vignette|redresse=2.8|Un papyrus égyptien, le Papyrus de Hounefer.

Le papyrusMot français emprunté (en 1562) au latin , qui a donné par ailleurs papier. Le mot latin est lui-même emprunté au grec ancien papyros, désignant la plante et aussi ce qui est fait avec elle (. (pluriel : papyrus, pluriel latin : papyri ) est un support d'écriture obtenu grâce à la transformation des tiges d’une plante africaine, également appelée papyrus (Cyperus papyrus), en une surface souple, lisse, de plusieurs mètres de long, facile à replier en rouleauvoir la statistique des rouleaux trouvés dans la Bibliothèque d’Herculanum () . Il a été le support principal de l’écriture et de la peinture dans le bassin méditerranéen durant l’Antiquité et le Haut Moyen Âge.

La confection d’un feuillet de papyrus se fait à partir de la tige du souchet à papier (Cyperus papyrus). Après avoir écorcé la tige, des lamelles d’égale longueur sont coupées dans la moelle, écrasées et laissées à tremper dans l’eau. Elles sont ensuite disposées verticalement et horizontalement en deux couches pour former une feuille rectangulaire, qui après avoir été soumise à une forte pression pour en exprimer l’eau, est soigneusement séchée. Les feuillets sont collés entre eux pour former un rouleau de plusieurs mètres de long.

C’est une invention égyptienne qui remonte à environ , soit presque trois millénaires avant l’invention du papier de fibres végétales fabriqué par une nouvelle technique d’origine chinoise, bien plus compliquée à mettre en œuvre mais utilisant des sources végétales plus abondantes et plus diversifiées. Le papyrus fut utilisé en Égypte et autour de la mer Méditerranée pendant plus de , du plus ancien témoin trouvé dans une tombe de la première dynastie égyptienne jusqu’aux dernières bulles papales sur papyrus du Georges Jean, L'écriture, mémoire des hommes, Gallimard, 2007, ..

D'abord véhicule de la culture pharaonique, il assura par la suite la large diffusion des cultures grecque, romaine, byzantine et arabe dans tout le bassin méditerranéen et au-delà.

Fabrication des papyri Les Égyptiens ont mis au point des techniques particulières qu'il est difficile de relater, car on ne peut utiliser que l’unique source littéraire qui ait été conservée sur le sujet, le texte de l’encyclopédiste romain du Pline l'Ancien, l’Histoire naturelle., livre , 74-82.. Il n’avait vraisemblablement jamais vu de ses propres yeux la fabrication d’un feuillet. La source d’où il tire ses informations reste inconnue et l’exégèse de son texte n’a toujours pas fini de se renouveler.

De manière générale, le principe de fabrication des feuilles (ou feuillets) de papyrus réside dans la superposition de fines lamelles découpées dans la tige de la plante, humidifiées, placées en couches entrecroisées et compressées. Un résumé des étapes de production d’une feuille (de 20 à de haut) pourrait être. Couper la tige de papyrus à la longueur voulue, détacher l’écorce verte, Trancher de fines lamelles dans la moelle, parallèlement à l’un des trois côtés de la tige, Marteler et écraser les lamelles, Laisser les lamelles dans de l’eau une (ou deux) semaine, Déposer les lamelles sur un plan de travail mouillé d’eau du Nil, bord à bord, sans doute avec un léger chevauchement, Recouvrir la première couche d’une seconde couche constituée de lamelles disposées perpendiculairement, de manière à obtenir une feuille, Soumettre cette feuille de papyrus à une forte pression pour extraire l’eau et la faire sécher sans qu’elle ne moisisse.

Les étapes 3 et 4 ne sont pas mentionnées par Pline mais ont été introduites par les artisans contemporains qui produisent des feuilles de papyrus pour les touristesvoir Secret de fabrication du papyrus extrait de l'Odyssée de l'écriture, Arte 2020 0 :53, ou d’un artisan égyptien Unique papyrus-making technique in Egypt.

