L'histoire des Juifs à Kłodzko (Glatz jusqu'en 1945) commence dès le . Mais ceux-ci sont expulsés de la ville en 1492, et ce n'est qu'à partir de 1812 et le décret d'émancipation qu'une présence juive durable est établie. La communauté qui a atteint 251 membres dans les années 1880, ne compte plus que 26 membres en 1939, dont la grande majorité est assassinée pendant la Shoah.

La ville, sous le nom allemand de Glatz, fait partie de l'empire des Habsbourg jusqu'en 1763, date à laquelle elle est annexée par la Prusse. Elle reste allemande jusqu'à la fin de la Seconde Guerre mondiale où elle est attribuée à la Pologne et prend le nom polonais de Kłodzko.

Kłodzko est une ville polonaise, chef-lieu du powiat qui porte son nom, dans la voïvodie de Basse-Silésie. Située au Sud-Ouest de la Pologne sur la rivière Neisse de Glatz, affluent de l'Oder, elle compte actuellement un peu moins de .

Du Moyen Âge à l'expulsion en 1492 La présence de Juifs à Glatz est attestée en 1347. La ville de Neurode (maintenant Nowa Ruda), ville située à environ 20 km au nord-ouest de Glatz, est donnée en gage au prêteur juif Schmuel de Glatz par le seigneur de la ville Hannus Wüstehube qui a besoin d'argent pour le développement de la ville: Bernhard Brilling: Die jüdischen Gemeinden Mittelschlesiens. Entstehung und Geschichte; Stuttgart - Berlin – Cologne, 1972; page: 80; . En 1352, Wüstehube, qui a remboursé sa dette et récupéré Neurode, vend celle-ci à Hensel von Donyn: Hugo Weczerka: Neurode; in: Handbuch der historischen Stätten. Schlesien; éditeur: Kröner; Stuttgart; 1977; page: 348; . Les Juifs possèdent des maisons et des commerces, et travaillent principalement dans le prêt sur gage. Ils disposent d'une synagogue, mentionnée en 1383 et probablement située à l'angle de la Nonnengasse (plus tard Judengasse) et de la Schweidlergasse, ainsi que d'un cimetière implanté devant la porte de Bohême.

Ils jouissent d'une tolérance relative de la part des autorités locales. Originaires de Prague et de Bohême, selon les sources, ils habitent surtout au , dans la Schweidlergasse, au Rossmarkt et dans la Pfaffenbergische Gasse: Bernhard Brilling: Die jüdischen Gemeinden Mittelschlesiens. Entstehung und Geschichte… page: 81.

La protection des juifs et le permis de séjour associé relèvent de la mairie de Glatz. Les Juifs réclament leurs droits devant le Vogt de Glatz. En 1453, avec le consentement des guildes et des autres citoyens, la ville délivre à trois Juifs, Jeruham, Isaac et Lazar ainsi qu'à leurs familles et serviteurs une Schutzbrief (lettre de protection) de six ans, avec possibilité de prolongation: Franz Volkmer et Wilhelm Hohaus: Ältestes Glatzer Amtsbuch oder Mannrechtsverhandlungen von 1346-1390. Geschichtsquellen der Grafschaft Glatz (Le plus ancien livre officiel de Glatz ou les négociations sur les droits de l'homme de 1346 à 1390. Sources historiques du comté de Glatz); 5 volumes; éditeur: Habelschwerdt; 1891; pages: 75, 77, 122, 321, 323.

À la différence des autres communautés juives de Silésie, les juifs de Glatz ne sont pas persécutés jusqu'à la fin du . Ce n'est qu'en 1492, que les Juifs sont expulsés de Glatz, accusés d'avoir profané une hostie: Klaus-Dieter Alicke: Glatz (Schlesien); site: Aus der Geschichte der jüdischen Gemeinden im deutschen Sprachraum.

130 ans plus tard, Georgius Aelurius (1596-1627) mentionne dans sa Glaciographia de 1625: Georgius Aelurius: Glaciographia; 1625; pages: 405 et 406, que les Juifs de Glatz auraient commis un délit d'hostie. Ils se seraient procuré une hostie consacrée par l'intermédiaire d'une femme chrétienne afin de la profaner. Selon son récit, la femme aurait laissé tomber l'hostie dans la ruelle de Bohême, ce qui aurait permis à une servante de la ramasser et de la remettre au Conseil. La femme aurait été torturée et brûlée. À l'endroit où l'hostie serait tombée, la ville a érigé une grande colonne de pierre et a ensuite expulsé les juifs de la ville en 1492 selon Aelurius.

