Jean-Léonor Le Gallois, sieur de GrimarestLa documentation donne à lire plusieurs orthographes différentes : Grimarais, Grimaretz, Grimarets, Grimaret., né et ondoyé en à Bernières-sur-MerSur les circonstances de ce baptême, voir Inventaire sommaire des Archives départementales antérieures à 1790. Calvados. Archives civiles. Série E Supplément, tome premier, Arrondissement de Caen, Caen, 1897, ., baptisé le , mort à Paris le , est un polygraphe français de la fin du règne de Louis XIV.

Tout à la fois mathématicien et théoricien des fortifications, historien militaire et maître de langue, son nom reste attaché à celui de Molière, dont il a été, trente-deux ans après sa mort, le premier véritable biographe.

Biographie

Famille Fils aîné de François Le Gallois (1633-1693) et de Marie Le CoqFille de Michel Le Coq, sieur du Verger, bourgeois de Caen., Grimarest est issu d’une famille de petite noblesse normande. Son grand-père paternel, Robert Le Gallois, s’établit dans les années 1620 à Paris, où, devenu en 1626 valet de chambre de la reine mère Marie de MédicisÉtat de la maison du roi Louis XIII, de celles de sa mère, Marie de Médicis, de ses sœurs, etc., publié par Eugène Griselle, Paris, 1912, p. 75., puis « lieutenant de robe courte de la prévôté de l’hôtel », il épouse, le , Marie de Saint-Aubin, fille d’un riche chapelier de la capitale, alors âgée de dix-sept ansFactum pour François Le Gallois, écuyer, Tanneguy Le Gallois, écuyer, sieur de Beaujeu, capitaine entretenu dans la marine, et dame Marie-Élisabeth Le Gallois, veuve de Nicolas de Cahaigne, écuyer, sieur de Boismorel, héritiers par bénéfice d'inventaire de défunt Robert Le Gallois, leur père, écuyer, lieutenant de la prévôté de l'Hôtel, intimés, appelants, demandeurs et défendeurs, Contre dame Marie de Saint-Aubin, veuve en secondes noces de Jean Onfroy, conseiller, secrétaire du Roi, et Monsieur Maître Thomas du Moustier, seigneur de Canchy, conseiller au parlement de Rouen, comme ayant épousé dame Marie-Anne Onfroy, fille et héritière du sieur Onfroy, appelants, intimés, défendeurs et demandeurs. Bibliothèque nationale de France, Z-THOISY-446. <Fol. 198>.. Ils auront trois enfants, qui, après la mort prématurée de leur père, seront élevés en Normandie.

La cadette, Marie-Élisabeth, sera mariée au petit-fils ou petit-neveu de Jacques de Cahaignes, célèbre médecin de Caen. Le cadet, Tanneguy Le Gallois, dit le Chevalier de Beaujeu (163 ?-1711), officier de la marine royale, sera successivement lieutenant de vaisseau (1667), capitaine de frégate (1671), capitaine des vaisseaux (1672), pour finir capitaine du port du Havre.

L’aîné, François Le Gallois (1633 ?-1693), père de Grimarest, tout en héritant de la charge de lieutenant de robe courte de son pèreIl sera dépossédé de cette charge, par son beau-père Jean Onfroy, avant même de l'avoir exercée., s’est fait un nom dans le monde des lettres et de l’érudition scientifique. Proche de deux illustres Caennais, Pierre-Daniel Huet et André Graindorge, il s'installe à Paris, où il remplit les fonctions de secrétaire de l’académie de l’abbé Bourdelot. En 1672 et 1674, il en publie les Conversations, dédiées successivement au duc d’Enghien, fils du Grand Condé, et à l’« abbé Huet », alors sous-précepteur du Dauphin. En 1680, il fait paraître un Traité des plus belles bibliothèques de l’Europe. et une Lettre de Mr Le Gallois à Mademoiselle Regnault de Solier touchant la musique.Il a également traduit plusieurs ouvrages du latin, dont l'Oraison funèbre de François de Vendôme, duc de Beaufort, prononcée par le R.P. Estienne Cosme (Paris, Olivier de Varennes, 1670) et, s'il faut en croire le compilateur des Furetieriana, la Philosophia vetus et nova de son compatriote Jean-Baptiste Du Hamel.. Dans la seconde moitié des années 1680, il collabore à diverses revues savantes publiées en Hollande ou en Allemagne , dans lesquelles il fait paraître de copieux comptes rendus critiques d’ouvrages d’érudition rédigés en latin, dont six ans après sa mort son fils Jean-Léonor publiera un recueil d’extraits sous le titre de Commerce savant et curieux..