Les ateliers de papyrus ne produisaient pas de feuilles libres, mais des rouleaux qui constituaient l’unité commerciale. Pour les produire, il fallait assembler les feuilles produites par des joints collés (cf. les explications de Menei). Les scribes gardaient des stocks de rouleaux et non des stocks de feuilles. Quand un utilisateur avait besoin d’un petit morceau de papyrus pour écrire une lettre ou un contrat par exemple, il coupait un morceau dans le rouleau.

En Égypte, dans les textes en grec, le rouleau de papyrus était appelé biblos/byblos, tomos ou chartès et en latin volumen ; l’usage du nom papyros était quant à lui, réservé à la plante. Les feuillets assemblés par collage pour fabriquer un rouleau s’appelaient kollèmata..

Le sens de l’écriture à l’époque pharaonique est préférentiellement horizontal, parallèle aux fibres du recto. Cependant, on trouvait aussi des textes perpendiculairement aux bords horizontaux du rouleau.

Première étape : préparation des bandelettes vignette|redresse=0.4|.

La première étape de la fabrication des feuilles consistait à découper des bandes dans la tige de papyrus. Il fallait, selon Pline l'AncienPline, , 23, 74., utiliser une aiguille pour tailler des bandelettes minces et larges dans la tige de la plante. Selon lui, les meilleures bandes sont extraites du cœur de la tige (parce qu'elles sont plus humides et plus souples). Cependant, les termes de Pline sont flous. H. RagabH. Ragab, Le papyrus : contribution à l’étude du papyrus et à sa transformation en support de l’écrit, Le Caire, 1980, . critique le texte de Pline dans lequel il remarque . En effet, selon lui, ce texte ne parle pas du travail sur l’écorce avant le traitement, il ne précise pas que la plante doit être travaillée fraîche et qu’elle ne doit pas l’être quand elle est trop mature.

Il existe de nombreuses méthodes pour le découpage des bandelettes : parmi elles, les méthodes Ragab A, Basile, Hendricks.

Deuxième étape : assemblage des bandelettes vignette|redresse=0.4|Le Nil Blanc et le Nil Bleu.

Selon PlinePline, , 23, 77., les bandes découpées étaient étalées sur toute leur longueur dans le sens vertical puis horizontal sur une table humidifiée par l’eau du Nil. Pline remarque que ces bandes étaient égalisées, c'est-à-dire que, lors de l’assemblage de la première couche, les bandes étaient découpées de façon qu’aucun brin ne dépasse. Le limon naturellement présent dans l'eau du Nil agissait sur les bandes comme une colle (Pline, , 23, 77. )

Aucune autre colle à proprement parler n'était utiliséeN. Lewis, Papyrus in classical antiquity, Oxford, 1974.. En effet, E. MeneiE. Menei, « Remarques sur la fabrication des rouleaux de papyrus : précisions sur la formation et l’assemblage des feuillets », Revue d’égyptologie, 1993, . a montré que, lors de la fabrication, tout était prévu pour permettre l'encollage des feuilles. En effet, elle a remarqué que les artisans égyptiens laissaient libre sur l’un des côtés du rectangle une frange de fibres horizontales.

Troisième étape : séchage et finitions vignette|droite|upright=0.4|Gros plan de la texture du papyrus.

Pline (, 23, 77) décrit brièvement l’étape du séchage. Les feuilles sont mises sous presse puis exposées au soleil afin de les faire sécher. Le pressage des feuilles joue un rôle important dans la consolidation des bandes de papyrus. Après cela, PlinePline, , 25. affirme que l’étape du séchage est primordiale, parce qu’elle affecte la qualité du papyrus et , en particulier, sa capacité à retenir l’encre. Un séchage trop rapide peut être à l’origine d’odeurs et de moisissures. Une fois que la feuille de papyrus est suffisamment sèche, ses aspérités sont polies avec une dent ou un coquillage (voir illustration), mais avec modération, car une feuille trop polie devient trop lisse pour recueillir l’encrePline, , 25, 81.. Pourtant, tous les auteurs antiques ne partagent pas cet avis. CicéronCicéron, Epistulae ad Quitum fratrem, , 14, 1. et MartialMartial, , 209. préfèrent des papyrus bien lisses pour écrire. Enfin, les feuilles que l’on appelle maintenant « kollema »N. Lewis, L’industrie du papyrus dans l’Égypte gréco-romaine, Paris, 1934.sont assemblées afin de former un rouleau.

