vignette|upright|Marche pour les d'Act-Up New York, en 2017. Le manifestant porte plusieurs marqueurs de la mode LGBT : le badge politique, le slogan Silence=Death, le piercing au septum, et la tenue cuir. La mode LGBT, aussi appelée mode queer, correspond à l'ensemble des vêtements portés par les personnes LGBT et reconnus par elles comme étant un signe culturel spécifique.

Périmètre L'historienne Eleanor Medhurst définit la mode lesbienne comme l'ensemble des tenues reconnues comme lesbiennes par les intéressées ; elle y inclut ainsi les personnes bisexuelles proches de l'expérience lesbienne ou celles dont le style a servi d'inspiration ou résonne avec l'expérience lesbienne . Les chercheurs et Adam Geczy notent qu'il est difficile de donner des contours précis à la mode gay, puisque les tenues qui la caractérisent ne sont pas uniquement portées par des hommes homosexuels. Toutefois, ils notent une récurrence, celle de partir de courants esthétiques pas forcément gays à l'origine et d'en changer juste assez les codes pour que ceux-ci deviennent signes d'homosexualité.

Pour Clare Lomas, Peter McNeil et Sally Gray, la mode LGBT se caractérise non pas uniquement par un ensemble de messages codés par le port de vêtement, mais aussi par une manière unique de lire et comprendre l'habillement.

L'appellation « mode queer » est polysémique : elle peut à la fois être utilisée comme synonyme de mode LGBT, ou avoir un sens plus restreint et signifier les tenues androgynes des personnes non binaires et genderqueer..

Histoire Pour la conservatrice du Fashion Institute of Technology Valerie Steele, une mode LGBT ne peut exister que lorsque la sexualité est pensée comme une identité de l'individu qu'il partage avec une communauté et non plus uniquement comme un ensemble d'actes. Elle fait ainsi remonter la mode LGBT à une double origine, celle des cultures où des personnes assignées mâles à la naissance (AMAB) ont exclusivement des relations sexuelles avec des hommes en prenant le rôle passif, constituant ou pas un troisième genre, et les communautés d'hommes homosexuels existant dans des villes italiennes dès la Renaissance et dans les autres villes européennes dès le .

Pour Eleanor Medhurst, adopter un point de vue queer et spécifiquement lesbien implique de dresser des parallèles entre les pratiques d'habillement du passé et celles de lesbiennes du : pour elle, Christine de Suède, avec ses habits mêlant féminin et masculin d'une manière novatrice, fait partie de l'histoire de la mode lesbienne.

Communautés anglaises du vignette|upright|Caricature de 1774 par Samuel Hieronymus Grimm représentant un père découvrant le style macaroni de son fils et conservée au British Museum Plusieurs communautés homosexuelles anglaises existent au cours du , avec chacune leurs tenues spécifiques. La plus importante est celle des « sodomites efféminés », les « », violemment persécutées dans les années 1720, qui pratiquent le travestissement : robes, parures de tête, chaussures à fin lacets, mais aussi tenues de laitière ou de bergère, gilets et jupons. Le second groupe est les « macaronis », à l'apparence androgyne. La troisième communauté est celle des modistes : jusqu'alors exclusivement féminine, la profession se masculinise au et est surtout réalisée par des hommes homosexuels qui voient là une double opportunité d'être en communauté et de pouvoir plus librement pratiquer le travestissement.

Le milieu du est d'ailleurs un moment charnière dans le vêtement masculin de la haute société : les tenues colorées, les broderies florales et la dentelle, qui étaient alors tout à fait conformes dans le genre, deviennent des marqueurs d'efféminement et d'homosexualité tandis que le vêtement masculin se fait plus sobre et plus sombre.

À partir des années 1770, le vêtement masculinisé devient un marqueur des petites communautés lesbiennes qui commencent à se former.

Au , Anne Lister reprend dans sa tenue des expressions déjà expérimentées par Christine de Suède au , à savoir la superposition de marqueurs masculins (tons noirs) et féminins (coupe et matière des tenues), créant un vocabulaire vestimentaire novateur.

La tenue d'Anne Lister est un équilibre subtil entre, d'une part, respecter suffisamment les conventions sociales afin de continuer à être perçue comme une femme respectable et ainsi avoir la liberté de vivre comme elle l'entend, notamment en cohabitant avec son amante Ann Walker, et, d'autre part, être visiblement lesbienne. Eleanor Medhust la voit comme une butch avant l'heure, « possédant une masculinité qui ne cherche pas à passer pour celle d'un homme ».

Au cours de ce siècle, la condamnation de l'homosexualité se fait de plus en plus médicalisée. En 1857, Ambroise-Auguste Tardieu publie son Étude médico-légale sur les attentats aux mœurs, décrit les hommes homosexuels comme ayant « les cheveux bouclés, la peau soignée, le col ouvert et veste rentrée pour accentuer la silhouette, bijoux aux doigts, aux oreilles et à la poitrine, portant du parfum avec à la main de la broderie, des fleurs ou un mouchoir ».

À partir du 1870, à New York, Londres et Paris apparaissent les communautés fairy ou fées, caractérisées par un pantalon serré, une veste courte, une cravate rayée très colorée, des cheveux bouclés et un petit chapeau. Pour Ralph Werther, être fée c'est porter les vêtements les plus sophistiqués et tape-à-l’œil possibles. vignette|Oscar Wilde en 1882. Photographie de Napoléon Sarony La médiatisation des procès d'Oscar Wilde font de son style des indices d'homosexualité, en particulier ses cheveux tombant en boucle devant ses oreilles et son cou et les fleurs vertes qu'il portait en boutonnière. Ceux-ci servent à la fois comme contre-modèle à ne pas suivre pour être vus comme respectables et signes d'identification portés jusque dans les bars de Bowery. Quant aux fleurs vertes et plus particulièrement les œillets, ils deviennent associés à l'artiste, ses amis assistaient aux premières de ses pièces avec un œillet vert et l'expression « œillet vert » se met en France, jusqu'au milieu du , à désigner l'homosexualité masculine..

