Badu Bonsu (également orthographié Badu Bonso ou Baidoo Bonsoe) est un chef suprême ahanta et roi de la côte de l'Or (actuel Ghana). Le nom Badu Bonsu est le titre honorifique dAsua Nyanke, en qualité de roi. Il naît à la fin du et est exécuté le . Nommé chef suprême vers 1830, il mène une politique hostile à l'égard des Néerlandais et conteste le traité de Butre. Il s'engage dans des différends commerciaux entre chefferies et petits États de la Côte-de-l'Or néerlandaise, afin d'étendre son influence et asseoir des revendications de gouvernance autonome.
D'abord soutenu par des commerçants afro-européens, ses actions lui font perdre progressivement le soutien des chefferies sujettes de Butre, Axim et Elmina. Les conséquences d'une altercation mortelle avec deux émissaires envoyés par le commandant depuis le fort d'Elmina mèneront à la guerre ahanto-néerlandaise pour le contrôle de la Côte-de-l'Or néerlandaise au terme de laquelle est capturé, jugé et pendu. Sa tête est séparée de son corps après l'exécution et envoyée au Centre médical universitaire de Leyde pour analyses phrénologiques. Elle est redécouverte dans un bocal de formaldéhyde par l'écrivain Arthur Japin en 2002, et rendue au Ghana en 2009, plus de après son exécution.
Biographie descend d'une dynastie reprenant ce nom comme titre royal ahanta. Ce nom est généralement précédé du prédicat honorifique Otumfuo (akan : Sa Majesté).. Son prédécesseur, postérieur aux insurrections de John Canoe., s'établit comme nouveau roi des Ahantas vers 1800 depuis la ville de Busua. lui succède vers 1830, mais sa politique agressive n'est pas soutenue par les chefferies qui lui sont assujetties.
Il applique une politique hostile aux Néerlandais et commence à contester les termes du traité de Butre. Il interdit notamment le commerce de la poudre à canon. Par jeu de rançonnement, il extorque des fonds auprès du chef Wassa Etteroe et mène ce conflit commercial interne au déclenchement de la guerre ahanto-néerlandaise..
Il est décrit par les Néerlandais comme un roi cruel, arrogant et cupide. tandis qu'il est élevé au rang de héros par les Ahantas. Ces derniers estiment que est dans son bon droit en défendant son territoire. Il est alors considéré comme un homme de courage et un symbole de résistance..
Après sa mort, le trône de Busua devient vacant pendant durant lesquels les Néerlandais interdisent la reconstruction de la ville, détruite depuis la guerre. Le frère cadet de lui succède finalement en 1848. (décédé en 2022) descend de cette dynastie.
Les conséquences de la rébellion de sont importantes sur le royaume Ahanta qui se retrouve divisé au point que la poursuite de la culture orale est interrompue dans les chefferies locales. En conséquence, la chronologie de la mémoire orale ahanta dépasse rarement le personnage de .
Dynastie des Badu Bonsu Ascendance alt=Carte des royaumes de la Côte de l'Or, avant l'accession au pouvoir de Badu Bonsu II.|vignette|Carte des royaumes de la Côte de l'Or, avant l'accession au pouvoir de Badu Bonsu II.La tradition orale fait remonter la fondation du royaume Ahanta et de la dynastie Badu Bonsu au , attribuant au premier roi de la ville de Busua le titre de Badu Bonsu. Cependant, il semble plus probable que le premier roi ait en réalité porté le nom d'Annor Asmah..
D'après Charles Wellesley Welman, l'origine de l'actuelle dynastie royale remonte à 1800 lorsqu'elle reprend possession du trône de Busua. Badu Bonso établit le titre honorifique de chef suprême et devient . Cette dynastie fait suite à une période d'instabilités internes sans chef suprême. En effet, le dernier identifié dans les registres est John Canoe, mort en 1724. Tous les Ahantas, à l'exception des chefferies de Sekondi et Dixcove sous souveraineté britannique, deviennent alors les sujets de la nouvelle dynastie royale.
