Les mises en scène du retour de Tintin et Milou sont mises en place par le quotidien catholique et conservateur belge Le Vingtième Siècle. Ces promotions entourent la publication des Aventures de Tintin, la série de bandes dessinées créée en 1929 par le dessinateur Hergé dans le supplément hebdomadaire destiné à la jeunesse de ce journal, Le Petit Vingtième.
Dès la naissance de Tintin, la fiction et la réalité se mélangent tandis qu'un jeu avec les lecteurs se met en place. Le départ du héros pour le pays des Soviets est annoncé dans Le Petit Vingtième dans les jours qui précèdent le début de l'aventure ; puis des interviews fictives ou de fausses lettres des protagonistes sont diffusées. L'idée de mettre en scène le retour du héros et de son fidèle chien est proposée au directeur du Vingtième Siècle, Norbert Wallez, par l'un de ses collaborateurs, Charles Lesne. Le premier retour de Tintin, le , est un succès : une foule nombreuse réserve un accueil triomphal à un Tintin interprété par un jeune scout à la gare du Nord de Bruxelles.
La formule est répétée après Tintin au Congo, Tintin en Amérique et Le Lotus bleu, donnant lieu à des réceptions regroupant des milliers de lecteurs, attirés par les nombreuses animations proposées et à grand renfort de publicité. Ces évènements permettent non seulement d'ancrer le personnage dans le monde réel mais aussi de fidéliser les jeunes lecteurs en leur donnant le sentiment de participer à l'aventure. Les retours de Tintin et Milou répondent également à des motivations commerciales et apparaissent comme un moyen efficace de promouvoir les ventes d'albums de la série, comme celles du quotidien qui accueille les différents récits.
Contexte vignette|redresse|alt=Photographie en noir et blanc d'un jeune homme posant sur la place rouge à Moscou.|Palle Huld en 1928. Dès la naissance de Tintin, Hergé inscrit simultanément son personnage dans la fiction et dans la réalité, faisant de lui un héros médiatique. Dans les jours qui précèdent le lancement de l'aventure, son départ de Bruxelles est annoncé par Le Petit Vingtième, et dans la première planche de l'histoire, qui paraît le . En effet, certains membres de la rédaction du Vingtième Siècle sont dessinés à ses côtés sur le quai de la gare, à l'image du rédacteur en chef du quotidien, Alfred Zwaenepoel. Tout au long du récit, Hergé et son équipe innovent en intégrant des interviews fictives du héros. Le mélange entre fiction et réalité se double également de la publication d'une fausse lettre de menaces adressée au journal par la Guépéou pour que cesse le reportage de Tintin en URSS. Cette pratique opère comme une sorte de jeu avec les lecteurs et permet de les fidéliser.
Au cours du récit, Tintin connaît un premier triomphe en Allemagne où, à la suite de nombreuses péripéties, il s'impose comme un as de l'aviation et remporte la première étape du « raid Pôle Sud – Pôle Nord avec escale à Berlin », avant d'être acclamé par la foule et photographié par la presse.
Dans les jours qui précèdent la fin de la publication, Charles Lesne, l'un des collaborateurs du Vingtième Siècle, propose au directeur du journal, l'abbé Norbert Wallez de célébrer le retour de Tintin en Belgique comme si ses aventures avaient réellement eu lieu. Ainsi, il organise une réception.. La mise en scène de l'accueil du héros s'inspire non seulement des triomphes accordés aux plus célèbres aviateurs de l'époque et qui bénéficient d'une large couverture médiatique, comme Charles Lindbergh, mais également des retombées journalistiques du tour du monde bouclé par le jeune aventurier danois Palle Huld en 1928. Hergé lui-même avait déjà utilisé cette mise en scène dans son récit en images Les Aventures de Totor, C. P. des Hannetons, publié dans Le Boy-Scout entre 1926 et 1929 : dans le numéro d'août-, Totor est acclamé à New York pour avoir capturé un criminel, puis lit le récit de ses succès dans divers journaux parmi lesquels figurent le Chicago Tribune et Le Boy-Scout lui-même. À la fin de son aventure, une réception l'attend à son retour à Anvers par voie de mer.
