vignette|redresse|Reliure de Simier. La reliure occidentale au est marquée par une nette augmentation de la production du livre due au développement du machinisme, mais également par une diminution de sa qualité. Les relieurs traditionnels ne travaillent plus qu'essentiellement sur des « beaux livres » aux tirages limités, puisque les éditeurs se tournent de plus en plus vers la vente de livres brochés aux couvertures attrayantes, dont les décors, imaginés par des artistes, sont adaptés au contenu de l'ouvrage.
Les relieurs français s'inspirent du style anglais, qui conserve la préférence de nombreux bibliophiles, surtout au début du siècle. Pendant la période Empire, les frères Bozerian innovent quelques procédés de reliure, notamment la reliure à « dos brisé » et plat, afin que l'ouverture des ouvrages soit plus souple et que les livres puissent rester ouverts bien à plat. Le style Restauration, en matière de décor de reliures, réemploie certains motifs du style Empire. Les palmettes, par exemple, deviennent plus rondes, plus petites et plus légères. Les étoiles, les lyres, les cygnes, coexistent avec des motifs néo-classiques de l'époque Louis XVI, comme les urnes, les feuillages ou les bouquets et guirlandes. Les reliures des Bozerian et de Thouvenin marquent la transition vers le style romantique, où l'art du Moyen Âge revient à la mode, de même que les motifs du .
Le relieur Roger Devauchelle estime que la période de la reliure pastiche, entre 1840 et 1870, compromet , mais a pour résultat . En parallèle, plusieurs machines pour la reliure apparaissent dans les , facilitant le travail des relieurs, et les reliures d'éditeurs (emboitages recouverts de percaline ou papier, dorés et gaufrés au balancier) se multiplient. Certaines maisons d'édition, comme Mame ou Engel, font fabriquer leurs propres plaques gravées décoratives qu'ils utilisent sur un grand nombre de reliures. Le livre devient progressivement un produit plus industriel. À l'aube du , les « artisans » relieurs développent pour beaucoup une approche plus « artistique » de leur travail, contraints de s'adapter à cette nouveauté présentée par la reliure industrielle : la recherche d'une correspondance entre le décor de la reliure et le contenu de l’ouvrage à relier.
Après 1875, l'engouement pour le pastiche s'estompe avec la mort de Trautz. La Société des Amis du Livre, une association de bibliophiles, se tourne vers l'école du livre moderne et les bibliophiles en viennent à demander une idée nouvelle et originale pour chaque volume, et la reliure devient un objet d'art, qui doit cependant conserver les éléments de l'histoire éditoriale du livre. Marius-Michel, fils du doreur émérite, est considéré comme le plus remarquable relieur de la fin du et du début du , en imposant un décor caractéristique de « flore ornementale » en mosaïques, qui sera adopté par d'autres relieurs, puis transformé.
Évolution des styles et des techniques De 1800 à 1828 : le style Empire, puis Restauration Pendant les vingt-cinq années qui suivent la Révolution française, douze à quinze millions de reliures (la production des librairies françaises depuis trois siècles) sont dispersées ou confisquées. Certaines issues des plus belles collections sont réparties dans les bibliothèques de l’État tandis que d'autres sont restituées à leurs propriétaires. Pour le reste, les livres sont en général éparpillés dans les mairies, les églises ou les magasins à fourrage de l'armée française. Un grand nombre de « vieux » livres sont brûlés, d'autres vont à l'« équarrissage » : ils sont dépecés (le cuir étant récupéré pour d'autres usages comme le renfort des chaussures) puis retransformés en papiers ou en cartons. Certains contenus sont néanmoins sauvés de l'équarrissage par des collectionneurs, et reconfiés aux soins des relieurs.
vignette|redresse|Reliure de style Bozerian, en vogue vers 1800 (ici comportant les armoiries impériales). En 1801, cent trente-huit relieurs sont en activité à Paris, mais aucun d'entre eux ne se distingue par sa technique ou son art. Il en va de même pour les relieurs de la province française, considérés même comme de . Tout au long du siècle, un petit groupe de relieurs parisiens (parmi lesquels figureront les frères Bozerian, Purgold, Bauzonnet, Trautz, Simier et Thouvenin) tente de perfectionner la technique de leur métier et leur savoir-faire pour faire face à la concurrence anglaise. Car le style anglais, qui a été introduit en France vers 1780, gagne encore, au début du , la préférence de nombreux bibliophiles européens, qui font relier leurs ouvrages à Londres, où les ateliers de Hering, de Bedford, de Rivière ou de Lewis sont les plus populaires.
