L'investiture des souverains grecs ( : investiture du roi) désigne les diverses cérémonies civiles et religieuses organisées au cours de l'histoire de la Grèce contemporaine au moment de l'accession au trône d'un nouveau souverain.
Après l'indépendance de la Grèce (1821-1829) et l'instauration d'une monarchie dans le pays (1822-1832), une cérémonie de couronnement calquée sur la tradition byzantine est envisagée pour le nouveau souverain et des regalia sont réalisés pour l'événement, prévu à la majorité du roi (1835). Othon n'étant pas prêt à abjurer le catholicisme et à embrasser la foi orthodoxe, l'Église de Grèce refuse toutefois de le sacrer et une cérémonie d'intronisation beaucoup plus sobre est finalement organisée.
À partir de 1844, les différentes constitutions grecques donnent un cadre plus précis à l'investiture du souverain. Elles prévoient ainsi l'organisation d'une double prestation de serment en présence des autorités religieuses et politiques du pays. Cependant, les troubles qui touchent le royaume de Grèce de sa fondation (1830) à sa disparition définitive (1974) compliquent l'organisation de la majeure partie des intronisations royales : celles d'Othon (1835) et de Georges (1863) se déroulent après des élections royales laborieuses ; celle de Constantin (1913) se produit durant une guerre et après un régicide ; celle d'Alexandre (1917) a lieu en pleine Première Guerre mondiale et résulte d'un coup de force de l'Entente ; celle de Georges II (1922) est le fruit d'un désastre militaire conjugué à une révolution ; celle de Paul (1947) s'effectue en pleine guerre civile ; enfin, celle de Constantin II (1964) survient à un moment de fortes tensions internationales dues à la crise chypriote.
Cérémonie d'investiture Bien que des regalia (couronne, sceptre et épée) aient été conçus dans la perspective du sacre du roi ., qui devait se tenir dans l' d'Athènes, aucun souverain hellène n'a jamais été couronné. Les deux premiers monarques grecs étant restés étrangers à la foi orthodoxe, l'Église nationale refusait en effet de les sacrer et les constitutions mises en place à partir de 1844 ont remplacé le projet de couronnement par une simple proclamation, suivie d'une prestation de serment devant le Parlement.
À la mort de son prédécesseur (ou à sa majorité), et suivant les dispositions prévues par les articles 36 et 42 de la Constitution de 1844. (ensuite repris par l'article 43 des lois fondamentales de 1864., 1911. et 1952, contenant le texte de la Constitution de la Grèce de 1952.), le roi prêtait, en présence du gouvernement, du Saint-Synode, des parlementaires présents dans la capitale et des autres autorités supérieures, le serment suivant :
En accord avec l'article 43 de cette même Constitution de 1844 (et des articles 49 des autres lois fondamentales de l'époque monarchique), le serment était ensuite répété devant le Parlement dans les deux mois suivant l'investiture royale proprement dite.
Histoire Investiture d'Othon (1835)
Par le protocole de Londres du et le traité de Londres du , la Grèce nouvellement indépendante est transformée en royaumeAuparavant, le pays avait été transformé en principauté souveraine par le protocole de Londres de 1830., avec à sa tête le prince Othon de Bavière. La majorité d'Othon est alors fixée au jour de ses vingt ans et un Conseil de Régence est mis en place. Othon étant officiellement roi, le gouvernement provisoire organise, en juin, des festivités à Argos à l'occasion de son anniversaire.. Trois députés grecs (Andréas Miaoúlis, Kóstas Bótsaris et Dimítrios Plapoútas) se présentent ensuite à la cour des Wittelsbach au nom de la nation hellène, le . Reçus par leur nouveau souverain au Palais de la Résidence, les émissaires lui prêtent alors serment de fidélité en présence de l'archimandrite de Munich.
Othon et son Conseil de Régence arrivent finalement à Nauplie le , à une heure de l'après-midi. Le lendemain, le gouvernement grec vient présenter ses hommages au souverain et aux régents. Ce n'est cependant que le ( julien) que ces derniers débarquent solennellement en Grèce. Ils reçoivent alors un accueil triomphal, amplifié par la déclaration du jeune roi qui se dit ..
Dans les années qui suivent, des recherches sont effectuées dans les archives européennes afin de retrouver le protocole exact du couronnement des empereurs byzantins. Du saint chrême est apporté de Constantinople tandis que des regalia, inspirés de l'art en vogue sous les Comnènes et les Paléologues, sont commandés par Munich pour être utilisés lors de l'intronisation d'Othon. Le nouveau régime espère ainsi établir une sorte de filiation entre l'Empire byzantin et le royaume de Grèce, ce qui n'est pour plaire ni à la Russie tsaristeLa Russie se considère, en effet, depuis Ivan III (qui prend le titre de « Tsar »/« César »), après la chute de Constantinople, comme l'héritière de l'Empire byzantin. Voir : ., ni à l'Empire ottoman.
Du côté des Grecs, on espère surtout que le jeune roi profite de son couronnement pour embrasser la religion orthodoxe. C'est aussi le vœu de Saint-Pétersbourg, qui fait pression, à travers ses diplomates, pour qu'Othon abjure le catholicisme. Ce n'est cependant pas le désir du roi, qui se sent oppressé par les différentes interventions de la Russie et refuse d'aller contre sa conscience. Le Saint-Synode grec ayant finalement refusé de sacrer un « schismatique », la cérémonie du couronnement est repoussée et les fêtes qui accompagnent l'intronisation d'Othon sont réduites au minimum, sans qu'aucune légation étrangère ne soit invitée à Athènes pour l'occasion. Déclaré majeur le , Othon adresse la proclamation qui suit à son peuple :
Des années plus tard, après le coup d'État du 3 septembre 1843, le royaume de Grèce se dote d'une Constitution, qu'Othon jure de respecter lors d'une cérémonie organisée le . Pour la première fois, un souverain grec prononce ainsi, devant le Parlement, la formule qui rythme ensuite toutes les intronisations royales. Après l'événement, un Te Deum est organisé dans l', un cortège populaire se rend jusqu'au palais et des illuminations sont organisées dans tout Athènes.