Les retours de Tintin et Milou Après Tintin au pays des Soviets (1930) vignette|redresse|gauche|alt=Couverture du Petit Vingtième montrant un jeune garçon et un chien.|Couverture du Petit Vingtième du jeudi , montrant Tintin et Milou de retour du pays des Soviets. Dans son édition du , Le Petit Vingtième invite ses lecteurs à se rendre le jeudi suivant, le , à la gare du Nord de Bruxelles où Tintin et Milou doivent arriver par le train express de Liège à . Le supplément évoque un et .. Un compte à rebours est lancé trois jours plus tard dans Le Vingtième siècle, le quotidien rappelant à ses lecteurs la date et le lieu de la réception dans chacune de ses éditions. C'est Lucien Pepermans, un jeune scout âgé de , membre de la troupe de Kapelleveld à Woluwe-Saint-Lambert, qui est choisi pour endosser le rôle de Tintin. L'évènement est prévu le à la Gare du Nord de Bruxelles et le quotidien en fait une grande publicité dans les jours qui précèdent.. Coiffé d'une houppette comme celle du héros, il est accompagné d'un fox-terrier blanc et porte des vêtements traditionnels russes. Une séance photos est organisée dans les locaux du journal quelques jours avant l'évènement pour qu'un cliché soit distribué le jour même.
Un journaliste de la rédaction, Julien de Proft, accompagne Lucien Pepermans dans le train qui se dirige vers Bruxelles et c'est dans les toilettes de la gare de Louvain que le jeune homme endosse son costume. Le programme des festivités est bien rempli. Le discours de bienvenue est suivi de la remise d'une gerbe de fleurs au héros et de la distribution de friandises, de chocolats et de photographies dédicacées par le faux Tintin. Des troupes de scouts se proposent d'assurer le service d'ordre. Tintin et Milou sont ensuite conduits en voiture, une Buick décapotable, au siège du Vingtième Siècle, situé sur le boulevard Bischoffsheim à Bruxelles, où le jeune reporter prononce un discours de remerciement. La photographie dédicacée de Tintin est publiée en une de l'édition suivante du Petit Vingtième, le , tandis que le journaliste Victor Meulenijzer dresse un compte-rendu détaillé de l'événement dans les colonnes du Vingtième Siècle le .
Devant le succès de cette opération, Hergé lui-même ne cache pas son étonnement : .. L'opération est d'autant plus remarquable que le dessinateur avait représenté ce retour triomphal dans les dernières planches de l'aventure, une qui contribue, selon Benoît Peeters, .
Pour sa prestation dans le rôle de Tintin, Lucien Pepermans reçoit un bouquet de fleurs et cent francs belges. Hergé lui adresse un clin d'œil en le représentant dans un gag de Quick et Flupke intitulé Rentrée des classes et publié dans le numéro du du Petit Vingtième.
Après Tintin au Congo (1931) vignette|redresse|alt=Photographie en une de journal montrant un jeune garçon saluant un homme au milieu de la foule.|La une du Petit Vingtième du , consacrée à l'événement. Comme pour l'aventure précédente, Le Vingtième Siècle orchestre le retour des héros à la fin de Tintin au Congo. Le , le supplément annonce en couverture que l'événement aura lieu le suivant, et trois jours plus tard, Le Vingtième Siècle confirme le rendez-vous à la gare du Nord, à . Entre-temps, Le Petit Vingtième publie un reportage relatant le voyage de retour, par avion, de Tintin et Milou.
Lucien Pepermans étant jugé trop âgé, c'est un autre scout, Henri Dendoncker, âgé de , qui est choisi pour tenir le rôle de Tintin.. Comme l'année précédente, des confiseries et des photographies des héros sont distribuées aux enfants présents pour les accueillir. Ce , la rédaction du supplément prépare un numéro spécial, et l'évènement se double d'une opération commerciale. : l'album, déjà prêt, est mis en vente sur place au prix de , accompagné , selon les termes employés par le quotidien pour sa promotion. D'autres animations sont mises en place : un concours de cartes à colorier, éditées par les grands magasins Au Bon Marché, est organisé, de même qu'un lâcher de ballons depuis la place Charles Rogier, là aussi sous la forme d'un concours offrant un total de cent prix.
