La guerre civile de Byzance de 1321 - 1328 consiste en une série de conflits qui opposèrent au cours de la décennie 1320 l’empereur byzantin à son petit-fils pour le contrôle de l’empire. Elle se déroule en trois temps : en 1321, fuit la capitale pour se réfugier à Andrinople. Son général, Syrgiannès, conduit l’armée d’ aux portes de Constantinople et force à reconnaître son petit-fils comme coempereur avec juridiction sur la Thrace et certains districts de la Macédoine; l’année suivante, le général Syrgiannès, offusqué de voir Jean Cantacuzène le supplanter dans la faveur d’ change de camp et convainc Andronic II de reprendre les hostilités. Toutefois après que plusieurs villes des alentours de Constantinople se soient rangées du côté d’Andronic III une nouvelle trêve intervient rétablissant le statu quo; le conflit reprend en 1327 et, après avoir pris Thessalonique, et Jean Cantacuzène marchent sur Constantinople où ils obligent à transférer le pouvoir à son petit-fils tout en conservant (pour deux ans) son statut d’empereur.
Ce fut la première d’une série de guerres civiles qui s’étendront de 1321 à 1379 et accéléreront le déclin politique et militaire de l’empire : 1321-1328 : contre son petit-fils, ; 1341-1347 : et contre l’impératrice-mère Anne de Savoie, le patriarche de Constantinople et le méga dux Alexis Apokaukos ; 1352-1357 : contre ; 1373-1379 : contre son fils Notons toutefois que ce déclin sur le plan politique s’accompagne d’un renouveau intellectuel qui voit Byzance s’ouvrir à d’autres cultures en même temps qu’elle répand la sienne à l’étranger. Voir article « Renaissance Paléologue »..
Contexte historique () était le fils de (coempereur de Nicée de 1258 à 1261 et empereur byzantin de 1261 à 1282), lequel avait mis fin à l’Empire latin des croisés en 1261 et rétabli Constantinople comme capitale de l’Empire byzantin. Toutefois, Andronic avait hérité d'un État épuisé par les tentatives de pour rétablir les frontières d’autrefoisOstrogorsky (1983) Bréhier (1969), « Le désarroi de l’empire » . De plus, le trésor public était vide et l'économie asphyxiée par les guerres entre Venise et Gênes qui contrôlaient les mers qui l’entouraientOstrogorsky (1983) . Enfin, les diverses querelles religieuses qui émaillèrent son règne fragilisèrent encore plus un Empire byzantin déclinantBréhier (1969) Ostrogorsky (1983) .
En , avait associé son fils Michel (coempereur 1294-1320) au trône ; était un commandant militaire dévoué et énergique, désireux de restaurer la grandeur de l’empire. Malheureusement, le succès ne vint pas couronner ses efforts et après plusieurs défaites, il dut se retirer à ThessaloniqueNorwich (1995) Ostrogorsky (1983) . Marié à une princesse arménienne, il avait eu quatre enfants dont deux fils, Andronic et ManuelNicéphore Grégoras, Histoire byzantine, livre 8.1.. Son deuxième fils, Manuel fut tué en 1320 par les soldats de son frère aîné qui l’avait confondu avec une autre personne qui courtisait une jeune fille dont Andronic était amoureuxNicol (2005) . De santé précaire et venant tout juste de perdre sa fille Anne, mourut de chagrin le Nicol (2005) Ostrogorsky (1983) .
Le fils aîné de , (), avait été couronné coempereur en à l’âge de . Adolescent frondeur et dépensier, il s’était lourdement endetté auprès de prêteurs génois de Galata et avait de nombreuses aventures amoureuses. Impatient de régner à son tour alors que son grand-père, âgé de était déjà sur le trône depuis , il voulut avoir sa propre principauté soit en Arménie, le pays de sa mère, soit en Morée ou dans les îles Égéennes. Or après le meurtre de son frère, son grand-père fit savoir qu’il le reniait, ruinant ses espoirs d’accéder un jour au trône, celui-ci revenant selon l’ordre de succession au frère de et fils cadet d’, le despote ConstantinNorwich (1995) . Le jeune Andronic s’entendit alors avec le grand domestique Jean Cantacuzène et reçut l’appui du prince serbe Stefan Uroš II Milutin (). Cité à comparaître devant un tribunal de hauts dignitaires en , le prince eut la vie sauve mais se vit adresser de violents reproches ; effrayé, il décida de quitter la capitale pour se réfugier à Andrinople où ses partisans vinrent le rejoindreBréhier (1969) .
