thumb|Juan Vázquez de Mella. Le mellisme (en espagnol : ) est un courant politique d’extrême droite espagnol du début du , apparu au sein du carlisme, élaboré et défendu par Juan Vázquez de Mella , qui en devint le dirigeant politique après sa scission en 1919. Il poursuivait comme objectif la construction d’un grand parti traditionaliste capable d’assurer une transition depuis le régime libéral de la Restauration vers une monarchie corporative traditionnelle, sur le modèle de celle de l’. Après sa scission du carlisme, le mellisme s’exprima à travers le Parti catholique traditionaliste, mais échoua dans sa tentative d’amalgamer l’ensemble du mouvement traditionaliste et se désintégra rapidement. Le mellisme désigne à la fois la faction politique dirigée par Mella et la stratégie de celle-ci et la conception théorique de Mella, qui reste néanmoins considérée comme partie intégrante de la pensée carliste. Dans l'historiographie, ses partisans sont généralement appelés (littéralement ; dans la presse de l'époque ). Ils s'appelaient eux-mêmes . et sont ainsi désignés par certains auteurs , mais le terme est ambigu car utilisé dans de multiples autres contextes.
Le mellisme fut un mouvement relativement éphémère mais qui joua un rôle important dans la rénovation doctrinale du carlisme au début du . Selon Jordi Canal, il s’agit de la déclinaison traditionaliste de la crise de la Restauration. Pour María Cruz Mina Apat, ce n’est qu’un exemple supplémentaire de la difficulté d’une union des droites espagnoles.
Au début de la Seconde république espagnole, les anciens mellistes rejoignirent la Communion traditionaliste reconstituée , qui amalgama les forces des principaux courant traditionalistes en vigueur .
Mellisme émergent (1900–1912) left|thumb|Bartolomé Feliú En général, il n'y a pas de références au mellisme ou aux mellistes dans l’historiographie pour les périodes antérieures à 1910Il y a des exceptions. Certains auteurs parlent de pour la première décennie du , par exemple .. La presse de l’époque commença à parler de en 1919La première mention connue, isolée, se trouve dans la revue España, dans son numéro 67 du 4 mai 1916 (lire en ligne). Début juin 1919, les termes s’emploient largement, par exemple dans La Correspondencia de España du 21/05/1919, ABC du 21/05/1919, La Acción 26/05/19, du 02/06/19, du 02/06/19, La Vanguardia du 06/06/19, El Sol du 08/06/19.. Pour désigner les groupes internes du carlisme au début du , les chercheurs appellent la faction la plus encline à des alliances avec les autres partis les ()Auparavant dénommé , ou (, ou . tandis que ceux tendant à s’aligner avec le dirigeant déchu de la Communion traditionaliste (le parti carliste), le marquis de Cerralbo, sont appelés ; c’est également ainsi que Vázquez de Mella préférait se qualifier lui-même. Tous les deux maintenaient d’excellentes relations ; Mella ne tarit pas d’éloge pour Cerralbo qu’il considérait comme un grand meneur, tandis que Cerralbo le promouvait dans le parti.. Cependant, il commença à gagner des adeptes dès le début des années 1890, d’abord attirés par ses dons rhétoriques plutôt que par ses idées ou sa stratégie politique. En effet, sa posture pouvait sembler déconcertante : il se déclara ennemi du système de la RestaurationAprès l’un de ses premières interventions aux Cortès, le leader conservateur Cánovas déclara . Vers le milieu des années 1890, durant l’apogée de la démocratie libérale alphonsine, Mella devint le plus franc opposant de cette dernière. Les conservateurs tentèrent de le contenir et de le rallier à leur casuse en lui offrant des postes ministériels, mais Mella était convaincu que le système devait être démantelé au lieu d'être stabilisé et rejeta les propositions conservatrices. mais adopta une stratégie d’alliance avec les partis établis , il s’impliqua avec enthousiasme dans le jeu électoralIl participa pour la première fois, sans être élu, en 1891 tout en participant à une conspiration pour organiser un coup militaire en 1898-1900À mesure que la crise se transformait en une guerre contre les États-Unis, Mella maintint sa participation dans ce qui deviendrait une conspiration dans une grande mesure carliste et explora la piste de l’organisation d’un coup d'État avec des généraux rebelles et d’autres politiciens de droite (, ) ; en septembre 1898, sur ordre du prétendant carliste Charles VII et comme tous les députés carlistes, il se retira des Cortès ; comme en 1871, peu avant le début de la troisième guerre carliste, le public anticipa largmenent le soulèvenement en préparation., il appuya des coalitions électorales minimalistesSpécialement des alliances catholiques mises en place par l’Église. La première phase (jusqu’en 1903) consista à réunir des congrès catholiques , la seconde (1903-1905) à créer des Ligues catholiques mais prôna des objectifs maximalistes , il clamait l’orthodoxie de la doctrine traditionalisteIl faisait partie des experts carlistes convoqués à la résidence du prétendant à Venise pour produire un nouveau document programmatique, publié en 1897, l’Acte de Loredan., tout en maintenant une relation tendue avec le prétendant carliste et se révéla prudemment enclin à des solutions non dynastiquesAprès la crise cubaine, Mella s’impliqua dans une conspiration, dirigée par l’archevêque de Valladolid, Antonio Cascajares, qui visait à installer un gouvernement d'unité nationale appuyé par les militaires, peut-être dans l’optique d’une réconciliation dynastique..