L'évènement attire une foule nombreuse et fait la une du Petit Vingtième la semaine suivante. La photographie reproduite en couverture de ce numéro montre Tintin serrant la main de Paul Jamin, l'un des collaborateurs du supplément, tous deux entourés par Hergé, des enfants déguisés en Quick et Flupke et des Congolais. Le supplément précise également que des ballons ont été retrouvés jusque dans le centre de l'Allemagne.
Après Tintin en Amérique (1932) vignette|redresse|alt=Photo en noir et bland d'un garçon habillé en Tintin avec un chien figurant Milou.|La photo de Tintin et Milou dans l'annonce du retour d'Amérique, célébré en . La formule du retour de Tintin et Milou est répétée une troisième fois, au terme de Tintin en Amérique, mais le lieu de réception change. L'événement se déroule le dimanche , à , dans la grande salle de l'Institut Saint-Boniface à Ixelles, un établissement que Hergé avait fréquenté dans sa jeunesse. La dernière planche de l'aventure paraît le et s'achève sur le départ des héros de New York par voie de mer. La semaine suivante, la couverture du Petit Vingtième, légendée , montre un paquebot naviguant sur l'océan, tandis que dans les pages intérieures, la rédaction du supplément fait la publicité de l'événement à venir. Un faux télégramme de Tintin est reproduit, invitant les lecteurs à le rejoindre le à Bruxelles et leur annonçant que les héros rapportent de nombreux cadeaux et souvenirs d'Amérique..
Cette fois, c'est l'adolescent René Boey qui joue le rôle de Tintin. Comme pour l'aventure précédente, le retour du héros s'accompagne d'une opération marketing sur le plan éditorial : non seulement l'album de Tintin en Amérique est disponible le jour de la réception, mais un album des gags de Quick et Flupke est également proposé à la vente. Après l'accueil sur scène de Tintin et Milou, deux acteurs prononcent un discours, l'un figurant un certain , représentant les États-Unis, l'autre figurant un chef sioux, . Un Saint-Nicolas venu des grands magasins Au Bon Marché participe à la distribution de cadeaux, avant que le clown belge Bonzo se produise sur scène.
D'après le compte-rendu publié dans Le Petit Vingtième, le retour de Tintin et Milou s'effectue devant une salle comble et certaines personnes se voient refuser l'entrée faute de place. Le suivant, des acteurs jouant Tintin et Milou se produisent une nouvelle fois, en compagnie de Quick et Flupke, au salon de thé du Bon Marché.
Après Le Lotus bleu (1935) vignette|gauche|alt=Photographie en noir et blanc d'un clown maquillé dans sa loge, se regardant dans un miroir.|Le clown Charley William Ilès se produit au Cirque Royal lors du retour de Tintin en 1935. En 1935, Le Vingtième Siècle organise pour la quatrième fois le retour de Tintin, au terme de sa cinquième aventure, Le Lotus bleu. C'est un fidèle lecteur du Petit Vingtième, Charles Stie, qui est choisi pour tenir le rôle de Tintin. Hergé et son collaborateur Paul Jamin l'avaient repéré quelques jours plus tôt lors de son passage dans les bureaux du quotidien pour y déposer un bulletin de participation à un concours.. L'événement se déroule le dimanche , à partir de , au Cirque Royal de Bruxelles. De nombreuses animations sont prévues, parmi lesquelles un spectacle musical, des numéros des clowns Charley William Ilès et , ainsi qu'une distribution de prix en présence de saint Nicolas.
Dans les semaines qui suivent, les personnages créés par Hergé effectuent une tournée. Tintin, Milou, Quick et Flupke se produisent à la grande foire d'hiver de Bruxelles le , puis à des fêtes de bienfaisance à Liège et Bruxelles le mois suivant. De même, à l'occasion de mardi gras, ils sont invités par la Jeunesse étudiante chrétienne à Enghien, où se tient un grand rassemblement.