La Vulgate sixto-clémentine ou Vulgate clémentine (en ) est l'édition latine de la Bible promulguée en 1592 par le pape Clément VIII. C'est chronologiquement la deuxième édition de la Vulgate (la traduction latine de la Bible composée au et traditionnellement attribuée à Jérôme de Stridon) autorisée par l’Église catholique, la première étant la Vulgate sixtine. La Vulgate sixto-clémentine a été la référence officielle de l’Église Catholique jusqu'à la promulgation de la Nova Vulgata par Jean-Paul II en 1979.

La Vulgate sixto-clémentine reprend la Vulgate sixtine, publiée deux ans plus tôt sous le pontificat de Sixte V, en rétablissant certains passages de la tradition catholique supprimés. Neuf jours après la mort de Sixte V, le Collège des cardinaux mit un terme à la vente de la Vulgate sixtine et même ordonna la destruction des exemplaires de ce texte. Par la suite, deux commissions nommées par Grégoire XIV furent chargées de réviser la Vulgate sixtine. En 1592, le pape Clément VIII, prétextant des erreurs d'impression dans la Vulgate sixtine, en fit confisquer, peut-être sous la pression des Jésuites, les exemplaires encore en circulation. Dans l'année, une édition révisée était publiée et promulguée : c'est cette édition même qui constitue la Vulgate sixto-clémentine, ou Vulgate clémentinereproduction numérique en ligne sur archive.org de l'édition de 1592...

Histoire Une mise à jour controversée : la Vulgate « sixtine » La Vulgate sixtine, compilée à la demande du pape Sixte V, parut en 1590; elle était ; mais le Collège des Cardinaux était déçu par cette version qui, comme l'avait fait Érasme trois-quarts de siècle auparavant, écartait le Comma Johanneum, preuve de l'inspiration biblique du dogme de la sainte Trinité : aussi, le , neuf jours après la mort du pape Sixte V, ordonna-t-il la suspension de sa vente. Il fit confisquer tous les exemplaires possibles. et entreprit même, ensuite, la destruction des exemplaires imprimés..

Les deux commissions pontificales de Grégoire XIV On était alors toujours en attente d'une version officielle de la Vulgate. C'est pourquoi Grégoire XIV décida de convoquer () une quatrième commission chargée de réviser la Vulgate Sixtine, prorogée et réorganisée comme cinquième et ultime commission dans l'année. Cette quatrième commission était présidée par M.-A. Colonna l'Aîné. et comprenait six cardinaux. Dix autres experts y siégeaient comme conseillers, parmi lesquels Robert Bellarmin. La commission décida de se borner aux modifications qu'elle jugeait strictement nécessaires : concession à l'Humanisme, elle s'appuya pour cela sur d'anciens manuscrits en latin, grec ancien et hébreu. Elle s'attacha surtout à rétablir les passages supprimés par Sixte V, parcourut néanmoins tout le texte et modernisa la ponctuation.

En l'espace du premier mois, la quatrième commission acheva la révision latine du Livre de la Genèse. Dès le , elle s'attaquait à la révision de l'Exode, mais ses progrès étaient si lents que ses travaux risquaient de traîner jusqu'à la fin de l'année. Le pape diminua l'effectif de la commission, où ne siégeaient plus que son président, M. A. Colonna., et l'érudit anglais William Allen (traducteur de la Bible de Douai), aidés de 8 conseillers : Bartolomé Carranza dit « Miranda », Andrea Salvener, Antonio Agelli, Robert Bellarmin, Bartolome Valverde, , Pierre Morin et Angelo Rocca. L'organisation du travail fut revue, les séances se tenant désormais uniquement dans la villa de M. A. Colonna à Zagarolo.

thumb|212x212px|Facsimile d'une page du Codex Carafianus Le (mais selon certains, plutôt le ), au bout de seulement 19 jours., la révision était terminée grâce au Codex Carafianus (carnet contenant les propositions faites à Sixte-Quint par la commission du Cardinal Carafa, pour amender l'édition de 1583 de la Bible de Louvain (1550). et avec l'assistance de quatre ex-membres de la commission de rédaction de la Bible sixtine : Landi, Valverde, Agellius et Rocca). L'évêque anglican Brooke F. Westcott (1825-1901) relève que

Le spécialiste du christianisme d'Orient Francis J. Thomson (1935-2021) estime que c'est en réalité à la Congrégation de l'Index (placée sous la direction de M. A. Colonna) que le travail éditorial a été confié. Il précise que cette congrégation comptait parmi ses membres les cardinaux Gerolamo della Rovere, Ascanio Colonna, William Allen, Frederico Borromeo ainsi que Robert Bellarmin et Francisco de Toledo. Il conclut que

Grégoire XIV mourut le , et son successeur direct, Innocent IX, ne lui survécut que deux mois ; de sorte qu'au mois de , il revenait à Clément VIII, nouveau pape, de décider de l'édition finale.

Suppression de la Vulgate Sixtine par Clément VIII Tout juste élu au trône papal, l'une des premières initiatives de Clément VIII fut de confisquer tous les exemplaires de la Vulgate sixtine., en prétextant des erreurs typographiques, bien qu’elle en fût pratiquement exempte.

Selon James Hastings, Eberhard Nestle avance que la révocation s'explique en réalité par la pression des Jésuites, que l'ancien pape Sixte-Quint avait offensés en mettant à l'Index un livre de Bellarmin. Frederic G. Kenyon estime, lui, que la Vulgate sixtine était « bourrée d'erreurs », bien que Clément VIII fût aussi décidé à donner des gages aux Jésuites, « que Sixte avait offensés. » Pour Metzger, les erreurs typographiques n'ont été qu'un prétexte : l'attaque contre cette édition avait été mûrie de longue main par les Jésuites, Sixte se défiait des Jésuites, détestait le nom (« Compagnie de Jésus ») qu'ils s'étaient donné et envisageait d'ailleurs de procéder à une modification radicale de leurs statuts, mais la mort l'en empêcha..

