droite|vignette| Lambda minuscule, utilisée pour la première fois en 1970 comme symbole représentant les droits des homosexuels Le mouvement de libération gay est un mouvement social et politique qui a cours de la fin des années 1960 au milieu des années 1980 . Il exhorte alors les lesbiennes et les homosexuels à s'engager dans l'action directe radicale, ainsi qu'à contrer la honte sociale avec fierté (pride)Hoffman, 2007, pp.xi-xiii.. Dans l'esprit féministe qui soutient que le personnel est politique, la forme la plus élémentaire d'activisme consiste donc à mettre l'accent sur le fait de faire son coming out auprès de sa famille, de ses amis et de ses collègues, et de vivre sa vie en tant que personne ouvertement lesbienne ou gay.
Le Stonewall Inn, un bar situé dans le village gay de Greenwich, à Manhattan, New York, est le site d'émeutes en et devient ainsi le berceau du mouvement moderne des droits LGBT et du mouvement de libération gay qui suit. À l'aube des années 1970, on connaît encore les marches commémoratives des événements de Stonewall (généralement célébrées en juin) sous le nom de marches de «libération gay». Ce n'est que plus tard dans les années 1970 (dans les centres urbains gais) et jusque dans les années 1980 (dans de plus petites communautés) que les marches commencent à être appelées "gay pride". Le mouvement implique des communautés lesbiennes et gays d'Amérique du Nord, d'Amérique du Sud, d'Europe de l'Ouest, d'Australie et de Nouvelle-Zélande.
La libération gay est également connue pour ses liens avec la contre-culture de l'époque (par exemple, des groupes comme les Radical Faeries) et pour les intentions connues des "libérateurs gays" à prôner la libération de transformer ou d'abolir les institutions fondamentales de la société, telles que le genre et la famille nucléaire, sans se préoccuper de savoir si cela a quelque chose à voir avec les principes réels des droits des homosexuels. En général, les orientations politiques sont radicales, antiracistes et anticapitalistes. Afin d'atteindre ces objectifs, ce sont la prise de conscience et l'action directe qui sont employées. Alors que l'activisme et la sensibilisation au VIH/SIDA (dans des groupes tels qu'ACT UP) radicalisent une nouvelle vague de lesbiennes et d'homosexuels dans les années 1980, et que des groupes radicaux continuent d'exister depuis, le début des années 1990, marque la fin de la radicalité du mouvement de libération homosexuelle, éclipsé par le courant dominant des hommes et des femmes homosexuels nouvellement arrivés et pro- assimilationnistes, qui mettent l'accent sur les droits civiques et la politique dominante.
Le terme de libération gay fait parfois référence à un mouvement plus large visant à mettre fin à l'oppression sociale et juridique dont sont victimes les personnes LGBT. Le terme mouvement de libération gay est même parfois utilisé de manière interchangeable ou comme synonyme de mouvement des droits des homosexuels. Le Comité du Jour de la Libération de Christopher Street (rue de Greenwich Village où se trouve le Stonewall Inn) a été formé à New York pour commémorer le premier anniversaire des émeutes de Stonewall de , qui marque le début de la tradition internationale d'un événement estival pour célébrer la fierté gay. Les marches annuelles des fiertés à Berlin, Cologne et dans d'autres villes allemandes sont connus sous le nom de Christopher Street Days ou "CSD".
Origines et histoire du mouvement Bien que les émeutes de Stonewall en 1969 à New York restent dans les mémoires comme l'étincelle qui a produit un nouveau mouvement, les origines sont antérieures à ces événements emblématiques. La résistance aux descentes de police dans les bars s'est déjà manifestée auparavant : dès 1725, des clients repoussent une descente de police dans une (un lieu de rencontre pour les hommes gays) de Londres.
Des mouvements structurés, en particulier en Europe occidentale, sont actifs depuis le , et produisent des publications, forment des groupes sociaux et font campagne pour des réformes sociales et juridiques. Au début des années 1890, le procès d'Oscar Wilde est largement rapporté en Allemagne et stimule des discussions autour de l'homosexualité, menant au mouvement d'émancipation homosexuelle en Allemagne, le premier mouvement moderne pour les droits des homosexuels.
De la fin de la Seconde Guerre mondiale à la fin des années 1960, les mouvements de la période qui précède la libération gay sont collectivement connus sous le nom de "mouvement homophile". Le mouvement homophile est décrit comme "politiquement conservateur", bien que pour l'époque, ses appels à l'acceptation sociale de l'amour entre deux personnes de même sexe soient considérés comme des opinions marginales et radicales par la culture dominante.
Les années 1960 Au début des années 1960, la ville de New York, alors régie par l'administration Wagner, est accablée par le harcèlement contre la communauté gay, en particulier celui provenant du département de police de la ville de New York. Les homosexuels figurent parmi les cibles d'une campagne visant à débarrasser les villes de ses indésirables. Il n'y a, par conséquent, que la mafia qui a le pouvoir et les ressources financières pour gérer des bars et des clubs gays. En 1965, Dick Leitsch, président de la New York Mattachine Society et admirateur des discours que tient Frank Kameny au début des années 1960, se met à prôner l'action directe, et le groupe organise les premières manifestations homosexuelles publiques, ainsi que des piquets de grève, dans les années 1960. Kameny, fondateur de Mattachine Washington en 1961, prône une action militante rappelant la campagne des droits civiques des Noirs, tout en plaidant également pour la moralité de l'homosexualité.