En 1690, le jésuite Joanne Miller reprend dans son Historia Beatissmae Virginis Glacensis: Joannes Miller: Historia Beatissmae VirginisGlacensis; 1690; pages: 163 et suivantes, le récit d'Aelurius et en 1742, le jésuite et curé de la ville, le père Franciscus Wenzel, se réfère encore à ce récit lorsque, après la conquête de la ville par les Prussiens, des marchands juifs arrivent en la ville: Bernhard Brilling: Die jüdischen Gemeinden Mittelschlesiens. Entstehung und Geschichte… page: 85.

Dans les documents officiels de Glatz datant des environs de 1490, on ne trouve aucun document relatif à cet incident ou à l'octroi du ius de non tolerandis Judaeis à la ville de Glatz: Berthold Bretholz: Geschichtsquellen der Grafschaft Glatz; Volume 6; cahier 2: Beschreibung der Urkunden im Glatzer Ratsarchiv; éditeur: Verein für Glatzer Heimatfreunde; Glatz; 1927; pages: 54 et 55.

Tentatives de réinstallation En tant que fournisseur d'argent pour l'Hôtel des monnaies de Glatz, le Juif Joachim Buchdrucker de Prague obtient l'autorisation de s'installer à Glatz en 1622. Par décret du , le gouverneur de Glatz ordonne à tous les juifs, à l'exception de Joachim Buchdrucker de quitter la ville: Bernhard Brilling: Die jüdischen Gemeinden Mittelschlesiens. Entstehung und Geschichte… page: 83. Mais en 1627, les Juifs obtiennent la permission de l'empereur Ferdinand II de se rendre aux foires publiques de Glatz, sans pour autant avoir l'autorisation de s'y installer définitivement.

Depuis le , le Conseil de la ville oblige les commerçants juifs à s'enregistrer auprès du greffier du Conseil à l'arrivée et à leur départ et à indiquer le but de leur séjour. S'ils payent un thaler, ils sont autorisés à rester huit jours: APWr Akta Miasta Kłodzka; n°: 5398; page: 83.

Glatz se trouve sur une importante route commerciale entre Prague, la Silésie et la Pologne. Une tentative d'implantation à Glatz de commerçants juifs de Bohême va soulever une farouche opposition du Conseil de Glatz soutenu par les jésuites locaux. En 1708, les commerçants juifs de Bohême obtiennent de pouvoir séjourner dans le faubourg de Glatz à l'auberge "Zum Weißen Rössel". Un petit centre juif se forme à Glatz, où des offices religieux sont célébrés sous la conduite du cantor Schelschel Hierschel. Mais cela n'est pas accepté par les habitants de Glatz.

Sur ordre des édiles de la ville de Glatz, un prêtre contacte le recteur du collège jésuite de Glatz et curé de la ville, le père Lukas Englisch, qui s'adresse alors à l'empereur Joseph , roi de Bohême, en indiquant: à quel point combien l'enracinement de la communauté juive était préjudiciable aux âmes chrétiennes, non seulement comme l'enseigne l'Écriture divine, sacri canones et les Saints Pères, mais aussi par l'expérience fondée sur les Annalibus patria. L'empereur répond le en envoyant une lettre au gouverneur de la province de Glatz: APWr Akta Miasta Kłodzka; n°: 5398; page: 13 et suivantes demandant des explications. Après des négociations avec la " Chancellerie de la Cour de Bohême ", à laquelle l'empereur a renvoyé l'affaire, le gouverneur de Glatz décide le que les Juifs ont le droit de se réunir dans cette auberge pour le chabbat, mais qu'ils n'ont pas le droit de pratiquer leur religion dans cette maison chrétienne: APWr Akta Miasta Kłodzka; n°: 5398; page: 15 et suivantes.

En 1742, le comté de Glatz est rattaché à la Silésie prussienne, mais reste un territoire distinct. Les habitants de Glatz, et à nouveau les jésuites, veillent à ce qu'aucun juif ne puisse s'installer dans le comté de Glatz, même sous le régime prussien. Parmi les troupes installées dans le comté de Glatz sous la direction du lieutenant-général von Planitz, se trouvent également douze cantiniers juifs qui approvisionnent l'armée en nourriture. Le , le recteur jésuite et curé de la ville de Glatz, le père Franciscus Wenzel, proteste auprès du gouvernement au nom de la ville et demande leur renvoi: Selma Stern: Der preußische Staat und die Juden; tome: III/2: Provinz Schlesien (1741-1784); Tübingen; 1971; page: 1151.

