Le siège d'Amida ( - ) est un épisode de la Deuxième Guerre romano-perse (337 - 363) qui oppose les défenseurs romains de la cité d'Amida (Diyarbakir, en Turquie), bastion de Mésopotamie du Nord situé à la frontière avec la satrapie arménienne soumise à Rome de Sophanène. C'est l'un des plus importants épisodes militaires du , opposant les troupes romaines installées en garnison dans la ville à l'armée d'invasion du roi perse sassanide (309 - 379). Le siège, qui se termine par une défaite pour l' Empire romain, a été couvert par Ammien Marcellin, ancien militaire grec originaire d'Antioche devenu historien et présent sur les lieux. L'épisode constitue un retournement dans le cours de la guerre entre les deux empires à l'avantage des Sassanides.
Sources La source d'information la plus importante sur le siège d'Amida de 359 provient d'un témoin direct de l'épisode, Ammien Marcellin (vers 330 - vers 395). Notable antiochien, ce grec de bonne famille est d'abord un militaire de carrière, au service du général romain Ursicinus en tant que protector domesticus, fonction qui englobe à la fois des activités de garde du corps, d'officier d'état-major et d'espion. Après Amida, il sert en Perse sous les ordres de l'empereur Julien (361 - 363) puis quitte l'armée après la défaite de 363. Il voyage alors dans les provinces orientales de l'Empire avant de s'établir à Rome, où il débute la rédaction de ses , simplifiée par Res Gestae, une œuvre historique en 31 livres qui narre l'histoire militaire et politique de Rome de l'avènement de l'empereur Nerva en 96 à la bataille d'Andrinople en 378. Si les 15 premiers livres sont perdus, les 16 suivants racontent en détail, notamment concernant les événements militaires dont il est à plusieurs reprises témoin direct, les péripéties de l'Empire au cours des années 350 - 370, décennies décisives du . Le siège d'Amida occupe les huit premiers chapitres de son Liber XIX.
Contexte
Première guerre romano-perse (230 - 298/299) Ce conflit est un des plus importants du . Il oppose pour la seconde fois les deux puissances au Proche-Orient : l'Empire romain et l'Empire sassanide. Ce dernier a émergé au début du des ruines de l'Empire parthe. Son premier souverain, Ardachir Ier (224 - 241), un noble d'origine perse, était parvenu à écraser la dynastie arsacide parthe qui régnait alors sur les plateaux iraniens et à se faire couronner Roi des rois en 224. Dès 230, il était entré en conflit avec le voisin romain auprès duquel il prétendait récupérer les territoires occidentaux anciennement contrôlés par l'Empire achéménide. Durant tout le la guerre fait rage entre les deux puissances qui s'infligent des coups violents mais ne parviennent pas à l'emporter. En 298/299 toutefois, les tétrarques Dioclétien et Maximien Galère imposent aux Perses la paix de Nisibe (moderne Nusaybin en Turquie) après la victoire de la campagne de ce dernier en territoire sassanide l'année précédente. Le traité signé entre les deux empires est favorable aux Romains. En échange du retour de la famille royale capturée par les Romains, le Roi des rois Narseh (293 - 302) reconnaissent la tutelle romaine sur le Royaume d'Arménie et sur son roi, Tiridate IV (298 – 330), que la Perse reconnait comme souverain légitime. Le souverain du Royaume d'Ibérie du Caucase, autre Etat-tampon entre les deux empires, est aussi placé sous l’autorité de Rome. Les Romains obtiennent le contrôle des cinq satrapies du sud de l'Arménie (l’Arzanène, la Corduène, la Moxoène, la Zabdiène et la Réhimène), renforçant ainsi leur présence en Haute Mésopotamie. Ces territoires seraient toujours dirigés par des satrapes arméniens héréditaires mais sous contrôle romain. D’autre part, les Perses doivent restituer à l’Empire la cité de Nisibe ainsi que Carrhae (Harran, en Turquie), Callinicum (Raqqa, en Syrie) et Edesse (Şanlıurfa, en Turquie). La cité d'Amida puissamment fortifiée par les Romains devient comme Nisibe une position clé dans la sécurité du limes mésopotamien. La frontière est repoussée sur les rives du Tigre et trois provinces romaines situées sur les anciens territoires perses voient le jour : l’Euphratèse, l’Osroène et la Mésopotamie, où se trouvait Amida. L'accord est vécu comme une humiliation par les Perses qui ne s'en accommodent pas .
Deuxième guerre romano-perse (337 - 363) : première phase (337 - 350) Malgré l'aigreur des Perses, le traité de Nisibe va tenir pendant un peu moins de trente ans. Soupçonneux, les deux empires se contentent de petits raids et d'affrontements indirects via leurs vassaux arabes pendant les premières décennies du . Les relations entre Romains et Perses s'échauffent toutefois de nouveau au cours des années 330, principalement du fait des prétentions sassanides sur l'Arménie et les provocations romaines dans la région. Après une déclaration de guerre en 336 et une invasion avortée de l'Arménie par les Perses, l'empereur Constantin Ier (306 - 337) quitta sa capitale de Constantinople pour mener une expédition punitive en Perse. Affaibli par la maladie, l'empereur meurt en chemin le .
