Le raid sur Manille est une opération militaire sous fausse bannière de la Royal Navy pendant les guerres de la Révolution française qui eut lieu en . L'opération avait un objectif triple : repérer les défenses de Manille, capitale des Philippines espagnoles, capturer un galion de trésors et évaluer l'état de l'escadre de la marine espagnole stationnée dans le port. L'Espagne était passée du statut d'allié de la Grande-Bretagne dans la guerre de la première coalition à celui d'ennemi en 1796. Ainsi, la présence d'une puissante escadre espagnole à Manille constituait une menace pour la Chinese fleet, un convoi annuel de navires marchands de la compagnie des Indes orientales reliant Macao (alors sous l'égide de la dynastie Qing) à la Grande-Bretagne et qui était d'une importance économique vitale pour la Grande-Bretagne. Cette menace était si grave qu'une invasion majeure des Philippines espagnoles avait été planifiée depuis les Inde britannique en 1797, mais avait été annulée à la suite du traité de Campo Formio et de la possibilité d'une guerre majeure en Inde entre la Compagnie britannique des Indes orientales et le royaume de Mysore.

Pour assurer la sécurité des navires marchands rassemblés à Macao durant l'hiver 1797-1798, le commandant britannique aux Indes orientales, le contre-amiral Peter Rainier, envoie un convoi en Chine escorté par les frégates et et commandé par le capitaine Edward Cooke. Après avoir terminé sa mission, Cooke décide d'enquêter lui-même sur l'état des forces espagnoles à Manille. Il est également intrigué par des informations selon lesquelles un navire transportant un trésor serait sur le point de quitter Manille. Naviguant à bord de la Sybille et accompagné du capitaine Pulteney Malcolm sur la Fox, Cooke atteint la capitale espagnole des Philippines le .

Ancré dans la baie de Manille, Cooke déguise ses navires en navires français et réussi à attirer à bord des délégations successives de fonctionnaires espagnols, les faisant prisonniers au fur et à mesure. Il obtient de ses observations et des captifs un descriptif de l'état des défenses de Manille, des informations sur le navire au trésor qui avait déjà été déchargé à Cavite et l'affirmation que l'escadre espagnole subissait d'importantes réparations et était donc indisponible pour les opérations. Cooke envoya une équipe faire un raid contre une escadre de canonnières stationnées dans l'embouchure du fleuve Pasig, les capturant dans une attaque sans combat, Cooke libéra ensuite ses prisonniers et navigua vers le sud, attaquant sans succès Zamboanga avant de retourner à Macao.

Contexte

Le traité de San Ildefonso et l'isolement britannique En 1796, après trois ans de guerres de la Révolution française, l'Espagne et la République française signent le traité de San Ildefonso. Les termes secrets de ce traité obligent l'Espagne à renoncer à son alliance avec la Grande-Bretagne et à déclarer ensuite la guerre à son ancien allié. Dans les Indes orientales, ce changement d'allégeance politique signifiait que les forces britanniques dominantes dans la région étaient confrontées à la menace d'une attaque des Philippines espagnoles à l'est. A cette période, la Grande-Bretagne domine les Indes orientales, contrôlant les routes commerciales à travers l'océan Indien depuis les ports de Bombay, Madras et Calcutta. Le Ceylan néerlandais, la colonie néerlandaise du Cap et certaines parties des Indes orientales néerlandaises avaient été capturés en 1795, et la présence française dans la région avait été confinée à l'Île de France et à quelques îles subsidiaires de l'océan Indien occidental.

Sécurité de la Chinese fleet britannique gauche|vignette|Indiaman britannique. vignette|Le contre-amiral Pierre César Charles de Sercey, responsable des attaques contre la « Flotte chinoise » en 1797. Plusieurs des routes commerciales les plus importantes pour les britanniques commencent à Canton et à Macao, alors sous le contrôle de la dynastie Qing. Au début de chaque année, un grand convoi connu sous le nom de Chinese fleet, composé d'Indiaman, grands navires marchands des Indes orientales au service de la Compagnie britannique des Indes orientales, naviguait vers l'ouest (vers l'Europe) chargé de thé et d'autres marchandises commerciales. Ce convoi était économiquement très important pour la Grande-Bretagne : un convoi en 1804 est évalué à plus de (l'équivalent de en 2023). En , le convoi avait été attaqué par l'escadre française aux Indes orientales, composée de six frégates commandées par le contre-amiral Pierre César Charles de Sercey. Lors de l'incident du détroit de Bali qui suivi, le commandant britannique trompa Sercey en lui faisant croire que le convoi non escorté contenait des navires de ligne déguisés et l'amiral français se retira, n'apprenant son erreur qu'à son retour en Île de France.

En conséquence, il y a en Inde en 1798 une inquiétude considérable que Sercey réessaye de s'emparer de la Chinese fleet ou que les Espagnols, qui maintiennent une puissante escadre à Cavite, organisent une tentative de leur propre chef.

L'impulsion initiale du contre-amiral Peter Rainier en apprenant en la déclaration de guerre imminente entre la Grande-Bretagne et l'Espagne est d'élaborer des plans pour une invasion majeure des Philippines, centrée sur Manille en répétition de la capture britannique réussie de Manille en 1762. Coopérant avec le gouverneur général de l'Inde Sir John Shore et le colonel Arthur Welleley, entre autres, des forces navales et militaires substantielles sont affectées à l'opération qui est à un état avancé de planification lorsque des nouvelles inattendues arrivent en Inde en annonçant le traité de Campo Formio qui met fin à la guerre de la première coalition. vignette|La qui, sous les ordres du capitaine Edward Cooke, fut le navire amiral de l'escadre anglaise La Grande-Bretagne fait désormais face à la France et à l'Espagne seule, tandis que des émissaires du Sultan Tipu du Royaume de Mysore, un vieil adversaire de la Grande-Bretagne dans le sud de l'Inde, cherche l'aide française et déclenche une nouvelle flambée d'hostilités. Les ressources prévues pour l'opération contre Manille sont donc retenues en Inde et l'opération est annulée, mais la protection de la Chinese fleet reste essentielle et Rainier détourne une partie de son escadre vers la Chine.

