Louis Armstrong (; surnommé « Dippermouth », « Satchmo », « Satch » (abréviation de satchel-mouth, littéralement « bouche-sacoche ») ou « Pops ») né le à La Nouvelle-Orléans (Louisiane) et mort le à New York, est un musicien et chanteur de jazz afro-américain, considéré comme un des jazzmen les plus emblématiques de l'histoire du jazz.
D'une musique de folklore afro-américaine initialement ancrée dans le gospel et le blues traditionnels et cantonnée à un terroir, Armstrong et d'autres firent un courant musical national et populaire à vocation universelle, le jazz. Au fil du temps, ce sont son timbre de voix mythique, son talent de trompettiste de génie, ses qualités d'homme de scène, son charisme, et sa personnalité généreuse qui ont forgé sa renommée internationale. Il a également popularisé un nouveau style vocal, le scat, basé sur l'improvisation. Tout cela fait de lui l'un des chanteurs et trompettistes de jazz les plus influents et emblématiques de son époque et de l'histoire du jazz. Pendant plus de quarante ans, de tournée en tournée, Louis Armstrong reste le meilleur ambassadeur du jazz à travers le monde entier.
Parmi ses principaux succès, figurent notamment ses chansons , ou des reprises comme , , Go Down Moses, All of Me, C'est si bon, ou encore La Vie en rose.
Biographie Enfance et adolescence Louis Armstrong est né, probablement le , dans une famille noire pauvre de La Nouvelle-Orléans, dans le quartier de Jane Alley miné par la violence et la prostitution. Son père William Armstrong (1881–1922), ouvrier dans une fabrique de térébenthine, quitte le foyer familial peu après sa naissance. Sa mère « Mary Mayann » Estelle Albert (1886–1942), originaire de Boutte en Louisiane, âgée d'environ 16 ans à la naissance de Louis, a un autre enfant un an et demi plus tard, Beatrice « Mama Lucy » Armstrong (1903–1987) ; Mayann est « bonne à tout faire » chez des employeurs blancs et doit se prostituer de manière occasionnelle pour faire vivre sa famille, si bien que Louis est élevé par sa grand-mère paternelle Joséphine (née esclave) jusqu'à l'âge de 5 ans, date à laquelle il retourne auprès de sa mère..
Enfant, il chante dans les rues de La Nouvelle-Orléans dans un petit quatuor vocal. Grandissant dans un quartier difficile, The Battlefield (le Champ de bataille)Giddins p. 25, il exerce de nombreux petits métiers (porteur de charbon, livreur de journaux, balayeur de tombes) pour aider sa famille. À six ans, il fréquente la Fisk School for Boys, une école acceptant les enfants noirs dans le système de ségrégation raciale de la Nouvelle-Orléans.
En raison d’actes de délinquance (notamment des vols de journaux), il est plusieurs fois envoyé dans un foyer pour enfants afro-américains abandonnés : le "Colored Waifs' Home".. Selon les fichiers de la police, il y fait un long séjour après avoir tiré un coup de feu en l’air avec le pistolet de son beau-père pour fêter la nouvelle année, le Bergreen (1997), p. 67–68..
