Alban Fournier, né le à La Salle (Vosges) et décédé le à Rambervillers, est un médecin, animateur de diverses sociétés savantes vosgiennes ou lorraines, à la fois historien, archéologue et toponymiste.

Président de la section des Hautes-Vosges du Club alpin à partir de 1881, Alban Fournier, autant par ses relations d'amitiés et de labeur associatif que par sa prise de conscience précoce d'un patrimoine à préserver, est un pionnier de l'activité touristique dans les Vosges.

Biographie

Famille en voyage Sa mère Adeline Simon appartient à une vieille famille bourgeoise de Saint-Dié. Son père, Édouard Fournier, ingénieur des Ponts et Chaussées, est conducteur de travaux, et son oncle, de même formation initiale, sera inspecteur général des Ponts et Chaussées. Leurs familles vivent souvent au gré de leurs mutations ferroviaires ou routières.

Ainsi le jeune Alban accomplit une partie de sa scolarité à Perpignan, son père étant requis sur les chantiers catalans en Espagne. Promu directeur de la Compagnie des chemins de fer des Vosges, Édouard revient dans son département d'origine travailler à la mise en place de lignes d'intérêt local. Il supervise la construction des lignes de Charmes à Rambervillers, les transversales d'Arches à Bruyères et de Saint-Dié à Bruyères, et à partir de celles-ci les pénétrantes de Laveline-devant-Bruyères à Gérardmer, de Saint-Léonard à Fraize et de Remiremont à CornimontIl y est très actif de 1868 à 1878..

Formation et débuts professionnels Revenu à Rambervillers, Alban part étudier l'histoire et la médecine à Strasbourg. Le il soutient sa thèse de médecine à Paris sur la paralysie du nerf facial. Il s'établit alors à Rambervillers dans l'ancien couvent des Capucins, dans le château et le parc, aujourd'hui rue Alban Fournier.

Jeune républicain modéré, tolérant et libéral, conseiller municipal de la Ville, Alban Fournier conserve le réseau de connaissances de son père ingénieur et prend la charge d'administrateur délégué de la compagnie du chemin de fer d'intérêt local de Rambervillers à Charmes ainsi que celle de la vallée de la Vologne. Il s'intéresse à l'histoire de la contrée rambuvetaise, spécialement sous l'Ancien Régime alors que la ville de Rambervillers, capitale d'une seigneurie dépendant au temporel de l'évêché messin, affirmait sa différence. Il fréquente aussi un réseau d'historiens et de folkloristes amateurs animé par le pharmacien Henry Bardy de Saint-Dié, qui organise des marches de découvertes naturalistes en montagne. Après les événements de 1870, il est élu maire de Rambervillers mais refuse cette charge pour se contenter de son mandat de conseiller municipal . Une seconde proposition lui aurait été faite, au faîte de sa notoriété.. L'homme empreint d'une sagesse libérale et conciliante n'est ni taillé pour la dispute d'opinion, ni fait pour la joute politique, il se retient souvent d'émettre un jugement tranché par esprit de conciliation, mais n'hésite pas à camper sur une position si ferme qu'elle lui vaut mépris et défaveursIl a parfois été en désaccord ouvert, voire frontal, avec la ligne éditoriale du Mémorial des Vosges, dont il était conseiller, comme le rappelle Steiger. Le Mémorial des Vosges, samedi 26 novembre 1904. Bardy a aussi narré ce caractère soudain décidé. Lire infra..

Homme d'initiatives Attiré vers les études géographiques et historiques, le docteur Alban Fournier de Rambervillers croit d'abord à un renouveau national et centralisé à l'échelle de la France après la guerre de 1870 et la douloureuse occupation prussienne.

Il lance dès 1873 l'idée d'une société de promenades à Gérardmer dont il devient le président-fondateur. C'est pourquoi, attentif à la création du Club Alpin à Paris en 1874, il demande que les sociétés de promenades, en particulier celles dont il a pris l'initiative dans les Vosges et dont il reste souvent le principal correspondant, rejoignent l'association française qui s'occupent des montagnes.

Il est membre associé de la Société d'émulation du département des Vosges en 1875 après avoir adhéré à la société d'Histoire de France en 1874Annales de la SEV, 1875, liste de membres libres associés. Il n'est pas encore membre de la Société d'archéologie lorraine, comme en témoignent les listes de membres de Mémoires de cette société savante. Il ne le sera qu'en 1880.. Mais c'est uniquement son père qui figure en 1875 avec les premiers adhérents fondateurs de la Société philomatique vosgienne. Lui-même ne rejoint cette société savante qu'en 1877. Il y sera, dès sa seconde année de présence selon le président Henri Bardy, « un ami sûr et dévoué et un précieux et zélé collaborateur »Henri Bardy, notice nécrologique, opus cité.. Il y rencontre historiens, photographes et artistes, notamment le photographe Victor Franck fils. Il réfléchit dans ce petit cénacle montagnard à mettre en valeur le patrimoine, notamment naturel et forestier, en choisissant les sentes, les havres de repos et points de vue, et en soignant les jalonnements de sites à sites. Il réfléchit aussi à mettre en place des voyages organisés, en particulier dans les villes d'eaux et les stations estivales. Les initiatives en amont auront pour but d'attirer touristes et visiteurs, mais aussi d'assurer une information sur les capacités concrètes d'hébergement ou de repos. Cette phase préalable comporte l'établissement de livrets-guides, si possible avec des informations collectées et vérifiées régulièrement par chaque société de promenades.

