Le Soir de Rezonville est un panorama réalisé par Alphonse de Neuville et Édouard Detaille entre 1882 et 1883. Huile sur toile de de long pour 14 de haut, elle représente la situation sur le terrain à 19h le lors de la Bataille de Mars-la-Tour.

En 1896, la toile sera découpée en 115 fragments qui seront vendus aux enchères.

Une vingtaine de fragments sont conservés au musée de Gravelotte en Moselle et une demi douzaine au Musée de l'Armée à Paris.

Histoire

Le projet financier Entre 1879 et 1880, la Belgique connaît une frénésie spéculative autour des panoramas, suivant le succès des projets de Charles Castellani. Dans ce contexte, un groupe d'hommes d'affaires belges voit une opportunité de capitaliser sur la popularité de deux des peintres français les plus renommés de scènes militaires, Édouard Detaille et Alphonse de Neuville.

Le groupe a approché de Neuville et Detaille séparément, proposant un projet qui mettrait en valeur leurs talents et commémorerait les événements de la guerre franco-prussienne. De Neuville fut le premier à signer, les journaux belges annonçant des opportunités d'investir lors de l'exposition de ses peintures. Des reproductions de son travail étaient exposées à Bruxelles pour attirer davantage d'investisseurs potentiels. Detaille fut également contacté et accepta de collaborer avec de Neuville sur le projet après une visite pour rencontrer les financiers à Bruxelles. Ensemble, ils acceptèrent de créer deux panoramas, l'un pour Paris qui sera le Panorama de la bataille de Champigny et un autre pour Vienne, qui sera le panorama de la bataille de Rezonville (ou Mars-la-Tour du cote allemand).

La Société Anonyme du Grand Panorama National de Vienne fut établie par un acte le , publié dans la Gazette belge le . La société fut formée pour capitaliser sur le succès de la souscription de la Société Nationale du Panorama de Paris qui fut souscrite plus de 2000 fois. L'appel à souscription pour 1 500 actions d'une valeur nominale de 100 francs pour un prix de 200 francs, 50 payables à la souscription et 150 à la réception des titres d'actions. Puisque la société était enregistrée avec un capital de 450 000 francs divisés en 4 500 actions de 100 francs chacune et 4 500 actions sans valeur nominale, cela signifie que les fondateurs ont vendu un tiers du capital versé pour payer la souscription des 3 000 actions qu'ils ont gardées tout comme les 4 500 actions de sans valeur nominale. Ils conservent donc 7 500 actions sur les 9 000 émises sans verser un sou de leur poche.

Realisation de l'oeuvre La toile fait de circonférence sur de haut et pèse et a été realisée par les deux peintres dans un atelier de la banlieue parisienne. La toile est centrée sur la rencontre, à la vieille croix de Rezonville, entre le général Bourbaki à la tête de la Garde impériale et le maréchal Canrobert commandant le corps d'armée..

Pour la réalisation, ils s’entoureront d’une équipe (dont le peintre Paul Mathey), pour les aider à peindre le paysage mais se réserveront les figures.