vignette|gauche|redresse|Plaques à dorer emmanchées. Napoléon ne s'intéresse pas particulièrement à la bibliophilie ni à l'ornementation des reliures, et souhaite surtout que ses livres soient et s'ouvrent . Certains motifs de style Louis XVI sont conservés pour les décors jusqu'à la fin de l'Empire (1820), mais sont révisés dans leurs formes, au profit de lignes plus strictes, symétriques et rigoureuses. Les motifs rappelant les conquêtes égyptiennes du général Bonaparte viennent côtoyer les motifs gréco-romains. On trouve ainsi généralement sur les reliures des lauriers, palmettes, urnes, sphinx, chimères, pyramides, obélisques, lotus, etc.. Plus tard, le régime impérial détermine néanmoins un art officiel ostentatoire, aux louanges de l'Empereur : des motifs d'aigle, d'abeille, de lauriers, de « N » couronné, sont de mise (bien souvent sans rapport avec le texte), et l'exécution doit être parfaite. Les plats et les dos des reliures doivent répondre aux mêmes règles de rigueur, par une symétrie absolue dans les encadrements à la roulette, et les fleurons poussés à l'or. Les armoiries impériales dorées figurent généralement sur les deux plats. Les frères relieurs Jean-Claude Bozerian (l'aîné) et François Bozerian (le jeune), bien que considérés comme peu enthousiastes vis-à-vis de cet art officiel, mélangent sur leurs reliures de luxe ces motifs imposés à des compositions plus personnelles.. Bozerian l'ainé innove, sur le modèle anglais, la reliure « à dos brisé et plat » sur les demi-reliures (ces dernières étant quelquefois préférées des amateurs par souci d'économie). Le dos brisé n'est ainsi plus lié au livre (contrairement à la reliure traditionnelle à nerfs) et permet une ouverture plus facile, et un maintien des cahiers ouverts bien à plats. Jean-Claude Bozerian apporte également davantage de soin à l'endossure des livres et à la pose de fines charnières intérieures en cuir à la manière des Anglais. Il remplace les claies en parchemin (qui maintiennent l'arrondi du dos du livre), qu'il considère trop rigides, par de la toile, plus souple. Bozerian le jeune perpétue le style de son frère ainé, et le « genre Bozerian » sera adopté également par d'autres relieurs, jusqu'à la période de la Restauration (1815-1820), où le genre fut jugé trop monotone. Les dos sans nerfs ou parfois décorés aux petits fers et aux pointillés dorés.. des reliures Bozerian vont néanmoins marquer la transition vers le style romantique.
vignette|redresse|gauche|Reliure gaufrée de Thouvenin. vignette|redresse|Reliure mosaïquée de Simier. Joseph Thouvenin, ancien élève de Bozerian le Jeune, devient célèbre dès la première année de la Restauration, en 1814, par la rigueur de sa technique.. L'atelier de Thouvenin compte environ seize ouvriers et relie plusieurs milliers de livres par an (reliures d'art plein cuir, demi-reliures, avec des décors réalisés à la main ou au balancier). Le style de Thouvenin se caractérise par des décors « à la fanfare » modernisés, inspirés des reliures de la fin du et du , et l'utilisation de plaques de métal gravé à gaufrer, notamment pour ses décors « à la cathédrale », qui firent leurs premières apparitions vers 1820. S'inspirant également du style anglais, Thouvenin travaille régulièrement pour l'écrivain et bibliophile Charles Nodier, sur des livres anciens détériorés dont il refait entièrement la couvrure et le décor, ou sur des rééditions à tirage limité. L'un des contemporains de Thouvenin, René Simier., bénéficie du titre de « relieur de l'impératrice » en 1809, puis celui de « relieur du roi » Louis XVIII en 1818. Son style est caractérisé par des décors à encadrements et à mosaïques, avec des motifs dorés aux filets, aux petits fers ou à la plaque, souvent exécutés par son ouvrier doreur Pougny qui contribue à sa renommée. Passionné par la richesse des décors des livres, Simier est l'un des premiers à faire orner les tranches dorées par des miniaturistes.
vignette|redresse|Gravure du montrant un livre en presse, juste après son endossure et la formation de ses mors grâce à des ais ferrés. Entre 1815 et 1840, la reliure à « dos brisé » se démocratise afin de satisfaire les exigences des nouveaux bibliophiles, qui souhaitent eux aussi que leurs livres restent ouverts bien à plat. Le cuir recouvrant le dos du livre n'est plus collé directement aux fonds des cahiers mais sur une carte intermédiaire en papier bristol (la carte à dos), de même dimension que le dos. Les livres sont cousus « à la grecque » (sur des ficelles de chanvre encastrées dans les fonds des cahiers), empêchant le livre de se refermer sur lui-même, et le dos de se rompre lorsque les cahiers sont maintenus ouverts. Les dos ne sont plus arrondis, mais plats (ou presque plats). La solide couture sur nerfs du siècle précédent est dans un premier temps totalement abandonnée, voire discréditée, avant de revenir en grâce lorsqu'il est constaté, à l'usage, que le dos « plat et brisé » comporte de plus en plus de défauts de solidité et d'esthétisme. Pour effectuer l'endossure, le relieur utilise toujours des ais ferrés (des planches biseautées et ferrées sur les biseaux) qu'il place de chaque côté du volume le long du dos afin de former les mors, en laissant un espacement correspondant à l'épaisseur des futurs cartons de plats. Les ais et le livre sont placés dans une presse à rogner et les cahiers sont couchés au marteau de part et d'autre contre le métal. Les cartons utilisés pour former les plats sont encore coupés à la main aux bonnes dimensions. Chaque brin de ficelle, pour lier les cartons au corps d'ouvrage, passe par trois ou quatre trous (contre un ou deux maximum aujourd'hui). La rognure des tranches s'effectue toujours au fût à rogner muni d'un couteau.
Le style Restauration, en matière de décor de reliures, réemploie certains motifs du style Empire. Les palmettes, par exemple, deviennent plus rondes, plus petites et plus légères. Les étoiles, les lyres, les cygnes, coexistent avec des motifs néo-classiques de l'époque Louis XVI, comme les urnes (ici aux anses rectangulaires), des feuillages ou des bouquets et guirlandes fleuries.
Vers 1827, les ouvriers français retrouvent leur classement en première position dans l'art de relier les livres.
De 1828 à 1840 : le style romantique vignette|redresse|gauche|La Petite Dorrit, reliure mosaïquée à nerfs postiches réalisée par Bayntun-Riviere (Bath, Angleterre).