Un certain nombre de navires marchands sont rassemblés à Bombay au printemps 1797 en préparation du voyage à Macao pour charger des marchandises commerciales et rejoindre la Chinese fleet. Pour escorter cette force, Rainier envoi la frégate de 40 canons (capturée aux Français lors de la bataille de Mykonos en 1794) et le de 50 canons (qui avait navigué avec le convoi en juillet, traversant le Détroit de Malacca), rejoindre les navires de ligne et ainsi que la frégate de 32 canons du capitaine Pulteney Malcolm pour le dernier voyage vers Macao.

Le convoi arrive sans incident le , bien que les équipages aient été considérablement affaiblis par des maladies tropicales.

Raid sur Manille

Reconnaissance vignette|Itinéraire du galion annuel de Manille Avec son convoi en sécurité au mouillage à Macao et la flotte chinoise à plusieurs semaines de navigation, Cooke décide d'effectuer une campagne de reconnaissance à Manille et de faire l'étude du port et de l'escadre espagnole qui y était basée. Comme motivation supplémentaire, des rumeurs à Macao suggèrent que le galion annuel de Manille devait arriver. Ce navire apporte jusqu'à deux millions de dollars espagnols en argent d'Acapulco à travers l'océan Pacifique en s'arrêtant à Guam en route vers Manille. Déposant ses dollars aux Philippines, le navire charge ensuite des marchandises de commerce des Indes orientales pour le voyage de retour vers la Nouvelle-Espagne. Ce voyage aller-retour est essentiel au maintien de l'Empire espagnol dans les Indes orientales, qui opère alors avec une énorme perte financière seulement atténuée par la subvention substantielle de la Nouvelle-Espagne. Les dollars espagnols étaient la monnaie acceptée dans la plupart des Indes orientales, et la perturbation de ce système financier pouvait avoir des effets profonds sur le commerce régional ce qui n'avait pas empêché les marins britanniques d'attaquer des galions de Manille depuis Thomas Cavendish en 1587.

Laissant les navires de guerre les plus lourds à Macao, Cooke s'embarque le et fait voile avec la Sybille et la Fox, ce dernier transportant un certain « M. Bernard », linguiste expérimenté. Passant Luçon, les navires de Cooke rencontrent un petit navire marchand espagnol, qui est attiré vers les frégates qui arborent des pavillons français. Saisissant le navire espagnol, Cooke en interroge le capitaine et apprend que la majeure partie de l'escadre espagnole à Manille subit des réparations importantes à Cavite et est inapte à naviguer. Cooke récompense le capitaine en libérant son navire avec sa cargaison intacte, bien qu'il y ait retiré 3 900 dollars en argent.

L'escadre espagnole avait beaucoup souffert d'un typhon en et une grande partie des dégâts n'avaient toujours pas été réparés au moment où les deux navires de l'escadre de Cooke arrivent au large de Manille. Cooke prend des précautions pour déguiser ses navires en navires français, modelant la Sybille sur le puissant Forte de 40 canons et la Fox sur la plus petite Prudente.

Dans la rade de Manille

Arrivée et inspection des navires espagnols en réparation vignette|La Baie de Manille, l'île du Corregidor est visible au niveau de l'ouverture de la baie. Tard dans l'après-midi du , la Sybille et la Fox arrivent dans la baie de Manille sous pavillons français, passant sans encombre devant la forteresse située sur le Corregidor, puis naviguant à travers la baie le matin du , s'ancrant entre Manille et Cavite. De son point de vue, Cooke peut alors voir l'escadre espagnole démâtée et en réparation à Cavite: les navires de ligne San Pedro Apóstol, Europa et Montañés et les frégates Santa Maria de la Cabeza et Santa Lucía à quai et inaptes à l'action. D'autres sources disent qu'il s'agissait des frégates Fama et Nuestra Señora del Pilar. À la déception de Cooke, il peut également observer le déchargement du galion au trésor Marquesetta sur les quais de Cavite ainsi que celui d'un autre navire marchand de valeur, le Rey Carlos, échoué dans le port. En effet, les Espagnols avaient appris peu de temps avant l'arrivée de Cooke que la frégate britannique HMS Resistance du capitaine Edward Pakenham se trouvait dans les eaux philippines et ils avaient décidé de retirer la précieuse cargaison du navire au trésor plutôt que de risquer une attaque.

Capture des officiers espagnols La Fox est le premier navire britannique à s'ancrer et elle est alors approchée par le navire de garde, dont l'équipage monte à bord. Malcolm, comme Cooke, parle couramment français et, avec la traduction de Bernard, il persuade l'officier responsable que les nouveaux arrivants sont le Forte et la Prudente à la recherche de ravitaillement et de renforts espagnols pour des opérations de raids commerciaux. L'officier offre de les approvisionner mais averti qu'aucun des navires espagnols ne sera en mesure de naviguer jusqu'en mars au plus tôt. Cooke rejoignit alors le groupe sur le pont de la Fox, prétendant être le commodore Latour, un officier français qui, inconnu des Espagnols, avait été tué lors d'un combat au large de Sumatra. L'officier espagnol est complètement convaincu par la ruse qui avait été augmentée par de faux uniformes français. vignette|Ignacio María de Álava, commandant espagnol de Cavite au moment du raid britannique.