L’élection présidentielle argentine de 2023 (en espagnol : Elecciones presidenciales de Argentina de 2023) se tient les et afin d'élire le président et le vice-président de l'Argentine pour un mandat de quatre ans. Le scrutin se tient en même temps que les élections législatives et sénatoriales.

Confrontés à une chute de leur popularité dans le contexte d'une grave crise économique, ni le président sortant Alberto Fernández, ni sa vice-présidente Cristina Fernández de Kirchner ne se portent candidats à leur réélection.

Le candidat libertarien d'extrême droite Javier Milei remporte les primaires présidentielles le , devançant de peu le total des voix des candidats des deux partis traditionnels. Il affronte ainsi notamment Sergio Massa, issu de la coalition péroniste sortante, ainsi que Patricia Bullrich, à la tête de l'opposition libérale.

Sergio Massa arrive en tête du premier tour, qui conduit à un ballottage l'opposant à Javier Milei. Ce dernier reçoit dans l'entre-deux tours le soutien de Patricia Bullrich, arrivée troisième, et l'emporte avec plus de 55 % des suffrages. Il prend ses fonctions le suivant.

Contexte Présidence d'Alberto Fernández vignette|gauche|redresse|Alberto Fernández. La précédente élection présidentielle organisée en conduit à une alternance. Candidat à sa réélection pour un deuxième et dernier mandat, le président sortant Mauricio Macri, candidat de la coalition de centre droit Ensemble pour le changement menée par le parti Proposition républicaine, est battu dès le premier tour par Alberto Fernández, à la tête de la coalition de centre gauche Front commun menée par le Parti justicialiste. Fernández l'emporte avec un peu plus de 48 % des voix, le système électoral argentin permettant l'élection dès le premier tour d'un candidat ayant obtenu au moins 45 % des voix. Les résultats des élections législatives organisées simultanément font qu'il ne dispose cependant pas d'une majorité à la Chambre des députés, malgré une majorité absolue de quelques sièges au Sénat..

L'Argentine est alors victime d'une sévère crise économique, plus du tiers de la population vit sous le seuil de pauvreté, et le chômage atteint 10 % tandis que l’inflation dépasse les 54 % en un an, et 237 % depuis le début du mandat de Mauricio Macri. Plus de cinq millions d'Argentins sont en situation d'insécurité alimentaire. Cette situation se poursuit lorsque sont organisées deux ans plus tard les élections parlementaires de mi-mandat, à laquelle s'ajoute le contexte de la pandémie de Covid-19, qui provoque leur report de plusieurs mois. Le pays connaît alors sa troisième année consécutive de récession et un taux de pauvreté de 40,6 %. Le scrutin aboutit à une victoire de l'opposition, Ensemble pour le changement sortant vainqueur tandis que le Front commun, entre-temps renommé Front de tous, perd sa majorité au Sénat pour la première fois depuis près de , la population exprimant son mécontentement vis-à-vis de la hausse continue de l'inflation et du taux de pauvreté. Le président Alberto Fernández se retrouve depuis sans majorité dans les deux chambres, limitant considérablement son champ d'action. En accord avec la constitution, il est éligible pour un second mandat. Plombé par l'aggravation de la crise économique qui fait grimper à 70 % son taux d'impopularité dans les sondages d'opinions, il est remis en cause dans les milieux kirchnéristes qui font pression pour qu'il laisse la place à une nouvelle personnalité bénéficiant d'une meilleure image. Il finit ainsi par annoncer le ne pas être candidat à sa réélection.

Tentative d'assassinat de Cristina Fernández de Kirchner

Le , l'ancienne présidente Cristina Fernández de Kirchner est l'objet d'une tentative d'assassinat peu après que 12 ans d'emprisonnement ont été requis contre elle dans un procès pour corruption. Alors qu'elle salue des sympathisants venus la soutenir à son domicile de Buenos Aires, un homme de 35 ans, Fernando Sabag Montiel, tente de tirer sur elle à bout portant, mais son pistolet s'enraye. Lui et sa compagne sont inculpés pour tentative d'homicide aggravé avec préméditation.. Le lendemain, des dizaines de milliers de personnes se rassemblent sur la Plaza de Mayo en soutien à la vice-présidente.

