La série de bandes dessinées des Aventures de Tintin, créée par le dessinateur belge Hergé en 1929, a fait l'objet de nombreuses adaptations au cinéma et à la télévision, que ce soit en prise de vues réelles ou en film d'animation. La plupart de ces adaptations reprennent le scénario des différents albums de la série, à l'exception des films Tintin et le Mystère de la Toison d'or, Tintin et les Oranges bleues et Tintin et le Lac aux requins qui, eux, s'appuient sur des scénarios originaux.
Premières adaptations Des débuts hésitants (1947-1948) En 1947, deux pionniers du cinéma d'animation belge, Claude Misonne et son mari João Michiels, réalisent Le Crabe aux pinces d'or, une adaptation de l'album paru en 1941 en un long-métrage où les personnages sont mis en scène par le biais de poupées de chiffon. Le film est projeté au cinéma ABC de Bruxelles, le , devant près de deux mille enfants, mais après la faillite de son producteur, Wilfried Bouchery, les bobines sont saisies et toutes les autres projections sont annulées. Une copie du long-métrage est conservée à la Cinémathèque royale de Belgique. En 2007, le film est publié en DVD..
Échaudé par cette première expérience, Hergé adresse un courrier en au producteur et réalisateur américain Walt Disney. Pour le convaincre d'adapter ses œuvres en dessin animé, l'auteur belge lui fait parvenir sept de ses albums, du Lotus bleu au Trésor de Rackham le Rouge, mais sa demande reste vaine. Un collaborateur des studios Disney, Gil Souto, lui fait savoir que la société ne cherche pas de nouveaux projets et lui retourne ses albums, qui n'ont pas même été déballés..
Tintin sur la RTF (1957-1959) vignette|alt=Photographie en noir et blanc d'un homme âgé.|L'animateur Jean Nohain interprète les personnages de Tintin dans la première adaptation télévisée de la série. En 1957, Raymond Leblanc, qui a fondé les studios Belvision trois ans plus tôt, signe un contrat avec la RTF portant sur la coproduction de deux mini-séries, intitulées Les Aventures de Tintin et adaptées des albums Le Sceptre d'Ottokar et L'Oreille cassée. Comprenant respectivement huit et sept épisodes de 13 à en noir et blanc, ces deux séries sont réalisées par Anne-Marie Ullmann, sous la supervision de Bob de Moor, l'assistant d'Hergé, et font intervenir l'animateur Jean Nohain pour doubler l'intégralité des personnages. Ces deux adaptations, peu convaincantes, déçoivent Hergé, mais leur succès lors de la diffusion sur l'unique chaîne en noir et blanc de la est réel.
L'année suivante, Raymond Leblanc engage le chanteur lyrique et comédien hongrois Yvan Szucs qui réalise pour lui différentes adaptations dont une version inaboutie dOn a marché sur la Lune.
Des années 1960 aux années 1970 : des productions multiples Une nouvelle série produite par Belvision (1959-1964) En 1959, Leblanc signe par l'intermédiaire de l'homme d'affaires Jacques Grinieff un contrat avec la société américaine de Larry Harmon prévoyant l'adaptation de plusieurs aventures en film d'animation. Le producteur américain, accompagné de son scénariste Charlie Shows, rencontre notamment Hergé à Bruxelles pour discuter des détails du projet. Quelques semaines plus tard, il revient présenter un pilote de cinq minutes, réalisé à partir de l'album Objectif Lune par un ancien animateur des studios Disney, Paul Fenney. Hergé s'oppose à certains choix, comme le fait que Tintin arbore l'initiale de son nom sur son tee-shirt, à la manière du « S » de Superman. Le décès brutal de Jacques Grinieff interrompt le projet, alors qu'une série de de cinq minutes a été déjà produite aux États-Unis.
Finalement, Raymond Leblanc poursuit le projet en s'associant avec la société française Télé-Hachette, ce qui aboutit à la création de la série Les Aventures de Tintin, d'après Hergé, réalisée par Ray Goossens avec la collaboration de Charlie Shows. Assistant d'Hergé, Michel Gregen supervise la production. Sept albums sont d'abord adaptés entre 1961 et 1963, mais les libertés prises avec le scénario original des récits déçoivent une nouvelle fois Hergé : le professeur Tournesol n'est pas sourd et Haddock ne boit pas d'alcool, tandis que l'expédition lunaire est organisée pour sauver Milou, envoyé par erreur dans l'espace. Le succès est cependant au rendez-vous et la série est diffusée sur plusieurs chaînes francophones et anglophones. Après le désistement de Télé-Hachette, la société Belvision produit seule une huitième et dernière aventure, L'Affaire Tournesol, en 1964. Les épisodes, toujours réalisés par Ray Goossens, sont alors scénarisés par Michel Greg et Bernard Fredisch.
