La Bête à sept têtes () est un film dramatique biographique italo-brésilien réalisé par Laís Bodanzky et sorti en 2000.

Il s'agit du premier long métrage de sa réalisatrice, qui adapte le roman autobiographique Canto dos Malditos d' paru en 1990 qui traite de l'admission forcée de l'auteur dans une institution psychiatrique brésilienne. Le film a été réalisé en partenariat avec les sociétés de production brésiliennes Buriti Filmes, Dezenove Som e Imagens Produções Ltda. et Gullane Filmes, avec la participation de la société brésilienne RioFilme et de la société italienne Fabrica Cinema. Il met en scène Rodrigo Santoro, et Cássia Kis dans les rôles principaux.

La Bête à sept têtes a été largement plébiscité au Brésil, recevant plusieurs prix et nominations dont le Grande Prêmio do Cinema Brasileiro en plus d'être le film le plus primé au Festival du film brésilien de Brasilia. À l'international, le film est primé au Festival international du film de Carthagène (Colombie), au Festival du film de Locarno (Suisse) ou au Festival Biarritz Amérique latine (France) ainsi qu'au Festival international de films de femmes de Créteil. L'Association brésilienne des critiques de cinéma (Abraccine) l'a sélectionné comme l'un des 100 meilleurs films brésiliens de tous les temps, tandis que les critiques internationaux ont réagi de manière plus mitigée. Le film a ouvert la voie à une nouvelle façon de concevoir les institutions psychiatriques au Brésil, et c'est ainsi qu'une loi a été approuvée par le Congrès national, qui interdit la construction d'institutions aux caractéristiques asilaires, c'est-à-dire qui ne garantissent pas les droits fondamentaux des malades mentaux.

Synopsis Le film s'ouvre sur la lecture par M. Wilson d'une lettre qu'il a reçue de son fils Neto, dans laquelle celui-ci déclare son mépris pour son père. Le film opère alors un retour en arrière pour donner à voir les événements qui se sont déroulés avant cette lettre : Neto, un adolescent de la classe moyenne de São Paulo, entretient des relations difficiles avec son père et sa mère, Meire. Il préfère traîner avec ses amis, faire du skateboard, graffer des murs et fumer de la marijuana. Un jour, Neto se rend à Santos avec son ami Lobo sans en informer ses parents. Ils se rendent dans un appartement où ils nagent et mangent de la nourriture ; Neto quitte l'endroit lorsque Lobo suggère qu'en échange de la nourriture gratuite qu'ils ont reçu, ils se laissent caresser par des hommes qui se trouvent dans l'appartement.

Sans le sou, au milieu de la ville de Santos, Neto commence à aborder les gens pour leur demander de l'argent, mais la plupart refusent. Seule Leninha (Valéria Alencar), une femme dans un bar, l'aide. Ils vont chez elle et, après avoir mangé, ils font l'amour. Après être parti, il va peindre des graffitis avec ses amis, mais ils se font voir et il est arrêté, ce qui oblige ses parents à venir le chercher au poste de police. Son père et lui se disputent et lorsque Neto va dans sa chambre, Wilson trouve une cigarette de marijuana dans sa veste. La sœur de Neto conseille à ses parents de l'envoyer dans un établissement psychiatrique.

Son père dit qu'il l'emmènera rendre visite à un collègue à l'hôpital, mais lorsqu'ils arrivent, les infirmières l'emmènent de force et il est admis sans test sanguin ou psychologique pour établir la nécessité de l'hospitalisation, recevant un sédatif avant que le docteur Cintra Araújo ne l'emmène dans une chambre à coucher. À son réveil, il croise Ceará, un homme au comportement hyperactif, et se rend à la cafétéria. En chemin, il constate que l'hôpital est délabré et négligé. Quelques détenus lui demandent une cigarette, mais l'infirmier Marcelo les repousse.