Influences russes Une enquête d’openDemocracy sur les tentatives d'influence russes en Argentine a montré que des agents liés aux services de renseignement russes ont mené, en 2024, une vaste opération clandestine visant à influencer l’opinion publique argentine et à déstabiliser le candidat puis président Javier Milei, probablement en raison de ses positions pro‑occidentales et pro‑Ukraine qui irritaient le Kremlin. Ces agents, avec de fausses identités, de faux experts et des contenus générés par IA diffusés dans plus de vingt médias argentins ont diffusé des messages et articles favorables à la Russie et/ou critiques envers les États‑Unis, tout en exploitant la fragilité économique des médias locaux.

L’opération comprenait la diffusion de fake news, dont une fausse histoire visant à créer des tensions entre l’Argentine et le Chili.

En 2026, des preuves ont aussi montré des tentatives (également observées ailleurs dans le monde) de manipuler les perceptions du public et des élus sur la guerre en Ukraine, via notamment, des graffitis, des bannières et des campagnes sur les réseaux sociaux.

Enfin, l’enquête d’openDemocracy souligne que les agents russes ont exagéré l’ampleur de leurs actions dans leurs rapports internes, probablement pour justifier leurs budgets..

Système électoral

Le président de la Nation argentine () et le vice-président sont élus au suffrage universel direct au sein d'une candidature commune, dite « ticket », pour un mandat de quatre ans renouvelable une seule fois de manière consécutive. L'élection a lieu par le biais d'une version modifiée du scrutin uninominal majoritaire à deux tours. Si aucun candidat n'obtient 45 % des suffrages exprimés lors du premier tour, ou 40 % des voix avec au moins dix points d'avance sur celui arrivé en deuxième position, un second tour est organisé dans les trente jours entre les deux candidats arrivés en tête. Est alors élu celui qui reçoit le plus grand nombre de suffrages..

Le droit de vote s'acquiert à , et est obligatoire pour tous les citoyens âgés de 18 à , à quelques exceptions près (maladie, éloignement des bureaux de vote). L'abstention est sanctionnée par une amende d'un montant variant entre 50 et 500 pesos argentins, et par l'interdiction d'occuper des fonctions ou des emplois publics pendant trois ans.

Primaires Le système électoral argentin possède la particularité d'organiser des élections primaires préalablement au premier tour, au cours de laquelle l'ensemble des différents candidats au sein de chacun des partis s'affrontent pour devenir le candidat de leurs partis respectifs. L'ensemble de la population peut participer à ce vote. Tous les partis sont tenus d'y participer, même s'ils n'ont qu'un seul candidat. Le candidat arrivé en tête au sein de chaque parti devient son candidat unique à la présidentielle, et l'ensemble des voix pour les candidats d'un même parti sont réunies lors du décompte. Seuls les partis ayant réuni le vote d'au moins 1,5 % des votants peuvent qualifier leur candidat pour le premier tour de l'élection présidentielle elle-même.

Le système fait ainsi à la fois office de primaires, de parrainage et de filtre à candidatures pour le véritable scrutin, tout en permettant aux partis de jauger les rapports de force à venir. Il est cependant devenu habituel pour des partis de ne présenter qu'un seul candidat afin d'afficher leur unité, ôtant à la pré-élection son intérêt dans ce domaine. Les primaires sont organisées le Chronogramme.