Films en prises de vue réelles (1961-1964) Vers la fin des années 1950, les demandes d'adaptations cinématographiques se multiplient. L'explorateur Jacques-Yves Cousteau envisage de tourner Le Trésor de Rackham le Rouge en construisant le sous-marin du professeur Tournesol à taille réelle. En 1957, le jeune producteur français André Barret sympathise avec Hergé et le convainc de lui confier les droits de reproduction. Dans un premier temps, André Barret propose de travailler sur un scénario original qui serait tourné au Japon, mais le dessinateur préfère une adaptation d'un album existant. Selon lui, Les Sept Boules de cristal est le plus approprié. Soutenu par l'éditeur Robert Laffont, André Barret signe un contrat avec la société Casterman en 1958. Il prend contact avec de jeunes réalisateurs français comme Alain Resnais, qui rêve de tourner L'Île Noire entièrement en studio. Le projet est finalement jugé trop coûteux. André Barret désigne Remo Forlani pour la rédaction d'un scénario original, avec le soutien d'Hergé. Alors que Philippe de Broca est un temps pressenti, c'est finalement Jean-Jacques Vierne qui assure la réalisation de ce film, le premier consacré au héros d'Hergé en prises de vue réelles.. La distribution rassemble des acteurs expérimentés, comme Georges Wilson dans le rôle du capitaine Haddock ou encore Charles Vanel, Marcel Bozzuffi et Dario Moreno, la recherche d'un acteur pouvant incarner Tintin est plus difficile. C'est sur une plage d'Ostende que Chantal Rivière, la fille d'un ancien collaborateur d'Hergé, Jacques Van Melkebeke, repère Jean-Pierre Talbot, un jeune moniteur de sport dont les qualités athlétiques et le physique conviennent au rôle. Le tournage s'effectue principalement en Grèce et en Turquie et le film sort finalement en 1961, sous le titre Tintin et le Mystère de la Toison d'or.
Dans ce long-métrage, Tintin et Haddock se rendent à Istanbul et sont menacés par une organisation turque voulant s'emparer du bateau La Toison d'or que l'ami du capitaine, Thémistocle Paparanic, lui a légué. En France, le film enregistre d'entrées et se classe au treizième rang du box-office français. Ce succès relatif masque la difficulté d'adapter à l'écran les personnages issus de la bande dessinée d'Hergé.
André Barret renouvelle pourtant l'expérience en produisant un deuxième long métrage, Tintin et les Oranges bleues, qui sort en salle en 1964. Jean-Pierre Talbot endosse de nouveau le costume de Tintin, cette fois aux côtés de Jean Bouise dans le rôle du capitaine. Dans ce film réalisé par Philippe Condroyer, le scénario rédigé par André Barret lui-même, avec la collaboration de René Goscinny, conduit les deux amis à la recherche du professeur Tournesol, victime d'un enlèvement à la suite de sa découverte sur de mystérieuses oranges bleues mises au point par le savant espagnol Anténor Zallaméa. Sur le plan commercial, Tintin et les Oranges bleues totalise moins d'entrée que son prédécesseur. La même année, un autre film rencontre un certain succès : L'Homme de Rio, réalisé par Philippe de Broca et avec Jean-Paul Belmondo dans le rôle titre, est largement inspiré des Aventures de Tintin, en particulier de L'Oreille cassée dont il reprend plusieurs éléments de l'intrigue..
Un troisième film est un temps en projet mais André Barret ne parvient pas à le financer.. En 1966, le producteur pense néanmoins se séparer de Talbot, jugé désormais trop âgé, pour un éventuel prochain film. À l'instigation de Hergé, séduit par le Canada lors d'un voyage en 1965 pour le salon du livre de Montréal, un projet est envisagé dans ce pays, avec la collaboration de l'ONF.. Un premier synopsis évoquant la guerre froide et la course à l'espace est élaboré, avec l'idée singulière de le tourner entièrement sur le site de l'Exposition universelle de 1967 alors en construction. Hergé rejette cette intrigue et le principe de la cantonner dans l'Expo 67, préférant exploiter les véritables paysages du Canada. Le coproducteur local Jacques Bobet propose au dessinateur d'imaginer lui-même le scénario, afin d'être sûr de la fidélité à son œuvre. Accaparé notamment par l’album Vol 714 pour Sydney, Hergé se contente de faire adapter par Jacques Martin le vieux projet de Tintin et le Thermozéro, album abandonné écrit par Greg, en y déplaçant l'action au Canada. Ce synopsis envoyé en satisfait l'ensemble des parties mais le projet s'enlise. En 1968, Barret et Laffont consentent, contre une somme importante, à mettre fin à leur contrat d'exclusivité d'adaptation, à la faveur de Raymond Leblanc désireux de lancer de nouveaux dessins animés pour le cinéma..
Deux nouveaux longs métrages d'animation (1969-1972) La réussite commerciale de la série Les Aventures de Tintin, d'après Hergé pousse Raymond Leblanc à se tourner vers la réalisation de films de long-métrage pour le cinéma, à l'instar de ce qu'il a réalisé pour Astérix. En 1969, Tintin et le Temple du Soleil, un film d'animation réalisé par les studios Belvision à partir des albums Les Sept Boules de cristal et Le Temple du Soleil, sort sur les écrans. L'adaptation est signée par Hergé lui-même, Eddie Lateste, Jos Marissen et László Molnár, avec des dialogues écrits par Greg. Pour les besoins du film, près de et sont réalisés, tandis que trois caméras automatiques tournent en continu pendant un an.. Le célèbre chanteur belge Jacques Brel est sollicité pour l'écriture de deux chansons. Le film est un succès, avec plus de deux millions de spectateurs, ce qui le place au onzième rang du box-office, mais les spécialistes et les amateurs de l'œuvre d'Hergé sont déçus par la qualité scénaristique et artistique de cette production.
En 1972, un nouveau long-métrage d'animation, Tintin et le Lac aux requins, est produit par Belvision d'après un scénario original de Greg. Adapté par Rainer Gocksch, Eddie Lateste, Jos Marissen et Jean-Michel Charlier, le film envoie les héros en Syldavie, sur les rives d'un lac où le professeur Tournesol a mis au point une machine capable de reproduire toutes sortes d'objets en trois dimensions, attirant la convoitise de Rastapopoulos. Cette aventure cinématographique est ensuite adaptée en bande dessinée dans différents périodiques européens, d'abord dans une version en noir blanc pour les quotidiens France-Soir, Le Soir, Het Nieuwsblad et De Standaard, puis en couleur dans des journaux allemands et néerlandais, avant d'être éditée en album.
Des années 1980 aux années 1990 Projets avortés