Il rencontre également Rogério, un consommateur de drogues injectables interné par sa famille, qui lui dit qu'il est impossible de s'échapper et que s'il essayait, il serait drogué à l'halopéridol ou électrocuté. Son collègue lui dit également de ne pas consommer les médicaments administrés par les infirmières car cela réveille l'appétit afin que les patients aient l'air en meilleure santé. Entre-temps, le docteur Cintra a une conversation au cours de laquelle il explique que, si nécessaire, il pourrait facilement admettre davantage de personnes, principalement des sans-abri, pour éviter de perdre la subvention du gouvernement.

Après au moins quinze jours d'hospitalisation, le temps minimum avant qu'un détenu puisse recevoir des visites, les parents et la sœur de Neto viennent le voir. Ils apprennent qu'il devra rester là pendant des mois et, même après qu'il a supplié qu'on l'emmène, ils refusent.

Un jour, Neto tente de s'échapper en profitant de la distraction des infirmières, mais il est capturé et, cette nuit-là, il reçoit des décharges électriques en guise de punition. Soudain, son père vient lui rendre visite et lui dit qu'il lui manque beaucoup, ainsi qu'à sa mère, et qu'il ne l'a jamais vue aussi triste. Neto demande à quitter les lieux et Wilson accepte de le ramener à la maison. Chez lui, sa mère demande au garçon abattu, qui dit qu'il n'est toujours pas remis, s'il veut retourner à l'école ou travailler comme vendeur, et il choisit de travailler. Après que la mère d'un de ses amis lui a interdit de lui rendre visite et qu'il découvre que Leninha est mariée, Neto a une crise d'angoisse au point de quitter un client en pleine vente. Pour se détendre, Neto se rend à une fête le soir, où il mélange Coca-Cola et cachaça. Ivre, il emmène son amie Bel aux toilettes et ils commencent à s'embrasser. Cependant, probablement en raison des abus subis dans l'institution psychiatrique, Neto souffre d'impuissance sexuelle, ce qui le conduit à devenir fou furieux et à endommager les lieux. La police est appelée et l'envoie dans un autre hôpital psychiatrique.

Dans ce nouvel établissement, Neto s'attire les foudres de l'infirmier Ivan après avoir dit à son supérieur qu'il avait réagi de manière excessive en essayant de calmer un patient. Dès lors, l'infirmier garde un œil sur Neto et lorsqu'il voit qu'il ne prend pas de pilule, il en profite pour lui faire une piqûre. La nuit du même jour, Neto assomme une infirmière et demande à Biu de mettre le feu à une pile de médicaments. Lorsqu'Ivan aperçoit l'incendie, Il décide de placer Neto à l'isolement. Après avoir été libéré de l'isolement, Neto écrit une lettre à son père et la lui remet silencieusement lorsqu'il lui rend visite. Après avoir refusé de se faire couper les cheveux, Neto est de nouveau enfermé dans une pièce isolée, où il met le feu. Il y est sauvé de l'immolation in extremis par des infirmières. Après avoir lu la lettre dans laquelle Neto raconte tout ce qu'il a vécu dans l'institution, son père le fait sortir de l'hôpital. Le film se termine sur les pleurs de Wilson, tandis que Neto et lui sont assis côte à côte sur un trottoir.

Fiche technique Titre français : La Bête à sept têtes Titre original brésilien : Réalisation : Laís Bodanzky Scénario : Luiz Bolognesi d'après Canto dos Malditos de Photographie : Hugo Kovensky Montage : Letizia Caudullo, Jacopo Quadri Musique : , Arnaldo Antunes Décors : Déia Brito Costumes : Carolina Li Maquillage : Gabi Moraes Production : Sara Silveira, Caio Gullane, Fabiano Gullane, Luiz Bolognesi, Marco Müller Société de production : Buriti Filmes, Dezenove Som e Imagens Produções, Gullane Filmes, Fabrica Cinema Pays de production : - Langue originale : portugais Format : Couleurs - 35 mm Genre : Drame biographique Durée : 74 minutes Date de sortie : Brésil : (Festival du film brésilien de Brasilia) ; (sortie nationale) Suisse : (Festival du film de Locarno) Canada : (Festival du film de Toronto)

