Clara Ward ou Princesse de Caraman-Chimay ou Clara de Chimay ( - ) est une riche Américaine qui a épousé le prince belge Joseph de Caraman-Chimay. Son idylle subséquente avec un violoniste tzigane a captivé les médias dans les dernières années du .
Biographie
Née à Détroit, Clara Ward est la fille du capitaine Eber Brock Ward (1811–1875) et de sa seconde épouse, Catherine Lyon, nièce du sénateur Benjamin Wade. Son père était surnommé le King of the lakes pour ses participations dans le trafic maritime sur les Grands lacs. Il possédait aussi des scieries à Ludington, Leland, Milwaukee et Chicago ainsi qu'une mine d'argent au Colorado. Il a été le premier à utiliser le procédé Bessemer dans son aciérie de Wyandotte. La jeune Clara, qui hérite d'une fortune de trois millions de dollars, fait son éducation à Londres. Elle a la réputation d'être une élève rebelle, impossible à discipliner.
gauche|vignette|Portrait de Clara Ward par Giovanni Boldini en 1889. Clara rencontre le prince Joseph de Caraman-Chimay lors d'un séjour à Nice. Le mariage a lieu à Paris le devant le nonce apostoliqueLe Gaulois, 14 mai 1890, . De confession protestante, Clara avait dû se convertir au catholicisme pour pouvoir épouser son prince.. Par son mariage, Clara devient princesse de Caraman-Chimay, titre généralement abrégé en princesse de Chimay. Elle avait tandis que son mari en avait 31. Par ce mariage, Clara devient la belle-sœur d'Élisabeth de Riquet de Caraman-Chimay ou comtesse Greffulhe qui occupait une place éminente dans l'aristocratie parisienne et qui a inspiré à Marcel Proust le personnage de la duchesse de Guermantes. Élisabeth n'appréciait guère Clara, estimant qu'elle manquait de manières, s'habillait mal et mettait trop de rouge.
Deux enfants sont nés de ce mariage : Marie Elisabeth Catharine Anatole de Riquet, Comtesse de Caraman-Chimay (1891–1939) et Marie Joseph Anatole Pierre Alphonse de Riquet, Prince de Caraman-Chimay (1894–1920).
vignette|La Vérité, par Jules Lefebvre (1870)
Au début du mois de , alors que le prince et la princesse dînaient au Maxim's, le grand restaurant parisien, Clara est attirée par un violoniste gitan, Jancsi Rigó. Quelques jours plus tard, après une série de rencontres secrètes, Clara fugue avec Jancsi.. Le scandale est énorme. Le prince lance dès la mi-janvier une procédure de divorce, lequel est prononcé à Charleroi le .
En , Clara met au point un numéro de music-hall dans lequel elle s'expose, vêtue d'un maillot couleur chair, en divers « tableaux vivants ». Elle se produit d'abord à Vienne, puis se rend au Wintergarten de Berlin, mais le spectacle y est vite interdit pour indécence par l'empereur Guillaume II, qui se rend à la demande de l'ex-beau-père de Clara, ministre des Affaires étrangères pour le gouvernement belge« Princess of the Folies Bergère », 1898.. En avril, Clara se produit aux Folies Bergère dans un numéro comportant « trois poses plastiques ». L'un de ceux-ci est une réplique de l'allégorie de la Vérité, telle qu'elle a notamment été peinte par Jules Lefebvre en 1870. Le scandale agite la presse parisienne. Un rédacteur anonyme du Gaulois estime que Clara . Le spectacle est interdit quelques jours plus tard par le préfet. , causant une forte déception dans le publicLe Rappel, 23 avril 1897.. Pour se venger, Clara fait imprimer des cartes postales de sa photo en « pose artistique » pour mise en vente dans les vitrines parisiennesLe Rappel, Photographies obscènes, 10 décembre 1897..
Le couple se rend en Italie, mais continue à passionner l'opinion publique. Sa mort est annoncée en 1898, mais faussementLa Lanterne de Boquillon, .. En fait, cette année-là, elle visite Le Caire puis se rend à Budapest. De là, ils se rendent à Pákozd village natal de Jancsi Rigó, dont la mère vivait dans une hutteLe Rappel, 13 mai 1898..
Le couple éclate en lorsque Clara rencontre, dans un train près du Vésuve, Giuseppe Ricciardi, neuf ans plus jeune qu'elle et qui était contrôleur de tickets. C'est le coup de foudre et elle décide de l'épouserC'est le troisième mari de Clara à se prénommer Joseph, car Jancsi en hongrois signifie aussi Joseph, ce qui l'a amenée à dire que sa vie était « a comedy of Josephs » (). Ils partent pour une tournée théâtrale aux États-UnisLe Rappel, 12 septembre 1904.. Elle demande le divorce de Ricciardi en ..
Elle meurt à Padoue, le , des suites d'une maladie, à l'âge de , laissant un peu plus d'un million de dollars à partager entre ses enfants et son troisième époux, Giuseppe Ricciardi. « Clara Ward left $1,124,935 estate », The New York Times, 23 décembre 1916..
Jancsi Rigo meurt à New York le .
Répercussions sociales et culturelles
Arts visuels : Clara Ward apparaît souvent en photo et sur des cartes postales. Henri de Toulouse-Lautrec a donné du couple une lithographie qui montre la princesse cachant son amant dans sa loge sous le titre Idylle princière, 1897. Il l'a également représentée dans sa pose de « tableau vivant » de l'allégorie de la VéritéLithographie au crayon, au pinceau et au crachis, n° 83, dans Les Lautrec de Lautrec, catalogue de l’exposition de la Bibliothèque Nationale et de la Queensland Art Gallery, France Australie, 1991, p. 109. .
Littérature : Marcel Proust s'est intéressé à ce scandale qui affecta son amie la comtesse Greffulhe, sœur du mari abandonné. Il fait de Clara de Chimay la cousine du baron de Charlus dans À l’ombre des jeunes filles en fleursMarcel Proust, À l’ombre des jeunes filles en fleurs, .. Ce dernier déclare à son propos : Cependant, Proust appréciait beaucoup la princesse de Chimay et il a correspondu avec elle, ainsi qu'il le mentionne dans une lettre adressée en à la princesse Bibesco :
Philosophie : Pour G. de Vorney, collaborateur du Rappel, Clara incarne l'idéal nietzschéen du surhomme :
Psychologie : En 1904, H. C. Hughes, professeur de psychiatrie aux États-Unis, a consacré un article à Clara Ward, en se basant sur un long entretien qu'elle a accordé dans son hôtel de Londres ou Paris à un journaliste. Le psychiatre conclut qu'elle est une « érotopathe », « aveugle aux normes sociales, morales et organiques qui gouvernent généralement les personnes de son sexe » et que les « tendres bras d'une tutelle légale » auraient dû la placer depuis son adolescence dans un « sanatorium amical » et l'y maintenir.
Cinéma : Le personnage de Simone Pistache interprété par Shirley MacLaine dans le film Can-Can est basé en partie sur Clara Ward, compte tenu des collants couleur chair qu'elle affectionnait.
Photographies et illustrations
Références
Sources bibliographiques
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Liens externes
Smithsonian Channel, How Clara Ward Scandalized All of Belgium
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