Après environ de règne, il cède sa place à son fils et héritier, Asua Nyanke, qui endosse alors le titre de . Les chefferies Fanti de Shama et Elmina deviennent sujet des Ahantas vers 1830 également.
Descendance vignette|État de la confédération Ahanta en 1873, s'étendant de la rivière Ankobra au fleuve Pra. Après l'exécution de Badu Bonsu II, le trône de Busua reste vide durant dix ans, à la suite de l'interdiction de reconstruire la ville. Les Néerlandais destituent la fonction de chef suprême et refusent de la reconnaître durant cette durée. Le gouverneur Anthony Van der Eb lève, en 1848, l'interdiction de nomination, mais ne reconnaît aucune autorité ou droit indigène au chef suprême. Cette année-là, est désigné comme successeur, mais meurt un an plus tard. , tentera de plaider en faveur de la reconnaissance du rang de chef suprême auprès de différents gouverneurs, sans succès. Il se suicide en 1863. Son successeur, Kwaw Asua () parvient à rétablir des relations diplomatiques saines avec les Néerlandais et combat à leurs côtés contre les Britanniques. Il est reconnu roi à titre posthume. Malheureusement, les Britanniques, qui reprennent possession des territoires, refusent de reconnaître le titre de chef suprême à ses descendants.
Sans reconnaissance, les Badu Bonsu se succèdent malgré tout sur le trône de Busua et exercent une influence importante au point de susciter des troubles et un soutien à l'indépendance du pays. Aujourd'hui, le trône n'est plus occupé à la suite du décès en 2022 de dont la fonction est d'assurer la préservation des traditions et de la culture ahanta..
Rébellion contre les Néerlandais Contexte Durant le règne de , la politique coloniale néerlandaise au Ghana traverse de nombreux changements. La pression commerciale de l'abolition de l'esclavage par les Britanniques pousse les Pays-Bas à interdire la traite négrière dès 1814. Guillaume Ier désigne Herman Willem Daendels, un de ses opposants, pour mettre en place un projet de développement visant à réorganiser les possessions en Côte-de-l'Or. À la mort de ce dernier, en 1818, le projet semble abandonné et le nombre de fonctionnaires réduit à seulement une dizaine. La garnison des forts est alors composée uniquement de soldats africains et encadrés par des Afro-européens..
Dans les années 1830, les plans de réorganisation reprennent, afin de stimuler le commerce de l'huile de palme, du coton ainsi que la création d'une mine d'or. Le gouvernement néerlandais finance une mission visant à recruter des soldats africains. Le major-général Jan Verveer est désigné pour cette mission et établit un accord commercial à Kumasi avec les Ashantis, impliquant des transactions d'armes à feu et de poudre à canon.
Les conflits internes ont également des conséquences telles que la guerre anglo-ashanti dans laquelle la confédération Fanti est impliquée. Certaines chefferies de la confédération font défection et deviennent sujets Ahanta et sont reprises comme étant sujets de Badu Bonsu II durant son règne.
Influences et premières tensions vignette|Carel Hendrik Bartels, commerçant afro-européen le plus influent de la Côte-de-l'Or néerlandaise.|alt=Carel Hendrik Bartels, commerçant afro-européen le plus influent de la Côte-de-l'Or néerlandaise. Des conflits internes éclatent entre divers États africains et c'est dans ce climat que adopte une posture militariste bien que plusieurs chefs ahantas préservent de bonnes relations avec les Néerlandais. Il aurait agi avec le soutien du commerçant euro-africain Pieter Bartels, demi-frère de Carel Hendrik Bartels considéré comme l'homme le plus riche de la Côte-de-l'Or néerlandaise. Il aurait cherché un moyen d'étendre son influence commerciale en s'appuyant sur la politique du roi ahanta. Au terme du conflit, Pieter Bartels est emprisonné et exilé aux Indes orientales néerlandaises où il meurt en 1847.