Le compilateur anonyme des Furetieriana publiés en 1696, qui pourrait bien être Grimarest lui-même, prête à l'auteur du célèbre Dictionnaire universel quelques lignes élogieuses sur l'éditeur des Conversations de l'Académie Bourdelot : De toutes les infortunes de François Le Gallois, la plus lourde de conséquences est d’avoir été arbitrairement prénommé Pierre par le bibliographe Charles Weiss dans le volume de la Biographie universelle ancienne et moderne de Louis-Gabriel Michaud (première édition, 1816)., suivi en cela par tous les auteurs des siècles suivants.

Années d'enseignement On ignore ce que furent précisément les études de Grimarest, et où il les fit. Elles ont dû être sérieuses, puisqu'il enseignera pendant des années les mathématiques, le dessin, l'art de la guerre et des fortifications, et qu'il sera plus tard « maître de langue » et de déclamation à Paris.

Le , dans la chapelle du château de Cangé, à Saint-Avertin, le jeune homme, âgé de vingt-cinq ans, épouse de manière quasi clandestine Jeanne de Forfait, enceinte de six mois, fille mineure de Jacques Martin de Forfait bourgeois caennais installé à Paris, et de "défunte Jeanne de Flandres".

Le couple emménage quelque temps après rue du Four, au faubourg Saint-Germain, . Il y demeurera jusqu’en 1710 environ, date à laquelle il emménagera rue de Tournon, puis rue de Vaugirard.

Les Grimarest auront trois fils : Charles-Honoré (1685-174?)Né le 17 février 1685 (date anniversaire de la mort de Molière), il est tenu le lendemain sur les fonts baptismaux de Saint-Sulpice par Charlotte-Christine de Lorraine, petite nièce de Louise-Marguerite de Lorraine, princesse de Conti, à qui, en 1623, François de Molière d'Essertines avait dédié sa Polyxène., qui sera maître de langue et de mathématiques à Paris, Robert-Tanneguy (1693-1741), dont on ignore tout, et Jean-Henri (1695-1758), qui en 1715 partira pour l'Espagne, où il fera souche sous le nom de Juan Enrique Legallois y Grimarest et se fera connaître comme ingénieur militaire et auteur, en 1747, d’une grammaire française à l'usage des hispanophonesNueva Gramatica francesa con un nuevo methodo para aprender a pronunciar. Compuesta Por el Teniente Coronel Don Juan Enrique Le Gallois de Grimarest, Parisiense, Ingeniero en Gefe de los exercitos, Plazas, y fronteras de [el] Rey Catolico Fernando Sexto. Dia 9 de julio, año 1747. En Pamplona, por los Herederos de Martinez Impressores de Su Ilustrissima..

Lors de son mariage, Grimarest remplissait à Paris, depuis quelques années, les fonctions de chargé d'affaires de son oncle le capitaine de BeaujeuVoir ce que ce dernier écrit de Rochefort, le 8 juin 1684, à son correspondant Cabart de Villermont : . Au cours de la décennie suivante, il enseignera « l'art de la guerre » et des fortificationsSes écrits attestent son admiration pour Vauban., ce qui l'amènera à séjourner dans diverses places fortifiées des marches septentrionales et méridionales du royaume, et à participer, au moins en tant qu'observateur et expert, à quelques-uns des grands sièges et batailles des années 1690. En témoigne l'étude intitulée Fonctions des généraux, ou l'art de conduire une armée, qu'il fera paraître en 1710, alors qu'il aura mis fin depuis plus de dix ans à ces activités pédagogico-militaires, et où s'exprime l'admiration de l'auteur pour certains des plus illustres généraux ou ingénieurs de la fin du siècle.

