passais, salutem. Mandamus vobis et precepimus quatinus permittatis monachos Savignenses habere et tenere, colare et exercere terram suam ex integro, cum omnibus pertinentiis suis, quam habent ex dono patris nostri regis Henrici, in foresta de Passais, sicut ejusdem patris nostri regis Henrici continet et testatur carta. Teste me ipso, apud Marsallam, V die augusti".

Lors de la conquête de la Normandie par les Capétiens, Philippe Auguste céda brièvement la forêt d’Andaine à Renaud de Dammartin« Damus insuper eidem comiti et heredibus in perpetuum castrum de Danfront in Passeis, cum feodis et dominiis et omnibus pertinentiis et forestam de Andeine ». En 1335, les forêts de Passais et d’Andaine sont la propriété de Robert d’Artois. Les forêts de la terre de Domfront génèrent alors d’importants revenus qui représentent environ 45% des recettes de Domfront.

Aujourd'hui, de ce grand couvert forestier d'origine ne reste pratiquement plus que la forêt d'Andaine et quelques bois isolés.

Hydrographie Le synclinal hercynien des Andaines est traversé par les cluses de: la Varenne à Domfront, qui rejoint la Mayenne à Ambrières et dont les principaux affluents sont: l'Égrenne, le plus important, avec pour affluent la Sonce qui traverse la Fosse Arthour, la Pisse, la Halouze l'Andainette la Vée à Bagnoles-de-l'Orne, la Gourbe dans les gorges de Villiers, avec pour affluent la Maure qui traverse La Ferté Macé.

Et aussi à la frontière du Passais:

la Colmont.

Ces cluses ont certainement servi de passage entre Maine et Normandie à travers ces terres inhospitalières.

Géologie et relief

Climat

Toponymie Au Moyen Âge Passais pouvait s'écrire Passaium, Passeium, Passeia (1048)Gesta Pontificum Cenomannis., Passayum, Passeyum; tous ces noms abrégés du terme Passagium ce qui signifie Passage (Passus), dans le sens de traversée. On trouve parfois mais plus rarement Pisseium et aussi Pissaye (1621) ou Pissais. Cette région de forêt et de landes peu peuplée était en effet un point de passage, une sorte de frontière, entre Normandie, Maine et BretagneLa Manche dépendait alors de la Bretagne.. La voie reliant les deux cités gallo-romaines de Jublains et de Vieux traversait cette région, en suivant les vallées de la Mayenne, puis de la Varenne .

D'autres sources moins fiables posent l'hypothèse que Passais serait un homophone de Pacé lui-même anthroponyme roman de Paccius.

Ou encore que la région qui s'écrit aussi Pissais tirerait son nom de la rivière de la Pisse qui la traverse; à moins que ce ne soit l'inverse.

C'est au , après la conquête normande de 1049, qu'apparaît officiellement le nom de Passais dans la Chronique de Normandie, Robert Wace, et dans Benoit de Saint-Maure .

Histoire Le Passais n'a jamais eu d'existence politique, juridique ou administrative propre mais correspond plutôt à une zone culturelle et géographique constituant une zone tampon entre la Normandie et le Bas-Maine.

Préhistoire Paléolithique Paléolithique moyen (- ) Au Paléolithique moyen, vers , à Saint-Brice-sous-Rânes à proximité de Lignières-Orgères, un premier niveau d’occupation néandertalien est découvert; il correspond à un site de production d’outils bifaciaux. L’occupation du site sur une très longue période est récurrente; elle est liée à la qualité de la matière première locale, et à l'étendue du site sur plusieurs centaines d’hectares sur les placages d’argile à silex. Le grès a aussi été exploité de façon anecdotique sur ce même site.