Il apprend à jouer du cornet à pistons dans l’orchestre de ce foyer, grâce à son premier instrument offert par ses voisins Karnofsky, des tailleurs et ferrailleurs, une modeste famille juive russo-lituanienne d'origine hassidique qui s'est prise d'affection pour l'enfant. Armstrong travaille avec leurs deux fils, Morris et Alex, à ramasser des « chiffons et des os » et à livrer du charbon. Il est un invité régulier à leur table et au sein de leur foyer pendant des années, ce qui lui donne, entre autres, une connaissance courante de la langue yiddish et de quelques berceuses russes. Jusqu'à la fin de ses jours, il portera un collier avec une étoile de David, en signe de gratitude envers cette famille juive qui est la seule qui l'ait véritablement élevé et dont il reconnaît dans ses écrits et mémoires qu'elle lui a appris « comment vivre — la vraie vie et la détermination », à chanter « du fond du cœur » et a été le déclencheur de sa réussiteLouis Armstrong, In His Own Words: Selected Writings of Louis Armstrong par Louis Armstrong et Thomas Brothers. Oxford University Press, New York, 1999."The History Behind the Name", באתר The Karnofsky Project. Armstrong y décrit également sa découverte de la discrimination antisémite exercée par « d'autres blancs » qui estimaient qu'ils étaient meilleurs que les juifs : « Je n'avais que sept ans mais je pouvais facilement voir le traitement impie que les blancs infligeaient à la pauvre famille juive pour laquelle je travaillais »« J'ai longtemps eu de l'admiration pour le peuple juif. Surtout avec leur longue période de courage, en supportant tant d'abus pendant si longtemps. Je n'avais que sept ans, mais je pouvais facilement voir le traitement impie que les blancs infligeaient à la pauvre famille juive pour laquelle je travaillais. Il m'est venu à l'esprit, à quel point. Même « ma race », les nègres, de la façon dont je l'ai vu, avaient un peu plus de chance que le peuple juif, avec des emplois en abondance. Bien sûr, nous pouvons comprendre toutes les situations et les handicaps qui se passaient, mais pour moi, nous étions mieux lotis que le peuple juif ».
Louis Amstrong (2001), Thomas Brothers (éd.), p. 8 & suiv..
Quand Armstrong a onze ans, il abandonne l'école. Sa mère emménage dans une maison d'une pièce dans la rue Perdido avec son fils, Lucy et son conjoint de fait, Tom Lee, à côté de son frère Ike et de ses deux fils, soit sept personnesGiddins (2001), p. 36–37.. La vie à la maison est spartiate : les matelas sont absents, les repas ne sont souvent guère plus que du pain et de la mélasse et les châtiments corporels sont de miseBergreen (1997), p. 70–72..
Une fois libéré du foyer pour délinquants en , Armstrong est sous la garde de son père et de sa nouvelle belle-mère, Gertrude. Il vit dans ce ménage avec deux demi-frères pendant plusieurs mois. Après que Gertrude donne naissance à une fille, il se rend compte que son père ne l'a jamais accueilli et retourne alors chez sa mère, Mary Albert. Dans sa petite maison à The Battlefield, il doit partager un lit avec sa mère et sa sœur. Dans ce quartier, il est livré à d'anciennes tentations mais il cherche du travail en tant que musicien et trouve un emploi dans une salle de danse appartenant à Henry Ponce qui avait des liens avec le crime organisé. Il rencontre le batteur Black Benny qui devient son guide et garde du corpsBergreen (1997), p. 80–89.. Vers l'âge de quinze ans, il tombe amoureux d'une jeune prostituée nommée Nootsy mais cette relation échoue après qu'elle a poignardé Armstrong à l'épaule et que sa mère l'a étouffée presque à mort.
vignette|gauche|Avec le Fate Marable's New Orleans Band, sur les bateaux à roues à aubes du fleuve Mississippi vers 1918.
Il étudie brièvement la gestion de la navigation au collège communautaire local mais est contraint d'abandonner après avoir été incapable de payer les frais de scolaritéBergreen (1997), p. 44..
Il joue du cornet dans les cabarets du quartier chaud de Storyville. Il y entend des spasm bands, des groupes dont les instruments sont des objets ménagers. Il entend également les premiers sons de jazz de groupes qui jouent dans des dancings et des maisons closes comme celle où King Oliver se produit, qu'il rencontre et qui lui donne des conseils. Armstrong le remplace un temps dans l'orchestre du tromboniste Kid Ory sur le Capitol. Il assiste aux parades des brass bands et écoute les vieux musiciens dès qu’il en a l’occasion, apprenant de Bunk Johnson à jouer à l'oreille, de Buddy Petit et par-dessus tout de Joe King Oliver. Il joue à partir de 1918 dans les brass bands avec l'orchestre réputé de Fate Marable sur les bateaux à roues à aubes qui remontent le Mississippi..