Après l’ , Mella se réfugia au Portugal où il resta durant quelques annéesLa durée exacte de son exil portugais est débattue ; certains auteurs affirment qu’il resta hors d’Espagne jusqu’en 1905, par exemple ; d’autres suggèrent qu’il aurait pu rentrer avant, et citent des sources de presses évoquant sa présence dans différents endroits d’Espagne . Après avoir été présent dans trois législatures aux Cortès (1893-1896, 1896-1898, 1898), il suivit la ligne officielle du carlisme de s’abstenir aux élections de 1899 et la presse ne rapporte pas sa candidature aux élections de 1901. Il fut également écarté par le prétendant qui qualifia officiellement de traîtres ceux qui s’étaient impliqués dans les soulèvements. Après avoir obtenu le pardon royal en 1903, il reprit sa carrière parlementaire en 1905 . Étant donné que les leaders carlistes avaient généralement 60 ans ou plusLes exceptions les plus notables étant et le , qui avaient autour de 50 ans., Mella émergea comme le représentant le plus dynamique de la génération d’âge moyen et le politicien carliste clairement le plus charismatique. Il devint ainsi la figure centrale de la révision théorique du carlisme. Il consolida sa position principalement grâce à ses harangues, aux Cortès ou lors de réunions publiques. Il n’occupa pas de postes officiels dans le parti, si ce n’est dans son organe de presse, El Correo Español. Son prestige personnel devint rapidement un problème, aussi bien pour le prétendant que pour le leader politique du moment, Matías Barrio y Mier, designé pour maintenir les partisans de Cerralbo sous contrôle.. Sur ordre du prétendant carliste, Barrio suivit une politique prudente d’alliances électoralesDans les premières campagnes du , Mella appuya l’idée de former alliances catholiques de circonstance, par exemple contre la Ley de Jurisdicciones ou la loi sur les associations . Cette stratégie causa d’importantes controverses parmi les hommes politiques catholiques et fut soutenue officiellement par le Vatican, ce qui représenta un coup dur pour les intégristes et pour Ramón Nocedal personnellement., cherchant également à limiter l’influence de Mella dans El Correo. L'une des dernières décisions politiques du prétendant fut de nommer en 1909 un universitaire relativement inconnu, Bartolomé Feliú, comme successeur de Barrio, qui était malade, à la tête du parti ; cette décision fut un coup dur pour les partisans de de Mella, qui le considéraient comme le candidat naturel à la succeession, ce qui déclencha une série de protestations.
thumb|Le marquis de Cerralbo Après la mort du prétendant Charles VII, son fils le nouveau prétendant carliste, Jacques de Bourbon (Don Jaime) subit des pressions des cerralbistas pour renvoyer FeliúDon Jaime avait déjà été soupçonné d’avoir un penchant libéral ; Mella le présenta comme éduqué dans et quelque peu léger dans sa pratique catholique.. il opta pour un compromis, confirmant la nomination mais nommant Mella comme son secrétaire personnel. Après quelques mois passés ensemble en 1910, Vázquez de Mella rompit, désillusionné de son nouveau monarqueselon Mella, ; l’absence d’héritier de Don Jaime suscitait également une préoccupation croissante. Ce qui provoqua la rupture irréparable entre Mella et le prétendant durant la période où le premier fut secrétaire, en 1909-1910, n’est pas clair (on n’a pas connaissance d’un projet politique qui aurait pu susciter de telles divergences ou d’un évènement unique qui aurait pu déclencher cette hostilité). Pendant la campagne pour les élections de 1910, le mellisme émergea pour la première fois comme une stragégie : alors que Feliú autorisait des accords locaux strictement conditionnés par les revendications dynastiques, Vázquez de Mella montait une coalition anti-révolutionnaire, ultra-conservatrice et catholique avec Antonio Maura et sa faction du Parti conservateurCette stratégie déboucha sur les premières expulsions en 1910. Le directeur régional du parti carliste dans les provinces Basques, Tirso de Olazábal (qui quitterait 9 ans plus les rangs du prétendant pour rejoindre Mella), expulsa Pradera pour avoir conclu seul une alliance électorale avec un candidat maurista ; Don Jaime approuva la décision, qui aide à ; Pradera fut réadmis 3 ans plus tard.. Au cours des 2 années suivantes, le groupe, déjà qualifié de , s’affaira à discréditer Feliú, le chef délégué du carlismede Mella qualifia Feliú d’ ; tous les deux se livrèrent à une âpre lutte pour le contrôle El Correo Español , lorsque de Mella et Sánchez Márquez, agissant au nom de Feliú, revendiquèrent sa direction ; le différend déborda et atteignit l'administration officielle du parti., en menant une campagne visant à le présenter comme un leader incompétent, éludant la question des alliancesVoir pour plus de détails.. En 1912, Mella accusa Feliú de se maintenir illégitimement à la direction et exigea sa destitution, en menaçant le prétendant carliste de ne plus suivre ses critères qu’il jugeait dépourvu de . Dans la conception carliste, le roi doit être légitime non seulement en termes d'origines , mais il doit aussi détenir la (), c'est-à-dire qu’il doit gouverner conformément aux principes traditionalistes. Ignorer l'opinion des corps carlistes traditionnels aurait été la preuve d'un césarisme, incompatible avec la légitimité de l’exercice. Au départ, Mella n'avait pas envisagé une telle escalade, mais il fut provoqué par son adversaire le comte de Melgar, qui espérait que Don Jaime n’hésiterait pas à expulser Mella, en pleine rébellion, mais le calcul se retourna contre lui. Un autre sujet de débats était les accusations de manque d’orthodoxie catholique et de sympathies pro-libérales de Don Jaime, combinées à des rumeurs croissantes d’une plainte faite au tribunal de Paris d'une femme affirmant avoir donné naissance à un fils de Don Jaime. Don Jaime céda et à la fin de 1912, il rétablit Cerralbo à la présidence de la Junte supérieureIl renvoya Feliú peu de temps après..
Essor du mouvement (1912–1919) left|thumb|Discours de Vázquez de Mella en 1912.