Alban Fournier adhère à la section des Vosges du Club alpin français dès sa création en 1876. En 1881, il accède à la présidence du Club alpin des VosgesCette section se dénomme plus fréquemment ensuite section des Hautes-Vosges, car le terme Vosges à l'origine ne désigne point le département, mais les montagnes homonymes.. Son action à la section des Hautes-Vosges est vigoureuse : il fait tracer et baliser des sentiers en montagne, poser des tables d'orientation : ces sentiers sont souvent réalisés en partenariat avec le Club vosgien de l'Alsace voisine, car ces deux réseaux de sentiers font souvent jonction ou se prolongent mutuellement sans tenir compte des frontièresL'inventaire des itinéraires réalisés est publié par Le département des Vosges de Léon Louis et Paul Chevreux, opus cité.. En 1881, la section des Hautes-Vosges du Club alpin obtient l'installation d'une station météorologique au sommet du ballon de Servance. Son président est reçu membre correspondant de l'Académie Stanislas en 1882.

Les activités touristiques et de recherches historiques étant chronophages, Alban Fournier n'aurait exercé son art médical que quelques années seulementLe Nouvelliste des Vosges, dimanche 27 novembre 1904. L'organe de presse conservateur et catholique, opposé au camp républicain, le décrit aussi comme un organisateur de randonnée, aussi émérite que sympathique, à la conversation plein de verve et de bonhomie.. À Rambervillers, sa ville d'attache, cet homme qui connaît bien la misère paysanne, préside cependant la société de secours mutuel et prend personnellement une part active aux œuvres de bienfaisance et d'assistance. Ibidem. L'annuaire générale des Vosges en 1889 précise qu'il est président de la société de secours mutuels à Rambervillers. Il a aussi été longtemps président du bureau de bienfaisance de ladite ville..

En 1884, durant la saison estivale, Gérardmer, station touristique de montagne, accueille, à son instigation, le congrès du Club alpin, le congrès scientifique de l'association française pour l'avancement des sciences, sans compter divers cénacles naturalistesLe Mémorial des Vosges, 27 novembre 1904, rubrique Saint-Dié (Gérardmer). Discours de J. Garnier à ses obsèques reproduit par Le Mémorial des Vosges.. Érudit sans le paraître, ce toponymiste observateur sait aussi narrer les anecdotes et conter les histoires dans la veine paysanneEsprit avisé, ce bourgeois éduqué, se présentant comme un médecin bienveillant, ausculte, écoute, et sait prendre le temps, au gré de ses rencontres parfois insolites, de collecter et noter, en ethnologue, foule d'anecdotes et de termes anciens, au point de maîtriser une grande variété de langues vernaculaires vosgiennes. Ses listes de toponymes vosgiens, collectés avec leurs variantes patoises, provoquaient l'admiration d'Émile Gerlach, également archéologue et toponymiste assidu. Sa description toponymique intègre étonnamment la composante explicative populaire ou coutumière (pour ne pas déplaire à l'informateur local ou respecter son opinion?), parfois agglomérée au commentaire ou à la description, ou pire jouxtant ou se mêlant à l'hypothèse savante ou pseudo-savante de l'époque. Sa compréhension ou décomposition en strates hypothétiques ressemble à un jeu cryptographique, que ne perçoit nullement un néophyte.. Historien improvisé de l'industrie, il publie une étude sur la verrerie de Portieux en 1886. Il s'agit d'un témoignage aujourd'hui précieux, car les archives de la verrerie, qu'il avait pu consulter grâce à son ami du conseil d'administration de la ligne ferroviaire Charmes-Rambervillers, le directeur Xavier Mougin, ont été consumées en grande partie dans un incendie en 1994.

En 1889, Alban Fournier figure parmi les membres de la commission de la météorologie départementaleAnnuaire générale des Vosges, 1889.. Qui ne connaît sa haute silhouette, vêtue d'un grand manteau gris, et portant un bâton ferré que l'on aperçoit en toute saison sur les chemins de montagne vosgienne ou dans la Vôge, aux environs des stations thermales. Le journaliste spinalien Steiger, animateur de la société de promenade d'Epinal, rappelle que le docteur Fournier a aussi voyagé partout en Europe. Il se rappelle d'un compagnon de marche joyeux et gai, enjoué et simple, lui apprenant à faire les choses à la bonne franquetteLe Mémorial des Vosges, samedi 26 novembre 1904. Steiger, mélancolique, sait que le journal a perdu un conseiller éclairé et bienveillant de premier plan, en particulier pour les deux pôles touristiques vosgiens que sont Gérardmer et Vittel.. Lorsqu'il est guide ou simple accompagnateur lors d'une excursion ou une randonnée de découverte naturaliste, les hôteliers avertis par ses soins se réjouissent à l'avance de la soirée animée, lui autorisant s'ils le peuvent un quota supplémentaire et, à l'heure prescrite, voient débarquer un large regroupement jovial dont il a le secret, intégrant le plus souvent un maximum de personnes permises.

Le réseau amical d'Alban Fournier est aussi solidement ancré à l'univers médical. Buveur d'eau, Alban Fournier est en général de passage en bonne saison à Vittel et, membre éminent du conseil d'administration de la Société des eaux de Vittel, il collabore à l'essor touristique de la station avec Ambroise Bouloumié. Il prend l'initiative décisive de lancer une souscription pour élever à Bruyères un digne monument au docteur Jean-Antoine Villemin, médecin inspecteur des armées, connu pour ses travaux sur la contagion et la tuberculose. La place centrale de Bruyères voit l'érection de ce monument en 1894Le secrétaire du comité pour l'érection de ce monument n'était autre que le docteur Alban Fournier.. Admirateur et correspondant du professeur Émile Roux de l'Institut Pasteur, l'ancien praticien promeut et soutient l'emploi du vaccin antidiphtérique. En 1895, par écrit dans la presse et par le biais de conférences, il affirme son engagement pour la création d'un institut sérothérapique, chargé à Nancy de la diffusion des vaccins.