Quatrième étape : encollage vignette|150px| examinant un rouleau de papyrus de Vincenzo Camuccini, 1813.

Pline (, 23, 77) explique qu'il fallait vingt feuilles pour former un rouleau de papyrus. Il semble que les feuilles étaient le plus souvent assemblées avant l’écriture. Les chercheurs ont longtemps pensé que les feuilles n’étaient reliées qu'après l'écriture. G. LafayeGeorges La Faye, s.v. « Liber », dans Dictionnaire des Antiquités Grecques et Romaines, t. 3.2, 1915, Austria, . reprend cette thèse dans un article. Mais il devait être plus simple pour les copistes d'écrire directement sur le rouleau déroulé et déjà assemblé. En effet, on remarque que certains copistes écrivent grâce à des calames sur les joints des feuilles. Cela montre aussi que le papyrus était vendu par rouleaux et non par feuilles.

Pline décrit le procédé d’encollagePline, , 26, 82.. Les artisans utilisaient une colle fabriquée à base de farine délayée dans de l’eau bouillante et agrémentée de quelques gouttes de vinaigre. Il était aussi possible d’utiliser une colle faite avec de la mie de pain bouillie. Ces colles devaient respecter la souplesse du papyrus et relier avec flexibilité les différentes feuilles entre elles. On posait la colle à la de deux feuilles, puis on amincissait cette zone à l’aide d’un maillet. Les jointures étaient presque invisibles, et il était même possible d’écrire dessus. E. Menei a pu, grâce à l’observation minutieuse de nombreux papyrus antiques, montrer le savoir-faire et l’habileté des fabricants antiques.

Histoire des papyrus L’usage du papyrus pour l'écriture s’étale sur plus de , du plus ancien témoin trouvé dans une tombe de Saqqarah au début du III millénaire avant l'ère commune jusqu’aux dernières bulles papales sur papyrus du .

D'abord véhicule de la culture pharaonique, il assura par la suite la large diffusion des cultures grecque, romaine, byzantine et arabe dans tout le bassin méditerranéen et au-delà. Il fut adopté par l’administration hors d’Égypte, en Grèce, au Proche Orient, en Italie et en France, moyennant l’importation de rames de papyrus (carta tomi) d’Égypte. Il servit aussi de véhicule à la littérature philosophique, scientifique et religieuse de cette aire culturelle et c’est en général sur papyrus que les plus anciennes copies de ces œuvres nous sont parvenues. Le parchemin supplanta le papyrus en France dans les années 670 et plus de trois siècles plus tard à Rome, avec le dernier acte pontifical sur papyrus du pape en 1051.

Utilisation et mise en forme générale des papyrus D'abord utilisé pour transcrire l'oral, le papyrus est resté durant l'Antiquité très dépendant de celui-ci. Mais les Égyptiens, puis les Grecs et les Romains ont progressivement pris conscience qu'il était bien plus qu’une simple transcription d’une parole orale.

Les papyrus, sous la coupe de l'État dès l'Ancien Empire, étaient exportés dans tout le bassin méditerranéen. En raison de leur prix élevé, ils étaient souvent grattés pour pouvoir être réutilisés, formant alors ce que l'on appelle des palimpsestes.

Mise en forme régulière des papyrus Qualités des papyrus vignette|Histoire Naturelle de Pline l'Ancien (manuscrit du milieu du , coll. de l'Abbaye de Saint-Vincent du Mans, France).

Il existait diverses qualités de papyrus. Pline cite toutes les catégories de papyrus. L'auguste et le livie, encore plus fins et plus larges que le hiératique, n'apparaissent que sous l'Empire. Tous deux mesuraient treize doigts de large, soit . Le hiératique est le plus beau et le plus fin. Il était appelé ainsi car il était utilisé pour les textes sacrés. Il mesurait onze doigtsLe doigt est une unité de mesure romaine. Un doigt équivaut à ., c'est-à-dire . L'amphithéâtrique doit son nom au fait qu'il était fabriqué près de l'amphithéâtre d'Alexandrie. Sa largeur était de neuf doigts, soit .