À la suite de la mission effectuée par Jan Verveer, interdit à ses sujets de vendre des armes au peuple Wassa, eux-mêmes sujets des Ashantis. Face à ce conflit commercial, le commandant du Fort Orange à Sékondi convoque le roi. Cependant, lorsque se présente au fort, il n'y trouve personne et l'affaire dégénère. Il informe les Néerlandais que s'ils souhaitent réellement le rencontrer, ils doivent se déplacer à Busua, le siège de son palais.
Déroulement Le conflit éclate réellement le lorsque saisit une cargaison de poudre à canon qui doit parvenir en Ashanti. Un détachement de soldats est envoyé et des coups de feu sont tirés. Deux hommes sont tués par . Il les aurait décapités et aurait orné son trône des deux têtes., cependant le rapport rédigé en 1839 par l'officier de marine H. F. Tengbergen indique que le roi se serait en réalité retiré dans les forêts du centre d'Ahanta sans adopter de posture provocatrice.
Hendrik Tonneboeijer, gouverneur de Butre par intérim, préfère envoyer une expédition punitive plutôt que de demander des renforts au ministère à La Haye. Il obtient un détachement de issus de la garnison d'Elmina et le conduit le depuis le Fort Batenstein avec pour objectif de tuer le roi. Cependant, les troupes néerlandaises sont prises en embuscade : meurent, incluant Hendrik Tonneboeijer. Le gouvernement néerlandais justifie, via les termes du traité de Butre une action militaire contre et un corps expéditionnaire supplémentaire est envoyé depuis les Pays-Bas vers le territoire ahanta avec à sa tête le major-général Jan Verveer..
L'action du roi n'est pas soutenue par les chefs locaux qui sont pourtant ses sujets, si bien que ceux-ci coopèrent avec Jan Verveer. Le chef d'Axim attaque par l'ouest, celui de Wassa par le nord tandis que le corps expéditionnaire s'enfonce par le Sud aux côtés du chef de Butre.
Le , est capturé par le chef de Butre qui le livre aux Néerlandais.. Les troupes de Jan Verveer traquent les poches de résistance dans l'intérieur des terres et incendient les villes..
Exécution vignette|Portrait de lors de sa capture, avant sa pendaison.|alt=Portrait de Badu Bonsu II lors de sa capture, avant sa pendaison, avec des chaînes autour du cou.
Le , est traduit en cour martiale et condamné à mort par pendaison à Sékondi. Selon le rapport de Tengbergen, le roi aurait réagi avec surprise au verdict. Le , il est pendu. Tengbergen dépeint durant les dernières heures de sa vie :
À la suite de l'exécution du roi , un chirurgien néerlandais lui enlève la tête, ce qui constitue une profanation corporelle. La tête est emmenée aux Pays-Bas, où elle est perdue jusqu'en 2002..
Pas d'exécution par décapitation La tradition orale ahanta veut que ait été pendu puis décapité le jour de sa capture. Cependant, les rapports de Tengbergen permettent d'établir une chronologie des faits plus étendue tout en précisant le type d'exécution et la procédure du jugement. Il ne fait aucune mention de décapitation. Cependant, il fait référence à une coutume ghanéenne de fétichisation. Le corps aurait donc été jeté à la mer pour éviter que celui-ci ne soit démembré, afin de devenir un symbole de résistance.
Caractère légal du jugement Une cour de justice est en place à Elmina, mais le tribunal n'est formalisé devant la loi néerlandaise qu'en 1847. On peut supposer que la loi s'appliquait par l'intermédiaire du gouverneur ou d'un juge désigné. Toutefois, le code pénal de 1813 n'y est probablement pas appliqué puisque l'ancien droit néerlandais s'applique toujours dans les colonies jusqu'en 1868..
Les sources sur l'administration de l'époque sont limitées et le verdict rendu contre a été perdu en dehors du rapport fourni par Tengbergen ainsi que du compendium des lois et coutumes rédigé par le gouverneur Anthony Van der Eb. Cet ouvrage est terminé en 1851, mais commencé avant le conflit avec . Ce texte donne le meilleur éclairage sur la réalité du cadre légal en place et évoque notamment la condamnation du roi :