Je verrai toujours vos visages est un film dramatique français écrit et réalisé par Jeanne Herry, sorti en 2023.
Le film aborde le thème de la justice réparatrice, qui confronte les victimes d'infractions à leurs auteurs. Il ne s'agit pas d'un documentaire : il ne présente pas de vraies victimes ni de vrais auteurs de crimes et délits. Les comédiens jouent des personnages, les répliques ne sont pas improvisées, et les faits évoqués sont des faits de délinquance fictifs.
Mais par son parti-pris réaliste et pseudo-documentaire, et aussi par son dispositif scénique assez théâtral et très épuré, en tension, ce film ouvre un véritable espace de dialogue entre victimes et délinquants, si bien que le film s'institue comme métaphore de son sujet même : réparer les blessures et les vies gâchées par la parole échangée, remettre de l'humain et de la relation personnelle au cœur de l'anonymat de la violence.
Synopsis Des mesures de justice restaurative sont proposées depuis 2014 en France à des victimes de vols, de viols en même temps qu'à des auteurs d’infractions comparables afin qu'ils puissent dialoguer dans des dispositifs sécurisés, et un cadre normé, égalitaire, à la fois officiel et assez intime pour favoriser une prise de parole et un échange toujours difficiles. Ces lieux sont encadrés par des professionnels et des bénévoles..
Judith (Élodie Bouchez), juriste médiatrice, et les bénévoles Fanny (Suliane Brahim) et Michel (Jean-Pierre Darroussin), animateurs, ainsi qu'Yvette (Anne Benoît) et Cyril (Pascal Sangla), visiteurs de prison, sont parties prenantes et engagées de ce . Parfois délinquants et victimes ne se connaissent pas, parfois il s'agit de l'auteur même du crime et de sa victime elle-même qui sont remis en présence l'un de l'autre pour la première fois, rencontre à haut risque...
La préparation à ces rendez-vous, qui fait partie intégrante du processus des mesures restauratives, est orchestrée par Judith, Fanny et Michel, avec Yvette et Cyril en témoins.
Le premier dispositif présenté vise à tenter d'établir des conditions favorables à la reprise d'un dialogue douloureux entre une victime et son agresseur, dans l'espoir d'amorcer un cheminement de rédemption chez l'agresseur et un processus de résilience chez la victime : Chloé Delarme (Adèle Exarchopoulos) a en effet été victime d'inceste commis par son demi-frère Benjamin (Raphaël Quenard) quand ils étaient tous deux mineurs. Elle est prise en charge par Judith. Chloé, très traumatisée par les faits et le processus judiciaire qui a suivi sa plainte, a appris que Benjamin, ayant purgé sa peine, est récemment revenu habiter dans la même commune qu'elle. Elle veut établir des règles sur les horaires des lieux qu'ils fréquentent, pour ne pas risquer de le rencontrer fortuitement. Pour sa part, il semble prêt à lui demander pardon, mais il lui reproche aussi d'avoir porté plainte et mis au grand jour leurs « affaires de famille » au lieu de les régler dans l'intimité, et de l'avoir fait mettre en prison ; et il voudrait lui aussi qu'elle s'excuse, comme s'il n'avait pas vraiment conscience de la douleur profonde que ses agissements ont provoquée. Leurs positionnements respectifs, radicalement asymétriques, sont donc loin d'entrer en résonance au début du processus.
Pour le deuxième dispositif observé, dans une prison, un groupe est constitué de trois condamnés et de trois victimes. Les victimes sont Sabine (Miou-Miou), Grégoire (Gilles Lellouche) et Nawelle (Leïla Bekhti). Les condamnés sont Issa (Birane Ba), Nassim (Dali Benssalah) et Thomas (Fred Testot). Le groupe est encadré par Fanny et Michel, assistés par Yvette et Cyril.
Sabine raconte qu'elle a été victime d'un vol à l'arraché, auquel elle a tenté de résister. Elle a ainsi fait tomber le voleur de son scooter, qui l'a rouée de coups, jusqu'à ce qu'elle cède. Grégoire raconte qu'il est carrossier, et que lui et sa fille ont été victimes d'un cambriolage de type home-jacking, pris en otages sous menace constante. Nawelle raconte qu'elle a été victime d'un braquage dans le commerce où elle travaillait comme caissière, et visée entre ses deux yeux par un revolver à bout touchant. Ces expériences fortement traumatogènes ont été pour chacun d'entre eux à l'origine de troubles anxieux sévères, d'une peur panique permanente qui les empêche presque de vivre et a dégradé drastiquement leurs conditions d'existence.
Au gré du dialogue qui s'instaure difficilement entre eux, des désaccords profonds et des convergences inattendues qui se font jour, des signes d'entraide qui s'échangent, l'évolution des victimes s'accompagne de celle des coupables, ces évolutions aboutissant parfois à la réparation. Ces chemins se caractérisent par des émotions multiples, contradictoires, changeantes : de l'effroi à la colère, de la culpabilité à l'auto-justification, de l'incompréhension à l'écoute et finalement à une certaine empathie.
À l'issue du processus, les agresseurs semblent avoir pris nettement conscience des répercussions de leurs actes sur les victimes et les regrettent, ce qui amène résolument certains d'entre eux sur la voie d'une prévention de la récidive, et à sortir des excuses qu'ils se donnaient un peu facilement. L'un des délinquants, au détour d'une phrase, avoue même à la fin : , assurant que ce souvenir l'empêchera désormais de replonger. Et les victimes connaissent un soulagement relatif de leurs symptômes anxieux qui leur permet d'envisager de recommencer à vivre normalement. Tout cela sans lourdeur démonstrative ni vision idyllique de la réalité, car les uns comme les autres ne sont manifestement qu'au début de ce chemin.