La fin du voit l'arrivée du style dandy, dont le représentant homosexuel le plus célèbre est Robert de Montesquiou. De Montesquiou a inspiré le personnage du Baron de Charlus de Proust, dont le dandysme sert à la fois à cacher l'homosexualité à la société homophobe, via la présentation d'une tenue irréprochablement masculine, et à la signaler aux autres homosexuels à travers un impeccable sens du style. Le dandysme, en particulier les costumes sur mesure, sont aussi repris dans la culture lesbienne de l'époque : ainsi, de nombreuses lesbiennes parisiennes des années 1880 portent des vestes masculines sombres en laine, des chemises blanches aux cols amidonnés et des cravates, quand d'autres se conforment aux canons de la mode féminine ou abordent des blousons en cuir.

À la même époque, l'ancien esclave afro-américain William Dorsey Swann organise des bals à Washington DC dans lesquels lui et d'autres anciens esclaves portent des robes de satin et de soie, lançant ainsi le mouvement drag..

Première moitié du

Garçonnes Dans les années 1920 émerge le style garçonne, caractérisé par des cheveux courts, une silhouette androgyne cherchant à dissimuler seins et hanches, et une longueur de jupe au genou. Ce style, bien que populaire parmi les femmes hétérosexuelles, est aussi associé aux lesbiennes. Une des nuances est la coiffure : celle des garçonnes hétérosexuelles était courte mais distinctement féminine, tandis que celle des lesbiennes, notamment elles fréquentant le bar parisien Le Fétiche, était indistinguable de celles des hommes.

New York vignette|Paul Cadmus, The Fleet's In, 1934, Navy Art Gallery, Washington Navy Yard, Washington. Un des hommes à gauche porte une cravate rouge et les cheveux décolorés en blond. À New York, plusieurs symboles émergent comme signes de reconnaissance entre hommes gays dans les bars, notamment les cheveux décolorés en blond, les cravates rouges, le port de la couleur verte, les chaussures en Suède et l'épilation des sourcils pour en affirmer le dessin.

Londres À Londres, les chaussures en Suède sont aussi un signe d'homosexualité, associées avec les cravates Liberty et les manteaux poil de chameaux.

République de Weimar La République de Weimar est une époque d'effervescence des communautés homosexuelles et travesties. À l'époque, où la conceptualisation de la transidentité est balbutiante, la catégorie « travesti » regroupe à la fois des personnes cherchant à porter ponctuellement les vêtements du sexe dont lequel elles ne sont pas nées et celles qui cherchent à y vivre. Les magazines lesbiens Frauenliebe et Die Freundin incluent des suppléments sur le travestissement et, plus généralement, font une large place aux pages sur la mode et sur comment passer sans subir de harcèlement policier.

L'historien Clayton Whisnant décrit les clubs queers de l'époque comme « plein d'hommes maquillés de poudre et de rouge à lèvre, ainsi que de femmes aux cheveux courts en smoking ». Parmi les autres éléments de la culture vestimentaire des clubs lesbiens, l'écrivaine Ruth Margarete Roellig cite le monocle ainsi qu'une silhouette élancée dans un costume fait d'une veste resserrée, d'une chemise en soie dont les manches dépassent et d'une cravate.

Japon : mouvement Seitō vignette|Raichō Hiratsuka|upright|gauche Le mouvement féministe japonais des années 1910 est marqué par la publication, de 1911 à 1916, de la revue littéraire Seitō. Deux femmes, Raichō Hiratsuka, une de ses fondatrices, et , une des contributrices, en raison de leur relation, de leurs idées et de leurs vêtements, sont particulièrement la cible de caricatures qui cherchent à les dénigrer. Elles portent toutes deux des hakama, tenue qui avait été unisexe jusqu'au mais était alors tombée en désuétude, les hommes japonais étant encouragés à porter des vêtements d'inspiration occidentale et les femmes des kimono, au point d'être considérées comme pratiquant une forme de travestissement. Raichō ne supportait pas les ceintures de kimono, à la fois sensoriellement et parce que porter un vêtement aussi genré lui rappelait constamment qu'elle était considérée comme inférieure car femme. L'hakama était aussi l'uniforme controversé, car pas assez féminin, des universités féminines, espace d'émancipation intellectuelle et de solidarité entre femmes.

Paris À partir de 1909, Natalie Clifford Barney tient un salon artistique au 20 rue Jacob où se retrouvent les riches lesbiennes bohèmes de la capitale. Plusieurs styles s'y rencontrent : le plus commun est composé d'un monocle, de cols hauts, de cheveux courts coiffés à la brillantine, d'un œillet blanc ou d'un bouquet de violettes en boutonnière et d'une bague à l’auriculaire.vignette|Natalie Clifford Barney vers 1900 portant une toge de style grecLa violette est un symbole lesbien depuis la redécouverte des poèmes de Sappho, qui parle d'une femme aimée portant un collier ou une couronne de violettes. Cette association se retrouve dans la pièce d'Édouard Bourdet et est fortement reprise dans la presse, scandalisée par sa représentation positive de l'homosexualité féminine : cela a pour effet à la fois de diffuser la pratique de porter des violettes comme signe de reconnaissance lesbien, mais aussi de globalement baisser les ventes de cette fleur aux États-Unis.