Investiture de Georges (1863)
En , une révolution renverse le roi Othon . Quelques mois plus tard, le , un décret du gouvernement provisoire proclame la déchéance de la dynastie des Wittelsbach tout entière. Dans ces conditions, les autorités du pays et les chancelleries étrangères se mettent en quête d'un nouveau souverain. En , les grandes puissances s'accordent sur la candidature du prince Guillaume de Danemark, qui est élu roi par l'Assemblée nationale grecque sous le nom de Georges le ().
La conférence de Londres du ayant finalement rendu cette élection effective, le prince est proclamé roi des Hellènes au palais de Christiansborg le lendemain à 11h. Vêtu d'un uniforme de capitaine de vaisseau, Guillaume-Georges est alors conduit par le roi Frédéric VII de Danemark devant une assemblée composée de membres de la famille royale, de ministres et d'autres dignitaires danois mais aussi des représentants des « puissances protectrices » et d'une délégation grecque conduite par l'amiral Konstantínos Kanáris. Après lecture, par la députation hellène, du décret constatant l'élection royale, Frédéric VII accepte la couronne pour son jeune cousin avant de le décorer de l'ordre de l'Éléphant.. Cette première cérémonie terminée, une autre est organisée à 13h. Accompagné de ses seuls parents, Georges retrouve la délégation grecque qui le félicite pour son élection. Le roi des Hellènes s'adresse alors aux émissaires en ces termes :
Plusieurs mois s'écoulent ensuite avant que Georges foule le pied de son nouveau pays. Débarqué au Pirée le () à 10h, il fait son entrée à Athènes une heure plus tard, à bord d'une calèche découverte tirée par six chevaux à la Daumont et vêtu d'un simple uniforme de général de la garde nationale. Acclamé par une foule en liesse, qui prend d'assaut sa voiture pour le couvrir de baisers et le toucher, le jeune roi traverse pas moins de trois arcs de triomphe avant de gagner la cathédrale. Après un Te Deum, le monarque se rend au parlement pour son intronisation. Malgré son jeune âge (il n'a pas encore dix-huit ans), Georges a été déclaré majeur par l’Assemblée hellénique le et c'est donc en tant que souverain de plein droit qu'il prête le serment prévu par la Constitution de 1844. La cérémonie est sobre et se déroule en l'absence du corps diplomatique, qui est informé officiellement, dans la soirée, que le souverain a pris possession de son trône. Devant les députés réunis, le roi se signe et embrasse la Bible, avant d'entonner la formule rituelle. Plus tard, il adresse la proclamation qui suit à ses nouveaux sujets :
C'est le début de festivités qui durent trois jours et pendant lesquelles l'Acropole et l'Olympéion sont illuminés en l'honneur du souverain. Un an plus tard, après l'adoption d'une nouvelle loi fondamentale par ses sujets, le roi répète une dernière fois son serment de fidélité devant l'Assemblée le .
Investiture de Constantin (1913)
Le (), alors que la Grèce est en pleine guerre contre l'Empire ottoman, le roi Georges est assassiné à Thessalonique, ville tout juste rattachée au pays. Averti de la mort de son père alors qu'il se trouve à Ioánnina, Constantin adresse ses premiers mots à l'Armée :
Dans le même temps, à Athènes, le Premier ministre Elefthérios Venizélos se rend devant la Chambre pour y annoncer la mort de et l'accession au trône de ..
Après cela, le nouveau souverain quitte le front épirote pour rentrer à Athènes, où il arrive le .. Ainsi que le prévoit la Constitution de 1911, il prête serment devant le Parlement hellénique le lendemain.. Le quotidien français Le Gaulois rapporte l'événement en ces termes :
Plus succincte, la description faite par le journal L'Illustration diffère légèrement de la précédente en faisant notamment apparaître d'autres membres de la famille royale lors de la cérémonie :
Le site internet The Royal Watcher évoque, lui aussi, la présence de trois des enfants du souverains (les princes Georges et Alexandre et la princesse Hélène) et de plusieurs de ses frères (les princes Georges, Nicolas et André) et belle-sœur (la grande-duchesse Hélène Vladimirovna de Russie).. Pourtant, le prince Nicolas est encore à Thessalonique au moment de l'intronisation. Quant à son épouse Hélène, elle se trouve très probablement en Serbie, puisque c'est à Belgrade qu'elle apprend l'assassinat de son beau-père. De leur côté, le prince André et son épouse Alice de Battenberg sont en route pour Thessalonique avec la reine douairière OlgaLe site de l'École américaine d'études classiques à Athènes indique, en légende d'une carte postale présente dans ses collections, que la reine Olga, vêtue en grande tenue de deuil, est présente à l'investiture de son fils (voir ). La bibliographie en lien avec la famille royale ne va cependant pas dans ce sens... En revanche, le prince Christophe assiste vraisemblablement à l'investiture de son frère, puisqu'il se trouve dans la capitale lorsqu'elle se déroule. Il en va de même pour la princesse Marie Bonaparte, qui est restée à Athènes., alors que son époux a choisi de partir pour Thessalonique.