Son fils et successeur responsable des provinces orientales, Constance II (337 - 361), préfère prendre une posture défensive, s'appuyant sur les défenses du limes mésopotamien. Au temps où il était César responsable de l'Orient, il avait ainsi fait renforcer les défenses d'Amida. Pendant dix ans, le Roi des rois Chapour II va s'échiner en vain à s'emparer de positions en Mésopotamie romaine. Il échoue ainsi à trois reprises à s'emparer de Nisibe, en 337, 346 et 350. Bien que des campagnes ont lieu chaque année, ni les Romains ni les Perses ne parviennent à faire pencher la balance en leur faveur. Après son troisième échec devant Nisibe en 350, Chapour II se détourne pendant près de sept ans du front mésopotamien et s'occupe de la frontière orientale de son empire menacée par des populations voisines. Des négociations de paix ont lieu en 356 - 358 mais elles échouent, les deux belligérants ne souhaitant traiter qu'en position de force . Deuxième guerre romano-perse (337 - 363) : l'invasion perse de la Mésopotamie (hiver 358 - automne 359) Durant toute l'année 358, les deux empires se préparent à un nouvel affrontement. Constance II dépêche des nuées d’espions chargés de récolter un maximum d’informations sur l’ennemi. Des intrigues de cour perturbent ses préparatifs. Alors qu’il a décidé au départ de placer le général Ursicinus, patron d'Ammien Marcellin, à la tête de la défense de Mésopotamie, il le rappelle subitement auprès de lui pour s’expliquer sur de vagues ambitions à la pourpre qui lui avait été attribuées. Il est remplacé comme magister militum d’Orient par Sabinianus, un officier plus âgé, pour se charger de la situation. Ursicinus est finalement renvoyé en Orient comme collègue de Sabinianus en tant que Les deux hommes entrent en conflit. De son côté, Chapour II lance des raids de pillage en Mésopotamie pour reconnaître le terrain et parvient à attirer à lui un transfuge, le tribun Antonius de Nisibe, ancien garde du corps du dux de Mésopotamie, qui cherche à fuir l’Empire car poursuivi par le fisc. L’officier achète une maison en Hiaspide, région frontalière située sur les bords du Tigre pour se rapprocher de la Perse et garantir la discrétion des tractations menées entre ses serviteurs et le satrape Tamsapor. Une fois assuré du bon accueil du Roi des rois, Antonius franchit le Tigre de nuit avec sa famille et son entourage et gagna Ctésiphon, escorté par une troupe de cavaliers, et fournit des informations à Chapour II, ce qui le convainc encore plus de mener son offensive ..
Au début du printemps, Chapour II, parti de Ninive (Mossoul, en Irak) en Assyrie, pénètre dans la province de Mésopotamie à la tête d’une forte armée, renforcée de contingents alliés Kouchans, Saces,Albaniens et Kidarites, ses derniers ayant leur roi Grumbatès en personne à leur tête. Ursicinus est alors en Thrace lorsqu’il reçoit l’ordre de repartir en Orient. Informé par des espions et des déserteurs que le Roi des rois a passé la frontière, Ursicinus se rend à Nisibe où il établit son quartier-général tandis que Sabinianus s’installe à Edesse. Le parti reconnaître les défenses de la Mésopotamie et inspecter ses places fortes, Ammien à ses côtés. Après quelques péripéties, le groupe gagne Amida. Parvenu dans la forteresse, Ursicinus reçoit un message chiffré de l'ambassade romaine à Ctésiphon qui l’informe des projets de Chapour II et que le Roi des rois fait route vers l’ouest avec son armée. Il envoie Ammien Marcellin et un centurion en mission de renseignement auprès de Jovinianus, satrape de Gordyène, ancienne province arménienne de Mésopotamie du Nord, qui fait de l’espionnage pour le compte des Romains. Celui-ci les accueille et leur indique un point d’observation depuis lequel il peuventt observer l’armée perse. Ayant récolté assez d’informations, Ammien et son compagnon retournent auprès d’Ursicinus et l'informent que les Perses ont quitté Ninive et franchi l’Anzabe, un affluent du Tigre, en Adiabène. Ils estiment que les forces du Roi des rois n’ont totalemne franchi le fleuve qu’au bout de trois jours .. Fort de ces renseignements, Ursicinus prend des mesures défensives pour ralentir la progression de l'armée perse. Cette dernière suit d'abord un itinéraire qui laisse présager une nouvelle attaque contre Nisibe. Chapour II, à la surprise des Romains, ignore la puissante cité et poursuit sa route vers l'ouest. Craignant que les Perses lancent une offensive sur la Syrie et Antioche, Ursicinus quitte Amida avec sa troupe et se dirige vers Samosate (Samsat, en Turquie), cité d'Euphratèse au sud-ouest d'Amida, dans l’intention d'y détruire les ponts qui enjambent l'Euphrate. En chemin, Ursicinus et ses hommes sont attaqués par un groupe d'éclaireurs perses mené par le renégat Antonius qui parvient à disperser la troupe. Le prend la fuite en direction des monts Taurus avant de gagner Edesse où se trouve son collègue Sabinianus qui depuis le début de l’offensive est resté inactif .. De son côté, Ammien Marcellin se replie avec quelques compagnons vers Amida. Malgré cette victoire, Chapour II décide de remonter vers le nord, en direction d'Amida. Le général Nohodarès et le satrape Tamsapor sont envoyés en avant-garde et commencent par occuper les collines dans les environs de la cité.
Siège
Préliminaires (25 juillet - 06 août)