En témoignent également un certain nombre de travaux restés inédits, dont sa veuve signalera l'existence en 1713 dans une lettre à Leibniz : 

Au service des Noailles C'est sans doute dans ce cadre qu'entre 1695 et 1697 Grimarest entre au service du maréchal-duc Anne-Jules de Noailles, en qualité d'intendantUn factum qu'on peut dater de l'année 1701 ou 1702, et qui représente le dernier acte du procès qui depuis vingt ans oppose les trois enfants de Robert Le Gallois à leur mère, leur beau-père et leur demi-sœur (BNF, FOL-FM-9368), présente Grimarest en ces termes : .. Et c'est dans le même cadre qu'il entre en relation avec Jean Racine et sa famille, qui demeurent non loin de chez lui, dans la rue du Marais, aujourd'hui rue Visconti. Relation dont témoignent deux lettres du poète à l'aîné de ses fils, Jean-Baptiste, qui est alors en classe de rhétorique puis de philosophie au collège de Beauvais, où il a pour condisciple et ami, le comte d'Ayen futur maréchal de Noailles, son aîné de deux moisLettres de Racine à son fils Jean-Baptiste, datées du 24 septembre et du 3 octobre 1694, dans et . Ces documents donnent à supposer que Grimarest enseignait peut-être au jeune Racine les mathématiques et l'art des fortifications..

Au printemps 1700, Grimarest fait paraître, sous le titre Commerce de lettres savantes et curieuses, un recueil de sept études aux sujets très disparates, dont deux ou trois sont assurément de lui lettre : « Explication physique, historique et morale des fables en général » ; lettre : « Dissertation sur le défaut qu'on reprochait à Tite-Live et auquel on a donné le nom de patavinité » ; lettre : « Traité des gladiateurs, spectacle que les Romains avaient accoutumé de donner au public » ; lettre : « Explication du ris [=rire], à l'occasion d'un enfant qui est venu au monde en riant » ; lettre : « Remarques critiques sur la première lettre du Dictionnaire de M. de Furetière » ; lettre : « Lettre sur les fortifications, où l'on fait voir les erreurs qui se sont glissées dans la méthode d'apprendre et d'enseigner cette science » ; lettre : « Remarques sur les sciences, sur la connaissance des livres et sur les bibliothèques ».. L'épître dédicatoire, signée « De G*** » et adressée au comte d'Ayen, fait connaître à demi-mot les liens de familiarité qui existent entre l'éditeur et le dédicataireMonsieur, C'est vous donner de faibles marques des sentiments respectueux que j'ai pour vous que de vous offrir un livre […] Il ne saurait avoir un protecteur plus assuré que vous, si vous daignez lui en servir ; rien n'est au-dessus de vos connaissances. C'est un sensible plaisir pour moi que d'avoir occasion de le dire au public. Tout le monde vous a déjà vu sur la frontière mettre heureusement en œuvre toutes les maximes de la guerre, mais personne ne sait peut-être aussi particulièrement que moi que vous ne jugez si sûrement de ces événements que parce que vous n'ignorez aucune des choses qui conduisent à cette noble connaissance. Qu'il me soit permis, Monsieur, de publier encore, sans intéresser votre modestie qui a pris soin de le cacher, que les auteurs anciens vous sont aussi familiers que les modernes. Vous n'en devez point rougir, […] Le Roi, toujours heureux dans ses jugements, a fait voir à toute la terre, par ses bienfaits, qu'il reconnaissait en vous des vertus qui en sont dignes. C'est là votre éloge, bien au-dessus des expressions les plus élevées dont je pourrais me servir pour vous faire connaître tel que vous êtes. Je me tais et je me retranche à vous souhaiter autant d'occasions que votre sage conduite nous promet d'heureux événements, et à vous assurer par avance, Monsieur, que jamais personne n'en sera plus touché que moi… ».

La Vie de M. de Molière