L'insécurité et l'inflation ont été les thèmes dominants de campagne, bien que le taux d'homicides en Argentine soit l'un des plus bas d'Amérique latine. Selon les analystes, la focalisation des chaînes de télévision sur les questions sécuritaires, tout particulièrement dans la dernière semaine avant le vote à la suite de l'assassinat d'une petite fille lors d'un vol, devrait bénéficier aux figures les plus à droite de l’échiquier politique, et notamment à Javier Milei, qui milite pour la libéralisation du port d’arme.

Les primaires sont marquées par la très forte performance du candidat libertarien d'extrême droite Javier Milei, qui remporte 30 % des voix et devance les candidats des deux principaux partis. Ce résultat est interprété comme un rejet clair de l'establishment politique et l'expression d'un désenchantement, dans un contexte où l'Argentine fait face à une inflation et un taux de pauvreté records.

+Résultats des primaires argentines de 2023. Candidatset colistiers Partis ou coalitions Voix % Javier MileiVictoria Villarruel La liberté avance 29,86 Sergio MassaAgustín Rossi Union pour la patrie 21,43 Patricia BullrichLuis Petri Ensemble pour le changement 16,81 Horacio LarretaGerardo Morales Ensemble pour le changement 11,19 Juan GraboisPaula Abal Medina Union pour la patrie 5,85 Juan SchiarettiFlorencio Randazzo Ensemble pour notre pays 3,71 Myriam Bregman Nicolás del Caño Front de gauche et des travailleurs 1,83 Gabriel Solano Vilma Ripoll Front de gauche et des travailleurs 0,78 Guillermo MorenoLeonardo Fabre Terre, toit et travail 0,77 Jesús EscobarMarianella Lezama Hid Azur et rouge 0,65Autres candidats1,61 Votes blancs 5,51Votes valides 98,76 Votes nuls 1,24 Total 100 Abstention 29,57 Inscrits / participation 70,43

Sondages

Premier tour vignette|center|850px|Moyenne lissée des sondages pour le tour Second tour vignette|center|850px|Moyenne lissée des sondages pour le tour

Campagne L'élection est marquée par un virage à droite de la vie politique argentine : tant la conservatrice Patricia Bullrich que le péroniste Sergio Massa représentent en effet l'aile la plus à droite de leur famille politique, tandis que le libertarien Javier Milei domine les sondages. Javier Milei vignette|redresse=0.7|Javier Milei. Favori des sondages, Javier Milei fait campagne sur un programme antisystème et libertarien poussé jusqu'à l'anarcho-capitalisme, qu'il émaille de phrases chocs suivant un style volontairement provocateur, insultant ou même vulgaire. Ponctuant fréquemment ses discours par un , il propose de réduire les dépenses publiques selon le principe minarchiste, de la banque centrale, de dollariser l'économie en mettant fin au peso , de rompre les relations avec le premier partenaire commercial de l'Argentine, la Chine, parce qu'elle est communiste, de criminaliser l'avortement ainsi que d'autoriser le port d'armes et la vente d'organes.... Il symbolise sa volonté de tout déréglementer au sein de l’État par son slogan de le trancher , outil qu'il apporte dans ses meetings de campagne.

Le candidat de la coalition La liberté avance (LLA) tire principalement sa popularité de son discours éruptif contre les partis traditionnels de gauche comme de droite, jugés corrompus et incapable de faire face à la crise économique, et contre lesquels il promet de . Son discours anti-État séduit particulièrement les hommes jeunes, issus des classes moyenne et populaire urbaines, notamment depuis les confinements imposés au cours de la pandémie de Covid-19.

Soutenu par les économistes Emilio Ocampo et Nicolás Cachanosky, son projet de dollarisation est largement critiqué par la grande majorité des économistes, qui s’attendent à ce qu'une telle mesure provoque une chute brutale des salaires et que la perte de souveraineté monétaire rende le pays plus fragile aux chocs externes, le soumette à des périodes de récession répétées et à un taux de chômage élevé.

Sergio Massa vignette|redresse=0.7|Sergio Massa.