Le principe du panorama date de la fin du siècle et pendant tout le siècle suivant les techniques de production et de présentations s’améliorent. G. Bapst a témoigné de la technique de Detaille et de Neuville : Voici comment procèdent ces deux artistes : après avoir choisi le point d’où la vue sera prise, point qui doit correspondre à la plate-forme, ils lèvent, par la photographie, toutes les parties de l’horizon qu’ils rajustent ensuite ; sur cette reproduction exacte, ils exécutent l’esquisse de la peinture au dixième, aussi poussée que possible, afin qu’il n’y ait plus qu’à la transporter sur la toile. Pour reporter le paysage tel que la photographie le donne, ils se servent de projections photographiques lumineuses : on divise la toile et la photographie en dix parties égales correspondantes ; on projette chacune des parties photographiées sur les parties de la toile où elle doit être reproduite ; puis, au moyen du fusain, on trace les lignes que dessine la lanterne lumineuse et l’on a ainsi exactement le paysage.Contrairement aux autres peintres de panoramas, Detaille et de Neuville procèdent directement à l’œil aux modifications de perspective. Le réalisme reste saisissant, même pour ceux qui ont participé à la bataille. G. Gœtschy raconte ainsi une visite à l’atelier où se tient le panorama de Rezonville : Nous rejoignons les trois visiteurs et nous voilà tous gravissant, à la queue-leu-leu, l’étroit escalier qui conduisait à la plate-forme. En y atteignant, le général Bourbaki qui menait le défilé, ne put se défendre d’un peu de saisissement. Devant lui, reproduit dans tous ses détails avec une miraculeuse exactitude et une surprenante fidélité, se déroulait le champ de bataille de Rezonville. Ce fut au tour de ses collègues à s’extasier après lui. L’on reconstitua, de point en point, l’histoire du combat. De Neuville et Detaille énuméraient, tour à tour, et les noms des villages et les numéros des régiments. Pas un coin de la vaste toile où tout ne fut en sa place, et pas la plus mince erreur à relever ! Les troupes évoluaient dans leur ordre et les portraits criaient la ressemblance. Un instant le général de cavalerie parut soucieux : Il cherchait sa brigade. De Neuville la lui fit apercevoir dans le lointain du tableau, grande au plus comme la main, exactement à l’endroit qu’elle avait occupé - tout en s’excusant, avec un sourire, de n’avoir pas pu faire mieux, par égard pour la vérité » .

L'exposition de l'oeuvre La peinture militaire est très en vogue sous la République, marquée par le patriotisme et l'esprit de revanche et les panoramas connaissent un fort succès en Europe dans les années 1880, plusieurs capitales possédant alors des rotondes pour les exposer.

Vienne Le panorama est présenté à Vienne de 1883 à 1886.

Paris Le panorama de la bataille de Rezonville remplace de 1887 à 1892, le panorama de la Bataille de Champigny à la Rotonde du Panorama national (5, rue de Berri)Le panorama national se trouvait au 5 rue de Berri, a proximité du croisement avec les Champs-Élysées. À cet emplacement se trouve aujourd'hui un immeuble construit après-guerre abritant l'hôtel Warwick et une galerie commerciale, la galerie Berri Washington..

Berlin Le panorama est exposé à Berlin de 1893 a 1895.

Le déclin du gout des spectateurs pour ce type d'attraction et les prémices du cinéma, entraine la disparition ou la restructuration de ces rotondes. Difficiles à exposer ailleurs et à conserver, les panoramas vont être détruits ou, plus rarement, découpés comme dans le cas du Soir de Rezonville.

Inventaire des fragments En 1896, le panorama de Rezonville est découpé en 115 fragments qui sont vendus aux enchères à la galerie Georges Petit à Paris.La Galerie Georges Petit se trouvait 8 rue de Sèze, non loin de la Madeleine, dans le arrondissement. Elle n'existe plus aujourd'hui.La vente aux enchères fut assurées par le commissaire-priseur parisien Paul Chevallier.. En outre on peut retracer les découpes successives suivantes, qui portent le nombre de fragments probable à 124 :

le lot 52 a été découpé après 1903 pour séparer le Maréchal Canrobert du Général Bourbaki le lot 82 a été découpé en au moins deux fragments (probablement plus) les lots 94 et 96 ont été coupé en sept fragments entre 1896 et 1898 le lot 97 a été découpé en au moins trois fragments

Vente du 16 juin 1896 Le tableau suivant reprend le catalogue de la vente de 1896, indique la section du fragment sur le site de la Réunion des Musées Nationaux LotSectionAuteurTitreCommentaires (français)H(cm)L(cm)Localisation/Vente et propriétaires1Section LNeuvilleAprès la batailleUn officier de chasseurs à pied, blessé, appuyé sur son ordonnance, serre la main à un officier de dragons et à un officier d'état-major185250Musée de la guerre de 1870 et de l'Annexion (Gravelotte, France)