Le film se termine sur l'ébauche du dialogue et d'un début de compréhension mutuelle entre le grand frère violeur et sa sœur victime dont il pressent enfin la grande souffrance. Il semble de ce fait renoncer à son ressentiment envers elle. Et au moins s'élabore entre eux une sorte de « contrat d'évitement » se répartissant le temps et l'espace des lieux publics pour que la jeune femme puisse sortir de sa hantise, le tout consigné par leur médiatrice-rééducatrice Judith. Et la dernière rencontre du groupe des trois condamnés et des trois victimes se termine sur un pot d'adieu émouvant et des témoignages ténus mais précieux de solidarité. Enfin dans la dernière scène, on voit une séance de formation où Fanny (Suliane Brahim) témoigne du fait que dont l'importance humaniste est cruciale aujourd'hui pour la cohésion sociale.
Fiche technique
Titre original : Je verrai toujours vos visages Réalisation : Jeanne Herry Scénario : Jeanne Herry Musique : Pascal Sangla Décors : Jean-Philippe Moreaux Costumes : Isabelle Pannetier Photographie : Nicolas Loir Montage : Francis Vesin Son : Guadalupe Cassius Production : Alain Attal et Hugo Sélignac Sociétés de production : Trésor Films, Chi-Fou-Mi Productions, Studiocanal et France 3 Cinéma Société de distribution : Studiocanal Pays de production : Langue originale : français Format : couleur — 2,35:1 Genre : drame Durée : Budget : Dates de sortie : France : Suisse romande :
Distribution Birane Ba : Issa, détenu, auteur de cambriolages Leïla Bekhti : Nawelle, ex-caissière, victime d'un braquage dans le commerce où elle travaillait Anne Benoît : Yvette, visiteuse de prison Dali Benssalah : Nassim, détenu, chef de bande, auteur de cambriolages de type home-jacking Élodie Bouchez : Judith, juriste médiatrice Suliane Brahim : Fanny, animatrice Jean-Pierre Darroussin : Michel, animateur Adèle Exarchopoulos : Chloé Delarme, victime d'inceste, prise en charge par Judith Gilles Lellouche : Grégoire, victime d'un cambriolage de type home-jacking, carrossier Miou-Miou : Sabine, victime d'un vol à l'arraché, monitrice d'auto-école retraitée Pascal Sangla : Cyril, visiteur de prison Fred Testot : Thomas, détenu, ex-toxicomane auteur de vols, cambriolages, escroqueries Denis Podalydès : Paul, formateur Raphaël Quenard : Benjamin Delarme, demi-frère incestueux de Chloé Sébastien Houbani : Mehdi, compagnon de Chloé Catherine Arditi : grand-mère de Chloé
Genèse du film Pour la préparation du film, Jeanne Herry se documente sur la justice réparatrice et assiste à des formations sur le sujet par vidéoconférence au Québec. Elle obtient également un certificat d'animatrice en justice restaurative.
Production
Accueil
Accueil critique
En France, le site Allociné donne la note de , après avoir recensé 35 critiques de presse..
Dans son ensemble, la presse française considère que ce troisième film de Jeanne Herry est une grande réussite. Parmi les critiques les plus positives, on peut citer celle de CNews :
Pour Éric Neuhoff (Le Figaro),
Pour Sophie Grassin de L'Obs, ce film est un
Baptiste Thion (Le Journal du Dimanche), résume sa critique ainsi :
À l'occasion de la première diffusion télévisée du film, sur France 2 le dimanche à 21h10, Télé Z (qui marque le film de trois « Z » sur quatre au maximum) écrit :
Box-office
Pour son premier jour d'exploitation en France, Je verrai toujours vos visages a réalisé , dont en avant-première, pour un total de proposées.. En comptant pour ce premier jour les avant-premières, le film se positionne en seconde place du box-office des nouveautés pour sa journée de démarrage, derrière Le Royaume de Naya () et devant Shazam ! La Rage des Dieux ()..
Au bout d’une première semaine d’exploitation dans les salles françaises, le long-métrage totalise , pour une première place au box-office, devant Shazam ! La Rage des Dieux ().. La semaine suivante, le film se positionne troisième du box-office, derrière la nouveauté française Les Trois Mousquetaires : D'Artagnan () et devant John Wick : Chapitre 4 ().. En semaine 3, le long-métrage descend en cinquième position du box-office hebdomadaire avec supplémentaires, derrière la nouveauté 10 jours encore sans maman ()..
Je verrai toujours vos visages est le premier film de sa réalisatrice à dépasser le million d'entrées en France.
Distinctions
Récompenses
César 2024 : Meilleure actrice dans un second rôle pour Adèle Exarchopoulos ; César des lycéens.
Nominations
César 2024. : Meilleur film ; Meilleure réalisation ; Meilleure actrice dans un second rôle pour Leïla Bekhti ; Meilleure actrice dans un second rôle pour Élodie Bouchez ; Meilleure actrice dans un second rôle pour Miou-Miou ; Meilleur scénario original ; Meilleur son ; Meilleur montage.
Notes et références
Liens externes
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