La New York State Liquor Authority (SLA, autorité de contrôle des alcools dans l'état de New York) n'autorise pas les homosexuels à être servis dans les bars agréés de l'État, sous peine de révocation de la licence d'exploitation du bar. Ce refus d'accès à l'espace public est confirmé par une décision de justice au début des années 1940. Une étude juridique concernant la loi sur les boissons alcoolisées dans la ville, commandée par Mattachine New York, conclut qu'il n'y a pas de loi en soi interdisant aux homosexuels de se rassembler dans des bars. Cependant, les lois interdisent la "conduite désordonnée" dans les bars, terme que la SLA interprète comme un comportement homosexuel. Leitsch informe alors la presse que trois membres de Mattachine New York se présenteront dans un restaurant du Lower East Side, annonceront leur homosexualité et, en cas de refus du restaurant de les servir, porteront plainte contre la SLA. Ce mode d'action devient connu sous le nom de "Sip-In" et ne parvient à ses fins qu'à la troisième tentative chez à Greenwich Village. La méthode du "Sip-In", cependant, attire l'attention des médias, et l'action en justice qui en résulte contre la SLA empêche finalement l'agence, en 1967, de révoquer les licences d'exploitation sur la base de racolage homosexuel.
Dès les mouvements de protestation des homosexuels pour leurs droits, des nouvelles venues des camps de travail dans les prisons pour homosexuels cubaines inspirent la Mattachine Society : elle organise alors des manifestations aux Nations unies et à la Maison Blanche, en 1965.
Dans les années précédant 1969, la Mattachine Society réussit également à amener la ville de New York à changer sa politique d'enfermement des hommes homosexuels par la police. Elle parvient à annuler ses pratiques d'embauche discriminatoire conçues pour éliminer les homosexuelsCarter, David, 2004. Stonewall: The Riots that Sparked the Gay Revolution.. Cependant, l'importance de la nouvelle administration du maire John Lindsay (un Républicain en passe de devenir Démocrate) et l'utilisation des médias par Mattachine New York ne doivent pas être sous-estimées en ce qui concerne la fin de l'enfermement des homosexuels par la police. Lindsay gagnera plus tard la réputation de mettre l'accent sur l'apaisement des problèmes sociaux dans la ville, et son poste de maire coïncidant avec la fin des politiques d'enfermement ont un retentissement significatif. À la fin de l'année 1967, un groupe new-yorkais appelé Homophile Youth Movement in Neighborhoods (HYMN, Mouvement Homophile de la Jeunesse dans les Quartiers), issu d'une impulsion individuelle de Craig Rodwell (un activiste américain connu pour avoir ouvert en 1967 le Oscar Wilde Memorial Bookshop), épouse déjà les slogans "Gay Power" ("Pouvoir gay") et "Gay is Good" ("Gay c'est bien") dans sa publication HYMNAL.
Les années 1960 sont une période de bouleversements sociaux en Occident. Aux États-Unis, les changements de la sous-culture homosexuelle sont influencés par la révolution sexuelle et la contre-culture. Cette sous-culture comprend alors des librairies, des journaux et des magazines vendus au public, ainsi qu'un centre communautaire.
C'est à cette époque que Los Angeles assiste à son premier grand mouvement gay. Durant la nuit du Nouvel An de 1967 (deux ans avant les émeutes de Stonewall), plusieurs policiers en civil infiltrent la taverne du Black Cat (un bar gay de Los Angeles). Après avoir arrêté plusieurs clients qui célébrent l'occasion en s'embrassant, les officiers commencent à frapper plusieurs clients et arrêtent finalement 16 autres participants au bar, dont trois barmans, pour « agression et obscénité publique ». Cela créé une émeute dans les environs, entraînant finalement une manifestation plus pacifiste, de plus de , plusieurs jours plus tard, pour protester contre les raidsL.A., 1/1/67: the Black Cat riots. | The Gay & Lesbian Review Worldwide (March, 2006). La manifestation est accueillie par des escadrons de policiers armés. C'est de cet événement que naissent la publication The Advocate et l'organisation Metropolitan Community Church (dirigée par le pasteur Troy Perry ).
Peu d'endroits aux États-Unis connaissent un mélange de sous-cultures aussi diversifié que Greenwich Village, qui accueille les jeunes gays de la rue. Une bande de jeunes fugueurs efféminés, ostracisés par leurs familles, par la société et par leur propre communauté gay. Ils reflètent le mouvement contre-culturel plus que n'importe quel groupe homosexuel. Refusant de cacher leur homosexualité, ils sont maltraités, ils sont des enfants terribles qui prennent des drogues, se battent, volent à l'étalage et bousculent des hommes gays plus âgés pour survivre. Leur âge, leur comportement, leurs manières et leurs tenues vestimentaires féminines les isolent du reste de la scène gay. Mais, se trouvant en première ligne dans les rues, ils font de parfaits guerriers pour les émeutes imminentes de Stonewall.
Ces nouvelles opportunités sociales, associées aux nouveaux mouvements de luttes sociales tels que le Black Power, la libération des femmes et l'insurrection étudiante de mai 1968 en France, annoncent une nouvelle ère plus radicale. Après les émeutes de Stonewall à New York, fin , de nombreux membres du mouvement émergeant de libération gay aux États-Unis se considèrent comme liés à la nouvelle gauche, plutôt qu'aux groupes homophiles établis de l'époque. Les mots « libération gay » font écho à « libération des femmes » ; le Front de Libération Gay a consciemment pris son nom en rapport avec les Fronts de Libération Nationale du Vietnam et d'Algérie ; et le slogan "Gay Power", en tant que réponse provocante au mouvement homophile orienté vers les droits, est inspiré par le Black Power, qui était une réponse au mouvement des droits civiques.
Vanguard 1965-1967