Des années 1920 aux années 1940 vignette|gauche|Vers 1940. vignette|Au club de jazz Aquarium de la 52e rue de Broadway à Manhattan de New York en 1946. vignette|gauche|Avec son épouse Lucille Wilson en 1949. vignette|A l'aéroport d'Amsterdam-Schiphol en 1952. vignette|upright|En 1953. Alors qu'il se produit dans un bar mal famé de la petite ville de Gretna en Louisiane, Armstrong rencontre une entraîneuse, Daisy Parker. D'abord client de cette prostituée, il en tombe amoureux. Ils se marient le . Leur mariage dure quatre ans, « quatre années de torture et de passion » (marquées par de nombreuses scènes de violence et de jalousie), avant de se solder par un divorce le ..
Tout au long de son expérience en bateau fluvial, la musicalité d'Armstrong a commencé à mûrir et à se développer. À vingt ans, il savait lire la musique. Il devient l'un des premiers musiciens de jazz à jouer de longs solos de trompette, qui reflètent sa personnalité et participent de son propre style. Il commence également à chanterBergreen (1997), p. 170..
En 1922, Louis, après la fermeture de Storyville en 1917, accompagne la grande migration afro-américaine pour le nord des États-Unis et se rend à Chicago, où il est engagé comme second trompettiste par Joe « King » Oliver dans son Creole Jazz Band. Chicago devient dès lors le cœur battant du style New-Orleans. Dans ce contexte bouillonnant, il y enregistre ses premiers disques. Il travaille avec le batteur et chef d'orchestre Ollie Powers avant d'être engagé l'année suivante dans l'un des Big bands phares de New York, celui de Fletcher Henderson.
Il épouse en la pianiste Lil Hardin et se fait l'accompagnateur attitré de quelques grandes chanteuses de blues comme Bessie Smith ou Ma Rainey, puis enregistre quelques morceaux avec le pianiste Clarence Williams avant d'intégrer la formation de sa femme, les Dreamland Syncopators. Il retourne à Chicago et enregistre pour la firme Okeh records le la toute première séance du Hot Five en compagnie de Lil Hardin au piano, Johnny Dodds à la clarinette, Baby Dodds à la batterie et Kid Ory au trombone.
Il joue dans l'orchestre d'Erskine Tate, le Vendome OrchestraC'est durant cette période que Louis abandonne définitivement le cornet pour la trompette., joue à l'occasion avec Clarence Jones et avant de former le Hot Seven, et d'enregistrer jusqu'en quelques-uns des grands classiques du jazz comme , Muggles (recording), Fireworks, et surtout deux chefs-d'œuvre, West End Blues () et Tight Like This () chez la firme Okey ; le jeu de Louis à la trompette est révolutionnaire ; son introduction virtuose dans West End Blues demeure l'une des plus célèbres de l’histoire du jazz et reste un modèle pour les générations suivantes d'instrumentistes, dont beaucoup l'apprendront par cœur et la joueront à la note près.
Armstrong repart pour New York en 1929, puis pour Los Angeles en 1930, et effectue une tournée en Europe. En 1935, il se rompt l'orbicularis oris, un muscle labial, et il est contraint de mettre sa carrière de trompettiste entre parenthèses pendant un an. Les lèvres meurtries, il ne retrouvera jamais sa virtuosité. Après avoir passé de nombreuses années sur la route, il s'installe définitivement dans le Queens à New York en 1943, dans une maison devenue depuis le musée Louis Armstrong. Bien que soumis aux vicissitudes de Tin Pan Alley et au fait que la production musicale de l’époque soit dirigée par des gangsters, il continue à développer ses qualités de musicien.
Pendant les trente années qui suivent, Louis Armstrong joue en moyenne plus de 300 concerts par an. À cette époque, il devient l'un des plus grands vendeurs de disques des États-Unis auprès des Afro-Américains mais aussi de la classe moyenne blanche. Au cours des années 1940, les réservations pour les orchestres diminuent progressivement à cause des changements de goût du public : les salles de bal ferment et la concurrence de la télévision et des autres genres de musique se fait de plus en plus forte. Il devient impossible d'entretenir un orchestre de tournée de seize musiciens.