C’est ainsi que devait commencer une série de guerres civiles qui affaiblirent encore davantage un Empire byzantin demeuré chancelant depuis sa restaurationGenakoplos (1959) .
Premier conflit : 1321 thumb|left|upright| Andronic II Paléologue, d’après une fresque du monastère Saint-Jean-le-Précurseur près de Serrès.
Lorsque le jeune Andronic brandit l’étendard de la révolte, la situation de l’empire ne cessait de péricliter : la moitié septentrionale de la péninsule balkanique demeurait aux mains des Slaves, la plus grande partie du Péloponnèse continuait à appartenir aux Francs (principauté d'Achaïe), la Thrace était dévastée, le contrôle byzantin sur l'Asie mineure réduit aux cités fortifiéesOstrogorsky (1983) . Byzance n’ayant plus de flotte marchande, son approvisionnement dépendait des Vénitiens et des Génois qui ne cessaient de se quereller. Les impôts et taxes augmentaient sans cesse, leur produit servant de tribut pour éloigner Turcs et Catalans D’après Norwich, « en moins de dix ans, les Catalans [sous la conduite de Roger de Flore] avaient causé plus de dommage à l’Empire byzantin en une décennie que les Turcs en un siècle (Norwich - notre traduction) »Ostrogorsky (1983) . Il n’est donc pas étonnant que nombreux furent, à la fois dans l’aristocratie et parmi les propriétaires terriens, ceux qui décidèrent d’appuyer le jeune prince qui faisait espérer un avenir meilleurNorwich (1995) . Parmi ceux-ci se trouvait un de ses amis d’enfance, Jean Cantacuzène, membre important de l’aristocratie, lui-même grand propriétaire terrien en Macédoine, Thrace et Thessalie ainsi qu’un certain Syrgiannès Paléologue, apparenté à la famille impériale par sa mère. Lui et Jean Cantacuzène étaient devenus gouverneurs en Thrace où existait déjà un fort courant hostile au vieil empereurOstrogorsky (1983) . L’un et l’autre se hâtèrent d’alimenter sur leur territoire la grogne d’une population qui croulait sous les taxesNorwich (1995) .
Le jour de Pâques 1321 vint les rejoindre. Selon Grégoras, leur premier geste fut d’abolir toutes les taxes dans l’ensemble de la province de Thrace. À la suite de quoi, Syrgiannès marcha sur la capitale où , sentant son pouvoir chanceler, se hâta de négocier. Le , les deux parties concluaient un accord sur le partage de l’empire : conserverait la Thrace et certaines parties de la Macédoine qu’il occupait déjà, alors qu’ régnerait sur le reste de l’empire, se réservant, en théorie du moins, la politique étrangèreOstrogorsky (1983) . Jusque-là, le conflit s’était déroulé sans effusion de sangNicol (2005) .
Deuxième conflit : 1322 thumb|right|upright|Andronic III Paléologue, d’après une miniature du .
En fait, chacun des deux empereurs menait sa propre politique étrangère, de façon indépendante, voire en opposition contre l’autreOstrogorsky (1983) . Toutefois, ce qui déclencha le deuxième conflit fut la rivalité qui opposa bientôt Syrgiannès et Cantacuzène, le premier étant jaloux de la faveur que témoignait à son rival le jeune empereur. Prétextant une atteinte à l’honneur de sa femme, il changea de camp en et poussa à reprendre la lutte. Celui-ci accusa alors son petit-fils d’avoir violé leur accord. Le sang devait cette fois couler en Thrace où l’on se battit pendant six mois. Bientôt le jeune se trouva à court d’argent pour payer ses troupes et, craignant de devoir rétablir des impôts qu’il avait supprimés, ne dut qu’à la générosité de Cantacuzène et de sa mère de pouvoir lever une troupe de mercenaires. Sa popularité intacte, il put se rallier Thessalonique, puis l’île de Lemnos.