Distribution Rodrigo Santoro : Neto : M. Wilson Cássia Kis : Meire, la mère de Neto Daniela Nefussi : La sœur de Neto : Ivan, infirmier : Dr. Cintra Araújo Caco Ciocler : stagiaire Rogério : Journaliste stagiaire : interne Ceará : interne Biu : infirmier Marcelo : Leninha : Lobo Cláudio Carneyro : Alex : Bel Vivi Frossard : mère d'Alex

Production C'est en 1996, alors qu'elle faisait partie d'un groupe de recherche sur la santé mentale au Brésil, que Laís Bodanzky a lu pour la première fois le livre Canto dos Malditos, le roman autobiographique que a écrit en 1990 sur ses expériences dans les années 1970. Elle invite alors le scénariste Luiz Bolognesi à adapter l'histoire de Carrano au cinéma, car elle sait qu'il a une vision du monde semblable à la sienne et qu'il sera très fidèle à l'histoire originale. Bodanzky explique à Bolognesi qu'elle souhaite transposer l'histoire vécue par Carrano dans les années 1970 dans un cadre contemporain, car, selon elle, rien n'a changé en l'espace de trente ans dans la réalité de ces institutions.

La réalisatrice se rend compte que le thème de la folie est un sujet tabou et, malgré toutes les difficultés, cela l'encourage encore plus à développer la production du film. Elle déclare que si l'histoire n'avait pas été si « brûlante » ou si nécessaire à ses yeux, elle n'aurait peut-être jamais réalisé son premier long métrage ; elle dit considérer comme un devoir le fait de raconter cette histoire. Elle dit vouloir présenter au grand jour le fait que la fin de la dictature militaire au Brésil (1964-1985) n'a pas signifié la fin de ce qu'elle nomme les « camps de concentration » de patients sujets à des troubles mentaux. Pour atteindre cet objectif, elle utilise un style aride, presque documentaire. Le documentaire O Profeta das Cores, de , a été l'une de ses principales influences pour les scènes où l'on voit évoluer ensemble les patients de l'hôpital.

Titre Le titre original du film Bicho de Sete Cabeças est basé sur la chanson du même nom interprétée par et composée par Zé Ramalho et , qui ont d'ailleurs composé l'entièreté de la bande originale. Bodanzky a déclaré qu'« il était nécessaire de trouver un titre qui remplacerait le nom du livre, [...] parce que le film n'était pas exactement le livre, mais s'en inspirait ». ( « faire la bête à sept têtes ») est une expression brésilienne couramment utilisée pour décrire une réaction excessive qui peut être comparée à l'expression « faire tout un plat de quelque chose » ou « faire de quelque chose une montagne ».

Scénario La Bête à sept têtes est le premier long métrage de Bodanzky, et selon elle, le scénario est la pièce maîtresse du film. De nombreuses personnes ont été séduites par le scénario, comme les acteurs Rodrigo Santoro, Othon Bastos et Cássia Kis, les producteurs Caio et Fabiano Gullane et Sara Silveira, et le coproducteur Marco Müller, de la société Fabrica Cinema. Pour son adaptation du livre, Bolognesi a décidé de travailler le plus librement possible, considérant le livre comme une source d'inspiration pour son travail, mais avec une grande liberté pour inventer des situations, des personnages ou même modifier la personnalité des protagonistes. Carrano donne son accord pour l'adaptation de son ouvrage peu après. La réalisatrice déclare à ce sujet : « Notre désir était de maintenir la colonne vertébrale de l'histoire, en la faisant connaître au grand public, mais avec la liberté de recréer tout ce que nous jugions nécessaire à l'efficacité du récit cinématographique ». Bolognesi cherche à créer un Neto beaucoup plus timide que le personnage charismatique de Carrano dans le livre. Le scénariste voulait également que Neto ne soit pas le meneur de la classe, mais simplement l'un des élèves de l'école au même titre que les autres. Le scénariste a également ressenti le besoin de construire un deuxième axe narratif, et a donc construit une relation entre un père et son fils, un autre tabou social, en la traitant comme une histoire d'amour et de haine. Il s'inspire pour cela de la Lettre au père de Franz Kafka.