Enfin, selon l'historien luthérien Jaroslav Pelikan (1923-2006), la Vulgate sixtine

Publication vignette|Page de titre de la Vulgate Sixto-Clémentine (1592). vignette|Page de titre de l'édition de 1593. vignette|Frontispice de l'édition de 1598. Clément VIII choisit Francisco de Toledo, Agostino Valier et Fréderic Borromée comme éditeurs, et leur adjoignit Robert Bellarmin, Antonio Agelli, Pierre Morin et deux autres érudits pour les conseiller..

La Vulgate clémentine sortit des presses le , au format in-folio, avec une préface anonyme de la plume du cardinal Bellarmin.

Elle était précédée de la bulle papale Cum Sacrorum du ., prescrivant que toute future édition devrait se conformer à celle-ci, sans en changer fût-ce un mot, et sans indiquer de variante en marge. La plupart des mastics de cette édition étaient corrigées dans la seconde (1593) et troisième édition (1598).

Les éditions de 1593 et de 1598, à la différence de l'originale, étaient au format in-quarto, elles étaient précédées de plusieurs préfaces chacune, et leurs marges étaient chargées de références..

Caractéristiques textuelles L’annexe à la Vulgate clémentine incorporait des livres apocryphes : la Prière de Manassé, et les livres 3 et 4 d'Esdras. Sa version du Livre des Psaumes reprenait le Psalterium Gallicanum et non la versio juxta Hebraicum.. L’édition princeps de 1592 était privée des prologues de Jérôme : on les rajouta en tête des éditions de 1593 et de 1598.. La Vulgate clémentine rétablit les passages supprimés : Ce verset rétabli est : (Bible du Semeur). Si Silas était parti avec Judas (verset 33), comment se fait-il qu'il soit présent à Antioche (verset 40) pour que Paul le choisisse et qu'ils repartent ensemble?, la Comma johannique . La numérotation des versets de la Vulgate sixtine fut remplacée par celle de la Bible de Robert Estienne (1551).

La parenté de la Vulgate clémentine avec la Bible de Louvain la distingue nettement de l'édition sixtine, dont D'autre part, la Vulgate clémentine recourt au système de Robert Estienne pour la numérotation des versets ; mais la Vulgate sixtine a laissé une marque indélébile entre les lignes de la Vulgate sixto-clémentine : la transcription des noms, surtout des noms propres, ainsi que certaines émendations de détail, dont certaines fort peu justifiées. Les changements apportés par Sixte à la Bible de Louvain étaient autrement importants. Ses éditeurs se sont efforcés de la rendre aussi proche que possible de la Vulgate sixtine : titres, frontispices et pagination identiques.

Le titre Scrivener indique que, pour ne pas donner l'impression d'un règlement de comptes entre papes, la Bible clémentine a été publiée sous le nom de Sixte, avec une préface où le cardinal Bellarmin présentait l'ouvrage comme celui que Sixte aurait voulu voir publier, une version corrigeant les erreurs manifestes de la premières ; mais qu'il en a été empêché par la mort, et que suivant sa volonté, il a été publié par son successeur.

Le nom complet de la Vulgate Clémentine est Biblia sacra Vulgatae Editionis, Sixti Quinti Pont. Max. jussu recognita atque edita... Comme sa page de titre porte le nom de Sixte, la Vulgate clémentine est parfois désignée comme la Vulgate Sixto-clémentine. vignette|Édition de 1604 de la Vulgate clémentine des presses Rouillé, portant les noms de Clément VIII et Sixte-Quint.

Différences avec la Vulgate sixtine Selon Carlo Vercellone, James Hastings, Eberhard Nestle., F. G. KenyonOur Bible and the ancient manuscripts p. 188, l’Oxford Dictionary of the Christian Church. et Bruce M. Metzger, l'édition clémentine de la Vulgate diffère sur points de l'édition sixtine ; sur points selon Michael Hetzenauer et Metzger et Bart D. Ehrman. et « en gros 5000 passages » selon Kurt and Barbara Aland.

Parmi les modifications apportées au texte, citons : + Émendations Verset Vulgate sixtine Vulgate clémentine 2:14 constituit te te constituit 2:16 venerant venerunt 2:22 et eripuit eripuit 2:25 liberavit cognovit

Critiques Les recherches faites depuis l'édition

Critiques à la Renaissance Les différences entre les éditions Sixtine et Clementine de la Vulgate ont été critiquées par les protestants; Thomas James dans son Bellum Papale sive Concordia discors (Londres, 1600) Il dresse la liste des différences entre les deux éditions catholiques. Dans la préface à la première édition de la Bible du roi Jacques (1611), les traducteurs anglais accusent le pape d'avoir perverti les Saintes Écritures..

Critiques contemporaines James Hastings Selon Frederic G. Kenyon, ; il ajoute que les modifications qui distinguent l’édition clémentine de l’édition Henri Quentin estime que

Pour Kurt et Barbara Aland, Roger Gryson, spécialiste de patristique à l'Université catholique de Louvain., indique dans sa préface à la édition de la Vulgate de Stuttgart (1994) que l’édition clémentine Toutefois, par là-même, le conservatisme de l’édition clémentine vis-à-vis de la tradition bibliste médiévale peut avoir un intérêt pour la critique ; Frans Van Liere écrit à ce sujet : Houghton estime pour sa part que

Bibliographie

Notes

Voir également

Bible de Douai

Catégorie:Version ou traduction de la Bible Catégorie:Clément VIII Catégorie:1592 dans le christianisme