Conscient de l'évolution du rapport de force en faveur de son petit-fils, se résolut à un nouvel accord. Abandonnant cette fois l'idée d'un partage de l’empire, il accepta en non seulement de régner conjointement avec lui sur l’ensemble de l’empire, mais également de désigner celui-ci comme son successeur. De plus se voyait gratifié d’un traitement de et ses troupes payées par l’État.
Furieux de voir le conflit se résoudre par un compromis dont il était exclu, Syrgiannès entreprit de comploter contre afin de s’emparer du trône. Ce complot devait toutefois être déjoué et Syrgiannès arrêté et condamné à la prison à vieNorwich (1995) Gracié, il sera fait gouverneur de Thessalonique ; après un nouveau complot, il passa chez les Serbes pour le compte desquels il conquit une bonne partie de la Macédoine.. Quant aux deux empereurs, ils respectèrent la trêve pendant cinq ans. () fut dûment couronné à Sainte-Sophie le , mais préféra aller s’installer dans la ville thrace de DidymotikaNicol (2005) .
Même sans grande effusion de sang, cette guerre civile devait avoir de sérieuses répercussions sur la politique de l’empire. Sur le plan économique, la levée de paysans-soldats pour augmenter les rangs des troupes ainsi que les constants mouvements de celles-ci privaient la terre de bras pour la cultiver, entraînant de sérieuses répercussions sur la production agricole et le commerce. Par ailleurs, l’autorité du gouvernement central en sortait ébranlée et bientôt le gouverneur de Thessalonique, Jean Paléologue, neveu d’, décida de faire sécession, allant requérir l’aide du roi des Serbes, Stefan Uroš III Dečanski (), lequel serait sans doute venu à son aide si Jean Paléologue n’était mort alors qu’il était à sa cour (). Ce désordre à l’intérieur de l’empire laissait le champ libre aux Turcs qui poursuivaient la conquête des derniers territoires byzantins en Asie mineure, s’emparant de Brousse réduite à la famine en 1326, laquelle devint la nouvelle capitale d’Orkan, le fils du fondateur des OsmanlisOstrogorsky (1983) .
Troisième conflit : 1327-1328 thumb|left|upright|Jean VI Cantacuzène présidant le concile de 1351 (Traités théologiques de Jean VI Cantacuzène, BnF Gr.1242).
Ce qui au départ n’était qu’une guerre civile entre le grand-père et son petit-fils dégénéra lorsque, dans la troisième phase du conflit, les puissances balkaniques intervinrent et le conflit entre la Bulgarie et la Serbie (bataille de Velbajd) s’inséra dans ce qui était demeuré jusque-là un conflit intérieur byzantin.
(), roi de Serbie était le beau-frère de () de Bulgarie, lequel avait épousé sa sœur, Anna Neda, alors qu’il était despote de Vidin. Après la mort de son épouse, Stefan Uroš fut convaincu d’épouser Marie Paléologue, petite-nièce de l’empereur Fine (1987) . La Serbie se rangeait ainsi du côté de ce dernier dans le conflit l’opposant à son petit-fils.
Pour sa part, , dès son accession au trône en 1323 avait déclaré la guerre à l’Empire byzantin, lequel profitant de l’interrègne entre lui et son prédécesseur avait annexé une large bande de terre au sud de la Bulgarie. Cette guerre devait se terminer en 1327 par le traité de Tchernomen négocié entre et à l’abri des espions d’, lequel était en fait un traité d’assistance mutuelle contre leurs ennemis réciproques : l’empereur bulgare devait porter assistance à son collègue byzantin, alors que ce dernier devait aider le Bulgare dans sa lutte contre les SerbesBozhilov, Gyuzelev (1999) . Il était également convenu que si devenait seul empereur, il céderait à la Bulgarie plusieurs territoires frontaliers en plus de verser une somme importanteAndreev (1996) .