Vendu par Casa Saráchaga (Argentine) le 22 septembre 2017, lot 5192Section LNeuvilleUn dragon ramasse des lances de uhlans1792053Section LNeuvilleAprès la "Chevauchée de la mort"1851004Section MNeuvilleCuirassiers de la brigade de Gammont (n°1)782405Section NNeuvilleCuirassiers de la brigade de Gammont (n°2)751216Section MNeuvilleCuirassiers de la brigade de Gammont (n°3)621607Section ONeuvilleDragons de la brigade Murat (n°1)125236Ventre Lair-Dubreuil/ Petit Drouot (Paris, France) 17 mai 1913, lot 32

Vente MeetingArt, (Vercelli, Italie) le 22 octobre 2023, lot 202

Musée de la Guerre de 1870 et de l'Annexion (Gravelotte, France) en attente d'accrochage

Le fragment représente clairement un groupe de cuirassiers et il n'y a pas d'autre fragment aux dimensions correspondantes, donc nous devons supposer une erreur dans l'étiquetage original.8Section MNeuvilleDragons de la brigade Murat (n°2)1062159Section MNeuvilleDragons de la brigade Murat (n°3)Ce sont les dragons de Murat et les cuirassiers de Grammont qui chargèrent et dispersèrent les cuirassiers et les uhlans du général de Bredow9016510Section NNeuvilleLe général prince Joachim Murat et des officiers13617011Section LNeuvilleUn dragon gardant des prisonniers allemands (n°1)20514812Section NNeuvilleUn dragon gardant des prisonniers allemands (n°2)210165Tourcoing, MUba Eugène Leroy

Absent de l'inventaire en ligne mais mentionné par Robichin, on peut le supposer perdu13Section NNeuvilleUn dragon gardant des prisonniers allemands (n°3)15217614Section LNeuvilleTrompette de dragons1057515Section ONeuvilleDragon Au fond, les cuirassiers et carabiniers de la garde impériale234130Musée de la Guerre de 1870 et de l'Annexion (Gravelotte, France)

Vente Bonhams (Jersey) May 8, 2006 Lot 14916Section ANeuvilleCuirassiers et carabiniers de la garde impériale12016517Section NNeuvilleUn capitaine d'état-major interroge deux prisonniers allemands, qu'accompagne un chasseur à pied de la garde impériale165233Musée de l'Armée (Paris)

L'officier d'état-major n'est pas avec un chasseur à pied mais avec un hussard du premier régiment.18Section MNeuvilleUn dragon tenant un cheval par la bride10715019Section JNeuvilleArtilleur à pied menant par la bride son cheval blessé9316920Section KNeuvilleUhlan blessé et lignard mort160273Musée de la guerre de 1870 et de l'annexion (Gravelotte, France)21Section LNeuvilleCuirassier allemand, dragon français et uhlan gisant sur le sol113205Museum Jorn, (Silkeborg, Danemark)22Section LNeuvilleUn fantassin français, blessé145112Musée de la guerre de 1870 et de l'Annexion23Section LNeuvilleUn uhlan, un cuirassier allemand, morts113235Musée de l'Armée (Paris)24Section NNeuvilleLignard et uhlan tués100220Musée des Beaux-Arts de Caen..25Section MNeuvillePlusieurs chevaux allemands, groupe12111126Section ONeuvilleUhlan mort145202Musée de l'Armée (Paris)27Section KNeuvilleChasseur à pied, lignard et chevaux tués213295Musée de Grenoble28Section JNeuvilleDeux fantassins français morts et un uhlan blessé16021529Section ONeuvilleUn lignard, un chasseur à pied hors de combat125227Musée de l'Armée (Paris)30Section K