Le recteur jésuite et curé de la ville justifie sa demande par le fait que ce peuple, qui est préjudiciable et pernicieux à l'égard du christianisme, a il y a 300 ans, été expulsé et banni du comté pour avoir commis des blasphèmes, des escroqueries et des fraudes en se référant au Glaciographia d'Aelurius.

L'administrateur de Glatz soutient la demande et répète les arguments du père Wenzel: la vermine juive au a été chassée pour toujours pour les crimes qu'elle a commis et les horribles outrages à notre Dieu et Rédempteur: Selma Stern: Der preußische Staat und die Juden… page:1152….

Le gouverneur accède à leur demande et ordonne l'expulsion de ces douze juifs le , mais autorise trois semaines plus tard, le au juif privilégié berlinois Salomon Heine d'apporter du tabac, du café et des vins étrangers à Glatz et de les vendre aux officiers: Selma Stern: Der preußische Staat und die Juden… page:1143. En 1744, le roi Frédéric II fit dresser une liste de toutes les villes silésiennes dans lesquelles aucun juif ne devait se trouver. Pour Glatz et le Comté de Glatz, il est dit : Ni dans les villes ni sur le plat pays du Comté de Glatz, les Juifs ne sont tolérés en vertu des privilèges impériaux puisqu'ils en ont été expulsés à jamais en 1494.

La communauté juive moderne La communauté juive moderne En vertu de la loi d'émancipation des Juifs de Hardenberg du , les Juifs de Prusse obtiennent deux engagements importants : d'une part, le droit de choisir librement leur lieu de résidence, et d'autre part, le droit d'exercer toutes les professions.

Des juifs se sont déjà installés à Glatz avant cette date malgré la menace constante d'expulsion. En 1795, le juif de Zülz Schmeier Salomon Landsberger y exerce la profession de courtier en argent. Isaac Hirschel Zedeniker et Moses Michael Friedländer aussi originaires de Zülz sont également courtiers en argent, mais aussi représentants en fer et miel de Zülz. En 1800, le conseil de Glatz oblige Landsberger à s'installer dans la banlieue de Glatz, qui ne dépend pas du conseil de Glatz mais du pouvoir royal: Bernhard Brilling: Die jüdischen Gemeinden Mittelschlesiens. Entstehung und Geschichte… page: 86.

Selon le recensement de 1800, il n'y a que 2 Juifs en ville, tandis qu'en 1816, ils sont 16. La communauté juive moderne de Glatz est fondée en 1825, quand Selig Caro (de Schweidnitz, maintenant Świdnica), Salomon Forell (de Zülz, maintenant Biała Prudnicka), Wolf Sittenfeld (de Ratibor, maintenant Racibórz), Jacob Frommer (d'Auras, maintenant Uraz), Fabian Silberstein (de Städtel, maintenant Městečko) et Moses Polke (de Münsterberg, maintenant Ziębice) sont autorisés à s'installer à Glatz: APWr Akta Miasta Kłodzka, Nr. 5400. En 1825, celle-ci compte 57 membres. En 1843, le nombre d'habitants juifs à Glatz atteint 102, puis 135 en 1849, 226 en 1871 et 251 en 1880. Le nombre d'habitants juifs à Glatz est resté à ce niveau, avec de légères fluctuations, jusqu'à la fin du . Mais dans les années suivantes, le nombre de Juifs à Glatz chute fortement et en 1910, on ne compte plus que 150 habitants juifs. thumb|250px|right|La synagogue de Glatz En 1825, la communauté juive de Glatz acquiert un terrain dans la Gartenstraße et y aménage un cimetière, qui sera agrandi en 1888 et 1927. Le premier enterrement y a eu lieu en 1833. Jusqu'à la construction de la synagogue sur la Grünestrasse en 1884, les offices se déroulent dans le Palais Wallis au 30 Böhmisch Strasse (actuellement rue Czeska): Tamara Włodarczyk, Anna Juraschek et Sonia Kierzkowska: Wegweiser durch die Welt der Glatzer Juden- Przewodnik po świecie kłodzkich Żydów; Kreisau – Krzyżowa; 2007; page: 16: Bernhard Brilling: Die jüdischen Gemeinden Mittelschlesiens. Entstehung und Geschichte… page: 87.